Aliens vs. Predator : le meilleur de la rencontre des deux monstres cultes

Arnold Petit | 20 septembre 2020
Arnold Petit | 20 septembre 2020

Après nos dossiers sur les comics autour des Aliens et ceux consacrés aux Predators, c'est l'heure de la bagarre entre les deux créatures.

Alors qu'Alien vs. Predator trouve grâce aux yeux de certains, à peu près tout le monde s'accorde pour dire que sa suite, Aliens vs. Predator : Requiem, donne envie de se verser du sang de xénomorphe dans les yeux, et c'est une réaction tout à fait légitime. Heureusement, les deux extraterrestres n'ont pas attendu que Paul W.S. Anderson et les frères Strause passent derrière la caméra pour s'affronter.

 

photoUn fantasme devenu réalité

 

À la fin des années 80, Dark Horse vient à peine de lancer Aliens et Predator, ce qui lui a permis d'acquérir une solide réputation auprès du public, mais la maison d'édition continue de voir plus loin. Lors d'une réunion interne à propos d'un éventuel crossover avec DC Comics, Chris Warner suggère qu'il vaudrait mieux utiliser les personnages qu'ils possèdent déjà et imagine un crossover entre les deux créatures, dans le genre de ce qu'Universal avait fait au cinéma avec ses monstres dans Frankenstein rencontre le loup-garou. Une idée de génie validée sur-le-champ, qui permettra de consolider le statut de Dark Horse comme l'un des acteurs majeurs de l'industrie des comics.

Le projet est confié à Randy Stradley, qui appelle aussitôt Phillip Norwood pour savoir s'il est partant pour se charger des illustrations. Ayant toujours rêvé de dessiner pour un comics, l'artiste accepte immédiatement et de novembre 1989 à février 1990, Dark Horse commence à planter le décor dans un récit en trois parties, publié dans Dark Horse Presents. Après une première histoire consacrée aux Aliens dans le numéro 34 et une autre sur les Predators dans le 35, la rencontre entre les deux monstres a enfin lieu, dans le numéro 36, avec un nom aussi évocateur qu'efficace : Aliens vs. Predator. En juin 1990, quand la première série de comics voit le jour, également intitulée Aliens vs. Predator, le succès est immédiat. Avec plus de 400 000 exemplaires du premier numéro écoulés, le titre devient le comics publié par une maison d'édition indépendante le plus vendu à l'époque.

Depuis, comme pour les comics Aliens et Predator, des dizaines de séries, mini-séries et one-shots ont été consacrés aux affrontements entre ces deux monstres. Des histoires dans lesquelles sang acide et sang fluorescent coulent et se mélangent, dont on a gardé que le meilleur.

 

photoPas facile le vivre-ensemble

 

ALIENS VS. PREDATOR

Pendant que deux hommes tiennent une discussion philosophique autour de l'évolution, la technologie ou encore l'exploitation de la nature par l'être humain à bord de leur vaisseau, les premières pages nous montrent le mode de vie des Predators et la façon dont ils organisent leurs parties de chasse : en gardant une Reine-Alien captive pour lui faire pondre des oeufs et les relâcher sur des planètes inhabitées. Une fois que les facehuggers ont eu le temps de se lier d'amitié avec la faune locale, ils y envoient de jeunes Predators qui doivent tuer les xénomorphes afin de prouver leur valeur et leur force dans ce qui s'apparente à un rite de passage.

À partir de cette idée ingénieuse, Randy Stradley conjugue les mythologies des deux créatures pour n'en former qu'une seule et utilise certaines thématiques pour établir un parallèle entre les humains et les Predators, mais aussi présenter leur culture. Un passage brillant, qui pourrait presque s'apprécier et être compréhensible seulement à partir des dessins de Phill Norwood. Cet aspect presque cinématographique s'explique simplement parce qu'il est d’abord un artiste de storyboard, qui a travaillé sur Indiana Jones et le Temple maudit ou Abyss, puis plus tard sur Terminator 2 : Le Jugement dernier, Batman, la série animée, Avatar, Tron : L'Héritage, mais aussi... Aliens vs. Predator.

 

photoTu seras un homme, mon fils

 

L’intrigue nous emmène ensuite sur Ryushi, une planète aride, qui abrite un ranch de la Chigusa Corporation : Prosperity Wells. Une installation dirigée par une femme rigoureuse et stricte, Machiko Noguchi, où des fermiers élèvent des bovins extraterrestres appelés rynths pour les envoyer sur Terre afin qu'ils servent de nourriture. Évidemment, Ryushi est un des terrains des chasses utilisés depuis des siècles par les Predators, qui ne savaient pas que des humains s'y étaient installés et vont donc se retrouver au milieu d’un affrontement sanglant.

Le scénario n'est pas particulièrement profond ou complexe, mais n'en reste pas moins captivant et brille par sa capacité à lier les deux monstres, tout en étant fidèle à leur univers respectif. Les vaisseaux et les infrastructures futuristes d'Alien, le huitième passager viennent s’implanter au milieu de ce paysage désertique et les fermiers qui se plaignent de leur paie et leurs conditions de travail rappellent les ouvriers du film de Ridley Scott, exploités et sacrifiés par la Weyland-Yutani Corporation.

 

photoPour quelques trophées de plus

 

Le scénariste développe considérablement la mythologie des Predators et exploite ce code d'honneur que les autres films avaient déjà montré, avec le face à face entre la créature et Arnold Schwarzenegger ou le pistolet à silex que le chef des Yautjas donne à Danny Glover après qu'il ait réussi à tuer l'un d'eux.

Partie à la recherche du vétérinaire du ranch, Machiko découvre l’un d’eux, qu'elle surnomme Dent-Cassée, et le ramène auprès du Dr Miriam Revna afin qu'elle soigne et étudie la créature. Un autre Predator arrive pour tuer la médecin, mais Dent-Cassée la défend, puis quand il découvre que ce congénère a massacré des enfants et pris leurs crânes comme trophées, il l'exécute sauvagement.

Si la plupart des personnages servent surtout à faire avancer l’intrigue, Randy Stradley parvient quand même à leur donner une personnalité propre et sait comment les utiliser pour varier le rythme entre moments d’accalmie et grosses scènes d’action. Au fur et à mesure que les victimes tombent, Machiko évolue, gagne en confiance et prend progressivement des airs de Ripley, allant même jusqu'à renier son humanité en choisissant d'attendre les Predators pour leur traditionnelle partie de chasse dans l'espoir de les rejoindre.

 

photoAll hail the Queen

 

Les illustrations de Phill Norwood sont excellentes et portent la narration de bout en bout. Des dessins simples, mais pénétrants, avec un style graphique plus proche de la bande dessinée que des comics traditionnels et un sens pointu du détail au niveau des décors, de l'armure du Predator ou de l'endosquelette des Aliens, mais pas toujours dans les visages des personnages.

Après avoir accepté d’aller travailler sur Terminator 2 : le Jugement Dernier, l’artiste a cédé sa place pour le dernier numéro à Chris Warner, qui a fait usage du talent qu’il avait montré dans Predator : Concrete Jungle pour assurer la relève et conclure le récit de Randy Stradley avec des scènes d’action sensationnelles, comme la ruée de rynths ou l'affrontement entre Machiko, Dent-Cassée et la Reine-Alien.

 

photoSuis-moi si tu ne veux pas te faire bouffer

 

Devenu un comics incontournable et une référence en matière de crossover, Aliens vs. Predator est une petite merveille qui exauce le rêve de tout ce qui voulait voir les deux monstres s’affronter, mais le fait avec beauté, respect et intelligence.

Si aux États-Unis, une édition deluxe est sortie en juin dernier pour les 30 ans du titre, en France, il faudra attendre la réédition de Vestron, disponible le 11 décembre 2020 pour retourner sur Ryushi.

 

photoDent-Cassée et Machiko par Dave Dorman

 

 

ALIENS VS. PREDATOR : BLOOD TIME / ALIENS VS. PREDATOR : WAR

 En septembre 1994, alors que Chris Claremont est en train de donner une dimension cosmico-épique à l’affrontement entre les deux monstres dans Aliens vs. Predator : Espèces Meurtrières, Dark Horse publie également d’autres comics, dont Aliens vs. Predator : Blood Time. À l’inverse du célèbre scénariste britannique, qui venait d’achever son passage sur X-Men, Randy Stradley choisit de revenir à quelque chose d’élémentaire et rappelle son vieux pote Phill Norwood pour une histoire toute simple, sans humains, qui sera en fait le début d’une nouvelle série de comics consacrée à Machiko Noguchi.

 

photoWelcome to the Jungle

 

Au beau milieu d’une planète sauvage, à la végétation luxuriante, un groupe de dix jeunes Predators sont en train de passer leur cérémonie de passage à l’âge adulte et cherche la trace d’un xénomorphe à décapiter pour le ramener comme trophée. L’un d’entre eux, présenté comme Deux-Rayures, cherche à prouver sa valeur par n’importe quel moyen, quitte à bousculer un des membres de son clan pour être le premier à mettre la main sur sa proie.

Quand l’un d’eux se retrouve gravement blessé après avoir été éclaboussé par le sang de l’Alien qu’il venait de tuer, Deux-Rayures le laisse agoniser et récupère le trophée pour lui. Sauf qu’en arrivant au vaisseau, il voit son chef, Grandes-Nattes et les autres Predators qui l’attendent, en train de porter leur ami blessé. Considéré comme un traître pour avoir triché pendant la partie de chasse, Deux-Rayures est dépossédé de son armure et ses armes, puis abandonné sur la planète, jeté en pâture aux xénomorphes restants.

 

photoLe châtiment pour les tricheurs

 

Aliens vs. Predator : Blood Time est un one-shot sobre et efficace, qui n’a vraiment pour seul défaut que d’être bien trop court : seulement 8 petites pages, composées de 42 cases, mais ce qu’il perd en développement et en vernissage, le comics le gagne en immersion et en dynamisme. Les dessins de Phill Norwood, dépourvus de dialogues, ressemblent encore plus à des storyboards. Des planches magnifiques, sublimées par les couleurs vibrantes et intenses de Frank Lopez avec des teintes qui peuvent être considérées comme démodées, mais qui possèdent tout le charme des années 90 et apportent un aspect encore plus extraordinaire à cette planète perdue au milieu de la galaxie.

Après ça, Phill Norwood est parti poursuivre son immense carrière à Hollywood et Randy Stradley a imaginé un autre récit autour de ce clan de Predators dans Aliens vs. Predators : Duel, avec une intrigue dans laquelle des Marines Coloniaux retournent sur Ruyshi pour essayer de découvrir ce qu’il s’est passé. Un récit marquant la première apparition du tristement célèbre Predalien et servant lui aussi à introduire la suite du comics original : Aliens vs. Predator : War.

 

photoMachiko Noguchi devenue Da'dtou-di

 

Machiko Noguchi vit désormais à bord du vaisseau des Predators et le scénariste en profite donc pour dévoiler encore un peu plus les traditions et la culture des Yautjas. Certains passages montrent leurs festivités, leurs tenues, la façon dont ils préparent leurs repas ou encore la hiérarchie établie au sein de leur société primitive, mais pourtant très avancée. Une civilisation semblable à celle des hommes préhistoriques, avec une immense avancée technologique, un code d’honneur similaire au bushido et un rituel de chasse qui prend une valeur presque religieuse pour eux.

Lorsque des humains se retrouvent (encore) au milieu d’un de leurs safaris, l’héroïne se retrouve alors obligée de choisir entre sa loyauté envers son clan et ses origines terriennes auxquelles elle reste profondément attachée. Une histoire assez satisfaisante, qui constitue une suite honorable à Aliens vs. Predator.

 

photoStranger in a Strange Land

 

En revanche, on ne peut pas en dire autant du troisième et dernier opus sorti plus tard en 2010, Aliens vs. Predator : Troisième Guerre mondiale, avec son scénario dans lequel de méchants Predators apprivoisent des xénomorphes pour les utiliser comme des armes tandis que les humains demandent de l’aide aux gentils Predators pour les sauver. L’idée des Predators tueurs est intéressante et montre une image différente des chasseurs, mais détruit celle des Aliens au passage en les changeant en de gentils animaux de compagnie, sagement tenus en laisse.

 

photoVas-y, répète un peu

 

ALIENS VS PREDATOR : ETERNAL

 À la fin des années 90, les Aliens et les Predators se sont déjà croisés plusieurs fois, majoritairement sous la plume de Randy Stradley, dans des histoires qui sentaient de plus en plus le réchauffé. Après le bordélique et interminable Aliens vs Predator : Espèce Meurtrières de Chris Claremont et Aliens vs Predator : War, Dark Horse sent qu’il faut amener du sang neuf aux xénomorphes et aux Yautjas et en juin 1998, la maison d’édition lance Aliens vs. Predator : Eternal, avec un scénario de Ian Edginton et des dessins d'Alex Maleev.

 

photoL'antre du dragon

 

Dans un futur proche, lors d'un reportage télé dans un pays d’Afrique de l’Ouest en pleine guerre civile, la journaliste Becca McBride assiste au massacre de son caméraman et d’une troupe de soldats par un groupe de mercenaires équipés d’armes qu’elle n’avait jamais vues avant et de combinaisons qui les rendent invisibles.

De retour à Londres, elle enquête sur l’origine de cet équipement grâce à une pointe laissée par un des tueurs et ses recherches la conduisent finalement à Tokyo auprès de Gideon Suhn Lee, un Japonais de plus de 700 ans qui a fait fortune grâce à la technologie des Predators et s’est nourri de leur chair pour prolonger son espérance de vie. Quand son équipe réussit à accéder au chargement du vaisseau qui s’est écrasé sous ses yeux au XIVe siècle, le vieil homme pense avoir mis la main sur des œufs de Predators et demande à ses scientifiques de les étudier.

 

photoBouge pas, je m'occupe de toi après

 

Ayant déjà écrit Aliens : Rogue, Aliens : Purge et Predator : Rite of Passage, Ian Edginton connaît déjà bien l’univers des deux créatures et délivre un scénario audacieux avec cette idée autour de l’immortalité. Le scénariste ne tente pas d’apporter une explication à ce concept, mais le considère comme un fait et l’utilise pour développer l’univers des Predators dans un récit plus contemporain, avec une héroïne qui n’a rien à voir avec Ripley ou Machiko et un antagoniste aux allures de Comte Dracula.

En revanche, les Aliens ne sont là que pour apporter un peu d’action à la fin du récit, parce qu’il fallait bien que les deux bestioles se la mettent à un moment ou à un autre.

 

photoIl n’a pas dit bonjour

 

Le trait d’Alex Maleev, qui ressemble à celui de Mike Mignola, dénote également avec le style graphique réaliste et coloré de l’époque. Responsable des dessins et de l’encrage, l’artiste bulgare maîtrise son découpage, insiste sur les ombres, les formes, les expressions de ses personnages et installe une atmosphère poisseuse et oppressante, aussi bien dans le château de Gideon Suhn Lee que dans les tunnels des égouts ou les rues bondées de Tokyo. Encore peu connu du public à ce moment, remarqué pour son passage sur The Crow et Batman : No Man's Land, il réalise un superbe travail, même si les confrontations entre les Aliens et les Predators auraient pu être plus nettes et plus intenses.

Loin des énormes combats épiques en plein air avec des humains perdus au milieu, Aliens vs. Predator : Eternal propose quelque chose de nouveau et séduit par son ambition. Un comics qui a emporté le titre dans l’ère contemporaine avec une histoire peut-être un peu laborieuse, mais sincèrement rafraîchissante.

 

photoAliens vs Predator par Glenn Fabry

 

Au début des années 2000, après la sortie d’Aliens vs. Predator : Xenogenesis, le titre est mis en pause pendant presque dix ans, puis revient avec Aliens vs. Predator : Troisième Guerre mondiale avant de retourner en pause, faute de lecteurs. En 2014, Dark Horse annonce un immense événement Fire and Stone, qui réunit les titres Prometheus, Aliens, Predator et Aliens vs. Predator, suivi d’un autre en 2016, mais ce n’est qu’en décembre 2019 que les comics Aliens vs. Predator ont véritablement fait leur retour, dans Aliens vs. Predator: Thicker Than Blood.

Malheureusement, la publication a été interrompue au bout de deux numéros en raison de la pandémie de Covid-19, puis a purement été annulée par le rachat du titre par Marvel. Néanmoins, même si les deux derniers numéros ne seront pas publiés, Dark Horse a quand même annoncé qu’une version intégrale sera disponible en novembre 2020 aux États-Unis. Un ultime comics Aliens vs. Predator, attendu pour le 13 novembre 2020 en France chez Vestron, avant de rejoindre Iron Man, Wolverine et les 4 Fantastiques.

 

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commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
21/09/2020 à 13:45

@Jet

On lui a consacré un dossier pour info, et c'était pas pour dire que c'était un navet
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/953742-le-mal-aime-alien-vs-predator-le-delire-regressif-de-paul-anderson

Jet
21/09/2020 à 09:31

Non le premier film n'est pas un navet. Il respecte à la fois les univers d'Aliens et Predator dans une histoire qui tient la route, mais les p.sse froid adorent lui casser du sucre sur le dos.

Le deuxième n'a lui, aucun intéret.

Mr.white
21/09/2020 à 07:15

Les films sont deux gros navet
Les comics sont bien meilleurs

Numberz
20/09/2020 à 17:16

Je rajouterais la curiosité Aliens vs predator vs terminator. C'est pas un must, mais c'est fun

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