FIF de Saint-Jean-de-Luz : jour 5, le meilleur pour la fin ?

Christophe Foltzer | 10 octobre 2020 - MAJ : 10/10/2020 11:00
Christophe Foltzer | 10 octobre 2020 - MAJ : 10/10/2020 11:00

Comme il faut bien que les meilleures choses aient une fin, voici que celle de cette nouvelle édition du FIF de Saint-Jean-de-Luz s'annonce de plus en plus. Alors profitons de ces trois derniers films en compétition.

On le redit encore une fois mais, de mémoire, nous avons rarement connu une sélection d'aussi grande qualité, ce qui doit relever du cauchemar pour le jury parce qu'il faut bien évidemment départager à un moment donné. Il n'empêche que, gagnant ou perdant, pour chaque film que nous avons vu, l'important n'est pas là, tant cette sélection nous a permis de nous émouvoir, de voyager, de réfléchir, de vibrer.

Et l'on peut dire que cette cinquième journée de la compétition était à la hauteur de la précédente avec trois films qui ne pouvaient nous laisser indifférents.

 

photo Festival Saint Jean de Luz affiche 2020

 

Mère et fille

Pour son premier film, le réalisateur Jure Pavlović n'a pas choisi la facilité. Tant sur la forme que sur le fond serait-on tentés d'ajouter. En effet, en choisissant de nous raconter les rapports complexes entre une mère malade et sa fille adulte qui revient la voir après des années de séparation, le risque était grand de tomber dans les écueils des films de ce genre, avec force bons sentiments déplacés. Il n'en sera heureusement rien. Mère et fille utilise la simplicité apparente de son postulat pour nous offrir une véritable plongée dans les méandres familiaux d'Anka et Jasna, sans jamais expliquer vraiment quoi que ce soit, ou surligner le moindre trait.

 

photoQuand le cadre de l'image protège son personnage tout autant qu'il le culpabilise

 

Du point de vue de la forme, le film utilise un procédé assez radical et volontiers périlleux s'il n'est pas maitrisé : le métrage entier est concentré sur le personnage de Jasna. La caméra, constamment en plan rapproché, ne cadrera nettement que ce personnage, au plus près, ne laissant aux autres que le hors-champ ou la profondeur de l'image pour exister. Et ce choix s'avère payant, tant il nous connecte au personnage tout en jouant à différents niveaux constamment, tantôt empathique, tantôt culpabilisant.

De ce fait, Jansa crée sa bulle, se protège de sa mère et de son passé, qui apparait alors comme des figures floues et fantômatiques au fond de l'image, ou qui font de brutales entrées de champ comme autant d'intrusions violentes. C'était très risqué et Jure Pavlovic s'en sort avec les honneurs, particulièrement à l'occasion de sa conclusion, très émouvante, très belle et totalement en phase avec le reste du projet. Bref, Mère et fille est un film poignant, servi par d'excellents comédiens. Subtil et délicat, il utilise sa contrainte avec brio. Assurément un réalisateur à suivre.

 

photoUn choix de mise en scène particulièrement radical

 

Slalom

Il y a des films qui, dès les premières secondes, vous prennent et ne vous lâchent plus jusqu'à la fin. Slalom, premier long-métrage de Charlène Favier est clairement de ceux-là. Dès le départ, on sent la maitrise formelle de la réalisatrice et sa capacité à nous plonger dans son univers avec facilité. A tel point qu'une fois le film terminé, on en redemande. Pourtant, Slalom n'est pas une comédie, bien au contraire.

Avec cette histoire de jeune espoir du ski (magnifiquement interprétée par Noée Abita) qui vit une relation trouble avec son entraineur (très bon Jérémie Renier), le risque était grand de tomber dans le discours moralisateur, accusateur, dénonciateur et simplificateur, comme l'époque actuelle sait si bien le faire. Or, heureusement, c'est tout le contraire qui se produit puisque Slalom est peut-être le film français récent le plus complexe et nuancé sur le sujet.

 

photoUne héroïne ambitieuse et torturée

 

Récit sur l'emprise, sur la reconnaissance, la dépendance affective et la toxicité, le film n'est jamais manichéen ou binaire, il se refuse d'ailleurs à toute simplification. Ici, pas de coupables, pas de victimes, tout le monde a sa part de responsabilités et le métrage possède cette grande intelligence de ne jamais porter de jugement moral sur qui que ce soit, préférant renvoyer cette responsabilité aux spectateurs qui seront bien désarçonnés par ce manque de positionnement. Et c'est évidemment ce qui donne toute la force au propos de Charlène Favier, de ne jamais oublier que chacun possède ses zones d'ombres, que rien n'est jamais évident et que, si une telle situation se produit, ce n'est peut-être pas pour les raisons qui viennent en premier à l'esprit.

Mais Slalom n'est pas un pamphlet, c'est surtout un vrai film de cinéma, magnifiquement mis en lumière et mis en scène, servi parfaitement par une bande-son aux accents électro qui se refuse tout effet de mode et n'hésite pas à dériver vers les côtes de la musique classique à l'occasion d'une séquence très prenante. Tous les comédiens sont parfaits, le rythme ne faiblit jamais et les séquences de ski prouvent que Charlène Favier est sans conteste promise à un très bel avenir. Bref, vous l'aurez compris, Slalom est un nouveau coup de coeur dans cette compétition.

 

photoUne relation toxique bien plus compliquée qu'il n'y parait au départ

 

L'étreinte

Dernier film de la compétition, L'étreinte, de Ludovic Bergery, n'a pas peur, lui non plus, de l'énorme ambition qu'il affiche dès le départ. Pensez-donc, un premier film avec Emmanuelle Béart en rôle principal qui bouffe littéralement le moindre plan où elle est présente, le récit d'une quinquagénaire veuve depuis peu qui cherche à retrouver le goût de vivre, le tout dans une espèce de rêverie désenchantée qui reste cependant collée à la réalité. Il fallait oser.

Et le défi était peut-être trop important pour son jeune réalisateur. Attention, qu'on se comprenne bien, le film n'est pas mauvais, loin de là, il est même particulièrement bien écrit et très bien vu sur de nombreux aspects, mais on regrette néanmoins qu'il laisse progressivement de côté, dans sa seconde partie, nombre d'éléments intéressants installés au début pour ouvrir un boulevard à son actrice principale qui n'en avait pas vraiment besoin tant elle impressionne par la maitrise de son rôle et sa dévotion totale au personnage de Margaux.

 

photoEmmanuelle Béart, époustouflante

 

Nous retrouvons ainsi une Emmanuelle Béart grave, habitée, complexe et très émouvante, épaulée par une galerie de comédiens tout aussi bien dirigés (Vincent Dedienne en tête, parfait dans son rôle), qui compose à merveille une solitude subie et agressive, la détresse affective et le deuil impossible à surmonter. D'ailleurs, c'est vraiment dans ses non-dits que le film brille. Dans les postures de sa comédienne principale, dans les jeux de regards, dans la gaucherie névrotique de certaines réactions, dans cette fracture entre la personne en souffrance et la normalité des échanges humains considérés alors comme étranges et inaccessibles.

En résulte au final un film particulièrement touchant, désenchanté mais, en même temps rempli d'un espoir contrarié mais bien présent, qui ne laissera certainement pas indifférent.

 

photoRéparer les vivants...

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