George A. Romero (Land of the dead)

Shamia_Amirali | 27 juillet 2005
Shamia_Amirali | 27 juillet 2005

Venu pendant le festival de Cannes, présenter en avant-première mondiale, les 14 premières minutes de Land of the dead, quatrième volet de sa saga des morts vivants, le réalisateur culte George A. Romero en a profité pour donner une master class à la Fnac de Cannes. L'occasion de parler de ses relations certes avec les zombies mais aussi avec Hollywood.

Pourquoi avez vous décidé de revenir au genre « film de zombie » après vingt ans d'absence ?
La situation de mon pays m'a incité à revenir au genre et à réaliser Land of the dead. Les États-Unis, de par sa géographie, ont toujours cru qu'ils étaient seuls à cause de l'océan. Mes films traitent toujours de personnes insulaires qui ne se soucient que d'eux-mêmes. C'est vrai que le majorité des américains est très patriotique. Cependant, je pense que ce n'est pas la véritable image de l'Amérique que vous avez. Je ne suis pas totalement convaincu que le peuple américain soit du côté de Bush.

Justement, avez-vous eu des problèmes pour travailler avec Dennis Hopper, acteur réputé pour son engagement républicain (NDR/ Romero étant un démocrate convaincu) ?
Nous sommes tous deux des « Easy riders ». Même si nos engagements politiques diffèrent, nous sommes avant tout des enfants des années 60, tous les deux agacés de ne pas avoir réussi à changer le monde à l'époque. Ceci étant dit si on avait réussi, je n'aurais jamais pu faire ma saga des morts-vivants.

Dans La Nuit des morts vivants, les zombies sont des animaux totalement instinctifs. Dans Zombie, ils ont des réflexes, dans Le jour des morts-vivants, ils sont domestiqués et maintenant avec Land of the dead, ils pensent et communiquent. Avez-vous travaillé dans cette direction dès le début ?
Oui, dès le premier épisode, j'avais en tête que si on faisait des suites, les morts-vivants devraient évoluer. Mais même s'ils ont évolué, depuis le début, ils essayaient d'imiter l'homme. Je ne sais pas comment ça va évoluer pour les prochains films.

C'est sans doute la première fois que vous avez un casting renommé.
C'est vrai que j'ai pris l'habitude de travailler avec des inconnus. C'est à la fois la difficulté de la série B (on sait que sans tête d'affiche, on aura du mal à vendre le film) mais aussi son énorme avantage car on ne sait pas ce qui peut leur arriver. On peut faire mourir les héros sans problème alors que lorsqu'il s'agit d'une star, c'est bien plus difficile à obtenir. En ce qui concerne Asia Argento, je la voulais dans un de mes films depuis Zombie. Pour John Leguizamo, c'est très drôle ce qui s'est passé. J'ai dit au studio que je voulais un acteur du genre de John Leguizamo, ce dernier l'a appris et il a voulu tourner dans le film.

Vous êtes devenus une véritable institution, un vrai label. Comment expliquez-vous alors qu'il y ait autant de blancs dans votre carrière ??
Je n'ai pas arrêté, j'ai développé 32 projets avec des studios. J'ai fait Bruiser que personne n'a vu et voulu sortir. Et j'ai eu pas mal de problèmes avec la Fox. Pour moi, il n'y a pas de trou dans ma carrière.

Vous semblez encourager les remakes de vos propres films ? C'est quand même assez inhabituel comme démarche pour un réalisateur ?
Season of the witch, je voudrais le réécrire et le refaire. C'est un petit budget et je dois le reconnaître, ce n'est pas très bien réalisé. D'autre part, je pense que l'idée est totalement contemporaine. Pour les autres films, ce n'est pas moi qui aie décidé. Pour le remake de La Nuit des fous vivants (The Crazies que devrait tourner Brad Anderson), je n'ai rien à dire mais on viendra me montrer le produit final pour que je donne mon accord.

Avez-vous une fascination pour les zombies ?
Ces quatre films sont une formidable plate-forme pour moi. C'est fascinant de pouvoir les faire évoluer comme je veux. Je n'ai à aucun moment dans mes films, utilisé le terme « zombie ». Ce sont avant tout des « flesh eaters » (mangeurs de chairs). On utilisait ce terme pour vendre le film, Night of the flesh eaters, ça parlait aux gens. La Nuit des morts vivants est venu avant les séries B comme Reptilicus. Il n'y a pas de connexion directe avec les morts-vivants. Cependant si les morts pouvaient revenir, la situation mondiale serait bien meilleure. C'est un genre qui revient et qui est facilement déclinable tout comme les mythes du vampire ou du loup-garou. Cela revient en général tous les dix ans.

La version qui sort en salles de Land of the dead est-elle uncut ou censurée ?
Les trois autres films ont été faits de manière assez indépendante. Pour ce quatrième volet, le studio m'a laissé faire le film comme je l'entendais. Je suis assez satisfait de ma collaboration avec Universal. Ils m'ont demandé de couper certaines scènes ce que j'ai fait. Je ne sais pas trop si j'ai été victime du politiquement correct. Je dois me plier à un certain nombre de règles pour faire des films et je les accepte. C'est toujours très dur de couper des scènes mais c'est ce que doit être capable de faire un réalisateur, faire des choix.

Vous avez remplacé les effets de maquillage faits en live qui contribuèrent à la popularité de Zombie par des effets numériques ?
Pas vraiment puisque 90% de Land of the dead est bel et bien réel. Je fais les films comme avant. Peut être qu'on peut améliorer certains trucs en post production mais je les tourne en live comme à la grande époque.

Évoquons un autre George célèbre (Lucas était alors en train de présenter Star Wars Épisode III en avant-première mondiale au festival). Vous aviez les mêmes intentions d'indépendance que lui. Avez-vous rêvé d'avoir le même parcours que lui ?
C'est possible bien que cela n'a rien à voir au niveau de la distribution. Dans sa façon de voir les choses, ses films ne sont pas une finalité, moi si.

Pour finir, lisez-vous les critiques de vos films ?
Je ne lis pas en général les critiques. Cependant, je suis très reconnaissant envers les critiques françaises. C'est ici même à Cannes que j'ai montré La Nuit des morts-vivants et que les critiques ont vu au delà du simple film d'horreur et ont permis au film d'accéder au statut de film culte. Je suis actuellement reconsidéré. Cependant je peux comprendre que des gens n'aiment pas les films de zombies. (Rire.)

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