Cloud Atlas : pourquoi le flop des Wachowski est une grave tragédie pour le cinéma

Geoffrey Crété | 15 janvier 2022
Geoffrey Crété | 15 janvier 2022

Cloud Atlas, réalisé par Lana et Lilly Wachowski, et Tom Tykwer, est un de ces grands films fous et malades, qui aurait mérité mille fois mieux qu'un échec.

Après la trilogie Matrix, la carrière des sœurs Wachowski s'est transformée en cimetière hollywoodien - mais le plus beau et grandiose des cimetières du business. En 2008, l'incroyable Speed Racer a été un échec au box-office. En 2013, rebelote avec l'inclassable Cloud Atlas, puis en 2015, avec l'ambitieux Jupiter Ascending. Et Matrix Resurrections (réalisé par Lana, en solo) devrait malheureusement suivre le même chemin, puisque Matrix 4 est un échec au box-office.

 

 

Cloud Atlas tient néanmoins une place particulière dans cette liste. Adapté du roman de David Mitchell Cartographie des nuages, co-réalisé avec Tom Tykwer (Cours Lola, Cours, L'Enquête), mené par une distribution étincelante (Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Doona Bae, Jim Broadbent, James D'Arcy, Ben Wishaw, Susan Sarandon, Jim Sturgess), ce blockbuster aux chiffres étonnants (durée de 2h45, budget de 100 millions) résonne pourtant avec Matrix 4. Dans ses thématiques, sa mise en scène et sa poésie, également proches de la série Sense8, Cloud Atlas tient une place centrale dans la filmographie des Wachowski.

Raison de plus pour pleurer sur l'échec de ce film fou, né comme un pari incroyable, et qui restera comme l'un des projets les plus excitants de son époque. Retour sur cette aventure kamikaze.

 

Cloud Atlas : photoEn route vers l'échafaud

 

blockbuster indépendant

Cloud Atlas a été une montagne à gravir pour Lana et Lilly Wachowski, et Tom Tykwer. Entre 2009, où le trio a commencé à travailler sur l'adaptation, et la sortie du film en 2012, il y a eu une bataille sans relâche pour rassembler l'argent et le garder. Quatre années d'efforts, désillusions et voyages à travers le monde pour réunir une centaine de millions de dollars.

Tout avait commencé en 2005, avec Natalie Portman. Productrices de V pour Vendetta, les Wachowski avaient découvert le livre de David Mitchell grâce à l'actrice. L'année suivante, leur ami Tom Tykwer dévorait le bouquin, sur leur conseil. Dans la foulée, il rejoignait Lana et Lilly dans le navire de l'adaptation.

Isolé au Costa Rica en 2009, le trio décortique le livre, réorganise les récits, et imagine un casting qui revient dans différents rôles. Des acteurs et actrices qui interprètent "des âmes, pas des personnages". Six mois plus tard, un premier scénario est envoyé à David Mitchell, qui le valide. C'est le top départ officiel.

 

Photo Tom Hanks Le comptable, qui prend 30 ans en 3 ans

 

Le budget de Cloud Atlas est à l'image de sa constellation de personnages, temporalités et intrigues : complexe, fragile, éparpillé. En 2011, le trio de cinéastes va présenter le projet à Cannes, pour attirer les investisseurs. Quasi personne n'est intéressé, et les plus courageux se retirent vite face à la crainte générale. Au final, le budget sera bouclé grâce à 30 millions de fonds européens, 20 millions en Allemagne, 35 millions en Asie, et des aides récupérées à droite à gauche, notamment aux États-Unis et en Russie.

Le blockbuster à 100 millions a ainsi été financé comme un énorme film indépendant, notamment par les boites de production allemandes A Company, ARD Degeto Film and X Filme. Conséquence directe : le financement était hautement instable.

Jusqu'au bout, la bataille a été rude. Lana Wachowski détaillait un moment particulièrement éprouvant à Entertainment Inquirer : "Warner Bros. nous a proposé un deal pour le territoire américain, qui a déclenché tous les autres deals à l'international. On s'est dit, 'C'est bon !'. On va rencontrer Tom Hanks, qui est très enthousiaste. On est en route pour aller le voir. On répète notre discours pour le convaincre de faire le film pour rien, vu qu'on n'a pas d'argent. Mais au moment où on arrive, Warner appelle, et via notre agent, nous dit qu'ils ont regardé les chiffres et décidé qu'ils n'aimaient pas ce deal. Ils retirent tout l'argent et reviennent sur leur offre. Je tremblais. 'Vous voulez dire que le film est mort ?'. Ils nous ont dit, "Oui, le film est mort'".

Dans un passionnant article du New Yorker, les Wachowski expliquent que la Warner a comparé le risque à The Fountain, de Darren Aronofsky. Pourquoi ? Parce que c'était un autre film construit autour de différentes temporalités et histoires. Qui a été un enfer à financer. Et qui s'est planté au box-office.

 

Cloud Atlas : photo, Halle Berry"Bonjour, je viens enquêter chez Warner pour comprendre leur problème"

 

LE MESSIE TOM HANKS

C'est là que la magie Tom Hanks est arrivée. C'était lui le premier à ne pas perdre espoir, et à en redonner au trio. C'était lui le premier à sauter dans un avion pour le tournage, malgré l'inquiétude de ses agents vu la fragilité financière du film. Lana Wachowski racontait à AV Club : "Chaque fois, Tom Hanks était le premier à dire, 'Je prends l'avion'. Et dès qu'il faisait ça, tout le monde disait, 'Si Tom est dans l'avion, nous aussi'. Et donc tout le monde est venu à Berlin pour le tournage. C'était comme un acte de foi. À travers le monde."

Une fois Tom Hanks dans le sac, la Warner a été (un peu) rassurée. Mais en proposant moins d'argent que prévu (20 millions), et uniquement parce que les Wachowski avaient changé de stratégie : en réduisant l'histoire à celle de Tom Hanks, qui commence comme un méchant monsieur, mais évolue jusqu'à devenir un héros au fil des siècles. Ou comment faire rentrer un rond dans un carré, le temps d'une présentation.

Ou, comme résumé par Lilly Wachowski chez Deadline : "Warner a hésité pendant un temps, jusqu'à ce qu'on se mette à genou, en gros, pour les supplier".

 

Cloud Atlas : photoTom, qui attend que Cloud Atlas soit financé

 

Jusqu'au dernier moment, le financement menaçait de s'écrouler. Les Wachowski, qui avaient déjà fait une croix sur un salaire, ont elles-mêmes complété le budget suite à la faillite d'un investisseur espagnol (à hauteur de 7 millions), quatre jours avant le début du tournage. Le producteur Stefan Arndt expliquait que Cloud Atlas était une première, avec son financement étroitement lié à une banque.

Lilly Wachowski expliquait à AV Club que cette bataille menée avec sa soeur et Tom Tykwer a été rude : "On est un collectif. Quand quelqu'un perd courage, et bien souvent deux d'entre nous étaient découragés, la troisième personne venait nous hurler dessus pour continuer. Parfois, on était tous découragés. Il y a eu une période durant laquelle on a fini par se dire, 'Ok, ça va probablement jamais se faire. Mais lisons le scénario encore une fois. Si on a le moindre doute, on laisse tout tomber'. On a lu le scénario dans notre coin, et on a tous eu la même exultation en lisant. Et on s'est dit, 'On doit encore y croire'".

Lana Wachowski rajoutait : "Plus on travaillait dessus, plus on l'aimait intensément. Jusqu'à avoir ce sentiment, même après trois ans, que peu importe ce qui se passait, on allait faire ce film d'une manière ou d'une autre. Il y avait des revers énormes, déprimants, avec des financiers qui disaient qu'ils s'engageaient, puis partaient un mois après. On leur disait qu'ils ne pouvaient pas faire ça, qu'il y avait un contrat. Ils nous répondaient, 'Traînez-nous en justice'."

 

Cloud Atlas : photo, Hugo Weaving Les agents de Tom Hanks quand il prend l'avion

deux tournages en un

Pourquoi trois réalisateurs ? Parce que Cloud Atlas a quasiment été tourné comme deux films, filmés en parallèle, avec deux équipes différentes. D'un côté, les Wachowski, pour les histoires qui se déroulent au XIXe siècle (Ewing dans les îles Chatham), au XXIIe siècle (Sonmi-451) et au XXIV siècle (Zachry et Meronym). De l'autre, Tom Tykwer, sur celles des années 30 (Robert Frobisher), 70 (Luisa Rey), et dans le présent (Timothy Cavendish).

Néanmoins, toutes les décisions ont été prises à trois, de la pré-production jusqu'au montage. La situation était tellement extraordinaire que la guilde des réalisateurs (DGA) a dû se réunir pour comprendre, et gérer les crédits officiels selon leurs Tables de la loi.

 

Cloud Atlas : photo, Hugh GrantRéunion du matin de l'équipe des assistant.e.s réal

 

Les acteurs et actrices allaient d'un décor à un autre dans les studios de Babelsberg, passant entre les mains des Wachowski et de Tom Tykwer, entre quelques remaniements de perruques, prothèses et costumes. Sans compter les parties filmées en Espagne, à Majorque, en Écosse, en Angleterre, et dans d'autres villes allemandes. Mais 80% a été tourné à Babelsberg, en Allemagne, si bien que le producteur Stefan Arndt (dejà derrière les films de Tom Tykwer) présentait Cloud Atlas comme une "vraie production allemande", et pas un import hollywoodien profitant uniquement des décors et avantages sur place.

Le tournage a connu quelques embuches. Deux jours avant le début du tournage à Majorque, Halle Berry s'est cassé le pied. Elle pensait être directement recastée, mais le trio à la réalisation a décidé de réorganiser tout le plan de travail pour permettre sa guérison. Le comédien Ralph Riach, lui, est tombé gravement malade. Là encore, le trio a décidé de repousser ses scènes, plutôt que le remplacer. Malgré tout ça, il n'y a eu que quelques jours de retard sur la production de Cloud Atlas.

 

Cloud Atlas : photoTournage de Cloud Atlas, allégorie

 

DéSASTRE made in usa

En mars 2012, Tom Tywker et les Wachowski présentent Cloud Atlas à la Warner. Le film dure finalement 172 minutes, alors que la limite était fixée au départ à 150 minutes. Leur peur s'envole dès la fin de la projection : les pontes du studio sont ravis, heureux, convaincus. Le trio de cinéastes pense alors que la magie va opérer. Warner Bros., qui gère la sortie américaine, française, anglaise, australienne et espagnole, va croire en Cloud Atlas, et va assurer la promo dignement. Peut-être même placer une bande-annonce avant The Dark Knight Rises, le mastodonte du studio cette année ?

Que nenni. Cloud Atlas a été un monstre à financer et filmer, et sera un monstre à vendre. En juillet 2012, une bande-annonce de presque six minutes est lâchée. D'ordinaire très discrètes, les Wachowski (Lilly avant sa transition) se montrent aux côtés de Tom Tykwer, pour présenter ce gros morceau qui n'a rien d'un lancement de promo classique.

En deux minutes de discours mi-léger, mi-sérieux, le trio se partage la parole pour raconter le périple. "Ils nous ont demandé de faire une introduction, pour essayer d'expliquer comment c'est arrivé (...) Même si nous avions ce casting incroyable, personne n'était intéressé. Les experts ont tous dit que c'était trop compliqué. Et trois réalisateurs ? Comment ça va marcher ? (...) Malheureusement, d'une certaine manière, les experts avaient raison. Le film est difficile à vendre, parce qu'il est difficile à décrire, difficile à réduire. Donc on a décidé de faire une bande-annonce vraiment, vraiment, vraiment longue."

Bien sûr, une bande-annonce normale, d'environ deux minutes, sortira par la suite.

 

 

L'exploitation en salles n'a pas été une mince affaire à gérer. Les dates de sortie s'étalent sur six mois, entre octobre 2012 (continent américain) et mars 2013 (Japon, France). Le producteur Stefan Arndt expliquait à The Guardian en 2013 : "Notre plan au départ était d'avoir une sortie bien plus coordonnée dans le monde. Mais c'est ce qui se passe quand vous avez 20 territoires avec 20 investisseurs et 20 opinions. À la fin, vous ne pouvez pas forcer votre distributeur à suivre une stratégie"

Aux États-Unis, qui ouvre le bal, le film Rated R (interdit au jeune public non accompagné) est directement écrasé par Argo, pourtant sorti depuis quelques semaines. Avec à peine 10 millions, Cloud Atlas démarre comme un désastre, dans la lignée de... The Fountain. Il est rapidement englouti par toute la concurrence, que ce soit Taken 2, Flight ou Les mondes de Ralph. Au box-office domestique, il n'encaissera même pas 30 millions.

 

Cloud Atlas : photoQuand tu te retrouves en 5e place en deux minutes

 

rejet mondial

Face à ce très mauvais signal, l'équipe réagit. Fin octobre, alors que le film doit encore sortir dans le monde entier, un porte-parole de l'équipe déclare à The Wrap : "Le film ne rentre dans aucune case. Ce qui peut être une bonne ou mauvaise chose. Mais c'est un film intelligent, compliqué et nuancé, et tout ceci résonne avec nos investisseurs étrangers, qui pensent que cela résonnera avec leurs pays. Tout le monde est bien conscient de l'importance des territoires étrangers".

En gros : Cloud Atlas mise sur le box-office international pour sauver la mise. Sauf que non, ou du moins pas assez. Le film est globalement boudé, sauf dans quelques pays comme la Russie (17 millions) et l'Allemagne (12 millions). En France, il attire à peine 440 000 spectateurs, soit l'un des pires scores des Wachowski (devant le giga-bide de Speed Racer, avec 111 000 entrées environ). En Chine, Cloud Atlas est amputé de 40 minutes - plus que le nombre de millions engrangés sur place.

Cloud Atlas termine sa course avec 130 millions au box-office mondial.

 

Cloud Atlas : photo, Jim SturgessQuand tu trouves une salle qui diffuse Cloud Atlas en deuxième semaine

 

Le marketing a bien évidemment été pointé du doigt, comme pour tout flop au box-office. Comme si la promo était l'alpha et l'omega, et une science exacte. Le producteur Stefan Arndt était nuancé sur ce point du côté de The Guardian, regrettant principalement que le marketing (géré par les producteurs et Warner, donc probablement trop de gens) ait trop visé le public de plus de 30 ans avant d'être réajusté par la suite. Preuve que personne ne savait évidemment comment vendre ce film.

Dernier clou dans le cercueil : Cloud Atlas a largement divisé la critique. Comme Matrix Reloaded et Revolutions. Comme Speed Racer. Et comme Jupiter Ascending et Matrix Resurrections par la suite. Lana Wachowski commentait cet accueil avec AV Club, en 2012 : "On a l'impression que dans l'approche de beaucoup de critiques de cinéma aujourd'hui, dès qu'ils rencontrent une oeuvre d'art qu'ils ne comprennent pas entièrement la première fois, c'est la faute de l'oeuvre. Ils se disent que c'est n'importe quoi. Ça n'a pas de sens. Ils le rejettent".

 

Cloud Atlas : photoSur l'autoroute du flop

 

UN HéRITAGE GRANDISSANT

Tom Hanks a là encore été le premier à déclarer son amour, encore et encore, pour Cloud Atlas. En 2013, alors que le film était condamné à être un échec pur et dur, il déclarait à Metro : "Les Wachowski m'ont dit qu'elles voulaient faire quelque chose entre Moby Dick et 2001 : L'Odyssée de l'espace. C'est autre chose que 'T'es un flic avec un chien qui résout des enquêtes'. J'ai répondu, 'J'en suis. Dites-moi où je dois aller'" (...). Je n'ai pas saisi toutes les connexions spirituelles avant de voir le film terminé. Mais je l'ai vu trois fois et découvert, je vous promets, des choses profondes, différentes, à chaque fois".

Interrogé sur ses échecs commerciaux en 2017, chez The Guardian, il en remettait une couche : "J'ai fait un film qui a altéré ma conscience. Cloud Atlas. Je me suis dit que ça allait être fabuleux. C'est le seul de mes films que j'ai vus plus de deux fois. Et il n'a pas marché. Et on ne peut rien y faire. Et il faut se permettre de se dire que c'est super triste. Mais ce n'est pas uniquement pour ça qu'on le fait".

Idem en 2021 dans le podcast de Bill Simmons, où Tom Hanks citait Cloud Atlas parmi ses trois plus belles expériences de comédien : "On a tourné Cloud Atlas sur un espoir et un rêve et rien d'autre qu'un cercle d'amour. [...] On faisait partie d'une grande, immense équipe de gens fantastiques, qui essayaient de donner le meilleur d'eux, sur un pari risqué. Tout le film était un tel pari risqué, que le faire était magique".

 

Cloud Atlas : photo, Tom HanksTom Hanks protégeant Cloud Atlas, jusqu'au bout

 

En 2014, Hugh Grant ne tarissait pas d'éloges non plus : "Je pense que Cloud Atlas est fantastique. Les Wachowski sont les cinéastes les plus courageuses du monde, et je pense que ce film est fantastique. C'est frustrant pour moi. Chaque fois que j'ai fait quelque chose hors comédie légère, le film n'a pas trouvé son public au box-office. Et, c'est triste, Cloud Atlas n'a jamais trouvé le public qu'il méritait".

En 2018, Jim Broadbent revenait sur l'échec du film avec The Hollywood Reporter, avec un petit tacle pour le studio :

"C'était un film indépendant qui nécessitait beaucoup d'argent. Warner Bros. avait les droits de distribution, mais ce n’était pas leur film, et je pense qu'il aurait peut-être été mieux vendu si ça avait été à eux."

 

Cloud Atlas : photo, Jim Broadbent, Susan SarandonTout est bien qui finit pas bien

 

Par-delà les nuages

Est-ce que Cloud Atlas méritait mieux ? Oui. Déjà parce qu'il représente un fabuleux bug dans la matrice, qui aurait pu ouvrir la voie à d'autres artistes, ou au moins servir de jurisprudence à Hollywood. Entre fin 2012 et début 2013, Cloud Atlas s'est royalement vautré au box-office. En face, le monde réservait les honneurs aux Avengers et Iron Man 3, The Dark Knight Rises et Man of Steel, Skyfall, Le Hobbit, Hunger Games 2, La Reine des neiges ou encore Moi, moche et méchant 2.

L'échec d'un Cloud Atlas, comme The Fountain et bien d'autres, a encore une fois donné raison aux producteurs : le public n'est pas intéressé, pas prêt ou pas curieux dès lors qu'un film sort des cases. Peu importe si c'est la vérité, ou si c'est un concours de circonstances à imputer au marketing ou à la date de sortie : le résultat est le même.

 

Cloud Atlas : photoLes espoirs des financiers avant la sortie

 

Mais au-delà de ce qu'il représente, Cloud Atlas méritait mieux pour ce qu'il est : une pure ambition de cinéma. Un kaléidoscope de récits, de genres, de visages, d'émotions. Un fantasme fou de surpasser les temps, les époques, les histoires, les conventions, pour parler non plus de quelque chose, de quelqu'un, mais de tout, et tout le monde.

C'est une profession de foi - en la magie du cinéma, le pouvoir du récit, l'imaginaire du public, et la capacité de tout un chacun à (se) rêver et se laisser embarquer.

Ce qui est d'autant plus beau que l'équipe était à cette image : internationale, diversifiée, venue de tous les horizons. Avec des acteurs américains, britanniques, allemands, ou coréens. Avec un directeur de la photo hollywoodien (John Toll, doublement oscarisé pour Braveheart et Légendes d'automne), et un autre, allemand (Frank Griebe, fidèle de Tykwer). Même chose du côté des producteurs, entre Grant Hill (crédité sur Titanic et les suites de Matrix), et Stefan Arndt (qui a travaillé par la suite avec Michael Haneke et François Ozon).

 

Cloud Atlas : photoHorizon : Zero Dollar

 

Quel film a déjà réuni tant de films, de l'océan Pacifique du XIXe siècle jusqu'à un XIVe post-apocalyptique, en passant par un Séoul futuriste et le Londres des années 30, pour se terminer dans l'espace, sur une autre planète ? Quel film a déjà raconté, à l'unisson, un complot dans la veine du cinéma parano des années 70, une histoire d'amour épistolaire entre deux hommes, l'esclavage des Morioris, des gangsters britanniques, et un soulèvement de clones dans une dystopie ?

Quel film a permis à un acteur de jouer autant de rôles, de genres, d'identités, d'émotions ? Quel film a aussi bien réussi à marier le petit et l'immense, l'intime et le cosmique, le micro et le macro, le film d'auteur et le film à grand spectacle ?

Cloud Atlas a bien évidemment des défauts. Mais des défauts à la hauteur de ses rêves et réussites. Et des défauts qui brillent de mille feux et passions, loin d'une certaine perfection froide, mécanique, industrielle. Cloud Atlas ne ressemble à rien d'autre dans le ciel du septième art, où il est passé telle une étoile filante.

Interrogé sur cette production dingue, Tom Tykwer disait au New Yorker en 2012 : "Je ne serai plus jamais lié à quelque chose comme ça dans ma vie. C'est précisément la chose que j'attendais lorsque j'ai voulu être réalisateur". C'est peut-être aussi tout ce qu'attendent certaines personnes en allant voir et vivre des films. Et pour qui Cloud Atlas restera une expérience précieuse et unique.

Tout savoir sur Cloud Atlas

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commentaires
Jozao
20/01/2022 à 00:42

Très beau

Salsifiz
18/01/2022 à 21:30

Trop content de voir tous les bons retours sur ce très bon article bien senti par rapport à l'air du temps. Ça fait du bien.
Pas mal de défauts (certains maquillages qd-même! ) mais je comprends mieux à l'aulne de ce papier.
Et effectivement il faut le voir au moins 3 fois, comme toute les grandes oeuvres si on pouvait.
Et merci les gars de le balancer gratuitement en plus.
Chapeau !

Polkinette
18/01/2022 à 12:56

De toute façon les gens n'aiment pas trop réfléchir au cinéma. Evidemment les Tuches c'est plus à la portée du pequin de service

J'ai passé un bon moment.
17/01/2022 à 18:47

Je n'ai pas su apprécier Cloud Atlas car je n'aime pas trop les films. Néanmoins, j'ai pris plaisir à lire cet article. Ne connaissant que des gens qui aiment Cloud Atlas (à part moi), je me demande si ce film est vraiment mal-aimé ou si mon entourage est vraiment bizarre.

Cordialement

Lutin malin
17/01/2022 à 17:40

Je sui tomber par hazard sur se film et depuis il est dans mon top 3 ... une pepite quand on voie que tres tres rarement

Steevo Steen
17/01/2022 à 16:39

LE film qui m'a donné envie de voir Tom Hanks dans un rôle de méchant

SebSeb
17/01/2022 à 13:46

Un film exceptionnel et incroyable, à voir absolument.

andarioch1
17/01/2022 à 12:15

Gros défaut du film: long et surtout long à mettre en place. Le début m'a rappelé les 300 premières pages du seigneur des anneaux, mastiquées péniblement à l'époque de ma première lecture en 3 mois. Au bout d'une heure de film, on passe sur les 1200 autres, avalées en trois jours. ça valait le coup de persévérer.

Bernard Pivot
17/01/2022 à 11:11

Alors juste pour info :

- Wachowski, avec un "i" comme pour faire du ski !
- Aronofsky, avec un "y" comme pour boire du whisky !

Merci pour votre attention,
cordialement

-- Comité de Protection Orthographique des Noms Casse-Couilles à Ecrire Qu'on Sait Jamais Comment Ca S'écrit Mais Merde à La Fin On S'en Fout Un Peu Mais Pas Trop Non Plus --

Fktzar
17/01/2022 à 09:35

Une merveille absolue, une tendresse unique et très particulière pour cet immense film.

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