Johnny Hallyday : adieu, vieille canaille

Mise à jour : 14/12/2017 22:48 - Créé : 6 décembre 2017 - Lino Cassinat
Photo Salaud, on t'aime
180 réactions

Le chanteur-acteur Johnny Hallyday est mort (cette fois c'est vrai). Il n'était pas seulement chanteur, il est également apparu assez régulièrement sur les écrans. Et cette filmographie réserve quelques surprises.

Tout d'abord, l'acteur a su jouer de son image à plusieurs reprises, que ce soit dans L'Aventure c'est l'aventure, Rock'n'Roll ou encore Chacun sa vie, qui était par ailleurs sa dernière apparition. Le musicien joue à chaque fois son propre rôle dans des situations dont l'incongruité contraste avec la gueule légendaire de Johnny.

Et puis évidemment, il y a Jean-Philippe, gigantesque terrain de jeu méta, dans lequel un fan inconditionnel du chanteur tombe dans une dimension alternative dans laquelle Johnny n'a jamais percé et est resté Jean-Philippe Smet. Johnny Hallyday y fait preuve d'une belle lucidité sur son parcours et son statut de star. Le film montre, sans fard ni honte, ce qu'aurait pu être Jean-Philippe.

 

Photo Johnny HallydayRock'n'Roll

 

Ce recul un poil mélancolique ressort d'autant plus dans d'autres rôles, moins connus mais qui recèlent une vraie profondeur. D'abord, il est touchant de voir Jean-Philippe Smet, un homme qui a toujours rêvé de mythes (surtout américains), se glisser dans le costume des grandes icônes du cinéma et endosser leur mythologie. Le cow-boy surhumain dans Le Spécialiste (Sergio Corbucci), l'enquêteur à l'imper dans Détective (de Jean-Luc Godard) ou encore le tueur à gages sans pitié de film noir dans Vengeance (Johnnie To), tous ces rôles endossés par Johnny Hallyday ne sont rien moins que des purs fétiches de cinéma, et on soupçonne qu'un artiste si conscient de son image les a acceptés, avec le plaisir du jeu, en sachant qu'il incarnerait des personnages en forme de stéréotypes légendaires.

 

Vengeance

 

Cette démarche est à son apogée dans L'Homme du train de Patrice Leconte. Le récit et les personnages minimalistes sont tout ce que Johnny Hallyday pouvait rêver de mieux, et il y délivre d'ailleurs sa meilleure performance dans ce qui reste (à notre avis) son plus beau film. Le récit y orchestre intelligemment le téléscopage dramatique de deux univers, celui de l'intellectuel pantouflard Jean Rochefort et du gangster sans repos Johnny Hallyday. Le chanteur y incarne ce qu'il a toujours voulu être : un univers blues à lui tout seul, puissant, gouailleur et mélancolique. So long cow-boy.

 

Photo Jean Rochefort

 

Mais Johnny, ce ne fut aussi un compagnonnage inattendu et tardif du côté de Claude Lelouche, qui le fit apparaître, décalque de lui-même, miroir déformant du réalisateur et enfin sosie hagard dans Salaud, on t’aime et Chacun sa Vie. Deux films qu’on ne se hasardera pas à défendre, mais qui constituent des portraits en creux du chanteur qui toucheront au cœur ses fans.

Enfin, le chanteur fut également un ambassadeur nanar de premier cru. Avec David Lansky, sorte de version sous Lexomil de L’Inspecteur Harry, mais surtout Terminus, chef d’œuvre de bizarrerie absurde, ou comment le cinéma français (et allemand) tenta de dupliquer le succès de Mad Max.

En résulte une chose parfaitement inclassable, aussi laide que délirante, dont on serait presque tentés de croire que Marvel a repris quelques éléments pour le design de Thanos… Bref, Johnny Hallyday fut aussi un cinéphile gourmand, curieux, à filmographie aussi inclassable et attachante que le fut l’ensemble de son œuvre.

 

Photo , TerminusJohnny Hallyday n'a pas attendu Thanos pour s'emparer de l'Infinity Gauntlet...

 

commentaires

King 07/12/2017 à 13:19

On a tous quelque chose de… Hallyday…

west666 07/12/2017 à 08:51

Meme si j'ai jamais été un fan du gars , j'ai eu un petit pincement au coeur pour le bonhomme pour qui j'avais un certain respect ,car c'est un peut la génération de mes parents qui sait en aller avec ,
Le mec ma jamais dérangé meme si j'ai jamais aimé sa musique , mais j'en connais comme tous le monde qui connais pas johnny sérieux ?

alors mec repose en paix rip l'ami franco belge pensé a tous les fans quand meme adieu

corleone 07/12/2017 à 03:24

Plus sérieusement on a pas besoin d'être fan de Johnny pour comprendre qu'une partie de la France est partie avec lui. Oui j'ai toujours préféré Claude François, Michel Sardoux, Joe Dassin et surtout surtout JEAN JACQUES GOLDMAN à lui mais ce qui est clair c'est que c'est Johnny et Johnny lui il est unique et c'est tout. Bye.

corleone 06/12/2017 à 23:48

@Lino Cassinat mouais . Ou quand les membres de la rédac se créent des pseudos.

alex 06/12/2017 à 18:20

A l'heure où les carrières sont éphémères on ne peut que s'incliner devant la façon dont il a gérer la sienne, je n'ai jamais été fan de Johnny et vraiment pas apprécié ses performances sur écran mais clairement c'était notre monument et on en a pas tant que ça !

Kouak 06/12/2017 à 16:47

Oui, on avait compris...
C'est juste la formulation qui "cloche"...
Un "malheureusement cette fois c'est vrai" aurait été plus judicieux...
Ou un truc dans le genre...
Bref c'est pas grave...

Perso je n'ai jamais été fan de Jojo, mais je dois rendre hommage, tout de même, à cet homme et son immense carrière (globale)...
Chapeau mÔssieur Smet...

Aujourd'hui l'artiste à éteint sa flamme mais n'oublions pas qu'il a également allumé le feu !

Lino Cassinat - Rédaction 06/12/2017 à 16:26

@gage

Ce n'est pas du cynisme vis à vis de la mort de Johnny, mais une manière de mettre un petit tacle à l'emballement médiatique organisé autour de l'agonie d'un être humain. Emballement qui a culminé, comme chacun sait, à annoncer sa mort il y a quelques jours de manière erronée.

Gage 06/12/2017 à 16:03

"Cette fois c'est vrai"

La délicatesse légendaire d'EL...

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