Paul Greengrass

Didier Verdurand | 6 septembre 2004
Didier Verdurand | 6 septembre 2004

Enchaîner la suite de La Mémoire dans la peau après Bloody Sunday, Ours d'or à Berlin en 2002, tel est le chemin atypique emprunté par Paul Greengrass, au départ documentaliste, aujourd'hui l'un des réalisateurs les plus recherchés. Venu à Deauville présenter La Mort dans la peau, il a accepté de nous rencontrer pour parler de son expérience hollywoodienne qui s'est soldée par un triomphe aux États-Unis.

Sacré défi à relever que d'accepter la mise en scène de La Mort dans la peau !
Il y en avait trois. Déjà, il s'agissait de réaliser la suite d'un succès à la fois critique et public. J'aurais échoué s'il avait obtenu un succès seulement correct au box-office à cause d'une qualité moyenne. Le deuxième challenge était le passage d'un cinéma plus ou moins indépendant à un autre, plus coûteux. Ces deux points ne m'ont pas fait peur pour autant. Je pars du principe que si j'ai accepté de faire un boulot, je suis capable de bien le faire. Et si le budget est dix, quinze fois supérieur à ce que j'ai eu jusqu'à présent, ce n'est pas pour autant que la pression sera proportionnellement supérieure. J'étais surtout inquiet par le troisième défi : garder mon identité dans un cercle hollywoodien, me faire entendre. Je voulais que ce soit « mon » film, même si je reprenais plusieurs personnages déjà existants.

Sans avoir pour autant le final cut ?
Lorsqu'il y a autant d'argent en jeu, vous n'êtes pas seul à prendre des décisions. Je trouve naturel d'avoir des comptes à rendre quand vous avez un budget de 90 millions de dollars, donc d'écouter les producteurs...

…Notamment Doug Liman, réalisateur du premier ?
Non, il est crédité comme producteur exécutif mais à vrai dire, je ne l'ai jamais rencontré, nous n'avons même jamais discuté ensemble. J'étais surtout en contact avec Frank Marshall (producteur d'une cinquantaine de films dont les Indiana Jones et Retour vers le futur, Ndlr), très puissant à Hollywood, et surtout fascinant. Nous pouvons avoir des points de vue très différents, mais l'écoute de l'autre a toujours été totale et réciproque. Il a été très protecteur et le studio, Universal, m'a toujours épaulé. Je ne dis pas que c'est toujours comme ça à Hollywood, car j'ai entendu des échos négatifs sur d'autres studios qui donnaient des directives sans nécessairement en discuter au préalable.

Pourquoi avez-vous été choisi ?
Déjà parce que je venais de faire Bloody Sunday qui avait été très apprécié, et surtout parce que je viens d'un système différent. La franchise Bourne, malgré ses millions de dollars, doit avoir cette odeur particulière, absente d'un classique blockbuster, et propre au cinéma indépendant.

Comment expliquez-vous le succès de cette série ?
Je dirais que c'est une question de timing. Bourne est aujourd'hui un personnage unique dans l'univers cinématographique envahi de héros plus grands que nature, qui ont même parfois des pouvoirs ! D'une manière générale, tout est blanc ou noir pour se terminer par un happy end et la mort du méchant. Jason Bourne est nettement plus humain et complexe et évolue dans un monde où règne la méfiance. Comme nous, à qui les pouvoirs publics racontent ce qu'ils veulent. À côté, il y a aussi les scènes de pur divertissement qui réjouissent ceux qui ont l'habitude de manger leur popcorn devant un super héros, donc le succès est au rendez-vous, et j'espère que cela continuera.

Vous faîtes du tort à James Bond ! En réaliseriez-vous un ?
Jamais ! Qui est James Bond ? Un guignol en smoking qui boit un Martini dans un casino à Monaco, en train de draguer une poulette aux gros seins ! Il fait la fête et c'est un impérialiste qui n'a aucun dégoût à tuer des gens. Les valeurs morales de Bourne et de Bond n'ont rien à voir. Bourne n'a pas de gadgets ultra-modernes et n'est pas un obsédé, il n'évolue pas dans un monde secret qui nous est étranger. Selon moi, James Bond appartient au passé.

(Attention spoiler juste après l'image ci-dessous).

Et vous tuez rapidement l'héroïne !
Oui, car nous voulions vraiment que le spectateur se demande où il allait, qu'il perde ses repères. Il fallait aussi passer par là pour vraiment nous démarquer de La Mémoire dans la peau et éviter de répéter le premier épisode. Le duo fonctionnait très bien dans le premier, mais ce n'était pas très intéressant de juste le délocaliser. Jason Bourne devait faire face à de nouvelles difficultés, et la perte de sa compagne le plongeait dans une situation inédite qui le ferait évoluer.

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