Game of Thrones : la saison 8 mérite t-elle vraiment toute cette haine ?

Simon Riaux | 21 mai 2019 - MAJ : 21/05/2019 11:41
Simon Riaux | 21 mai 2019 - MAJ : 21/05/2019 11:41

Du Prisonnier en passant par Lost ou Les Soprano, on sait depuis bien longtemps qu’offrir une conclusion satisfaisante à une série culte relève de la mission impossible. Alors que Game of Thrones vient de tirer sa révérence, analysons ensemble pourquoi cette dernière fournée ne pouvait que décevoir, tout en évaluant ses réussites et ses échecs.

ATTENTION SPOILERS !

 

photoLe Roi de la désauce

 

TOO BIG TO SUCCEED

Osons le dire, personne n’avait envie d’aimer cette conclusion, et ce, pour des raisons très simples. Tout d’abord, la série phare de HBO a atteint une masse critique telle que le terme “phénomène culturel” paraît bien insuffisant pour qualifier cette production qui aura déchaîné les passions dans le monde entier, poussant des dizaines de millions de spectateurs à retenir simultanément leur souffle. Il est coutume de dire, pour illustrer les querelles accompagnant la moindre décision stratégique de l’équipe de football nationale, que les Français se perçoivent comme “65 millions de sélectionneurs”.

Game of Thrones a eu affaire à “19,3 millions de scénaristes” selon l'audience record du dernier épisode, et très logiquement, une grande partie d’entre eux ont fait connaître leur mécontentement. Mieux encore, une fraction du public a tiré cette année un plaisir certain à rejeter le show jadis adoré. Réaction de deuil classique : on aime à piétiner ce qu’on a célébré, pour mieux en accompagner la fin, et en supporter l’absence par anticipation.

Parallèlement, la série a dû faire face à une équation inédite : après des années passées à complexifier scénario, interactions, complots, confrontations et mythologie, le show devait, pour aboutir à une conclusion, élaguer jusqu’à resserrer assez le récit pour lui trouver un épilogue net.

Soit le mouvement contraire de ce qui fut sa dynamique narrative, des années durant. Devant tant de défis et de bouleversements, il est évident que Game of Thrones était condamné à décevoir.

 

photo, Gwendoline Christie"Je savais que fallait pas lire les coms d'Ecran Large bordel"

 

LE SALUT ÉPIQUE

On aura beaucoup reproché aux saisons 7 et 8 d’avoir opté pour une approche spectaculaire et superficielle. Mais, si cette observation n’est pas dénuée de sens, peut-être faut-il grandement la nuancer. Car si l’intrigue s’est lancée dans un geste épique jamais vu hors grand écran, ce n’est pas tant à cause d’une soudaine incompétence de la team créative, mais parce qu’il a bien fallu tirer un trait sur plusieurs saisons fascinantes de nullité.

En effet, après deux années de tragédie politique d’une incroyable finesse,Game of Thrones, conscient de son succès, s’est réorienté vers le soap, puis vers le trip mythologique, le tout en essayant tant bien que mal de ne rien raconter pour ne pas dépasser trop avant les ouvrages de George R.R. Martin. Bien sûr, chaque saison aura su proposer des temps (très) forts et une poignée de passages iconiques, mais la médiocrité de l’ensemble aura progressivement pris le pas, jusqu’à aboutir à une saison 6 manifestement écrite et filmée par des somnambules.

Dès lors, le délire ultra-spectaculaire de la saison 8 apparaît plus comme une bénédiction qu’autre chose. Après des années de médiocrité, Game of Thrones a tenté d’accomplir un chant baroque et aventureux, que personne n’avait même envisagé sur grand écran.

 

photoBrûler les pétitions

 

Et le résultat, quoi qu’en disent les plus amers, restera dans les annales. La Bataille de Winterfell s’impose comme une des plus belles tentatives d’épopée horrifique jamais capturées par une caméra, tandis que la destruction de Port-Réal a obligé les fanatiques dévots d’un des personnages les plus odieux de l’histoire de la télévision à regarder en face la profonde ignominie qui fonde son action.

Depuis la première saison, Daenerys agit en aristocrate mégalomane, obsédée par le bien et le mal, passionnée à l’idée de massacrer ses ennemis. Mise en infériorité symbolique pour la première fois (elle n’affronte pas des esclavagistes et Jon Snow est plus légitime qu’elle à monter sur le trône) elle décide d’assumer son avantage pyrotechnique et d’embrasser la soif de mort qui la motive depuis les origines en massacrant la Cité soumise.

Ces deux batailles forment une proposition surpuissante et simultanément audacieuses, en cela qu’elles obligent le spectateur à interroger ses tropismes les plus purulents. Quel salopard faut-il être pour regretter que Cersei ne meurt pas plus violemment, tout en regrettant de voir une psychopathe pyromane traitée comme telle ?

Ces deux épisodes demeureront une des expériences télévisuelles les plus passionnantes de ces dernières années. Malheureusement, D.B. Weiss et David Benioff ne sont pas seulement des narrateurs ambitieux, ils sont également de très piètres dramaturges.

 

photoDeux bons acteurs découvrant un mauvais script

 

LA FÊTE A NEUNEU

Après cinq épisodes guerriers, plastiques et spectaculaires, Game of Thrones devait proposer une conclusion nette, propre, cohérente. Assumer son geste de spectacle.

Hélas, le scénario, après une trentaine de minutes funèbres et impeccable, est venu nous rappeler non seulement que la mythologie inventée par Martin demeure un peu lâche, mais également que HBO n’a jamais rien su en faire. Après avoir trimballé Bran comme un bouche-trou narrratif pendant presque dix ans, avoir évacué son opposition au Roi de la Nuit par pure incompétence et littéralement jeté la mythologie aux toilettes, les showrunners décident d’en faire le Deus Ex Machina qui unit les survivants de la noblesse de Westeros.

 

photo, Isaac Hempstead WrightBran déjà sur son trône (roulant) depuis quelques saisons

 

Par où commencer ?

Cette intrigue n’ayant jamais existé à l’écran, son triomphe provoque l’indifférence et achève de faire du personnage de Bran (Isaac Hempstead Wright) une grosse bouillie mal cuite. Il n’y a strictement aucune raison pour que quiconque accepte de lui donner le pouvoir. Comment expliquer qu’il prenne instantanément des largesses avec le Nord, mais n’intervienne pas pour Jon ? Pourquoi ce dernier, plus faible, inutile et plus joué avec les pieds que jamais, souffre-t-il d’être renvoyé au seul endroit qu’il a jamais aimé ? Pourquoi après tant d’errements, nous imposer un pathétique Conseil royal, ou ce qu’il reste des seconds rôles en est réduit à faire des blagues à base de putes et de vin bon marché ?

Le dernier épisode de Game of Thrones n’est pas seulement un ratage spectaculaire : c’est un renoncement d’une petitesse inqualifiable. La démonstration, redoutée, redoutable, de la totale incapacité des showrunners à travailler hors du cadre des romans.

 

photo, Emilia ClarkeGrosse ambiance

 

DOULEUR ET GOIRE

Faut-il pour autant considérer cette dernière saison comme un crachat ? Sans doute pas. En effet, après des années d’incurie scénaristique, Game of Thrones a dû trancher, choisir et arbitrer. Au final, et malgré des errances narratives indiscutables, la série de HBO propose un bilan qui en ferait rougir beaucoup.

Entamée comme un des spectacles politiques les plus fins et ambitieux jamais proposés au grand public, la série se sera achevée sur un grand spectacle cathartique et source d’infinis débats. Un retournement fort et puissant, qui ferait presque passer ses quelques années de pétouilles scénaristiques pour un incident de parcours.

L'intégralité de Game of Thrones, de sa saison 1 à 8, est disponible sur OCS Go en France.

 

photo, Peter DinklageQuand la descente est difficile

commentaires

hanni_84577
27/05/2019 à 08:23

Certaines choses sont simplistes mais pour moi je n'ai pas été si déçu que cela.....

mmarvinbear
24/05/2019 à 16:13

La fin de GOT me parait quand à moi plutôt équilibrée, loin des flonflons des happy end que l'on connait trop souvent à mon gout.

La scène ou Bran prend le pouvoir qu'on lui offre est plus importante qu'on peut le penser. en disant "Pourquoi croyez vous que je suis venu ?", Bran montre qu'il est loin d'être le poteau inutile qu'on pense. Il n'a jamais été au premier plan mais il a tout planifié et il récolte maintenant les fruits que les autres ont semé.
Son accession ne vient pas de nulle part, elle est le résultat de la lutte de pouvoir entre les maisons survivantes. Elles sont chacune trop faibles pour s'imposer aux autres (le discours pathétique de Tully le montre) et mettre au pouvoir un infirme sans espoir de descendance convient à tout le monde car ils sont déjà en train de préparer l'après Bran.

C'est aussi l'équilibre des pouvoir qui a sauvé Jon de Ver Gris. Les Immaculés sont formidables mais contre l'armée unie des 7 royaumes, ils n'ont pas une chance maintenant que Drogon est parti. Gris n'aime pas l'idée d'épargner Snow mais il n'a pas le choix et l'exil lui parait un bon compromis.

JANGO56700
22/05/2019 à 15:22

Moi j'ai passé un agréable moment devant cette saison 8.
Peut être un peu trop vite expédié pour certains personnages, une fin à la GOT ou ça ne se passe jamais comme on le pense.
Un peu trop sombre l'épisode 3, un très bon épisode 5, et l'épisode 6 qui surprend !
Peut être pas la meilleure des fins, mais ça reste très correct au final

Alyon
22/05/2019 à 10:22

GOT saison 8 bof bof … ça a le mérite d'être fini que l'on soit d'accord ou pas avec la vision des scénaristes". Je ne suis pas fan des twists de dernier moment qui sont un peu faciles et de l'expédition de certains personnages tournant le dos à ce qui a été mis en place 7 saisons durant.
Pas d'émotions pas de surprises tant la mise en place de l'épisode final est annoncé sans finesse sans transition et je ne parle pas ici de "l'expédition" (au 2 sens du terme) des marcheurs blancs dans un épisode "Z nation".
Alors pour répondre à la question de l'article, non cela ne mérite pas de haine ni autre chose d'ailleurs.

Lucthom
22/05/2019 à 08:38

Je pencherai plutot pour l'analyse de bublegumcrisis que celle d'EL

loige
22/05/2019 à 00:50

la saison 8 mérite t-elle vraiment toute cette haine ?

Absolument pas. Il était logique que cela finisse ainsi, les enjeux des uns ne seront jamais les enjeux des autres. Ceux qui vouent une "haine" à cette saison et qui trouvent stupide le revirement de Daenerys, je pense qu'inconsciemment, voulaient que GOT verse vers le coté Bisounours de la force. La saison 8 tout comme les autres d'ailleurs, est un parallèle à notre monde bien réel. Ce n'est pas une trouvaille, tout le monde l'a fait à un moment ou à un autre.

Pour moi, Deanerys est la réincarnation politique américaine qui sous couvert d'idéaux et armée de ses vassaux vont prescrire la démocratie à coups de chaos. Finalement, ce n'était qu'une bataille idéologique et les dernières paroles de Daenerys vont vers ce sens.

Jon représente le peuple qui finira forcément blousé. Nous qui pouvons êtres sensibles aux nobles discours et dont l'aveuglement béat devient par la force des choses un allié de l'empire aux sombres enjeux. Plutôt que de prendre le pouvoir comme il nous est du et empêcher toutes tyrannies, nous préférons laisser place aux tyrans par facilité. Jon l'a fait et comme lui nous disparaîtrons dans la brume.

Jon c'est aussi avec sa relation incestueuse, un parallèle ou ici sur ce continent nous avons tendance à suivre sans raison les enjeux politiques d'un continent plus proche du notre. Et comme dans Highlander, dans la domination, il ne peut en rester qu'un. Les suiveurs finiront toujours par payer les pots cassés.

Pour moi, cette fin est donc logique, dans l'ordre des choses. Les notables auront toujours bonne table, recréeront des enjeux ou en créeront d'autres qui seront diamétralement opposés aux nôtres mais arriveront toujours à nous sortir de la brume le moment propice.

"
22/05/2019 à 00:24

@ yellow submarine merci pour ta réponse ,même si on peut toujours se tromper , c'est aussi l'idée que je me faisais de la situation avec l'auteur..
Du coup même avec les romans , y aura sans doute pas de changement majeur pour la destiné de Daenerys .. mais bon , au moins on peut toujours espérer que cela soit fait d'une façon plus subtile...
Mais cela m'emmerde un peu je dois dire ,car au stade où les romans se sont arrêtés ,je n'arrive toujours pas à la voir prendre cette trajectoire...
J'ai l'impression d'être passé complètement à côté de ce perso...

Pour revenir a la série , vis à vis de ton raisonnement , je trouve que tu pars un peu loin :-)
Je te rassure , même si j'ai trouvé que les salauds qui ont crucifiés des enfants pour indiquer la route à Dany , méritaient leurs sorts , je ne suis pas pour autant un adepte de la peine de mort , au contraire !
En plus je garde à l'esprit que tout cela reste une histoire imaginaire , on peut quand même donner une opinion sur les choix d'un perso d' une histoire de dark fantasy sans être taxé de pro tueur en série je pense :-)

Pour en revenir a ses victimes, ils ont tous commis des atrocités , on ne peut le nier , à part les Tarly en effet !
Mais à ce moment là , faut prendre en compte , qu'après la perte des fer-nés et des aspics , les Tarly venaient ,avec les Lannisters ,d'abattre la reine d'épine !
Cela reste dur , mais bon, ils restent des chefs militaires , en période de guerre avec tous les risques que cela comportent et le fils allait être épargné , c'est lui , qui a choisi de suivre le destin de son père.
Mais si cela peut tout de même être un indicateur en effet, on est encore loin des prédispositions à un massacre d'une population sans défense surtout si peu de temps après...

yellow submarine
21/05/2019 à 20:27

@Al: il avait ploté la fin qu'il imaginait pour l'histoire donc on peut imaginer qu'ils s'en sont largement inspiré.

Sinon dire que les victimes de Daenerys méritaient de mourrir c'est quand même moyen et ça rejoint bien l'ambiguïté du personnage, qui sommes nous pour dire qui peut ou ne peut pas mourrir. Sommes nous une société pour le retour de la peine de mort. Je trouve que l'appréciation que chacun se fait de ce personnage dit beaucoup sur qui on est.

En tout cas vous ne me ferez pas croire que la famille Tarly méritait de mourrir parce qu'ils ne voulaient pas plier genoux.

C'était quand même sacrément annonciateur de ce qu'elle allait devenir.

Ahuri
21/05/2019 à 20:25

@ bubblegcrisis

Vu ce que sort Bran à la fin à John, cela laisse penser que Bran est en effet un gros salopard et qu’il a joué ses cartes en toute connaissance de cause... bref le jeu du trône.

Al
21/05/2019 à 18:28

En parlant de l'auteur , est ce qu'il a donné un avis sur la fin ?
J'ai cru comprendre qu'il n'avait pas été consulté sur cet saison ,
mais j'avoue que maintenant j'aimerais bien savoir , quel destin il a prévu pour ses personnages et si lui aussi, il avait prévu de faire basculer Dany.
L'avenir nous le dira , enfin si il se décide a sortir la suite un jour !

Intéressant avis bubblegumcrisis , même si je ne partage pas ton point de vue sur le" elle a toujours été génocidaire"

Plus

votre commentaire