Aliens : 3 comics cultes, sanglants et mystiques, à avoir lu

La Rédaction | 5 septembre 2020 - MAJ : 08/09/2020 22:41
La Rédaction | 5 septembre 2020 - MAJ : 08/09/2020 22:41

Retour sur les titres consacrés aux xénomorphes qui ont permis à Dark Horse de bâtir son succès en amenant le monstre de Ridley Scott dans les pages des comics.

Après les bides au box-office du prequel Alien : Covenant, du dernier The Predator et du crossover Aliens vs. Predator : Requiem, autant dire que l'avenir des trois franchises au cinéma est incertain, encore plus sous le pavillon Disney. En revanche, du côté des comics, ces créatures iconiques de la science-fiction sont sur le point de connaître une seconde vie chez Marvel, après plus de 30 ans à avoir fait les choux gras de Dark Horse Comics.

Durant cette période, la maison d'édition a considérablement étendu la mythologie du monstre découvert chez Ridley Scott, à travers des dizaines de titres consacrés aux Xénormorphes.

 

photoUn coeur qui cogne

 

À l'aube de l'Âge moderne des comics, Mike Richardson fonde Dark Horse Comics, une maison d'édition indépendante avec une approche bien différente de Marvel et DC, reposant sur une plus grande liberté artistique, la protection des droits créatifs et financiers des auteurs, et le partage des bénéfices générés par les comics et les produits dérivés. Au mois de juillet, les premiers numéros de Boris The Bear et Dark Horse Presents sortent dans les kiosques et rencontrent un succès dépassant toutes les attentes de Richardson. Dès lors, Dark Horse commence à prendre du galon et multiplie les titres, gagnant ainsi en popularité auprès des lecteurs. 

Quasiment au même moment, Aliens, le retour de James Cameron sort dans les salles obscures et crée l'événement, avec 85 millions de dollars de recettes à domicile et 131 millions à l'international pour un budget d'un peu plus de 10 millions (hors inflation). Alors que la maison d'édition continue de se développer et de recruter des scénaristes et des auteurs à tout-va, Dark Horse sent qu'il y a un filon à exploiter et décide donc de publier des comics Aliens sous forme de mini-séries et de one-shot, de sorte que les équipes créatives puissent régulièrement apporter du sang neuf aux Xénormorphes, mais aussi pour éviter les éventuels retards des séries de comics traditionnelles. 

En juillet 1988, la première série voit le jour sous le nom d'Aliens, avec un scénario de Mark Verheiden illustré par Mark Nelson et imaginé comme une suite directe au film de James Cameron. Après avoir décimé les humains sur grand écran, le monstre de science-fiction est relâché dans les comics, pour un carnage toujours aussi sanglant et réjouissant, dont on a concocté une petite sélection.

 

photoAliens : Nightmare Asylum

 

ALIENS

Le fait que Dark Horse ait dû composer avec la suite d’Aliens constitue à la fois sa force et une faiblesse, que l’éditeur s’est empressé de gommer. En effet, la première série de Mark Verheiden ne s’occupe que du film de James Cameron, sans trop se soucier des répercussions dans le canon officiel de la saga. L'auteur imagine donc une suite aux événements du Sulaco, et exploite bien plus les personnages nés sous la plume de Cameron, Giler et Hill, qu’Alien 3, qui après une production infernale, jettera purement et simplement aux oubliettes les survivants.

Le scénariste n’est pas régi par les mêmes règles, format papier oblige, et peut donc toucher à un peu près tout le monde… sauf Ripley. Qu’à cela ne tienne : il laisse gentiment la last girl increvable de côté, et se concentre sur Newt et Hicks, personnages passionnants forcément traités par la plupart des auteurs ayant eu la chance de se réapproprier cet univers, quand ils sont autorisés à le faire.

Néanmoins, lorsque le troisième film sort, l’histoire racontée ici fait tache dans la chronologie officielle. L’éditeur s’empresse donc de corriger tout ça en octroyant de nouveaux noms aux deux personnages principaux. Newt devient Billie et Hicks devient Wilks. Mais l’auteur de ces lignes, en bon puriste relou, a lu l’édition originale telle qu’elle a été rééditée par Black Horse pour les 30 ans de la franchise. Une édition qui assume donc de bouleverser la continuité de la franchise au cinéma et de créer malgré elle un destin alternatif pour les protagonistes d’Aliens : le retour.

 

photoBillie the Kid

 

D’autant plus que cette histoire longue et éreintante cristallise les désirs mythologiques des artistes chargés de donner une suite à Aliens. D'ailleurs, quand on lui confie le projet, Verheiden n’a que deux conditions : il voudra s’aventurer sur Terre et revenir aux origines de la saga.

Et en effet, le récit prend une tournure beaucoup plus terre-à-terre dans les décors convoqués puisque la première partie traite en priorité les blessures psychologiques des deux survivants du Sulaco, vivant chacun leur stress post-traumatique à leur manière dans leur coin, pas aidés par une société futuriste déshumanisante au possible. La noirceur de la vie terrienne, écrasante, est parfaitement soulignée par le noir et blanc incisif de Nelson, sans répit. La nouvelle vie du duo, séparé très rapidement, est un calvaire bien différent de leur cauchemar spatial, et c’est aussi pour ça qu’ils y reviennent dans la deuxième partie.

Cette dernière partie décide donc de revenir aux origines du Space Jockey. Si le comics anticipe parfaitement Prometheus lorsqu’il s’agit de décrire ces « proto-ingénieurs », il est loin d’être aussi ambitieux que le space opera créationniste de Ridley Scott. Reste une description assez jouissive d’une planète où les xénomorphes règnent en maître, planète où l’homme n’a bien évidemment pas droit de cité. Et c’est pourtant bien là qu’il va essayer – comme à son habitude – de s’approprier ce qu’il ne contrôle pas, laissant les connaisseurs du terrain, forcément meurtris, tout régler à leur place.

 

photoÇa vous rappelle quelque chose ?

 

À noter un traitement plutôt original de la figure de l’Android, construit comme l’antithèse de la haine de Ripley à leur égard dans le film de Cameron. Chaque itération de la franchise y passe. Et dans ce cas, la relation développée prolonge encore les thématiques de l'intrigue, surtout que les machines humanoïdes typiques de ce monde décrépi, mais à la pointe de la technologie ne sont finalement pas si nombreuses sur Terre.

Enfin, on y décèle également une idée qui aura définitivement obsédé tous les auteurs qui se sont attaqués à Alien après Le Retour : la religion. Encore mieux traité que dans Alien 3, le culte que peut inspirer la puissance mythologique du xénomorphe s’étale sur une grosse partie de l’intrigue, dans une réflexion presque méta à propos du pouvoir de fascination qu’exerce une légende aussi morbide, sur les terriens qui ne font qu’en apercevoir des fragments épars, mais aussi sur le lecteur.

 

photoAlive and well

 

Déjà à l’époque, le monstre de H.R. Giger est devenu une sorte d’icône de la perfection du mal, titre qui lui donne une singularité profondément théologique, pour ne pas dire complètement fanatique. Dans Outbreak, le mythe de l’Alien s’incruste étrangement dans les esprits comme il s’est invité dans l’inconscient collectif. Dès lors, la question fondamentale énoncée par Newt (« les monstres sont-ils réels ? ») concrétise tout le point de vue de Verheiden et de quelques autres scénaristes à l’avenir : quand un Dieu est tangible, il ne peut que détruire.

Quelques années plus tard, l’auteur récidivera avec une autre excellente histoire dans le même univers : Nightmare Asylum, qui sort en France sous le titre « La série originale, volume 2 ». Son style et son exploration précise des codes de la saga sont donc bien une référence encore aujourd’hui.

 

photo

 

ALIENS : ABSOLUTION

La religion au sein de la mythologie d'Alien est une thématique qu'on retrouve déjà dans la version d'Alien 3 de Vincent Ward. Avant d’abandonner le projet, le réalisateur néo-zélandais avait imaginé une histoire dans laquelle Ripley échouait sur une planète abritant un monastère et se retrouvait au milieu d'une communauté d'homme reclus, ayant fui la technologie, poursuivi par un xénomorphe qu'ils pensent être une créature démoniaque.

Une symbolique religieuse qui sera en partie conservée dans le film de David Fincher à travers le personnage de Leonard Dillon (Charles S. Dutton), et que Dave Gibbons et Mike Mignola ont également décidé d'explorer sous un autre aspect avec Aliens : Absolution.

 

photoSelkirk, un personnage dont les croyances vont être ébranlées

 

Fidèle aux codes de l’univers d’Alien, l’histoire est assez simple, mais terriblement captivante, notamment grâce aux dessins de Mike Mignola. Selkirk, un prêtre enrôlé en tant que cuisinier à bord du Nova Maru, se retrouve obligé de quitter le vaisseau avec son capitaine à bord d'une navette de secours après une mystérieuse brèche à l’intérieur d’un des compartiments du cargo spatial. Les deux hommes échouent sur une planète inconnue et hostile, survivant en mangeant ce qui leur passe sous la main. Le capitaine Foss bascule dans une frénésie meurtrière qui contraint Selkirk à le tuer et le prêtre se retrouve alors seul, pensant que tout ceci n’est qu’une épreuve de son Créateur pour tester sa foi. Plus tard, il découvre l’épave du Nova Maru qui s’est également écrasé sur la planète, libérant ainsi son fléau dans la nature.

Le scénario de Dave Gibbons est intense, riche en rebondissements et reprend plusieurs éléments iconiques de la saga, avec une narration que l’on suit à travers les pensées de Selkirk. Illustrées à merveille, les scènes d’action s’enchaînent à un rythme effréné, renforçant la pesanteur qui règne dans cette jungle où le danger peut surgir à tout moment.

 

photoInferno

 

Perdu au milieu de ce paysage tropical qui n’est pas sans rappeler l’environnement d'un certain Predator, Selkirk repousse les xénomorphes les uns après les autres, en quête de rédemption. Un martyr acceptant de souffrir au nom de sa croyance auquel Dave Gibbons réussit quand même à apporter de la nuance malgré un récit condensé, qui aurait demandé plus de pages pour être parfait.

Le trait de Mike Mignola retranscrit cette ambiance anxiogène propre à l'univers d'Alien et confère une dimension surréaliste à cette intrigue articulée autour de la religion. Un terrain de jeu dans lequel le dessinateur laisse entrevoir ce que sera Hellboy lors des visions oniriques de Selkirk ou lorsqu’il s’empare de la mythologie d’Alien pour proposer une vision de l'Enfer, où le Diable a pris la forme d’une Reine-Alien, donnant à cette planète des allures de purgatoire.

Des dessins puissants et profonds, qui parviennent à capturer l’horreur et le désespoir sur le visage des personnages, et sacrifient l’aspect organique détaillé de HR Giger pour représenter les xénomorphes comme des silhouettes obscures, qui se fondent dans la végétation luxuriante et les ombres sublimées par l’encrage de Kevin Nowlan.

 

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ALIENS : PERDITION

Parfois, la simplicité est la clé. James Stokoe, dessinateur sur Orc Stain et sur un autre gros monstre de pop-culture, à savoir Godzilla, en est bien conscient. La grande force de son Aliens : Perdition (Dead Orbit en version originale), c'est que l’artiste s’occupe à la fois du scénario et du dessin pour un rendu organique qui colle esthétiquement à la saga, voire qui la magnifie carrément comme peu l’ont magnifiée.

Contrairement à la plupart des essais évoqués en ces lignes, Dead Orbit n’a que faire de recherches mythologiques fouillées, de récupérations de personnages cultes, de fan service appuyé ou de sous-texte religieux et politique travaillé. Le monde qu’il met en scène est désespéré, sale, grouillant et suintant de peur.

 

photoUn Alien dans le placard

 

Alors que beaucoup des comics issus de l’univers créé par Dan O'Bannon prennent pour référence la folie guerrière et l’expansion d’univers propre à l’œuvre de Cameron, Stokoe décide de plutôt s’inspirer de la noirceur insidieuse du film original et d'y insuffler, grâce à son dessin hallucinant de maitrise, une patine gorasse très efficace.

Véritable huis clos extrêmement classique (le signal de détresse, le vaisseau en lambeaux, on connait), le récit débute en mutilant atrocement des personnages déjà pas au top de leur forme. Et tout ce qui en découle persiste dans l’horreur frontale et organique, qui peut surgir de partout. Une telle spontanéité est permise par le découpage fortement inspiré du meilleur de la série B crapoteuse des années 1970 et 1980, n’hésitant pas à agresser directement, à enserrer dans un étau tout de muscles et de sang.

 

photoPas de peau

 

Pour ajouter encore un peu à la tension, l'auteur opte pour une sorte de montage alterné dans deux temporalités espacées de quelques heures, qui se rejoignent vers la fin. Une sorte d’entonnoir narratif très bien pensé qui fond sur le lecteur comme un xénomorphe sur sa proie. On aura rarement vu une histoire estampillée Alien aussi désespérée, tant la fin nihiliste et le premier acte dégueulasse hantent bien après avoir fermé définitivement l’ouvrage.

En somme, Dead Orbit n’apporte rien de bien nouveau à l’univers d’Alien, mais il a le mérite de prouver que les déboires claustrophobes crados cyberpunks ont toujours leur place dans la saga, pour peu qu’ils soient bien conçus. Le dessin de Stokoe, envenimant chaque situation avec un sadisme non-dissimulé, en est le plus parfait représentant. Sortie en 2017, cette parution démontre également que les relectures plus contemporaines continuent de faire vivre la franchise, et ce malgré les polémiques divisant les fans sur les derniers longs-métrages. Espérons que Marvel se laisse aller au même type de liberté de ton quand il relancera, à sa manière, cet univers.

 

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DANS L'ESPACE, PERSONNE NE VOUS ENTENDRA LIRE

Cette sélection se veut courte, mais représentative de la pluralité des comics Alien. On y trouve le classique qui a tout lancé, une déclinaison passionnante par un artiste reconnu et une itération beaucoup plus récente et viscérale. Mais ces trois excellents titres naviguent dans une galaxie bédéphile tellement riche que les fans qui veulent s'y consacrer se cassent un peu les dents.

On aurait également pu évoquer d'autres histoires originales très appréciées, comme Aliens : Apocalypse - le Culte des Anges qui assaisonne une fois de plus les xénomorphes d'iconographie religieuse, et Aliens : Labyrinthe, qui plonge directement dans l'affrontement titanesque à la Cameron avant d'épiloguer plus profondément sur le véritable lien entre Weyland Yutani et les monstres qu'ils pourchassent sans trop les connaître.

 

omnibusRien à voir avec Harry Potter

 

C'est quand on quitte ces récits courts qu'on se perd un peu dans la mythologie Aliens. Alors que certains comics s'inspirent d'itérations parallèles aux films (Alien : Isolation), d'autres mettent en scène des personnages récurrents. Ainsi, un des derniers représentants de la franchise à arriver en France est Defiance. Mais comme d'habitude, c'est lorsqu'on s'aventure sur des terres inconnues qu'il devient difficile de se repérer.

Prometheus a, par exemple, été développé en comics, puis a été mélangé avec la franchise Aliens classique, puis avec Predator ! Dans le monde merveilleux des crossovers, tout est possible, et les bestiaux au sang acide ont affronté Terminator, Superman, Judge Dredd, Green Lantern ou même Buffy.

Plus sérieusement, Dark Horse a entrepris récemment de développer en format papier des scénarios originaux de films jamais concrétisés. L'éditeur a donc commencé avec la version du script d'Alien 3 par William Gibson. Si le résultat déçoit, il a le mérite d'en dire un peu plus sur la production très complexe de ce troisième opus. Bientôt sera édité en France Alien : The Original Screenplay, qui adapte le premier scénario de Dan O'Bonnon. Vu la pré-production alambiquée de la plupart des longs-métrages de la saga, cette série est quasiment inépuisable.

 

photo The original Screenplay

commentaires

Tom’s
07/09/2020 à 10:04

Curieux de voir ou va l’univers ciné, on es dans une ère où le sans réponse n’as pas lieu d’être, le nouveau film doit montrer, d’où la créature viens et dans quel but, crée une mythologie sans faire converger vers le 1er film pas facile, moi je me creuse la tête à savoir ce que ça pourrait être, le film devrait axé l’histoire sur Weyland qui aurai déjà organisé le délire donc découvre la créature et ses propriété militaire et veut l’exploiter en sacrifiant des colons ou travailleurs, 2perso, 1scientifiQue qui ne cautionne pas et un ouvrier charger d’intervenir sur le site ou charger le truc s’apercevant du truc décide de parasité le retour sur terre ... bref je veux un Autre Alien, la créature ciné la plus abouti jamais crée .

Decker
06/09/2020 à 23:40

Sinon cartoons dans l'espace en pyj, qui va bien faire parler de lui prochainement : Star Trek: Lower Decks

D44
06/09/2020 à 00:33

Buffy vos Alien ... l’ouvrage est il trouvable en France ? Si oui, avec quoi comme titre ?


05/09/2020 à 21:45

Merci Mathieu.

J'ai un peu honte car j'adore tellement cette creature. Et pourtant, je n'ai pas de comics que sur celle ci.
Étant fan de l'univers DC, j'ai les ouvrages suivants:

Batman Aliens
Green lantern VS aliens
Batman/superman v aliens/predator
Jla vs predator
Batman vs predator

Et le plus improbable, Aliens vs predator vs Terminator...

Bref pas de quoi être porté au panthéon du genre.

Moixavier58
05/09/2020 à 13:20

Quelque soit le comic, soit ils sont bon ou moyen. Plus que les originaux, sse sont les scenarios origiaux qui me plaise. Tout comme AVP

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