En avant : flop historique pour Pixar, et pas juste à cause du coronavirus

Geoffrey Crété | 7 octobre 2020
Geoffrey Crété | 7 octobre 2020

Le dernier Pixar en date, En avant, est sorti avant la fermeture des cinémas, mais ça n'en fait pas moins un bide pour autant.

Côté box-office, la machine Pixar tourne toujours bien. Dans ses meilleurs moments, du moins en termes de business pur, c'est le milliard : Le Monde de Dory, Toy Story 3, Toy Story 4 et en haut du podium, Les Indestructibles 2 avec 1,2 milliard. Dans ses coups de mou, le studio racheté par Disney en 2006 retombe dans la zone des 300-400 millions, avec Cars 3 ou Le Voyage d'Arlo.

Mais En avant rentrera dans l'histoire de Pixar avec un record négatif, puisque le film de Dan Scanlon, porté par les voix de Chris Pratt et Tom Holland, marque le pire score du studio : 140 millions dans le monde. C'est de loin le plus petit box-office d'un film estampillé Pixar depuis ses débuts en 1995 avec Toy Story (plus de 373 millions, sans inflation).

Bien sûr, le coronavirus n'est pas étranger à ce flop, vu que la carrière du film a été stoppée net. Mais ça n'explique pas tout.

 

photoQui a perdu la formule magique Pixar ?!

 

En avant est sorti aux États-Unis le 6 mars, et deux semaines plus tard, les cinémas commençaient à fermer. Même chose en France, où il est sorti le 4 mars, dix jours avant la fermeture des salles. Inutile de préciser que ça a quasiment tué la carrière du film dans le monde, et notamment dans les territoires les plus importants.

Sauf que les premiers signaux étaient déjà très mauvais, et annonçaient une douche froide au box-office. Aux États-Unis, En avant a encaissé environ 40 millions pour son premier week-end : c'était moins que les chiffres espérés, et c'est le troisième plus mauvais démarrage de Pixar. À titre de comparaison, Les Indestructibles 2 avait démarré avec plus de 182 millions. Hors marque établie, Coco avait atteint les 50 millions et Vice Versa, plus de 90 millions.

Le spectre du coronavirus planait certes déjà sur le monde, mais pas encore trop aux États-Unis. Deadline écrivait justement à l'époque que le week-end de la sortie d'En avant était un week-end normal côté business, avec un box-office global supérieur à l'année précédente sur le même créneau. En d'autres termes : le public est bien allé au cinéma, mais n'a pas eu envie d'aller voir le nouveau Pixar.

 

photoQui a rallumé la formule Dreamworks des années 2000 ?

 

La comparaison avec Le Voyage d'Arlo est parlante. Budget proche (presque 200 millions de dollars), pas de franchise pré-établie, pas de concept particulièrement original (comme ceux de Vice Versa ou Wall-E), une critique moins enthousiaste que sur les grands Pixar, et un démarrage tiède : les deux films sont partis avec les mêmes armes.

Sauf que Le Voyage d'Arlo a fini par engranger 123 millions côté domestique, pour finalement atteindre 332 millions au box-office mondial. Soit plus du double d'En avant.

 

photoPixar essayant de séduire le public

 

La carrière d'En avant a forcément été particulièrement compliquée. Aux États-Unis, Disney-Pixar a décidé d'essayer de rattraper la catastrophe avec une sortie VOD. Dès fin mars, En avant a donc été vendu pour presque 20 dollars (environ 17 euros), sur diverses plateformes - contrairement à Mulan qui était disponible uniquement sur Disney+.

Le studio Universal avait été le premier à annoncer une telle manoeuvre, avec notamment The Hunt et Invisible Man, et les concurrents se sont engouffrés dans la brèche avec Bloodshot ou encore Birds of Prey. Dans tous les cas, cette sortie VOD a ramené des dollars dans les caisses, même si ces chiffres restent bien gardés.

En France, le film est ressorti parmi beaucoup d'autres à la réouverture des salles de cinéma, fin juin, ce qui lui a permis de largement gonfler ses recettes pour attirer quasiment 300 000 personnes de plus, et atteindre les 892 000 spectateurs. Ça n'en reste pas moins le pire score d'un Pixar en France, derrière les 2 millions de Cars et Monstres & Cie. Et c'était aussi l'un des moins bons démarrages du studio chez nous, malgré beaucoup de copies ; preuve que le cœur des spectateurs n'y était pas, dès le départ.

 

PhotoÉteindre l'incendie

 

Autre sujet de complication, malheureusement plus ordinaire : la scène où la policière cyclope dit qu'elle est lesbienne. Un sacrilège qui a mené à une censure pure et simple du film dans plusieurs pays (Russie, Egypte, Pologne...), où la réplique a été changée. Dans d'autres territoires, comme l'Arabie saoudite, En avant a simplement été privé de sortie.

Bref, En avant a bien évidemment pris un gros coup avec la pandémie, mais même sans ça, il était parti pour rester très, très loin du succès habituel de Pixar. Pas de pitié en 2020 : ce qui se profilait comme un succès minime est devenu un énorme flop, sur lequel Pixar pourrait avoir perdu de l'argent, du moins à sa sortie (les futures ventes vidéo, TV, DVD et Blu-ray pourraient amortir le choc).

Ne reste plus qu'à voir si Soul fera mieux : censé sortir en juin, il est prévu pour le 25 novembre en France et le 20 aux États-Unis. Disney semble donc toujours y croire, jusque là, après avoir en revanche décalé Black Widow.

Tout savoir sur En avant

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commentaires

Garawagars
10/10/2020 à 12:50

@Arsh

Content de voir que d'autres partagent cet avis! Désolé pour votre papa... Ce film est très réussi non seulement sur la question du deuil d'un père parti trop tôt mais aussi sur la fraternité et le rôle de grand frère en particulier. Un film très humain et un sujet quand même vachement touchy et inhabituel à une époque de films commerciaux qui n'abordent plus aucun sujet compliqué. Comme vous je ne m'attendais à rien et ça été la claque. Très émouvant, une parfaite réussite mais la catharsis qu'il procure est très ciblée sans aucun doute. Un film qui a mon avis prendra de la valeur avec le temps.

Nonyma
09/10/2020 à 07:06

Oh, j'ai été modéré? Oo

Arsh
08/10/2020 à 14:39

@Garawagars
C'est exactement ça (et je suis bien placé pour le savoir ayant 40 balais aujourd'hui et ayant perdu mon père à 20ans)
Ce film a vraiment un public très (trop ?) ciblé avec le aussi le délire années 80/90, il ne peut pas vraiment parler aux enfants.
En plus les trailers ne donnaient vraiment pas envie, moi même, j'y suis allé sans grand intérêt et j'ai finalement été très agréablement surpris du ton et de l'histoire.
Bref un bon Pixar pour ma part, je comprends en revanche que certains y soient réfractaires.

Geoffrey Crété - Rédaction
08/10/2020 à 09:41

@Tauxi

Que je trouve ça moche comme la plupart des Dreamworks des années 2000, qui manquaient d'esprit et d'originalité dans les histoires et le design des personnages.

Tauxi
08/10/2020 à 01:48

@Geoffrey Crété Tu entend quoi exactement par "Qui a rallumé la formule Dreamworks des années 2000 ?" (surtout faisant suite à Qui a perdu la formule magique Pixar ?!)
Car d'un point de vue humoristique, sarcastique ou totalement sérieux, je ne capte pas trop la pertinence du truc dans cet article...

Garawagars
08/10/2020 à 00:47

Le manque du succes vient de fait, selon moi, que ce film s'adresse vraiment précisément aux anciens ados des années 90 qui aujourd'hui ont perdu leur papa. C'est un film très très touchant quand on fait partie du public ciblé, autrement je veux bien comprendre qu'il ne fasse pas vibrer un plus large public malheureusement. Le succès ou non du film vient surtout de l'identification du public aux personnages proposés

Guigui2000
07/10/2020 à 21:09

C'était quand même bien meilleur que le voyage d'arlo, malgré la direction artistique un peu foireuse. C'était peut-être un film un peu moins efficace que d'autres dessins animés, mais je l'ai revu deux fois avec plaisir. (mais évidemment par rapport à coco, c'est clair que c'est mineur.)

DjFab
07/10/2020 à 19:36

Le moins bon Pixar pour moi, tout simplement !

Arnaud (le vrai)
07/10/2020 à 18:57

J’ai trouvé ce En Avant intéressant et cool mais pas transcendant ...
Ce qui m’a le plus gêné (comme dans Monstres Académie) c’est qu’un monde de fantasy qui évolue avec la technologie va forcément aller vers un mode de vie purement à l’américaine ... tous les clichés de la jeunesse américaine y sont ...

Jayjay
07/10/2020 à 18:31

Character design catastrophique et l'anachronisme monde réel /fantasy propre à faire fuir tout le monde , c'est un zéro pointé mérité pour Pixar cette fois-ci.

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