Robert Pattinson : de Twilight à Good Time, avènement d'un super-mutant phénoménal

Créé : 19 septembre 2017 - Jacques-Henry Poucave
Photo Robert Pattinson
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Tout le monde le répète, Robert Pattinson est un véritable phénomène. Mais encore ?

Il est entendu que tout comédien transformé en icone à la faveur d’une saga, d’un succès planétaire, à fortiori à destination du jeune public, est tout sauf assuré de voir sa carrière survivre à ce type d’ouragan starifcateur. Et en matière de phénomène de masse, la fièvre qui accompagna la série Twilight a atteint des proportions pas loin d’être inédites.

Quand on aurait pu voir sa tête d’affiche masculine tenter de cristalliser sa carrière autour de rôles de jeune premier un peu bellâtre, Robert Pattinson a opté pour un changement radical. Et contre toute attente, le phénomène qui l’entoure semble avoir encore gagné en ampleur.

 

Photo Robert Pattinson

Pattinson dans Good Time

 

ROBERT PATTHYPNOSE

Il y a quelques jours sortait Good Time des frangins Safdie, course-poursuite hallucinée dans un New York à la dérive, très bien reçue à Cannes. Des médias les plus populaires aux plus pointus, des dégorgeoires à dossier de presse à la couverture des cahiers, une (formidable) tronche : la gueule rougeoyante de Pattinson. Et partout cette même fascination pour le « caméléon », pour sa « transformation ».

Et à bien y regarder, la situation est tout de même curieuse.  Si on partage totalement et depuis un bon bout de temps l’intérêt d’une grande partie du public et de nos confrères pour la carrière de l’artiste, il est sidérant de voir les médias parler encore de mutation, quand cette dernière a été amorcée par l’acteur avec Cosmopolis de David Cronenberg, il y a déjà 5 ans.

 

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Avec Kristen Stewart dans Twilight 4

 

Personne n’a-t-il donc rien à dire sur Robert Pattinson pour que depuis 2012, après des performances aussi hallucinantes que celles découvertes chez David Cronenberg, dans The Rover ou Life, tant de monde feigne de s’étonner des détours empruntés par sa carrière ? A bien y regarder justement, cette illusion de la métamorphose permanente provient peut-être, au-delà du talent de communicant de Pattinson, de sa particularité la plus évidente et fascinante.

 

Photo Robert Patterson

 Dans Life

 

VAMPIRE ? VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ?

La folie autour de Pattinson semblait avoir atteint son point culminant avec le troisième volet de la franchise Twilight en 2010 et l’embolie d’épithètes s’abattant sur l’acteur. À entendre ses millions de fans et autres thuriféraires, Robert Pattinson incarnait un suceur de sang à la beauté stupéfiante. Or, on se demande si ce n’est pas précisément la non-beauté qui a fait de Pattinson cet hybride inclassable.

 

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Pattinson dans Twilight 3ème du nom

 

Ce personnage censé provoquer une véritable révélation romantique chez la jeune femme interprétée par Kristen Stewart est à bien y regarder totalement aux antipodes des clichés physiques du jeune premier (et des faciès poupons, tous plus lisses et harmonieux les uns que les autres, qui parsèment la saga).

Regard perdu, silhouette presque frêle, menton prognathe, voix presque doucereuse… Robert Pattinson n’est pas beau, et s’il fera bientôt la preuve de ses immenses talents d’acteur, ses compositions ouatées tranchent si radicalement avec le reste du casting qu’on se demanderait presque s’il n’est pas comme absent à lui-même.

Plus que l’esthétique rebattue et quasi-factice d’un Taylor Lautner, retourné presque instantanément à l’anonymat, c’est sans doute cette apparence de créature, cette erreur du système, ce grain de sable, qui va progressivement conférer à Pattinson une aura à part.

 

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Pattinson chez Cronenberg

 

COSMOMUTANT

Si l’aventure motorisée de David Cronenberg sera reçue sans enthousiasme par une partie de la presse, voire copieusement méprisée sur la Croisette, la performance de Pattinson ne passe pas inaperçue. Les hordes de fans de la franchise vampirique veulent découvrir ce renouveau bizarroïde, quand les cinéphiles se demandent ce que Cronenberg va faire de ce curieux phénomène.

Les journalistes qui auront interviewé ou accompagné Pattinson lors des tournées promotionnelles de Twilight auront souvent aperçu ses moments d’égarement où face à un mur de chairs hystérisées, l’acteur semblait perdre pied, quand il ne laissait pas échapper un mot d’esprit acide, jamais méchant mais témoignant toujours d’un rapport douloureux à la démesure son sacre.

Avec Cosmopolis, cet être à la forme changeante et aux affects nécessairement mystérieux semble avoir rencontré un projet artistique. Et le corps de l’artiste pourra désormais se tordre à l’infini, comme le confirme sa collaboration avec David Michôd, pour laquelle il glisse dans la peau du débile léger en quête d’affection de The Rover.

 

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The Rover

 

On ne sait soudain plus si la beauté de Pattinson n’en finit pas de se dévoiler, ou si l’expérimentateur s’amuse à en retirer les couches une à une, pour mieux dévoiler un organisme monstrueux. C’est particulièrement prégnant dans Good Time où cet être sans âge, comme désarticulé, tente en permanence de provoquer une accélération du récit, de trouver littéralement un sens, une forme, qu’il dégoute d’encre rouge ou étincelle de mèches blondes.

Autant de transformations et de paradoxes qui expliquent sans doute que nous ayons collectivement le sentiment que cette transformation, sans céder aux sirènes du method acting voyant, est perpétuellement réinventée. Que l'acteur soit attendu dans High Life, un film de science-fiction de Claire Denis avec Juliette Binoche, qui tourne autour d'expérimentations sur la reproduction dans l'espace, le confirme encore une fois.

 

Robert Pattinson dans Twilight - chapitre 1 : Fascination

Dans le premier Twilight

 

Photo Robert Pattinson

Dans Bel Ami

 

Photo Robert Pattinson

Dans The Lost City of Z

 

Robert Pattinson

Dans Good Time

 

commentaires

corleone 19/09/2017 à 21:40

Incontestablement un très bon acteur qui avance en se bonifiant.

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