Cinéma vs streaming : l'expérience cinéma a encore un avenir glorieux, selon Steven Soderbergh

Gael Delachapelle | 7 décembre 2020 - MAJ : 07/12/2020 16:45
Gael Delachapelle | 7 décembre 2020 - MAJ : 07/12/2020 16:45

Le cinéaste Steven Soderbergh a donné son avis sur la décision de Warner de sortir ses films en streaming et au cinéma en 2021. Et il est optimiste.

Il y a quelques jours, Warner Bros. a fait une annonce qui a fait l’effet d’une bombe au milieu de l’industrie cinématographique actuelle. Le studio a en effet annoncé que toutes ses productions prévues pour une sortie en 2021, y compris le Dune de Denis Villeneuve, ou encore Godzilla vs. Kong et Matrix 4, sortiront en simultané au cinéma et en streaming, sur la plateforme HBO Max, aux États-Unis.

Une solution hybride faisant suite à l’échec semi-relatif de Tenet de Christopher Nolan, qui a servi de crash-test en pleine pandémie mondiale, et qui va être expérimentée avec la sortie hybride de Wonder Woman 1984, le dernier blockbuster à sortir en salles cette année.

Une solution provisoire selon le studio, mais qui n’a pas manqué de déclencher la rage des exploitants de cinémas, qui sont bien conscients d’être considérés comme les dindons de la farce, à travers cette stratégie visant apparemment à contenter les salles et les spectateurs, mais qui n’est pas sans rappeler la méthode Disney+ qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, avec Mulan et Soul.  

 

photo, John David WashingtonWarner, sous respirateur depuis le box-office de Tenet...

 

Une décision qui ramène sur le devant de la scène cette question incessante qui revient à chaque fois que la méthode streaming fait parler d’elle, à savoir si cette nouvelle stratégie du studio va sonner le glas pour les salles de cinéma ? Et c’est le cinéaste Steven Soderbergh, réalisateur de la trilogie Ocean’s, de Traffic ou encore Contagion, qui connaît actuellement un regain de visibilité avec son scénario prophétique, qui y a répondu récemment.

Ce dernier, qui a collaboré régulièrement avec Netflix, a en effet donné son avis, auprès de The Daily Beast, sur l’avenir du cinéma face au streaming :

« [Le streaming] n’est qu’une réaction à une réalité économique que tout le monde devra admettre sous peu : même avec un vaccin, le business des films au cinéma ne sera pas assez robuste en 2021 pour justifier l’investissement nécessaire d’une sortie de film à grande échelle. Il n’existe aucun scénario dans lequel un cinéma plein à 50% - ou du moins qui ne peut recevoir 100% des spectateurs – est une configuration viable pour sortir un film. Mais ça changera. On en arrivera au point où chaque personne qui veut aller voir un film se sentira en sécurité de le faire. […]

 

artworkGodzilla vs. Kong / Cinéma vs. Streaming 

 

Je pense que quelqu’un [chez Warner] a analysé très finement ce que la Covid va engendrer l’année prochaine, même avec un potentiel vaccin, et s’est dit : "Ça n’est pas jouable pour 2021". Soyons clairs : il n’y a pas de filon dans l’industrie du divertissement qui soit l’équivalent d’un film rapportant un milliard de dollars ou plus au cinéma. C’est le Saint Graal. Donc le business de la sortie en salles ne disparaîtra pas. Il y a trop d’entreprises qui ont investi trop d’argent sur la perspective d’un film qui cartonnerait au cinéma […] Ça reviendra. Mais je pense que Warner dit : pas aussi tôt que vous l’imaginez. »

Et lorsque The Daily Beast a évoqué la possibilité que cette stratégie provisoire puisse provoquer un point de non-retour dans l’industrie cinématographique, le réalisateur répond avec optimisme, en envisageant que cette situation poussera les studios et les propriétaires des salles à avoir des discussions « pratiques et réalistes » :

 

photo, Meryl StreepMeryl Streep dans Let Them All Talk

 

« Il faut plus de fluidité. Il n’y aura plus un seul modèle qui fonctionnera pour tous les films. Chaque film est différent. […] Il faut pouvoir le mettre sur une plateforme dès que possible. On dépense tellement d’argent pour que ça marche, si ce n’est pas le cas vous devriez pouvoir faire ce que vous voulez. De toute façon, les cinémas ne passeront plus votre film puisqu’il s’est planté. »

Selon le cinéaste, qui a déjà adopté ce modèle économique dans sa filmographie, l’industrie doit évoluer avec son temps, en faisant cohabiter deux modèles d’exploitation pour les films qui ne peuvent plus, à l’heure actuelle, vivre uniquement de la salle de cinéma.

Donc selon Soderbergh, la mort de l’exploitation de la salle n’est pas pour demain, elle a bien un avenir, mais elle doit désormais prendre en compte l’existence des plateformes de streaming. En attendant d’en apprendre un peu plus sur cette nouvelle stratégie de Warner, on vous invite à découvrir notre analyse de cette situation, avec notre vidéo disponible par ici. Par ailleurs, le prochain film de Steven Soderbergh, Let Them All Talk débarquera sur HBO Max le 10 décembre prochain.

Tout savoir sur Steven Soderbergh

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commentaires

Moi
08/12/2020 à 07:17

Si l'expérience de la salle semble indispensable pour les blockbuster (tout le monde n'a pas un home cinéma dans son salon), une sortie en quasi-simultanée salle/VOD/SVOD signerait la quasi-fin de l'exploitation (non-subventionnée) en salle des autres films (comédie, docu, films avec moins de budget com ...) pour lesquels le son n'est pas aussi important et un écran 4K suffit (vu la différence de prix entre des tickets et une VOD dès qu'il y a plus de 2 personnes). Et je doute que les salles puissent fonctionner avec uniquement des blockbuster.

Tim Lepus
07/12/2020 à 21:01

La question que je me pose, depuis quelques jours : si la Warner avait décidé de bouder les plateformes de VOD, par purisme d'un "amour de l'art" (qui me semble être au fond un amour d'une forme figée de l'industrie, le fétichisme de la salle, comme le fétichisme du support physique au début du streaming à la Netflix), avait par exemple annulé tout son calendrier de 2021 dans le cas où les salles ne rouvriraient pas "comme avant" de toute l'année, et avaient fait banqueroute, et que Warner, et d'autres grands studios, avaient disparu du paysage cinématographique, et donc s'ils n'avaient plus été là en 2022 pour produire ces gros blockbusters qui deviennent étonnamment l'objet de tant d'affection, qui aurait pleuré quoi, au juste ? Le streaming se serait retrouvé en roue libre sur le boulevard, non ?

L'autre question qui me remue un peu plus profondément avec le streaming à la Netflix, c'est le plein pouvoir accordé aux réals qui, je trouve, annule le relief né de la confrontation aux producteurs, et donne des films que je trouve plus plats ou unidimensionnels. En revanche, on voit bien pendant le re-confinement, que sortir de chez soi reste quelque chose d'important pour les personnes (aller au resto, au parc, au ciné...), quelque chose d'événementiel et presque ritualisé, donc je pense à la fois que multiplier les supports de diffusion est une bonne chose culturellement, à condition de varier l'offre, faire vivre les films, et laisser le choix au public (notamment la question des contrats, d'exclusivité ou je sais pas, qui fait par exemple qu'on peut pas voir légalement un film Netflix ailleurs, aux dernières nouvelles que j'ai eu du front).

yellow submarine
07/12/2020 à 19:56

enfin des paroles pleines de bon sens.

inutile de crier au loup, l'appât du gain est bien trop important pour que l'exploitation en salle disparaisse.

Hollywood is terminated
07/12/2020 à 19:30

il a tourné l'un de ses derriers films avec un Smartphone, genre Iphone, j'ignore le modele, lol,
je sais plus comment ce petit film s'appelait, ni si il vaut la peine d'être vu,
moi je prefere les cameras qui coute 50000 balles avec optiques, genre gros caillou au tarif similaire, en Raw
plus c'est Gros, plus c'est Bon, comme qu'on dit,
pas de mystere, ni de miracle

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