Netflix rend l'argent et accepte de payer ses impôts en France

La Rédaction | 25 novembre 2020
La Rédaction | 25 novembre 2020

Netflix est aujourd’hui une des plateformes les plus installées au monde et en France. Au point de payer ses impôts. 

Lors de son arrivée dans l’Hexagone, en septembre 2014, Netflix a dû faire face à une levée de boucliers parfois un peu absurde. Entre des institutionnels arguant que la SVoD n’était pas du cinéma (une opinion que ne partagent manifestement pas David Fincher et Martin Scorsese), de belles âmes s’inquiétant que l’entreprise provoque la mort du cinéma et les puristes prétendant que jamais le N vermillon ne parviendrait à produire quelque chose de correct, la course à la mauvaise foi fut (et est) intensément spectaculaire. 

Toutefois, il est un grief adressé à l’entreprise qui pouvait difficilement être balayé d’un revers de la main, tant il relève du mode opératoire habituel des GAFAM, au mépris des législations nationales. En effet, les multinationales en question ont pris pour habitude de profiter des flous et failles législatives des pays où elles s’installent pour se soustraire à l’impôt, en particulier celui sur les revenus. Par exemple, pour y échapper en France, Netflix déclarait ses nouveaux abonnés via sa filiale installée aux Pays-Bas, dont les prélèvements sur les revenus des entreprises sont beaucoup plus bas. 

 

photo, Julien FrisonQuand Netflix fait chauffer la carte

 

Un tour de passe-passe légal, mais éthiquement douteux et socialement discutable, puisqu’il revenait à profiter d’un marché extrêmement dynamique, en évitant d’y participer directement. Or, d’après Capital, ces jours d’optimisation fiscale sont (en partie) révolus. D’après le site, la firme déclarera désormais un chiffre d’affaires en France plus conforme à son activité réelle, qui aura pour conséquence de lui faire payer plus d’impôts en France. 

Attention toutefois, toujours d’après Capital, le géant de la SVoD ne se contentera pas de simplement s’acquitter de l’impôt, et aura encore recours à un montage financier pour le moins complexe. Sa filiale néerlandaise est ainsi “obligée” de payer à sa maison mère des services tels que licences d’exploitations et brevets, qui amoindrissent drastiquement ses revenus effectués dans d’autres pays voisins, comme la France. 

 

Photo Gary Oldman"Bon David, tu vas faire ton film en noir et blanc, on a donné tout l'argent au fisc"

 

À l’issue de ce montage, Netflix devrait donc s’acquitter d’une dizaine de millions d’euros auprès du fisc français. Une somme très inférieure aux 80 millions que la plateforme devrait générer annuellement d’après Capital, mais très supérieur aux quelque 500 000 euros qu’elle reverse actuellement. 

Année après année, c’est donc bien vers une régularisation de son activité dans l’Hexagone que tend Netflix. Entre la TVA, taxe de 5,1% de son chiffre d’affaires reversé au CNC et le décret l’obligeant à investir 20 à 25%, le colosse de la SVoD normalise de plus en plus son activité et s’installe durablement comme un des acteurs du marché hexagonal. Une politique qui devrait se généraliser, la plateforme ayant récemment informé ses abonnés espagnols qu'elle s'acquitterait des taxes locales en matière de revenus.

Sur ce, Mank de David Fincher arrive ce 4 décembre sur Netflix et une ribambelle d'autres longs-métrages : The PromLe Blues de Ma Rainey ou Minuit dans l'univers débarqueront dans la foulée.

Tout savoir sur Mank

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commentaires

caribou
25/11/2020 à 19:54

Que leurs productions puissent sortir en DVD et je m'abonne . Sinon sans moi.

alulu
25/11/2020 à 18:25

Tant qu'il n'y aura pas une harmonisation fiscale et salariale entre pays européens, on tombera sur ces travers. C'est avec ce genre d'info que l'on comprend que l'UE n'est qu'un red carpet pour les grosses entreprises.

Moi
25/11/2020 à 13:16

@maxleresistant : les "lois du capitalisme", comment les changer vu que ce ne sont pas des "textes de loi" mais des constats empiriques sur le rapport de l'humain avec la richesse ? Déjà à votre échelle :
Vous accepteriez un job moins bien payé avec un confort de vie similaire ?
Pour vos achats, vous privilegeriez le local (salto pour la SVOD par exemple) même si le rapport qualité-prix n'est pas avantageux par rapport à du "moins local" ? A produit égal vous privilégeriez le circuit de distribution le plus éthique/qui rémunère le plus correctement les acteurs ?

maxleresistant
25/11/2020 à 12:31

Plutôt que critiquer l'optimisation fiscale des entreprises, c'est plutôt les lois du capitalisme qu'il faudrait attaquer et juger comme éthiquement douteuses et socialement discutable.

A nous de d'exiger le changement de toutes ces lois qui laissent la place à la création de plus d'inégalités dans notre pays.

Kyle Reese
25/11/2020 à 12:25

Tant mieux ça va dans le bon sens.
Il reste encore bcq à faire notamment avec la plus grosse plateforme de vente au monde à qui on (le monde) a donné quasiment les pleins pouvoirs en échange d'un confort commercial certes agréable mais en oubliant souvent l’envers du décor et les conséquences énormes que cela entraine.

Bref ... ça avance.

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