Le mal-aimé : X Files Régénération, deuxième film tiré de la série culte

Christophe Foltzer | 5 avril 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 5 avril 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

Affiche officielle

 

"Le film de Chris Carter s'apparente tout juste à un long épisode lambda" (Mad Movies) 

"Parions que les fans fonceront brûler un cierge pour que le troisième long-métrage soit plus inspiré" (Le Parisien)

"Le scénario, qui patine dans la semoule, appartient à la veine policière de X-Files la moins folle - histoire quelconque de serial killer" (L'Humanité)

 

 

DOSSIERS ROUVERTS

Lorsque X Files : Régénération sort dans les salles en 2008, la série-mère est morte depuis déjà 6 ans. Mulder et Scully ont abandonné les affaires non-classées, la Conspiration a trouvé son explication, l'Invasion est programmée, bref, il n'y a plus aucun mystère. Le retour du duo d'enquêteurs ne s'imposait donc pas vraiment mais pourtant ils sont revenus. Dans un film qui n'a pas fait l'unanimité. Alors qu'une dixième saison est annoncée, il était plus que temps de revenir sur cet épisode mal-aimé et de comprendre que, peut-être, c'est nous qui n'avions rien compris. 

La fin de la série télé semblait définitive et s'était embourbée dans sa propre complexité. Avec un final déceptif et qui tentait par tous les moyens de raccrocher des wagons éparpillés au cours de ses 9 années d'existence, la conclusion d'X Files a laissé un goût amer, ainsi qu'un constat des plus sombres : quoi que l'on fasse, le monde courait à sa perte, il valait mieux vivre cachés que continuer à se battre contre la fatalité. Soit la négation absolue de tout ce qui faisait la série, la recherche de la vérité, "I Want to believe" et autres "Combattre le futur." Et quelque part, on acceptait que cela se termine ainsi. On a été d'autant plus surpris lorsqu'est apparu un nouveau film mettant en scène les agents Mulder et Scully. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir raconter ?Que restait-il à dire sur la Conspiration ? La réponse fut inattendue et surprenante.

 

Photo Amanda Peet, David Duchovny, Gillian Anderson

 

L'HORREUR EST HUMAINE 

Faisant fi de tout ce qu'il a fait monter en mayonnaise pendant des annéesChris Carter nous propose avec Régénération un long épisode loner, à savoir détachée de toute intrigue fil rouge. Une agente du FBI disparaît, un prêtre accusé de pédophilie a des visions du drame, des enquêteurs viennent trouver Scully reconvertie en médecin dans un hôpital catholique pour qu'elle demande à Mulder, reclus et barbu, de les aider en échange du pardon total de l'Agence. Après quelques réticences, le Martien accepte et, au contact du prêtre, commence à retrouver ses vieilles habitudes.

Point d'aliens, de conspiration ou de Smoking Man dans ce film, mais simplement deux agents brisés par la vie et le gouvernement, qui tentent de panser leurs blessures et de continuer à vivre malgré tout. Un choix qui étonne de prime abord mais qui s'avère logique et fort intéressant.

 

Photo Gillian Anderson, David Duchovny

 

CRISE DE FOI

Car voilà, entre le moment où la série était la Reine et ce film, le monde a bien changé. X Files s'est terminée un an après les attentats du 11 septembre et entre son départ et son retour, les choses n'ont fait qu'empirer. Emergence d'un nouvel ennemi, nouvelle guerre, christianisation du gouvernement américain, scandales politiques et financiers, prémices de la Crise de 2008, l'horreur n'était plus dans nos écrans mais dans notre quotidien. Le fantastique, éternelle métaphore de nos versants les plus sombres, ne faisait plus le poids face à la réalité, Mulder et Scully n'avaient plus aucune raison de repartir à la chasse à l'entité biologique extra-terrestre. On nous les présente brisés, désabusés, en couple certes, mais sous perfusion. Ils ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils ont été et cela fait de la peine à voir. Chacun traçant sa route, essayant pour l'une d'accéder à une certaine idée de la normalité (en se réfugiant dans ses croyances religieuses pour se rassurer) et l'autre s'enfermant dans sa paranoïa (sa croyance à lui) mais le coeur n'y est plus, la machine tourne à vide.

 

Photo Mitch Pileggi, Gillian Anderson

 

On a pu se choquer de voir que Régénération se vautrait aussi allègrement dans la foi et la religion, ne comprenant pas cette démarche alors que justement, elle n'était pas le coeur de la série. C'était oublier que les notions de croyance et de foi ont toujours été présentes dans X Files mais sous la forme d'un questionnement et non d'une affirmation : Fallait-il croire ou non qu'un autre monde que celui que nous avions sous nos yeux existait ? Et qu'est-ce que cela entrainait dans notre vie de tous les jours ? Dans notre rapport au Réel ? Et c'est là le coeur de Régénération, le besoin de croire en quelque chose pour survivre. Mais s'il met autant en avant la religion, ce n'est pourtant pas le sujet mais l'un des moyens pour l'exprimer. Comme la vérité, le vrai film est ailleurs et on le découvre au détour d'un indice discret, LE gag du film.

 

Photo David Duchovny

 

BUSH PRESIDENT 

En arrivant dans les locaux du FBI, Mulder s'étonne du portrait de George W. Bush, actuel président des Etats-Unis au moment de la sortie du film et le regarde avec perplexité et incompréhension, jingle emblématique de la série à l'appui. Par ce gag, qui marche à chaque fois, Chris Carter ouvre la piste de son vrai sujet : un monde désorienté, traumatisé, dont Mulder s'est coupé, qui avance sans lui et qu'il ne comprend plus. Un monde où l'improbable est arrivé, un monde où Bush est président. Si on le met en parallèle avec la mentalité d'alors, tout s'éclaire : une société sans repères, en guerre, qui se cherche un but et se réfugie dans la religion pour se réconforter et justifier ses actes. Un point de vue typiquement américain que Carter approfondira tout au long de son scénario. Tout n'y est qu'une question de savoir ce que l'on est, de comment faire pour se remettre d'un drame, de ce qui nous attend ensuite et comment y faire face. Des thématiques sombres et réelles, échos d'une civilisation occidentale en perdition qui choisit l'aveuglement pour éviter ses responsabilités.

 

Photo Gillian Anderson, David Duchovny

 

Tout Régénération ne sera qu'une quête de sens avec en toile de fond, le prix à payer, la perte de soi, l'errance humaine. Un cri d'alarme contre l'ordre des choses qui tente de nous poser de nouvelles questions et de nous sortir du schéma manichéen alors en vigueur aux USA (et malheureusement toujours en cours en France aujourd'hui) : Peut-on résumer un homme à ce qu'il a fait dans son passé (le prêtre pédophile) et ne pas concevoir qu'il puisse changer et chercher à se racheter de ses fautes ? Sommes-nous unilatéralement bons ou mauvais sans plus de complexité ? Régénération brouille les pistes et proclame sans retenue qu'un être humain est une addition de Bien et de Mal en perpétuel conflit et que, malgré ce que l'on nous rabâche, les choses ne sont pas si simples.

 

Photo David Duchovny

 

Qu'il s'agisse du prêtre, de Scully (qui se retrouve face aux mêmes épreuves dans sa nouvelle carrière au point de douter du bien-fondé de sa démarche et de son couple), de Mulder (sombrant dans sa paranoïa, esclave de son trauma d'enfance) ou des "méchants" Russes (dont l'horreur des agissements dissimule en réalité un vrai acte d'amour), rien n'est jamais acquis ou immuable et chacun doit lutter contre ses préjugés pour avancer et s'en sortir (le rapport entre Scully et le prêtre, noeud du film). Le sous-titre du film original I Want to Believe (Je veux croire), réminiscence du poster emblématique de Mulder dans la série et centre de son bureau, sacrifié dans le titre français, fournissant la clé de compréhension nécessaire à la lecture du film.

 

Photo Gillian Anderson

 

UN FILM A REVOIR ABSOLUMENT 

Bien sûr, Régénération est loin d'être un chef-d'oeuvre. Comme ses personnages, il tâtonne, se cherche une raison d'être, tente de dépasser ce qui le définit (l'étiquette X FIles) pour aller plus loin. En résultent quelques errements et facilités scénaristiques, une intrigue mal définie qui ne propose jamais de véritable enquête et un rythme un peu aléatoire. Mais on aurait tort de se limiter à cela car, une fois qu'on l'isole de la hype X Files et de ce qu'on s'estimait en droit d'attendre d'une nouvelle aventure de nos agents préférés, il révèle un intérêt et une profondeur insoupçonnés. Mal maitrisés certes, mais nantis de grandes qualités et qui a au moins le mérite de poser des questions importantes. 

Sombre, désenchanté et imparfait, X Files : Régénération mérite une réhabilitation ne serait-ce que pour son parti-pris audacieux et risqué. En prenant le contre-pied de toutes nos attentes et en cassant le schéma propre à la série qu'il a créé, Chris Carter nous offre au final une très honnête série B noire et dépressive tout autant qu'une recherche d'espoir indispensable qui ne méritait pas toutes les critiques qu'il s'est pris au visage en 2008 et n'est que l'approfondissement thématique de son travail le plus abouti à ce jour, la série Millennium.

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

 

 

Tout savoir sur The X-Files : Régénération

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commentaires
triol
16/08/2017 à 00:44

vraiment un très bon article!!

Anthony
27/02/2016 à 03:12

Moi j'avais choisi le film lors de la sortie cinéma de la colonie de vacances camping
Étant fan de la série,
J'avais été satisfait de ce film
Qui est, avouons le, génial

sylvinception
07/04/2015 à 12:50

Elle est vachement bien la critique de "Lost River" sinon...

Xspy
07/04/2015 à 11:43

Dans la conclusion : on dit "qui l'a créé" et non pas "qu'il a créé"... Sinon j'ai jamais réussi à accrocher à ce film mais la démarche de réhabilitation est louable.

Gabriel Vetra
06/04/2015 à 15:10

Excellente analyse, très pertinente.
La même année, un autre film avait été trop sévèrement malmené alors que le film regorgeait de qualités (mise en scène, photographie, état d'esprit du pp, thématiques sous-jacentes, etc.), éclipsées par ses nombreuses carences (dialogues pauvres, mauvaise articulation des rebondissements de l'intrigue, overdose de scènes d'action pour maquiller un scénario bancal - conséquence directe de la grève des scénaristes de 2008) : "Quantum Of Solace".
A mon avis, tout comme pour "X-Files : I Want To Believe" vis-à-vis de la série TV, le métrage a trop souffert du poids de la notoriété de "Casino Royale".
EL jouera-t-il les avocats de la défense à l'occasion de la sortie de "Spectre" ? ;)

Gollem13
06/04/2015 à 11:07

Mouais...pour ma part c'était une grosse bouse comme on en a trop souvent

Spip
05/04/2015 à 18:28

Risqué, oui. Le studio a visiblement donné à Carter une vraie liberté, et ça reste surprenant.
Peut-être en raison du "petit" budget de 30 millions...
Mais désolé, vraiment raté.

rigolax
05/04/2015 à 14:03

C'est vrai. Je me souviens que le film était sorti dans des salles presque vide à la même époque que The Dark Knight....
J'avais trouvé le film correct (dont le scénario aurait été plus approprié à la série Millenium) même si j'avais été un peu choqué par le fait que le duo Mulder Scully, parfaitement informé de la prochaine invasion alien en Décembre 2012, vivent leur vie sans réellement se soucier de cette menace imminente....

west666
05/04/2015 à 11:14

Pas mal mais le premier film xfiles reste définitivement au dessus large

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