The Last Face, Marie-Antoinette, Paperboy, The Search : ces gros films prestigieux que le Festival de Cannes a atomisé

Mise à jour : 26/07/2017 15:00 - Créé : 10 janvier 2017 - La Rédaction
Photo Charlize Theron
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The Last Face sort ce mercredi. Ce film qui avait tout pour séduire a pourtant été atomisé avant même de débuter sa carrière en salles. D'autres films prestigieux ont vu leur destin brisé au Festival de Cannes.

C'était le retour de Charlize Theron à Cannes, un an après le triomphe de Mad Max : Fury Road. Sauf que cette fois-ci, Furiosa aurait bien eu besoin d'un bolide pour fuir de honte : The Last Face, le mélodrame de Sean Penn centré sur deux humanitaires qui tombent amoureux en Afrique, a été désigné comme une horreur absolue et rangé parmi les pires films accueillis à Cannes.

L'impitoyable Festival avait trouvé sa victime de la saison, qui devrait connaître une carrière en salles à la hauteur de son histoire d'amour mièvre et ses dialogues lunaires ("Il ne s’agit pas de choper. Il s’agit d’aimer"). The Last Face marche ainsi ainsi dans les pas de nombreux autres films atomisés sur la croisette, venus conquérants et repartis la queue entre les jambes. Certains ont tenté la feinte d'un remontage avant une sortie en salles, sans succès. Petit tour d'horizon de ces mises à mort sur la place publique.

 

Photo Charlize Theron

 

MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola

Virgin Suicides a coûté 4 millions. Lost in Translation, 6 millions, avec un Oscar du meilleur scénario à la clé. Avec Marie-Antoinette, Sofia Coppola passe à la vitesse supérieure : 40 millions et un tournage extraordinaire à Versailles, pour apporter sa touche pop à la célèbre reine de France.

En lice pour la Palme d'or en 2006, le film est attendu comme le grand événement de Cannes, porté par la réalisatrice superstar. Mais le buzz retombe dès que le film est présenté. La critique est plus que mitigée, entre le charme de New Order et la vacuité de l'entreprise. Lorsqu'elle est interrogée sur les huées de la critique, Sofia Coppola répond que c'est mieux qu'une réaction sans passion. Le film sera un succès modeste en salles, mais Sofia Coppola reviendra immédiatement à une échelle de cinéma plus petite. Son plus gros budget depuis reste The Beguiled, son prochain film avec Nicole Kidman et Colin Farrell : une dizaine de millions de dollars.

 

Photo Kirsten Dunst

 

SOUTHLAND TALES de Richard Kelly

La même année que Marie-Antoinette, un autre cinéaste venu de la sphère indé souffre. De manière bien plus profonde et spectaculaire. Donnie Darko étant devenu au fil du temps un classique, après une présentation à Sundance et une carrière en salles plus que tièdes, Richard Kelly est un réalisateur qui compte. Avec Southland Tales, il décroche un budget conséquent de 17 millions, réunit un casting très en vue (Dwayne Johnson, Sarah Michelle Gellar, Sean William Scott ou encore Justin Timberlake), et gagne une place inespérée en compétition avec son film de science-fiction pop et tape-à-l'oeil à mille lieux des standards de Cannes.

Présenté dans une version non finalisée, Southland Tales est assassiné. En quelques heures, le rêve de Richard Kelly vire au cauchemar, et la profession lui tourne le dos. Il se battra pour pouvoir terminer son film, qui sera remonté. En salles, il rapportera à peine 400 000 dollars dans le monde. La carrière du réalisateur ne s'en est pas encore remise, malgré son film théoriquement plus mainstream The Box, avec Cameron Diaz. C'était en 2009. Depuis, rien.

 

Southland tales

 

L'EXODE - SOLEIL TROMPEUR 2 de Nikita Mikhalkov

C'est l'un des films russes les plus chers (55 millions) et l'un des plus gros échecs de la terre de Poutine (environ 8 millions et des critiques assassines). Suite de Soleil trompeur, Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 1994, ce film de Nikita Mikhalkov sur la Seconde Guerre mondiale a été mis en pièce pour de nombreuses raisons : réécriture de l'Histoire, incohérences spectaculaires avec le premier film, et sensation globale d'amateurisme.

En compétition officielle à Cannes en 2010, il est atomisé ou ignoré au milieu d'une édition qui restera faiblarde pour beaucoup (Oncle Boonmee aura la Palme d'or). Le film a été une telle catastrophe que lorsque la Russie décide de le désigner comme leur candidat officiel à l'Oscar du meilleur film étranger, plusieurs cinéastes partagent publiquement leur colère. Certains demandent à Nikita Mikhalkov de retirer son film de la compétition, pour laisser la place à des oeuvres prestigieuses comme Faust d'Alexander Sokurov (Lion d'or à Venise) et Elena d'Andrei Zvyagintsev (Prix spécial du jury à Cannes). Les méthodes de sélection du comité, où Mikhalkov a une place, sont questionnées. Soleil trompeur 2 ne sera pas retenu, sans surprise.

 

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THE SEARCH de Michel Hazanavicius

Lorsqu'il arrive avec ce film de guerre adapté des Anges marqués de Fred Zinneman, Hazanavicius est une rockstar : il a reçu le César et l'Oscar du meilleur réalisateur pour The Artist il y a deux ans après le succès phénoménal de la comédie musicale, dont la carrière avait commencé à Cannes.

Mais la boucle ne sera pas bouclée : The Search ne convainc quasiment personne. La magie s'est envolée, et la carrière de cette ambitieuse coproduction à 22 millions d'euros explose en quelques heures. Loin de marcher dans les pas de leur précédent film, le réalisateur et Bérénice Bejo accuseront un sévère échec critique et public, le film n'attirant que 70 000 spectateurs en France, contre 3 millions pour The Artist (lequel avait coûté nettement moins cher). La grande aventure lancée à Cannes se terminera ainsi au même endroit, dans un silence gênant.

 

Photo Bérénice Bejo

 

NOS SOUVENIRS de Gus Van Sant

A l’annonce de la sélection officielle du Festival de Cannes 2015, personne n’était surpris de voir le nom de Gus Van Sant et son nouveau film Sea of Trees en compétition pour la Palme d’Or. Bien au contraire le film du réalisateur d’Elephant faisait figure de favori pour la prestigieuse Palme grâce à son casting porté par Matthew McConaughey mais également grâce un synopsis intrigant.

Puis le cauchemar a commencé pour Sea of Trees. Après sa projection le film est assassiné par la critique, dans nos colonnes on dira même que Gus Van Sant vient de "nous gratifier d’un pur nanar " L’avenir glorieux qu’on lui prédisait un mois avant est définitivement enterré et tout est fait pour oublier l’existence du long-métrage. Aux Etats-Unis, le film ne sort que dans moins de 100 salles et gagne 20 000 dollars en trois week-end d'exploitation (pour un budget de 25 millions). En France, au début de l'été sa date de sortie est repoussée de septembre 2015 à une date encore inconnue. Finalement, le film sort le 27 avril 2016 avec un nouveau titre - Nos Souvenirs -, sans avoir été remonté (oui on est allé le revoir !) et surtout en face de Captain America : Civil War. La messe est dite.

 

Photo Naomi Watts, Matthew McConaughey

 

BLOOD TIES de Guillaume Canet

Après le succès de Ne le dis à personne, Hollywood tend les bras à l'acteur et réalisateur. Il refuse de s'embarquer dans un banal film de studio mais finira par repenser aux Liens du sang, ce polar français sorti en 2008 où il donnait la réplique à avec François Cluzet : l'envie d'en réaliser un remake américain germe, et le fait que Ridley Scott cherche à en récupérer les droits le pousse à se lancer.

James Gray en co-scénariste, Clive Owen, Billy Crudup, Milas Kunis, Zoe Saldana et Marion Cotillard à l'affiche : Blood Ties est présenté en grande pompe à Cannes en 2013, hors compétition. Le message est clair : Canet décolle vers une nouvelle dimension, avec un polar sur les terres classiques du cinéma américain des années 70. Mais l'accueil est plus que mitigé, pour la presse français et étrangère. Guillaume Canet remontera le polar seventies pour retirer 17 minutes avant sa sortie en salles, mais peu importe : son premier film américain au budget de 26 millions est un échec, avec 2,5 millions de recettes.

 

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GRACE DE MONACO d'Olivier Dahan

Dans une autre dimension, Nicole Kidman a été nommée à l'Oscar de la meilleure actrice pour ce biopic sur Grace de Monaco, touchée par la grâce d'Olivier Dahan comme Marion Cotillard l'a été pour La Môme. Mais ici-bas, elle a marché dans les pas de Renée Zellweger, qui pensait sûrement que son rôle de chanteuse handicapée dans My Own Love Song était une valeur sûre.

Sa présentation en ouverture de Cannes en 2014 a marqué la mort quasi instantantanée du film : le biopic faussement prestigieux et tape-à-l'oeil a été salué comme une horreur intégrale, d'une niaiserie et d'une fadeur spectaculaires. Le public acquiesce, avec moins de 300 000 entrées en France. Loin du parcours prévu vers les Oscars, Grace de Monaco finira par être remonté sous forme de téléfilm Lifetime en 2015, à la suite d'une guerre ouverte et ridicule entre Olivier Dahan et Harvey Weinstein. Un crash en bonne et due forme.

 

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L'OPERATION DIABOLIQUE de John Frankenheimer

C'est depuis devenu un film culte, ressorti dans les salles françaises en 2014, mais ce thriller tordu de John Frankenheimer a eu une carrière difficile. Présentée à Cannes en 1966, cette histoire d'homme qui se retrouve dans un corps plus jeune grâce à une mystérieuse société secrète a été détestée. Thriller, science-fiction, horreur : ce film en noir et blanc a été un échec en salles, avec à peine 2 millions de recettes à sa sortie - loin des succès d'Un crime dans la tête et Le Train, précédents films d'un Frankenheimer alors superstar. Critiqué pour son aspect expérimental et sa belle folie, L'Opération diabolique (Seconds) a depuis été réhabilité pour les mêmes raisons. 

 

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PAPERBOY de Lee Daniels

Propulsé par le succès de Precious, Lee Daniels entre dans la cour hollywoodienne : Matthew McConaughey (alors au beau milieu de sa renaissance spectaculaire), Zac Efron, Nicole Kidman et John Cusack dans un thriller difficilement classable, situé dans les bayoux de la Floride.

Comme beaucoup d'autres, le film est hué. Mais il est surtout transformé en théâtre du grotesque lorsque la presse et le public s'emparent de quelques éléments trash pour le résumer. Kidman qui pisse sur Efron devient l'image culte du Festival de Cannes 2012, qui torpille cet objet curieux et un peu grotesque. Paperboy rapportera à peine 3 millions pour un budget de 12, et disparaîtra vite des radars malgré une nomination aux Golden Globes pour l'étonnante Nicole Kidman. Le troisième film de Lee Daniels, Le Majordome, confirmera alors l'évidence : fabriquer une machine à buzz et à Oscars n'est pas si simple.

 

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BONUS : ONLY GOD FORGIVES de Nicolas Winding Refn

Moins une mise à mort qu'un sérieux coup de frein. Présentées en compétition en 2013, deux ans après le lancement fulgurant du phénomène Drive, les retrouvailles entre le cinéaste de Ryan Gosling ont laissé une grande partie de l'assemblée perplexe. Only God Forgives est une oeuvre moins évidente, au potentiel cool nettement moins clair et poli. L'événement de Cannes se transforme alors en film compliqué à traiter et à vendre.

La foudre n'a pas frappé deux fois au même endroit et ce film de boxe et de karaoké connaîtra une carrière loin de Drive : une dizaine de millions de recettes contre plus de 76. Mais c'était presque une évidence : il a coûté trois fois moins cher, preuve que Refn s'était embarqué dans une aventure que même le succès de Drive ne pouvait rendre moins périlleuse.

 

Only God Forgives

 

commentaires

Uio 17/01/2017 à 15:55

Corleone, si tu regardes dans le lien lis dans l'introduction tu verras the Brown Benny dans un article annexe sur un sujet similaire. Et qui renvoie à un dossier consacré au film. Écran large à plusieurs fois parle de ce très beau film par le passé. Ici ça me semble moins pertinent vu que c'était une attente relative, loin des parterres de star.

hub33 12/01/2017 à 22:14

Blood ties et paperboy sont visibles. le frankeinhemer, pas vu. ni southland; les autres, oui grozzzz catastrophe (sophia coppola est cinéaste comme moi ingénieur de la nasa, son père est par contre, le méga cador).

corleone 11/01/2017 à 06:46

POURQUOI le rettentissant The Brown Bunny de Vincent Gallo n'est pas dans cette liste ?

Satan LaTeube 10/01/2017 à 20:53

"En compétition officielle à Cannes en 2010, il est atomisé ou ignoré au milieu d'une édition qui restera faiblarde pour beaucoup"
Pour moi c'est au contraire l'une des plus riches de ces dernières années. Suffit d'ailleurs de regarder le palmarès.

La Redaction 10/01/2017 à 14:08

@SVP
Pouvez-vous être plus précis sur la publicité qui vous embête ? S'agit-il d'un interstitiel qui occupe toute la page ? Il n'y pas de croix de fermeture ?
Merci !

SVP 10/01/2017 à 13:51

Vous pouvez faire en sorte qu'on puisse fermer la publicité (de merde, oui oui) sur tablette. Ça nous éviterait d'ouvrir une page, d'être bloqué par la pub et de fermer la page pour la réouvrir. Merci.
P.S. : Au bouffon qui n'a pas pensé à ça : change de boulot pine d'huitre. Et à l'âne qui l'a embauché : pense avec ta tête pas avec tes pieds.

Bien 10/01/2017 à 12:24

C'est quand même souvent mérité. Mais L'Opération Diabolique et Southland Tales sont deux chefs-d'oeuvre, il est important de le rappeler.

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