Le Roi Arthur : la trilogie à la Christopher Nolan que vous ne verrez jamais

Mathias Penguilly | 23 juin 2020 - MAJ : 23/06/2020 17:27
Mathias Penguilly | 23 juin 2020 - MAJ : 23/06/2020 17:27

Le réalisateur David Dobkin revient sur la genèse d'un projet d'adaptation maudit qui l'a finalement conduit à abandonner le film, au profit de Guy Ritchie.

La dernière adaptation de la légende médiévale du Roi Arthur a été un flop monumental, un gros raté pour le cinéaste britannique d'ordinaire plus habitué aux films de gangsters (RocknRolla, Revolver, Snatch) qu'aux blockbusters historiques hollywoodiens. La faute probablement aux ambitions démesurées d'un studio déterminé à tout régenter, à un scénario bancal ou à une intrigue trop éloignée du matériau original.

À l'origine pourtant, le projet devait avoir une tout autre allure. David Dobkin (Le Juge), crédité comme producteur et scénariste du film de 2017, était en discussion avec la Warner pour réaliser une trilogie sur la légende d'Arthur, dans sa version popularisée par Chrétien de Troyes au XIIe siècle. Malheureusement pour Dobkin, la suite ne s'est pas passée comme il l'entendait : progressivement, le cinéaste a dû prendre ses distances avec le projet.

 

photo, Kit HaringtonNe fais pas cette tête Kitty ! Tu l'auras eu ton rôle de prince légendaire !

 

Au départ, le jeune Kit Harington, alors à l'affiche d'une nouveauté épique HBO intitulée sobrement Game of Thrones, était son premier choix pour enfiler le costume du Roi Arthur. Il aurait alors donné la réplique à un Lancelot du Lac interprété par Joel Kinnaman (Rick Flag dans Suicide Squad). Nous sommes en 2011, et l'interprète de Jon Snow n'est pas encore courtisé par le gratin des cinéastes internationaux.

Dans une interview avec le magazine Collider, Dobkin est revenu sur ce choix de casting et la personnalité qu'il souhaitait confier à son Roi Arthur.

"La manière dont son personnage se conduit dans Games of Thrones est si incroyable, et c'est ce dont nous avions besoin pour le personnage [d'Arthur], tel que je l'ai imaginé dans le scénario. Il était censé être un 'Monsieur-tout-le-monde', pas quelqu'un qui tire l'épée de son socle et se dit 'super, j'ai gagné à la loterie', mais plus quelqu'un qui se dit 'je ne suis pas capable de faire ça'. Dans la minute où il tire l'épée, le royaume entier est à ses trousses. Pour moi, c'est ça qui était cool."

On est donc assez loin du super-héros-aux-gros-bras joué par Charlie Hunnam dans le film de Guy Ritchie.

 

Photo Charlie HunnamPercy Fawcett a malheureusement volé la vedette à John Snow...

 

Le réalisateur a ensuite poursuivi en détaillant la distribution cinq étoiles qu'il voulait à l'affiche de son épopée chevaleresque :

"On avait Gary Oldman pour Merlin. On était en discussion avec Marion Cotillard pour Morgane et Liam Neeson pour Galahad. L'idée, c'était de reprendre la "formule Batman" lorsque Christian Bale est entouré de tous ces grands acteurs au départ et après, il faut laisser l'intrigue porter le film [...]. Donc ça, c'était le design de base, et lorsque j'ai vendu l'idée du film à Warner Bros., il n'y avait pas de clause spécifique sur le casting.

Lorsque j'ai montré les essais de Joel et Kit ensemble, nous avons eu le feu vert et le lendemain, le service international est venu nous dire 'on ne pense pas qu'on peut vendre le film avec ces deux mecs'. La pression est devenue de plus en plus forte et [...] International Warner Bros nous a mis un coup de frein et demandé de revoir le casting."

 

Photo Taylor Kitsch, Lynn CollinsDobkin a les boules, et c'est à cause de... John Carter ??

 

Le réalisateur s'est alors plié aux demandes du studio en recrutant deux acteurs plus "vendeurs" : James McAvoy et Colin Farrell. Là encore, on peut dire qu'il a fait mauvaise pioche : alors que le premier s'est rapidement retiré à cause de son allergie aux chevaux, le second semblait emballé par le projet... jusqu'à ce qu'il aille voir John Carter au cinéma.

Dans une anecdote racontée à Collider (puis étrangement supprimée depuis), Dobkin a dit qu'il avait essayé de dissuader l'acteur de Tigerland d'aller au cinéma ce soir-là, en vain. En voyant les scènes du film où le protagoniste se bat contre des monstres (un échec retentissant pour Disney qui aurait perdu 85 millions de dollars), l'acteur irlandais aurait eu des doutes, pour finalement annoncer à Dobkin qu'il avait changé d'avis sur sa participation à la trilogie. Cette dernière devait en effet compter quelques scènes de bagarres avec des monstres, ce qui aurait fait fuir Colin Farrell et asséné un nouveau coup de massue au projet.

 

photo, Colin FarrellIl aurait fait un Arthur très crédible... Malheureusement, Colin a VRAIMENT peur des monstres...

 

Entre temps, d'autres projets se sont présentés à David Dobkin, qui a notamment pu diriger Robert Downey Jr. dans Le Juge. Lorsqu'il est revenu travailler sur l'épopée médiévale, Warner avait demandé une réécriture du scénario à Joby Harold (qui a aussi signé le scénario d'Awake et d'Army of the Dead). Selon Dobkin, la version d'Harold était "très différente de son propre scénario, complètement différente, mais avec beaucoup de prémisses en commun". Ne se voyant pas réaliser le film, il a alors laissé la voie libre pour Guy Ritchie, créant le nanar arthurien que l'on connait.

Après six ans d'absence derrière la caméra, Dobkin a réalisé la comédie musicale Eurovision écrite par Will Ferrell pour Netflix et dont la sortie est prévue pour ce 26 juin 2020. Elle raconte l'histoire de deux musiciens islandais qui cherchent à représenter leur pays au concours international du kitsch : le Concours Eurovision de la Chanson.

Quant à la légende arthurienne, elle devrait elle aussi revenir sur Netflix cet été, mais Excalibur est tombée cette fois entre les mains d'une adolescente jouée par Katherine Langford (oui oui, l'actrice de 13 Reasons Why). Cursed : la Rebelle - c'est son nom - sera diffusée sur la plateforme à partir du 17 juillet 2020.

 

AfficheD'une légende européenne à l'autre, il n'y a qu'un minuscule pas...

Tout savoir sur Le Roi Arthur : La légende d'Excalibur

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commentaires

Waylander
28/06/2020 à 16:30

Fan de Charlie Hunnam. Je l avais découvert dans the gentlement et recemment dans arthur. Le point commun le realisateur. Les deux films se ressemblent dans leurs mises en scene.

Ryuka
25/06/2020 à 00:29

C'est simple le film de Guy Ritchie sur la légende d'Arthur est un de mes préférés :) de passage j'aime toute sorte de film des anciens aux tragiques je ne suis pas que matrixés par l'action et le film de Guy Ritchie m'a davantage séduit par sa mise en scène ses musiques et son ambiance que par son action.

maxleresistant
24/06/2020 à 00:27

Franchement, le projet ne semblait pas original pour un sous...
Entre le choix de Kit Harrington ou la copie de la formule Batman Begins... Waouh, que d'audace...

Tako-Ren
23/06/2020 à 23:21

Très satisfait du résultat final par la version de Guy Ritchie avec Charlie Hunnam ;-)

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