Saint-Jean-De-Luz 2021 : une journée souterraine

Christophe Foltzer | 9 octobre 2021 - MAJ : 11/10/2021 10:26
Christophe Foltzer | 9 octobre 2021 - MAJ : 11/10/2021 10:26

Il y a toujours un moment, dans la couverture d'un festival, où l'on commence à se sentir un peu mélancolique. La fin approche, le retour à Paris aussi et, avec lui, la vie réelle, lourde, fastidieuse, compliquée. Heureusement, les deux derniers films de la compétition nous ont encore fait bien voyager.

 

Festival Saint Jean De Luz Affiche 2021

 

UNE VIE DÉMENTE

Peut-on rire de tout ? Pierre Desproges nous rappellerait probablement que oui, on peut le faire, mais pas avec tout le monde. Pour leur premier long-métrage, les réalisateurs belges Ann Sirot et Raphaël Balboni ont décidé de ne pas suivre ce sage conseil puisque, avec Une vie démente, ils décident de mettre les pieds dans le plat, sans faire de prisonniers.

Attention toutefois, nous ne sommes pas dans la comédie potache ou le burlesque graveleux, bien au contraire. Une vie démente, dans sa peinture de la maladie qui touche une mère, laissant à son fils et sa fiancée la responsabilité de sa prise en charge, prouve une nouvelle fois que le drame recèle aussi et surtout des moments joyeux, tendres.

On se retrouve au final avec une comédie douce-amère à la construction très intelligente, à la mise en scène au cordeau, qui glisse progressivement vers le drame, avec une humanité, une pudeur et une délicatesse qui nous embarque totalement. Il faut dire aussi que le film se repose sur d'excellents comédiens, Jo Deseure en tête, phénoménale en mère malade. Si le film se présente à nous sans prétention, il nourrit en réalité de grandes ambitions discrètes, habilement distillées tout au long de sa narration avec maîtrise et beauté. Un film que l'on vous encourage vraiment à découvrir en salles le 10 novembre prochain.

 

photo, Jo DeseureTout le film résumé en une image.

 

SOUTERRAIN

Dernier film de la compétition, Souterrain était particulièrement attendu puisque sa réalisatrice, la Canadienne Sophie Dupuis, nous avait estomaqués il y a trois ans avec son premier long-métrage, Chien de garde. D'ailleurs, le jury d'alors ne s'y était pas trompé puisqu'il l'avait récompensé du prix de la mise en scène et de celui de la meilleure interprétation masculine.

Avec Souterrain, Sophie Dupuis surprend puisqu'elle nous entraine dans un univers diamétralement opposé, celui de l'exploitation minière. Nous y suivons la vie d'une équipe, et de Max en particulier, jeune mineur en pleine construction sociale rongé par la culpabilité, qui essaye de donner du sens à sa vie. Lorsqu'un incident survient dans les galeries souterraines, il s'enfonce dans les ténèbres pour sauver ses collègues restés en bas.

Que dire du film qui ne soit pas commun, attendu, banal, tant la réalisatrice ne propose pas un cinéma banal de toute évidence. À la croisée des chemins entre une forme très américaine et une sensibilité et des personnages très européens, Souterrain prouve à nouveau que Dupuis en a sous le capot, sait parfaitement créer des personnages attachants et profonds, tout en proposant une atmosphère envoûtante et prenante, et ce dès les premiers plans.

 

photo SouterrainVoyage au centre de l'Être

 

Souterrain se vit comme une descente dans les profondeurs ténébreuses de l'humanité, en creusant ici et là des petits trous pour laisser filtrer la lumière, oppose la froideur du minéral à la chaleur humaine. On en ressort troublés, émus, suffocants, mélancoliques. Encore une fois, les comédiens sont excellents et les retrouvailles de Sophie Dupuis avec son acteur Théodore Pellerin permettent à ce dernier de nous offrir une interprétation de très grande qualité, jouant sur plusieurs plans en même temps, discrète et imposante, figure symbolique de la mine pour cette communauté.

En résulte un film très émouvant, remuant, d'une beauté formelle à couper le souffle, un éloge de la fraternité dans toutes ses contradictions avec, in fine, un espoir. Désenchanté certes, mais un espoir quand même. Sophie Dupuis nous a encore bien eus, elle confirme tout le bien que l'on pensait d'elle. Et même plus. Sortie le 26 janvier 2022.

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