Le mal-aimé : Speed Racer, le désastre post-Matrix des Wachowski

Geoffrey Crété | 6 août 2018
Geoffrey Crété | 6 août 2018

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

   

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"Ni speed ni racé du tout" (Libération)

"Entre Spy kids 3 et La Coccinelle revient" (L'Ecran fantastique)

"L'équivalent esthétique d'aiguilles dans les yeux : vraiment douloureux et curieusement paralysant" (Wall Street Journal)

"Même le public visé des enfants de 10 ans pourrait avoir quelques sursauts du sommeil face à 135 infernales minutes où les Wachowski vomissent leurs rêves barbe à papa" (Rolling Stone)

  

 

 

LE RESUME EXPRESS

Speed Racer, 18 ans, a la course dans le sang comme son père, qui tient une écurie indépendante, et son frère Rex, mort sur un circuit. Il attire l'attention de Royalton, PDG d'une puissante écurie. Speed refuse son offre généreuse, et Royalton s'énerve : il promet qu'il le détruira, au nom du dieu dollar.

Speed accepte d'aider Togokhan, une écurie concurrente, à remporter la dangereuse course où son frère a été tué, en échange d'un moyen d'attaquer Royalton. Il s'allie avec le mystérieux Racer X, et ensemble ils gagnent. Mais Speed a été berné : Togokhan l'a utilisé au nom du dieu dollar.

Définitivement seul, Speed affronte Royalton et le système lors du Grand Prix. Il gagne, et prouve au passage que Royalton est un pourri. Tout est bien fini bien, d'autant que Racer X se révèle être son frère, qui a simplement changé de visage pour sauver l'honneur de sa famille.

FIN

 

Image 281268Susan Sarandon et John Goodman sont les parents de Speed

   

LES COULISSES

A l'origine, il y a Speed Racer, manga de 1966 de Tatsuo Yoshida, devenu un anime dans la foulée. Le studio Warner Bros. achète les droits en 1992 et le projet d'adaptation semble vite se concrétiser : en 95, le tournage est annoncé, avec Johnny Depp dans le rôle-titre et Julien Temple à la réalisation. Pour des raisons de budget trop élevé et d'emploi du temps, le tournage est repoussé. Le réalisateur s'en va, suivi par Depp.

La Warner tentera d'intéresser Gus Van Sant et Alfonso Cuarón, avec divers scénaristes (dont J.J. Abrams) attachés au projet. En 2000, une version avec le réalisateur Hype Williams tombe à l'eau. En 2004, Vince Vaughn tente de relancer la chose, comme producteur exécutif et interprète de Racer X, mais abandonne à son tour.

Speed Racer décolle fin 2006, avec les Wachowski et le producteur Joel Silver. Trois ans après la fin de la trilogie Matrix, après avoir produit et fignolé V pour Vendetta, le duo permet au projet de se concrétiser. En juin 2007, le tournage commence, quasi intégralement sur fond vert, en haute définition, avec un budget de 120 millions (un peu moins que les suites de Matrix).

Shia LaBeouf , Joseph Gordon-Levitt ou encore Zac Efron sont évoqués avant qu'Emile Hirsch ne soit casté. Christina Ricci remportera le rôle de Trixie face à Rose McGowanElisha Cuthbert et Kate MaraKeanu Reeves, lui, a refusé le rôle de Racer X.

 

Image 281271Emile Hirsch est Speed Racer

 

LE BOX-OFFICE

Echec. Speed Racer a coûté dans les 120 millions de dollars, et a terminé sa carrière aux alentours de 93 millions en 2008 : moins de 44 aux Etats-Unis, et une cinquantaine dans le reste du monde. 

C'est sans surprise très loin des trois Matrix, qui ont engrangé entre 427 et 742 millions par film. Mais c'est néanmoins dans une forme de continuité puisque le succès de Matrix Revolutions, le troisième, est inférieur au premier (460 millions) et à Reloaded (742 millions).

Le marketing sera en grande partie jugé responsable du flop, ayant été incapable d'assumer et revendiquer l'aspect familial d'un film qui auraît dû s'adresser en priorité aux enfants - quitte à mettre de côté l'étiquette "par les réalisateurs de Matrix".

Une suite était envisagée, et Joel Silver assurait que les Wachowski avaient déjà en tête l'histoire. Mais le public en décidera autrement et le box-office parlera en leur nom.

 

Image 252807Christina Ricci dans un look irrésistible

 

LE MEILLEUR

Speed Racer s'ouvre sur un kaléidoscope de couleurs dignes d'un mauvais trip sous LSD, qui devance même le logo du studio Warner Bros. L'annonce est claire : regarder le film des Wachowski, c'est plonger dans un puits de couleurs, dans une dimension parallèle avec ses propres règles.

Le premier quart d'heure est à ce titre une décharge féroce et une gifle : assemblage de deux courses et d'une somme de flashbacks pour raconter le héros, sa famille, son univers et les enjeux, l'introduction est d'une efficacité qui frôle l'hystérie. Les Wachowski déploient une énergie sensationnelle pour emballer cette adaptation pop unique en son genre, avec un soin évident apporté au montage et à la direction artistique  : des costumes à la palette de couleurs, chaque image contient toute la folie grotesque et irrésistible de l'aventure.

 

Speed Racer

 

Il y a une volonté spectaculaire d'occuper tout l'espace, de combler chaque parcelle de l'image et chaque seconde de vide, pour former une aventure outrancière qui déborde de tous les côtés. L'exercice est plus que périlleux, et déraille à plusieurs reprises, mais il y a comme une harmonie du chaos à l'œuvre dans Speed Racer.

L'aspect délibérément campy et la logique de jeu vidéo intégrée au scénario (le méchant qui utilise une manette et un écran dans son super camion pour tirer sur une voiture, le tutorial de Speed où il apprend à utiliser les touches A et B pour diriger son véhicule) participent à faire de la superproduction un objet extraordinaire, qui semble être tout droit sorti de l'imagination des Wachowski sans passer par le filtre du studio qui façonne le mainstream ordinaire.

Cartoonesque au possible, avec la coupe de cheveux de Christina Ricci et les bulles qui permettent aux pilotes de survivre, Speed Racer est un plaisir régressif trop rare et trop audacieux pour être rejeté en bloc. D'autant que la chose ne se prend pas trop au sérieux, comme en témoigne le montage parallèle entre Speed qui apprend la terrible vérité sur Royalton, et son petit frère en pleine mission sucreries qui s'échappe au rythme de Free Bird.

 

Speed RacerRoger Allam, parfait en grand méchant machiavélique

 

C'est également parce que l'histoire semble raconter Hollywood que le film a une valeur certaine. Speed Racer reste ainsi l'histoire d'une famille qui affronte une compagnie surpuissante qui incarne l'impitoyable système, quitte à briser des vies et des rêves pour acquérir dollars et pouvoir. "Les gens comme vous ont bien trop d'argent. Quand on a tant d'argent, on commence à se dire qu'on peut ne pas suivre les règles que tous les autres respectent", rétorque le bon et honnête père de famille interprété par John Goodman, au PDG de la diabolique Royalton. L'intérêt de l'homme d'affaires machiavélique pour les courses ("de l'art", précise la mère du héros) n'est qu'un leurre, et Speed devra se battre pour protéger la pureté de son engagement et son amour véritable des bolides.

Que Speed Racer ait été financé par un studio nommé Warner Bros. (pour brothers) et mis en scène par deux membres d'une même famille, est à remettre au centre de l'intrigue. Derrière l'aventure naïve et colorée, il y a l'histoire d'une trahison (des grands patrons aux soit-disant frères sur le terrain), de la lutte entre les petites entreprises familiales et les mastodontes de la bourse, du cauchemar du business et du marketing (les Wachowski rejettent l'idée de la promotion, et leur contrat pour Matrix stipulait qu'elles n'y participeraient pas). C'est sûrement pour cette raison que derrière la bulle pop et la tartine numérique, une émotion apparaît finalement, faisant de Speed Racer un blockbuster moins bête, moins vide et moins enfantin qu'il n'y paraît.

 

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LE PIRE

Pour celui qui n'adhère pas à l'univers pop et coloré, Speed Racer sera une torture. Pour celui qui attendait une aventure aussi dense et grandiose que Matrix, Speed Racer sera une déception. Pour celui qui ne supporte par l'humour de dessin animé, Speed Racer sera insupportable. Il y a beaucoup de raisons d'être refroidi, repoussé, surpris, désarçonné, et donc exaspéré par le film des Wachowski, qui ne rentre dans aucune case classique du spectacle mainstream.

Un peu trop hystérique pour les enfants et trop candide pour les adultes, le film se retrouve dans les limbes, s'adressant à tout le monde et personne à la fois. Difficile d'en vouloir à celui qui lèvera les yeux au ciel à chaque apparition du petit frère et son chimpanzé, aura envie de vomir face aux CGI criardes, ou de dormir face à une intrigue cousue de fil blanc. 

 

PhotoMmmh. John Goodman a un look de plombier non ?

 

En plus de partis pris forts, qui ne pouvaient que gêner ou exaspérer une partie du public, le blockbuster des Wachowski est sans nul doute arrivé trop tôt. Un an après est arrivé le phénomène Avatar, et avec lui une dynamique un brin ridicule de films en 3D. Speed Racer aurait certainement pu en bénéficier, et les cinéastes de Matrix profiter de cet outil pour nourrir leur univers bariolé qui joue sur la profondeur et les juxtapositions des couches et images.

En l'état, leur superproduction reste un objet unique en son genre. C'est l'overdose faite film, où chaque plan est réhaussé par des effets de style, des surimpressions, des collages numériques, quitte à polluer l'image et noyer les dialogues et les acteurs. C'est le remplissage à l'excès, à un degré ahurissant qui donne le tournis. C'est un spectacle façonné par deux passionnés qui ont obtenu une liberté folle, pour le meilleur et pour le pire.

  

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

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commentaires

Marco
20/07/2019 à 01:35

Speed Racer est un très bon film. Il est très dynamique on ne s'ennuie pas une minute. L'intrigue est très bien construite, le visuel est géniale ça change du film live classique. Les acteurs sont excellent et les Wachowski prouvé encore qu'ils sont des réalisateurs de génie.

John Wick
16/04/2019 à 04:12

Je suis juste déçu qu'il n'y est aucune suite. On est en 2019 et se film m'est revenu en tête alors que je n'arriver pas a dormir alors j'ai décidé de le revoir et derrière j'ai appris qu'une suite n'arrivera probablement jamais... J'aurais tant aimer speed découvrir que Tracer X est vraiment son frère ???? ENFIN BREF j'imagine que je suis le seul a vouloir une suite on dirait, ou alors le nombre doit être très petit pour qu'au lieu d'avoir speed racer 2 on a sonic en 3d degueulasse qui va faire son apparition alors que personne n'a demander sa contrairement a un speed racer 2 ????

Yannis
02/11/2018 à 20:05

Speed est bien mais chaqu'un c'est gout de film de decor personnelement j'aimerai une suit

Alan Smithee
07/08/2018 à 10:10

Un film expérimental/d’Avant-garde déguisé en blockbuster familiale avec les thèmes habituels des Wachowskis: un ovni inoubliable et un chef d'oeuvre!

Brucetheshark
06/08/2018 à 23:09

@boubiedu06 , tu es vraiment un gros veau.
1) ton argument ne tient sur rien
2) ça colle même pas au niveau des dates

Bref, si tu veux troller, fais le mieux que ça

MichMich
06/08/2018 à 23:08

Dès le départ ça puait la mauvaise idée, comme si Cameron après le carton T2 s'attaquait à Mon Petit Poney. Une honte. Et dire qu'il n'y a plus qu'une suite ou un reboot avec Neo pour leur faire remonter la pente...encore un gâchis.

maxleresistant
06/08/2018 à 23:01

J'ai vu ce film une première fois, je l'ai vraiment aimé, et je me suis dis que peut être j'avais un problème, donc je l'ai revu pour être sûr.
J'ai dû le voir 4/5 fois, et franchement, j'adore.
Le côté kitsch et cartoonesque, la classe des courses de voiture.
Le personnage de Racer X.

Faut que je le revois tiens.

bof
06/08/2018 à 21:55

@boubiedu06

N'importe quoi, la justification... D'autant que Matrix 2 & 3 ont été tournés en même temps, et que Larry n'est devenu Lana qu'à partir de 2010, avec comme premier film Cloud Atlas (soit un de leurs meilleurs).

stivostine
06/08/2018 à 21:33

vu en imax a l'époque, ca m'avait bien divertit

boubiedu06
06/08/2018 à 21:15

un vrai nanar
dès l'instant où l'un des frères est devenu femme les wachowski sont progressivement devenu mauvais cinéastes (matrix 3), jusqu'à atteindre des abysses sans fond depuis la transformation du deuxième (le destin de l'univers)

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