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Game of Thrones : la bataille de Winterfell a-t-elle écrasé le Gouffre de Helm du Seigneur des Anneaux ?

Par Simon Riaux
30 avril 2019
MAJ : 21 mai 2024
37 commentaires
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Episode charnière pour la série, The Long Night se voulait la plus grande bataille de tous les temps. Mission accomplie ou gros massacre ?

ATTENTION SPOILERS

 

photoAlors ça aussi, va falloir nous expliquer hein

 

HBO n’a pas caché son jeu. Avec l’épisode 3 de la dernière saison de Game of Thrones, le géant du câble américain comptait marquer l’histoire de son médium, et proposer la plus longue scène de bataille jamais capturée sur un écran. Une ambition dévorante pour une série devenue un phénomène culturel mondial.

Et qui dit plus grosse baston jamais mise en scène entend forcément « meilleure scène de guerre du genre », puisque c’était bien là le but à atteindre. Le show dévoile ses derniers épisodes, et a déjà proposé maintes séquences guerrières incroyablement spectaculaires. Il fallait donc les surpasser, tout en se frottant au mètre étalon en la matière, la bataille du Gouffre de Helm, réalisée par Peter Jackson dans Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours.

Quelques heures après avoir découvert ce chapitre pivot dans l’histoire de Game of Thrones, on fait le point sur les accomplissements et les ratages de cet épisode qui nourrira encore bien des débats.

 

photo« Nan mais t’inquiète, c’est les meilleurs, ils vont quand même pas charger comme des taubés. »

 

LE MEILLEUR

 

MISE EN SCÈNE

C’est la très grande force de cet épisode : une proposition courageuse, inventive, et techniquement incroyablement maîtrisée. Combat désespérée, lutte existentielle, affrontement surnaturelle terrifiant, la bataille de The Long Night ne pouvait ressembler à celle des Bâtards, ni rejouer l’éclatante angoisse immaculée de Hardhome.

Puisque c’est la mort et la nuit qui s’abattent sur Westeros, le réalisateur Miguel Sapochnik s’efforce de reproduire cette tension qui contamine tous les personnages. D’où le choix d’un combat nocturne rendu cauchemardesque par des intempéries neigeuses qui achèvent de limiter la visibilité, tandis que les douves enflammées qui encerclent Winterfell donnent au décor une luminescence rien moins qu’infernale.

Alors bien sûr, si vous avez regardé ça en streaming comme un gros sale, ou téléchargé une version toute pétée, voire avez été victime d’un débit parfois honteux d’OCS, peut-être avez-vous souffert d’un manque de visibilité et de pâtés numériques indiscernables à l’écran. C’est pas de chance, mais l’épisode ne peut en être tenu coupable, tant il aligne les séquences sublimes.

On ne compte plus les images fortes, les plans iconiques, ou tout simplement composés à la perfection. Des lames des Dothrakis s’éteignant dans les ténèbres, en passant par la masse grouillante et informe des morts aux frontières de notre champ de vision, ou encore le délirant plan-séquence au cours duquel John erre dans les coursives du château, au milieu de centaines de zombies, les choix de Sapochnik sont créatifs, parfois jamais vus ailleurs, et formidablement immersifs, aidés par une photographie sensationnelle.

 

photoOuh, la belle bête

 

UNE SALE GUEULE D’ATMOSPHÈRE

Autre formidable réussite, issue d’une énorme prise de risque : la variété des ambiances. Rien de plus monotone qu’une enfilade de personnages moulinant de l’épée à l’infini, tout comme les mouvements de troupes, pour spectaculaires qu’ils soient, peuvent lasser. L’épisode décide donc de changer brusquement d’orientation, de rythme et d’atmosphère, pour nous coller aux basques d’Arya (Maisie Williams) alors que prise de panique, elle tente de trouver refuge dans le château.

Du film de monstre classique, où la menace est renvoyée au hors-champ, The Long Night vire alors au pur film d’horreur, avec ses longues séquences de suspense, et donne au passage une cruelle leçon de flippe à Walking Dead.

Cette décision a l’avantage de générer de la variété au sein de ce long épisode, mais surtout de regénérer le suspense. Que se passe-t-il à l’extérieur ? A quel niveau de chaos en est-on rendus pour que les morts s’entassent à l’intérieur ? Cette « respiration » au milieu du segment a également pour effet de démultiplier l’impact du dernier acte, qui se transforme en film d’action ultra-bourrin.

 

photo« Mais on n’avait pas dit qu’on était tous invincibles ? »

 

RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR

Pour que les deux parties ci-dessus fonctionnent, il fallait réussir un élément fondamental : la peur. Jusqu’à présent, les Marcheurs Blancs ont plus été synonymes de violence extrême et de puissance militaire que de peur, il fallait donc à nouveau les recouvrir d’une bonne couche d’angoisse.

Miguel Sapochnik y parvient grâce à la photographie, qui les renvoie toujours aux confins du visibles, à la fois partout à l’image et toujours difficiles à distinguer. A-t-on tué un ennemi, blessé un allié ? La bataille tourne à la folie pure et rougeoyante, avec un sentiment de vertige terrible. Rappelons également que le mixage sonore est d’une puissante intelligence, transformant les morts en une surface fluide, un véritable raz-de-marée saturant la nuit.

Enfin, retarder leur apparition au maximum permet au spectateur de se reposer certes sur la sublime imagerie de l’épisode, mais de la compléter avec son imagination.

 

photo« Chouette, des milliers d’ennemis à affronter seul ! »

 

LARME A L’ŒIL

Enfin, malgré sa brutalité et sa violence, ce chapitre contient quelques fort belles séquences. On ne croyait plus vraiment que Game of Thrones en était capable après deux premiers épisodes aux airs de parodie psychorigide, mais le scénario s’est sorti les doigts, et a offert quelques forts beaux dialogues.

Les derniers échanges entre Theon et Bran étaient empreints d’une belle gravité, mais c’est surtout Sansa et Tyrion qui auront emporté le morceau. La relation qui les unit apparaît de plus en plus complexe, mais aussi de plus en plus humaine, au fur et à mesure que Sansa s’impose comme l’une des politiciennes les plus aguerries de son époque (enfin, de celles qui vivent encore quoi).

Leurs agacements comme leurs accords animent cet épisode d’une dramaturgie sensible tout à fait inattendue et bienvenue.

 

photoEn voilà deux qui auront eu droit aux meilleures répliques de ce début de saison

 

 

LE PIRE

 

DRAGOGOL

Depuis leur arrivée à maturité, les dragons sont un véritable casse-tête pour le show, qui ne sait quand les sortir, tant ils sont puissants, ni comment les occuper. La preuve ici, où plutôt que de plier la bataille en quinze secondes ils sont envoyés se balader dans les nuages n’importe comment.

Alors certes, nous aurons droit à deux jolis plans d’ensemble, qui ne sont pas sans évoquer les gravures de Gustave Doré illustrant l’Enfer de Dante, mais tout cela est une manoeuvre dilutoire, d’un ennui mortel, gâtée par des effets parfois très limites.

Une insuffisance technique et narrative qui cumine quand enfin les dragons se battent, au détour d’une séquence totalement illisible, d’une grande laideur.

 

photo« Heureusement qu’on a des dragons et des figurants ! »

 

DRAGON BALL ARYA

C’est un objet de débats tendus entre fans depuis la diffusion de l’épisode. Indiscutablement, Arya (Maisie Williams) a été formée et possède une maîtrise d’elle-même et d’arts létaux qui la rendent exceptionnelle. Tout cela a été établi précédemment par la série. Mais les choix narratfis effectués ici pour l’amener à bolosser le Roi de la Nuit relèvent selon nous de l’incompétence, de la bêtise et du contresens total.

Qu’elle soit en mesure de s’infiltrer, bien sûr, mais il n’a jamais été établi qu’elle pouvait duper des CENTAINES de zombies dont on a constaté tout au long de l’épisode la puissance, le flair et la dangerosité, tout comme il semble évident qu’elle n’est pas de taille face aux lieutenants du Night King, les êtres magiques les plus puissants de cet univers.

Et enfin, jamais elle n’a été en mesure d’accomplir des bonds de 4m. En l’état, à moins que Melisandre (Carice van Houten) lui ait greffé des ressorts aux pattes, elle s’avère un Deus Ex Machina placé là pour arranger les scénaristes, leur permettre d’en finir avec une situation qu’ils n’ont nullement le désir d’assumer. Soit précisément le contraire de ce que fit Game of Thrones pendant des années, et qui lui valut d’ailleurs d’être instantanément respectée.

 

photoSplinter Cell : Medieval Edition

 

 

TROP INVINCIBLES POUR TOI

La série veut manifestement préserver le plus de persos possibles pour son grand final. Et pourquoi pas. Mais cela pose deux énormes problèmes. Tout d’abord, quand on commence à aborder ses protagonistes comme des têtes de bétail qu’il faut répartir à la louche, c’est qu’on a cessé d’écrire en suivant la logique interne de leurs actions et affects, et donc qu’on perd en cohérence, ainsi qu’en impact émotionnel. Un problème devenu évident depuis au moins deux saisons.

Enfin, on pourrait tout à fait comprendre que tous ces zigotos ou presque survivent… s’ils n’étaient pas les seuls. On ne compte plus les plans où Jaime, Brienne, Jon, Sam, Tormund et d’autres sont isolés, entourés de centaines de zomblards, et les repoussent. Pourquoi plusieurs des meilleurs soldats de Westeros sont balayés quand d’autres combattants bien moins aguerris sans sortent tranquilou ? Cela n’est jamais justifié, ni crédible.

Depuis ses débuts, Game of Thrones a installé l’idée qu’aucun personnage n’était un super sayen, et ne pouvait bénéficier de « joker » pour survivre. Or ici, c’est totalement le contraire qu’établit l’épisode, où tous les humains se font balayer, sauf ceux dont les scénaristes veulent encore user. Soit nos héros sont des gros malabars qui vont éclater Cersei (Lena Headey) en clignant des yeux, soit cet épisode est écrit avec des doigts de lépreux.

 

photoUne mort vraiment beaucoup trop choquante

 

C’EST QUOI CETTE STRATEGIE SERIEUX ??!!

On sait au moins depuis la Bataille des Bâtards, où Sansa Stark (Sophie Turner) avait oublié de prévenir tout le monde qu’une armée de secours était en route, risquant à 3 secondes près de tuer son frère, niquer son futur et la série, que nos héros étaient aussi stratèges que des enfants trépanés. Mais ce problème a atteint ici de nouvelles cîmes.

 

photo« Je le sens bien chef. »

 

En l’état, difficile de croire à ce qui nous est raconté, tant tous les personnages sont radicalement handicapés par une lobotomie collective. Les Dothrakis sont les premiers à éternuer leurs cerveaux en décidant d’aller charger la plus dangereuse armée du monde (surnaturelle qui plus est) dans le noir, à l’aveugle et sans renforts. Pas très malin.

Le reste ne sera qu’un festival de décisions absurdes, du posage de dragon au milieu des zomblards, en passant par la décision de Jon Snow (Kit Harington) de tenter de tuer un dragon mort-vivant en lui tirant dessus. Les scénaristes ont manifestement choisi de s’orienter du côté du pur spectacle, gageant que la réussite visuelle de l’ensemble ferait passer la pilule de sa stupidité tragique.

 

photoUne mort bien inutile et accessoire

 

Et c’est finalement cela qui empêche The Long Night de s’imposer comme la meilleure bataille de la série, et qui lui interdit de prétendre faire de l’ombre aux Seigneur des Anneaux ou Hobbits réalisés par Peter Jackson. Pire, en établissant que ses héros étaient capables de flinguer la grande menace existentielle du show les doigts dans le falzar, Game of Thrones prend le risque de se saborder.

Comment Cersei pourrait-elle représenter le moindre danger, depuis qu’Arya a tué le game ? Les scénaristes ont intérêt à s’être creusé les méninges.

 

photoLe type aura tenu moins longtemps que Theon à la tête de Winterfell

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bob 57

Mais alors là, je suis absolument d’accord avec vous ! A 2000 pour cent

Cydje

La saison (et la série, donc) n’est pas terminée. Il reste trois épisodes, on peut toujours avoir des surprises. Ne pas trop s’offusquer du scenario, du moins ce qui concerne l’avancée des histoires, tant que tout n’est pas terminé..
Pour ce qui est des personnages morts, on en a quand-même eu quelques-uns, plus un dragon!! Sans compter tous les personnages qu’on n’a vu ni mourir ni survivre. Encore une fois, on peut être surpris…
Après oui c’était plein de petites (oui, bon, ok…) incohérences, c’est bien dommage..
Mais côté réalisation : pouah!!!!

yellow submarine

concernant les dragons vous avez peut être oublié qu’il y a une méga tempête de neige au sol donc compliqué d’écraser l’armée des morts.

Perso j’ai beaucoup aimé le coup d’arya. Arrêtez de vous prendre le choux sur le fait qu’elle fasse un bon de 4 mètres ou non qu’est-ce qu’on s’en balec (ok je m’emballe).

Amnorian

En résumé, le scénario de bataille est peu crédible (en contradiction avec les phrases du précédent article….) mais les images magnifiques.
Oui il y a des belles images, le passage de la sorcière qui allume les épées est très beau. Mais des images ne font pas une vidéo sinon on achète un album (ou un tableau comme ceux de gustave doré…).
Les cut scènes ont malheureusement détruit toutes ambitions, rajoutés par la mauvaise utilisation du sombre qui gène la vision (vu sur OCS sans bug et en HD !)
Les passages avec Arya sont très réussi (tous même le final) je suis parfaitement d’accord après c’est le scénario qui pèche (comme vous le remarquez).
donc non, à l’image de ce que vous signalez sur les dragons, le combat du début qui montre des personnes partir puis disparaître (comme Transformers, le premier combat de bumblebee on voit rien, du génie visiblement 🙂 n’est pas magique.
« C’est la très grande force de cet épisode : une proposition courageuse, inventive, et techniquement incroyablement maîtrisée.  »
Non ce n’est pas incroyablement maitrisé, des cut scènes, des caméras qui ne suivent pas les mouvements ou qui sont à contresens n’est pas inventif, c’est juste pas maitrisé et c’est bien dommage.

Copeau

Franchement le bond et les capacités d’Arya n’ont rien de choquants. Après tout elle a suivi une formation particulière auprès des sans-visages qui lui donne des capacités hors normes, notamment pour se fondre dans la masse, prendre l’apparence de quelqu’un, etc. Rappelez-vous les capacités de son mentor (je sais plus son nom) au début de la série …un vrai ninja. Bah maintenant, elle aussi. C’est pas plus bizarre que l’existence de dragons, de zombies, de magie rouge, etc.