FIF de Saint-Jean-de-Luz : entre rêverie feel good et drame profond pour le jour 2

Christophe Foltzer | 7 octobre 2020 - MAJ : 07/10/2020 14:32
Christophe Foltzer | 7 octobre 2020 - MAJ : 07/10/2020 14:32

Le début de la compétition officielle de cette 7e édition du FIF de Saint-Jean-de-Luz a commencé fort. Très fort même.

Comme cela avait été dit durant la cérémonie d'ouverture du festival, tel un mantra, "oublions, le temps d'une semaine, la réalité, coupons-nous de tout ça et plongeons dans le cinéma", cette première journée de la compétition officielle ne pourrait mieux l'illustrer puisque, en l'espace de trois films projetés dans la journée de mardi, le tourbillon d'émotions et les voyages proposés nous ont immédiatement fait comprendre que cette sélection serait peut-être l'une des plus fortes jamais proposées.

 

photo Festival Saint Jean de Luz affiche 2020

 

Le père de Nafi

Et on commence très, très fort avec Le père de Nafi, de Mamadou Dia, premier film d'un réalisateur sénégalais ayant fait ses études à New York et qui ne choisit clairement pas la facilité pour débuter sa carrière. En partant du postulat simple de l'imam d'un petit village du Sénégal réticent à l'idée de marier sa fille au fils de son frère, Mamadou Dia nous prépare en réalité un drame extrêmement puissant. Il est d'ailleurs techniquement ultra-maitrisé, d'une très grande intelligence et soutenu par deux acteurs principaux extraordinaires (seuls comédiens professionnels du film).

Voir ces deux frères se déchirer, l'imam mourant et dévoué à son village contre l'ainé, opportuniste qui, pour devenir maire, ramène des djihadistes qui vont progressivement prendre le contrôle du village, rappelle les grandes tragédies mythologiques, les drames shakespeariens, mais avec une simplicité désarmante. Drame poignant du début à la fin, tout autant que récit implacable de la radicalisation d'une communauté pour se sortir de la misère, Le père de Nafi a beaucoup à nous apprendre sur les ténèbres humaines, les effets de groupe, les sauveurs providentiels et la sournoiserie à l'oeuvre pour prendre au piège un peuple qui l'aura lui-même décidé sans en comprendre les véritables enjeux.

Pour un premier film, c'est un véritable tour de force, tout autant qu'un voyage éprouvant et, au final, extrêmement beau. Le père de Nafi sortira dans les salles françaises le 2 décembre et c'est obligatoire d'aller le voir. Surtout en ce moment.

 

photo Le père de NafiLe père de Nafi

 

Nora

Virage à 180° avec le deuxième film de la compétition, Nora, deuxième long-métrage de la réalisatrice espagnole Lara Izagirre. Il y a cinq ans, Lara Izagirre nous avait bouleversés avec son premier film, Un otoño sin Berlín, drame déchirant sur une séparation et la fin des illusions qui avait remporté le prix du Jury jeune (notre critique ici). Nora se pose dès le départ comme l'antithèse du précédent métrage puisqu'il y est question de quête de soi et de retour à la vie.

Nous y suivons le périple de Nora, 30 ans, qui, après le décès de son grand-père, se lance dans un rond trop au Pays basque pour y déposer ses cendres et trouver un sens à sa vie. Feel-good movie au fond mélancolique, errance lumineuse, le film nous touche tout autant que Un otoño sin Berlín, preuve que ce n'était pas un coup de chance.

Volontiers contemplatif, le métrage fait le choix surprenant, dans un premier temps, de conserver le format 1:33 du premier film de la réalisatrice, pour le pervertir en cours de route par son traitement de la lumière et des couleurs des magnifiques paysages proposés au spectateur. On pense beaucoup au mangaka Jiro Taniguchi, et particulièrement à L'Homme qui marche, durant le film, par le regard émerveillé, mais empreint de gravité que pose Nora (excellente Ane Pikaza) sur les gens qu'elle rencontre et le monde qui l'entoure.

On en arrive alors à un film presque sensoriel, atmosphérique et douillet qui joue habilement des clichés inhérents au genre pour mieux les détourner parfois, ou les épouser consciemment à d'autres moments. Bref, Nora confirme de très belle manière ce que nous pensions déjà au moment de Un otoño sin Berlín : Lara Izagirre est une jeune réalisatrice sur laquelle il faut compter. D'ailleurs, on n'a pu s'empêcher de l'interviewer (et vous pouvez lire ça ici).

 

photo NoraNora

 

La Terre des hommes

Quoi de mieux pour conclure cette première journée de la compétition qu'un nouveau virage surprenant ? Après le drame politique sénégalais et la rêverie espagnole, terminons avec La Terre des hommes, second film de Naël Marandin après La Marcheuse en 2016. Drame social poignant en milieu agricole où il y est question de misère grandissante, de difficultés pour les jeunes générations de prendre le relai, d'autonomie économique et de consentement.

À travers l'histoire de Constance, jeune fermière qui décide de reprendre avec son fiancé la ferme de son père pour la sauver d'une revente fatale, La Terre des hommes nous entraine l'air de rien sur un des sujets brûlants du moment, le consentement sexuel. Habité par une Diane Rouxel exceptionnelle, le film surprend par les zones d'ombre qu'il assume totalement dans les rapports entre ses personnages. Si, sur le papier, la trame est plus que classique et ne dévie jamais vraiment de sa ligne directrice, c'est bel et bien dans le jeu des manipulations entre le personnage de Constance et celui de Sylvain (Jalil Lespert, parfaitement intimidant) que le métrage tire sa plus grande force. Tout comme dans le rapport communautaire relatif à la place de la femme. 

Si le film accuse certaines faiblesses de rythme et se montre parfois un peu trop frileux vis-à-vis de son sujet, on ne peut que lui reconnaitre de ne pas nous asséner un discours moraliste ou bienpensant qui lui aurait été fatal. Film sur l'emprise et l'ascendance psychologique, La Terre des hommes se pose aussi en constat, forcément peu élogieux, du rapport aux victimes supposées et des bénéfices qu'elles peuvent en tirer.

 

photo, Diane Rouxel, Olivier GourmetLa terre des hommes

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commentaires

Okay
08/10/2020 à 18:21

Merci.

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