Saint-Jean-De-Luz 2021 : une journée engagée et sincère

Christophe Foltzer | 7 octobre 2021
Christophe Foltzer | 7 octobre 2021

La compétition avance à la vitesse de l'éclair, les films s'enchaînent, les univers se multiplient et le FIF de Saint-Jean-De-Luz prouve une nouvelle fois la finesse de sa sélection, en variant les styles, les genres et les mondes, sans perdre de vue l'essentiel : le cinéma est un formidable moyen d'expression.

MARCHER SUR L'EAU

Pour être en phase avec l'une des thématiques de cette édition 2021, nous nous permettons une petite transgression en découvrant en début de journée Marcher sur l'eau, le film d'Aïssa Maïga. Transgression parce qu'il ne fait pas partie de la compétition officielle, et transgression également, parce qu'il s'agit d'un documentaire, fait rare et exceptionnel dans l'histoire du festival.

Néanmoins, l'enjeu est de la plus haute importance puisque le film s'attarde sur un village nomade du Niger, Tatiste, en voie de sédentarisation, qui subit de plein fouet le changement climatique. L'eau vient à manquer, la faune déserte la région et le petit village n'a, comme seule planche de salut, que l'hypothétique forage de son sol qui pourrait créer un nouveau puits et les sauver tous.

 

photo Marcher sur l'eauMarcher sur l'eau 

 

À la beauté des images, Aïssa Maïga oppose la dureté des conditions de vie d'un peuple que nous ne connaissons que trop peu, voire pas du tout. Tourné sur une année entière, le documentaire nous montre sans détour le quotidien austère de ces hommes et de ces femmes, obligés de parcourir des distances énormes pour un peu d'eau ou d'argent, en laissant leurs enfants derrière eux, sans garantie de retrouvailles.

Un sujet extrêmement fort, profondément humain, traité avec douceur, sensibilité et bienveillance. Si l'irruption de scènes purement fictionnelles peut perturber le spectateur non-averti de prime abord, l'intention affichée est pleinement assumée par la réalisatrice, qui parvient à en faire une force plutôt qu'un écueil. Responsabilisant mais jamais culpabilisant, concerné mais pas moralisateur, Marcher sur l'eau est une petite pépite qu'il est indispensable de découvrir en salles (sortie le 10 novembre prochain). Tant pour la beauté de ses images et de ses personnages, que pour l'importance capitale de son propos pour notre avenir à tous.

 

photo Marcher sur l'eauUn voyage dangereux et incertain pour la survie.

 

LE PARDON

Retour à la compétition officielle et changement radical d'ambiance avec Le Pardon, film iranien réalisé par Behtash Sanaeeha et Maryam Moghaddam. Ce drame lourd et étouffant nous plonge dans les contradictions de la justice iranienne. Si nous n'en révélerons pas trop puisque la surprise du spectateur participe activement à l'intrigue du film, précisons néanmoins qu'il s'agit-là d'un récit d'une force assez dévastatrice, fait d'autant plus remarquable que sa forme s'avère étonnamment discrète et sur la réserve.

Tout n'est que successions de regards, de silences lourds et évocateurs, d'intériorisation dans une société où la parole est loin d'être libérée et peut même souvent s'avérer dangereuse. Porté par une Maryam Moghaddam phénoménale, Le Pardon tisse sa toile progressivement, en prenant son temps, entraînant dès ses premières secondes le spectateur dans un récit sobre, à l'os, mais extrêmement efficace.

Si l'on pourra trouver le rythme du film un peu lent par moments et laborieux par endroits, Le Pardon parvient cependant à proposer un univers terriblement fascinant, règne du non-dit et de la menace invisible, palais de solitudes individuelles, de culpabilités douloureuses qui tentent par tous les moyens de s'octroyer un peu de vie en marge d'un système arbitraire, injuste et répressif, en attendant le prochain drame. Tout cela participe et construit patiemment une conclusion en forme d'électrochoc qu'il serait dommage de rater. Encore plus quand on sait que le film sortira le 10 novembre sur nos écrans.

 

photo, Maryam MoghaddamUn pardon difficile à accorder.

 

PETITE LEÇON D'AMOUR

Si nous estimons que les films les plus impactants sont ceux qui nous mettent face à nos contradictions, parfois avec douleur, le comité de sélection du festival s'est probablement dit que nous aurions besoin d'une petite bulle d'air légère à mi-parcours de la compétition. Et c'est exactement l'effet que propose Petite leçon d'amour, premier long-métrage d'Ève Deboise.

Une histoire loufoque, en mode After hours, entre une jeune femme haute en couleur et un professeur de mathématiques à la vie décidément très compliquée. Si tous les ingrédients sont réunis pour nous offrir une belle comédie romantique dans les codes du genre, rehaussés par un soupçon de burlesque bienvenu, force est de constater qu'au final la recette ne prend pas totalement.

 

photoPrenez des notes

 

La faute à un manque d'enjeux évidents, d'une toile de fond plus solide, comme si la réalisatrice n'osait pas aller au bout de son propos. Une frilosité d'autant plus dommageable au film que son univers est réellement intéressant, qu'il dépeint efficacement les rouages arbitraires et contradictoires d'une société qui n'accepte que la norme molle et que la plupart de ses instants burlesques fonctionnent.

Un crédit à mettre aussi au compte des deux acteurs principaux, Pierre Deladonchamps et Laetitia Dosch. Lumineux, touchants, lancés à corps perdu dans cette course-poursuite un peu folle, ils forment un couple des plus attachants et il est évident qu'ils forment un duo comique redoutable tant l'alchimie entre les deux comédiens imprègne chaque plan du film. C'est d'autant plus dommage, donc, que cette Petite leçon d'amour ne parvienne pas à s'emparer pleinement de son sujet pour nous raconter une vraie romance. Gageons cependant que la réalisatrice s'affirmera plus lors de son prochain film. Sortie le 29 décembre prochain.

 

photo, Pierre Deladonchamps, Laetitia DoschUne histoire d'amour comme on n'en voit pas tous les jours.

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