Le Roi Arthur de Guy Ritchie : retour sur un film-flop royal mais sans gentlemen

Simon Riaux | 22 juin 2020 - MAJ : 23/04/2021 17:44
Simon Riaux | 22 juin 2020 - MAJ : 23/04/2021 17:44

Le Roi Arthur : La légende d'Excalibur est sorti sur les écrans internationaux en mai 2017. Échec critique et public, il constitue pourtant la plus fiévreuse déclaration d’amour de Guy Ritchie au cinéma. Autopsie d’un grand film malade, à la fois génial et monstrueux. 

 

Photo Charlie HunnamA l'assaut du Roi Arthur

 

RITCHIE RICH 

C’est d’une évidente banalité, Mais Guy Ritchie a du style. Du chien. Du panache. Dès Arnaques, crimes et botanique, il a montré qu’il était capable de penser des séquences entières pour le seul bonheur d’un effet bien pensé, d’une pirouette de montage ravageuse. Au cours de sa filmographie remuante, il a multiplié les formes de signatures, avec une gourmandise évidente. 

Interdépendance entre verbe et image, montage en apparence dément, qui construit puis déconstruit le sens du récit, jeu sur les formats, les ratios, la texture, les filtres, caméras embarquées, ralentis, accélérés... Aucune expérimentation n’est trop bizarroïde, voyante ou vulgaire pour Ritchie, qui en caviarde ses films, générant une complicité incroyable avec un spectateur sans cesse remué, forcé d’appréhender l’oeuvre comme un grand huit absurde et jubilatoire. 

 

Photo Charlie HunnamLe swag Arthur

 

Aucun de ses films n’a à ce point assumé cette idée de frénésie visuelle. Le Roi Arthur est un condensé inédit de formes mutantes, et aucune de ses séquences n’échappe au désir ardent d’embarquer le public pour un ride créatif ininterrompu. Cette énergie meut le cinéaste jusque dans la salle de montage, où il n’hésite pas à retravailler son film, à la manière d’un diamant brut dont la forme n’est jamais arrêtée. 

En témoignent les dix minutes centrées sur le personnage de Jack’s Eye, imaginées initialement comme un pan entier du métrage s’étalant sur 40 minutes. Comme le dévoila Charlie Hunnam dans les colonnes de Cinemablend, Ritchie n’hésita pas à métamorphoser cette base, remontant totalement sa structure pour dynamiter son récit, et livrer un des passages les plus dynamiques du film. Quant à l'ouverture du film, si elle a malheur de rester jusqu'au bout le passage le plus réussi de tout le blockbuster, son goût pour la démesure, les hybridations visuelles et l'imagerie épique tout droit sortie d'un cerveau ivre de Dark Fantasy demeure une promesse d'une puissance ébourriffante, sans réelle comparaison à l'heure actuelle sur grand écran.

Il en va de même pour le climax, où le réalisateur décide de quasiment tout sacrifier au cool et au sentiment de puissance. Excalibur laissant une traînée d’étincelles au sol, Arthur prenant la pose, un serpent géant ravageant un château, un boss final qu’on jurerait sorti de Dark Soul... Ritchie n’hésite pas à marier jeu vidéo, film de gangster quasi-hip-hop, série Z et jeu vidéo. Pour les amateurs d’alliances folles, la recette est orgasmique. 

 

Photo Charlie HunnamPas encore libéré, et pas franchement délivré non plus

 

RICHIE CINEMATIC MESS ? 

À ce jour, le film demeure la déclaration d’amour filmique la plus ambitieuse et inclassable de son auteur. Et c’est sans doute cette singularité qui lui vaut de régulières déclarations d’amour des cinéphiles qui aiment ses créations depuis ses débuts. Mais cette déferlante plastique a une autre conséquence, et c’est peut-être ce qui a coûté au blockbuster une partie de son succès. 

Non seulement (et on lui en sait gré), Ritchie se focalise sur sa mise en scène et ses désirs furibards, mais il doit composer avec la nature du projet tel que l’entend Warner : la gestation d’un univers cinématographique étendu dans la philosophie de celui bâti par Marvel. L’idée pharaonique n’est autre que de lancer une franchise de six films, ce qui est particulièrement copieux, le mythe Arthurien reposant seulement sur une poignée d’éléments bien connus du grand public, à savoir Excalibur, Guenièvre, quelques chevaliers, la Dame du Lac et la mort du souverain. 

 

Photo Jude LawQuand tu comprends que tu es trop vieux pour jouer le gentil

 

À cela s’ajoute une autre difficulté. Le studio veut ressusciter le personnage sur grand écran depuis plusieurs années (le réalisateur Bryan Singer fut un temps envisagé) et le script dont hérite Ritchie est déjà un assemblage peu orthodoxe de nombreux projets passés. À tel point qu’un journaliste du Guardian qualifiera le projet quand le réalisateur en prend la tête de “bien étrange monstre de Frankenstein”

Face à un studio aux ambitions démesurées, à un système de production qui tend à prévoir une date de sortie en dépit du temps nécessaire à la maturation d’un projet de cette ampleur, le metteur en scène n’a pas eu d’autre choix que de maximiser ses qualités plastiques. 

 

photo"T'es gentil Bobby, tu leur mets des casques à pointes à mes éléphants géants."

 

OÙ EST ARTHUR ? 

Tout cela au détriment de la légende du Roi Arthur, qui paraît curieusement absente du récit. Nulle trace réelle de Merlin, le surnaturel intervient pour mieux se retirer, difficile de voir dans cette galerie de personnages parfois réduits à des silhouettes de potentiels chevaliers, rien qui puisse évoquer un Saint Graal, ne parlons même pas de Morgane, quant à Guenièvre, elle a manifestement subi un tronçonnage en règle. 

En témoigne la tragique écriture de la magicienne interprétée par Astrid Berges-Frisbey. Initialement présentée comme le love interest d’Arthur (la future reine Guenièvre donc), plusieurs déclarations ambiguës de Charlie Hunnam au micro d’Entertainment Weekly laissent clairement entendre que son personnage a totalement été repensé en cours de production (et vraisemblablement réduit). 

 

Photo  Astrid Bergès-FrisbeyLa première magicienne avec le pouvoir d'effacer le scénario !

 

Pour réserver certaines intrigues aux épisodes à venir ? Alléger le récit ? Laisser la place à la déferlante stylistique de Guy Ritchie ? Nul ne le sait mais cette amputation demeure une des aberrations narratives les plus visibles du long-métrage, qui paraît se refuser à aborder frontalement le mythe arthurien et ses identités remarquables. 

Ainsi, trois ans après sa sortie et son flop cataclysmique, Le Roi Arthur demeure une proposition filmique résolument à part, plus riche et unique que l’immense majorité des blockbusters contemporains. Mais la furie avec laquelle son réalisateur s’y exprime a peut-être tué dans l’oeuf la raison d’être de ce récit connu et adoré de par le monde depuis des siècles.

 

Affiche

Tout savoir sur Le Roi Arthur : La légende d'Excalibur

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commentaires
Pog
23/06/2020 à 21:45

Pour ceux qui découvrent Ecran Large : M1pats c'est le semi-troll semi-gentil bouffon qui s'est installé dans le coin, et aime attaquer, embêter, réagir à tout va. Tous les habitués le connaissent avec tous ses excès.

Sortir 4 ou 5 exemples et en faire une règle générale, c'est un truc comme un autre. Suffit de voir leurs critiques de films unanimement adorés (du Fincher, du Scorsese, du Tarantino, Call Me By Your Name, Parasite, par ex) ou détestés (récemment, Artemis Fowl par ex, ou Hellboy aussi tiens), pour constater que c'est juste la petite blague de prétendre qu'il y a une logique derrière tous les avis ici. Mignon comme tout.

M1pats
23/06/2020 à 21:40

Pour ceux qui découvrent ecranlarge : ce site est spécialisé journalistes comme lecteurs dans le contre pied, c est à dire qu ils vont tjrs vous dire qu un film naze et pourri par la critique que celui-ci est qlq part beau et incompris, y a un paquet des comme ça ( Jupiter, BvS, Batman et Robin, les 4 Fantastiques ( le one shot ) et plein d autres

Donc soyez pas étonnés

ragnagnas
23/06/2020 à 20:11

espritlarge , le site qui n'aime pas que l'on critique leurs critiques. même de façon correcte , et qui supprime les posts qui le font. Grandeur quand tu nous tient. .Mais bof , quelqu'un n'a t'il pas dit , si l'on te coupe la tête pour pas grand chose tu en sors grandi ! Au fait , j'ai bien aimé ce film.

maxleresistant
23/06/2020 à 08:48

Votre article m'a décidé à le revoir enfin, et j'ai vraiment pris mon pied.
Le film est une vraie réussite à tous les niveaux, une épopée magique et guerrière menée de main de maître par son style unique et une frénésie enivrante.
J'ai toujours aimé Ritchie et je conçois que beaucoup de gens (et critiques surtout) sont hermétique à son style. Mais même derrière tout ça, il y a de vrais enjeux dramatique réussis, porté surtout par un Jude Law dévoré par ses ambitions.

Un film pop corn comme on en fait rarement. Et franchement, quand je vois la complexité du montage et des plans, je me demande comment la plupart des critiques n'ont pas su reconnaître le talent indéniable qu'il a fallu pour que cela fonctionne.

Le jeu des narrations accélérés lors de scènes où les personnages discutent est un régal, mélangeant, flashback, flash forward etc.

Le film impressionne si on se laisse porté par les choix de Ritchie. Le film est riche et on en regrette que Ritchie ne nous fera jamais un 2nd.

Mais peut être que c'est mieux comme ça. Le film se suffit à lui même et sa singularité est justement sa plus grande et sa plus belle force.

Un des meilleurs blockbuster de ses 10 dernières années.

Kyle Reese
06/06/2020 à 01:21

Enfin vu.
Je suis un fan hardcore du Excalibur de Borman et pourtant ... j’ai beaucoup aimé ce roi Arthur malgré ses défauts. J’aime le style Ritchie avec ses effets plutôt voyant. On dirait une adaptation de BD de dark fantasy en fait. Pas grave qu’il n’y ai pas Merlin (comment surpasser celui d Excalibur)
Pas grave que le roi Arthur ne se révèle enfin qu’a la fin ce film devait être une intro. Charlie Hunnam est bon, Jude Law est très bon.
Dommage qu’il ai été charcuté par son réalisateur donc car en l’état c’est déjà vraiment bien avec un potentiel de fou. La premier scène est démente. J aurai vraiment aimer voir les suites.
En tant que film hybride je vous rejoins quand vous écrivez: Pour les amateurs d’alliances folles, la recette est orgasmique.

Voilà, 3 ans déjà qu’il est sorti ... et pas une petite rumeur de suite depuis ... dommage.

Geoffrey Crété - Rédaction
18/05/2020 à 20:20

@Spielbergismygod

Simplement parce qu'on prend ici, avec le recul, le pouls d'un certain amour autour de ce film, qui est pas mal apprécié, ce qui nous a poussé à nous interroger sur tout ça. D'autant qu'on aime plutôt certains Guy Ritchie (encore récemment The Gentlemen, ou même Aladdin), et que son passage dans le blockbuster nous semble intéressant, qu'on aime ou pas. On élargit donc un peu sur lui et ses tentatives sur Arthur, sachant que depuis quelques infos sur les réécritures et scènes coupées ont été confirmées.

La critique était la critique pure, donc l'avis est maintenu. On est plusieurs dans l'équipe à trouver le film mauvais. Ici, dans ce dossier, on s'interroge au-delà de notre humble avis sur ce qui peut plaire, fonctionner, et donner des couleurs amusantes à ce film unique en son genre - qu'on trouve le résultat immonde, ou cool. Ce sont donc deux angles d'attaques un peu différents, comme vous le disiez. Et on trouve toujours ça intéressant de se demander pourquoi un truc qu'on trouve nul, plaît à pas mal de monde, ou vice-versa !

Spielbergismygod
18/05/2020 à 20:14

Euh... Je veux bien que ce texte ne soit pas une critique, mais il contredit totalement la critique de 2017... Ce qui en soit n'est pas un problème. Il n'y a que les c... qui ne changent pas d'avis comme on dit. Mais on passe quand même d'un "reflux filmique" à "la laideur historique",où Guy Ritchie vomit la mythologie Arthurienne en jets âcres et purulents (je vous cite) à un "grand film malade, à la fois génial et monstrueux""d'une puissance ébourriffante, sans réelle comparaison à l'heure actuelle sur grand écran"... C'est pas franchement le même discours...

Dolores
18/05/2020 à 13:57

Warcraft est bien pire

Opale
18/05/2020 à 10:10

Plaisir coupable que ce film généreux, débile, boursouflé, too much mais assez honnête. Réévalué pour ma part.

oss-sans-disquette
17/05/2020 à 23:28

Je vous avais trouvé un peu dur avec le film à l'époque Simon, même si vous n'êtes pas devenu élogieux quant à ce dernier on sent quand même que derrière vous saluez les ambitions et le style rock du film, propre à Ritchie. Les historiens et adeptes de mythologie arthurienne ont (logiquement) détesté le film. Mais si on en fait un poil abstraction, et malgré ses imperfections (un boss final de Dark Soul comme vous dîtes) c'est un pur shot d'adrénaline, un plaisir de cinéphile ultra dynamique et nerveux, et c'est un long-métrage jubilatoire. D'ailleurs ça m'énerve que les gens se plaignent du "massacre" du personnage de Guenièvre...alors qu'elle n'est pas dans le film. La Mage est la Mage, Guenièvre est Guenièvre, on n'entend pas de Guenièvre dans le film, fin du débat. Et c'est dommage que Warner ait charcuté le film de Ritchie au montage (la séquence dans l'autre monde avec Arthur perd intégralement toute sa substance). C'était pas une si mauvaise idée de vouloir faire une ou plusieurs suites, mais à croire que le studio était beaucoup trop gourmand, surtout pour 6 films!

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