Le mal-aimé : Terminator Renaissance, l'une des meilleures suites de la saga ?

Geoffrey Crété | 19 octobre 2019 - MAJ : 10/11/2019 11:46
Geoffrey Crété | 19 octobre 2019 - MAJ : 10/11/2019 11:46

Parce que le cinéma est un univers soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie.

Et avec la sortie de Terminator : Dark Fate, l'heure est venue de reparler de Terminator : Renaissance.

    

Affiche

"Un premier degré accablant" (Les Cahiers du cinéma)

"Le réalisateur des Drôles de dames prend son job très au sérieux, trop sans doute" (Télérama)

"Ça flingue, ça hurle, ça pilote, ça détale, ça atomise, mais ça ne pense jamais" (Charlie Hebdo)

"Voici mon résumé : le mec meurt, ressuscite, rencontre des gens, se bat. Ça dure presque deux heures" (Roger Ebert)

 

 


Terminator Renaissance - Bande-annonce (VO) par Ecranlarge

 

LE RÉSUME EXPRESS

En 2018, après le Jugement dernier, la Terre ressemble à celle de Mad Max, avec les robots de Transformers.

Marcus Wright, qui avait donné son corps à la science en 2003, se réveille sans comprendre comment il en est arrivé là. Il survit à une explosion nucléaire, se bat comme un demi-dieu et drague à peine la jolie pilote qui se déshabille pour lui. Surprise : c'est un robot mi-homme mi-machine, doté d'émotion et inconscient de sa propre nature.

John Connor combat toujours Skynet, qui cherche toujours à tuer le leader et son futur père, Kyle Reese.

John essaie d'abord de tuer MArcus, avant de devenir son allié pour sauver son futur papa qui ressemble encore à son fils. Ils lancent un assaut sur le QG de Skynet pour sauver Kyle Reese et d'autres. Connor est mortellement blessé et Marcus offre son coeur, humain, pour le sauver. 

FIN

 

Photo Christian BaleChristian Bale, un beau choix de John Connor

   

LES COULISSES

Après Terminator : Le Soulèvement des machines sorti en 2003, le quatrième volet de la saga devait être lancé en 2005, sans Arnold Schwarzenegger, devenu gouverneur de Californie. Liés par contrat, Nick Stahl et Claire Danes sont d'abord annoncés, avant que ne soit prise la décision de recaster les rôles. Le scénario est dans un premier temps développé auprès de Jonathan Mostow, réalisateur du troisième épisode.

Mais des soucis financiers du côté des producteurs compliquent la chose. Andrew G. Vajna et Mario Kassard vendent les droits à Halcyon Company en 2007. MGM intente un procès à Halcyon, qui n'aurait pas respecté leur période d'exclusivité pour négocier les droits de distribution. La justice tranche en faveur de Halcyon, qui négocie alors avec la Warner (pour le territoire américain) et Sony (à l'international).

La production engage McG, d'abord réticent mais finalement conquis par l'idée d'explorer le post-Jugement dernier dans la mythologie. C'est alors une toute nouvelle trilogie qui est pensée. A l'époque, le réalisateur de Charlie et ses drôles de dames explique : "Christian Bale et moi avons parlé de trois films et de ce qu'on veut faire". Il déclare avoir en tête l'histoire de la trilogie, qui s'achève avec le fin de la guerre.

Il rend visite à James Cameron, alors en plein Avatar"Il ne nous a pas donné sa bénédiction, mais il n'a pas non plus chié dessus. Il a utilisé son propre Aliens comme exemple d'un film qui faisait suite à un chef d'oeuvre reconnu. Donc je me suis senti plus à l'aise, Jim étant à l'aise avec".

Au passage, McG récupère deux personnes d'AvatarSam Worthington et Martin Laing, à la déco.

 

Photo Sam WorthingtonD'Avatar à Mad Max-nator

 

La première version du scénario est signée John Brancato et Michael Ferris, qui avaient écrit Terminator 3 (et Catwoman de Pitof). Le célèbre Paul Haggis (Collision, Million Dollar Baby, Casino Royale) puis Shawn Ryan (créateur de The Shield) repassent sur le script. Mais selon les déclarations de McG, c'est Jonathan Nolan qui a le plus contribué au scénario.

Le frère de Christopher Nolan est en effet arrivé suite au casting de Christian Bale, qui n'a pas été aisé, comme McG l'a raconté à IGN en 2008 :

"Je voulais un acteur qui dise au public qu'il fallait prendre ça au sérieux. Il m'a d'abord dit d'aller me faire foutre. Que ça devait être une question de personnage, pas d'explosions. Il m'a ensuite dit, 'Si tu peux amener ça au point où ça peut être lu sur scène comme une pièce, sans action ni effets spéciaux, alors je le ferais'".

Jonathan Nolan a ainsi été amené pour donner plus de poids au personnage de John Connor, qui était nettement plus secondaire à la base. La grossesse de Kate a au passage été reléguée au second plan, alors qu'elle devait à l'origine être traitée dans l'intrigue. Terry Crews, lui, a été quasiment coupé au montage. A noter que Charlotte Gainsbourg était initialement castée, mais a finalement été remplacée par Bryce Dallas Howard.

La fin a par ailleurs failli être très différente : à l'origine, John était tué, Marcus prenait son apparence (littéralement sa peau) et tuait Kate et Kyle, trompés par la machine. McG est revenu sur cette fin avec Entertainment Weekly en 2009, qui a été abandonnée pour de multiples raisons - fuites sur internet et problèmes vis-à-vis des suites, même si le studio avait soit-disant signé pour cette conclusion. Bale était parmi les défenseurs de cette fin, mais déclarait à l'époque qu'il acceptait la décision de McG, et défendait le film - chose qui changera avec le temps.

 

Photo Christian BaleLe bon soldat Bale a depuis fini par "chier" sur McG

 

Un éventuel facteur qui explique l'état d'esprit de l'acteur, emporté dans un mini-scandale pendant le tournage en 2008 lorsque fuite un enregistrement : parce qu'il voit le directeur de la photographie Shane Hurlbut marcher sur le plateau et vérifier ses lumières pendant une prise, Christian Bale l'insulte copieusement et l'accuse de ruiner sa concentration. Un craquage qui passionne les foules et l'oblige à platement s'excuser - non sans avoir déclaré que l'ingénieur son à l'origine de la fuite a brisé la confiance inhérente aux plateaux. Plus dramatique : en plein tournage, Helena Bonham Carter perd plusieurs membres de sa famille, et la production change son calendrier pour lui permettre de partir.

Terminator Renaissance est le premier film de la saga à être sorti en PG-13 (déconseillé aux moins de 13 ans) et non en Rated R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés). McG a suggéré que c'était une décision de la Warner, qui l'a contraint à couper une scène de Moon Bloodgood seins nus, et un plan où Marcus poignarde un assaillant avec un tournevis. Des moments réutilisés dans la version director's cut, avec environ 3 minutes inédites.

Terminator Renaissance est le dernier film de Stan Winston, grand magicien hollywoodien, décédé pendant le tournage. Le blockbuster lui est dédié. 

 

Photo Bryce Dallas Howard, Christian Bale, Moon BloodgoodDeux personnages féminins totalement vides et oubliables

   

LE BOX-OFFICE

Le quatrième Terminator a coûté dans les 200 millions hors marketing et a terminé sa carrière à plus de 371 millions de recettes, dont 125 aux Etats-Unis.

C'est le plus faible score de la franchise au box-office mondial : moins que l'affreux Genisys (440 millions pour un budget de 155, mais avec un score inférieur sur le territoire américain), moins que Le soulèvement des machines (plus de 430 millions pour un budget similaire), Le jugement dernier (près de 520 millions pour un budget d'une centaine de millions), et loin de la rentabilité du premier film (plus de 78 millions de recettes pour un budget inférieur à 7 millions).

McG a en partie blamé la série (pas si mauvaise) Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor, diffusée et annulée après deux saisons à l'époque, pour ce succès en demi-teinte. Il avouera aussi à IGN : "Je pense qu'il manque au film le fun que Cameron avait insuflé aux précédents".

 

Terminator : The Sarah Connor chroniclesUne série à redécouvrir

 

Christian Bale finira par être honnête en 2014. Interrogé sur son absence dans Genisys, il déclare : "Renaissance ne fonctionnait pas. C'est dommage, mais tout était contre nous. Je connais les raisons de cet échec...". Mystère ? Pas vraiment : l'acteur affirmera plus tard qu'il ne souhaite pas retravailler avec McG.

De son côté, James Cameron a finalement déclaré que Renaissance était mieux que ce qu'il pensait, sans pour autant être satisfaisant. Schwarzenegger sera moins diplomatique et parlera d'un film "nul" - pour vendre son grandiose Genisys en plus.

La trilogie prévue ne verra pas le jour, en grande partie pour des raisons légales. Au bord de la faillite, Halcyon Company met en vente les droits de la saga fin 2009, espérant récolter au moins 60 millions de dollars. Joss Whedon, ce petit diable, en propose 10. Après divers rumeurs et combats, c'est Annapurna, la société prestigieuse de Megan Ellison, qui les récupère, avec l'idée de faire deux autres films. Ainsi arrivera Terminator : Genisys, sans Annapurna qui a finalement quitté le navire au milieu d'une production compliquée. Tous les détails de cette catastrophe industrielle par ici.

 

Photo McGMcG, réalisateur de Termination Renaissance 

   

LE MEILLEUR

Un premier argument et pas des moindres : après un Terminator 3 qui a simplement recopié la formule sans y ajouter grand chose, Terminator : Renaissance saute le pas et prend des risques. L'apocalypse teasée et montrée dans chaque épisode est là, totale et définitive, à l'écran. Impossible de faire machine arrière - sauf que si, comme l'a prouvé la saga depuis, puisqu'elle a rétropédalé.

Et il y a un réalisateur à bord. Un réalisateur capable de cadrer, composer l'action, organiser les décors, installer un monde. Avec une direction artistique séduisante, McG embarque dans un amusant univers désertique, certes fortement inspiré par Mad Max et compagnie, mais qui a au moins la présence d'esprit de ne pas se placer dans l'ombre de James Cameron.

De l'utilisation astucieuse du numérique pour créer de longs plans sensationnels (chose déjà expérimentée dans Charlie et ses drôles de dames et la suite) à une brochette de plans soignés (cette plongée sur un vaisseau de patrouille, un immeuble qui s'écroule et les trois personnages couchés au sol), le réalisateur semble déterminé à gagner ses galons de cinéaste sérieux. 

Il emballe ainsi quelques morceaux d'action généreusement orchestrés, avec un goût certain pour la pyrotechnie et les effets de style faciles. La séquence de la station service, qui cumule les images saisissantes dans un crescendo enthousiasmant, offre ainsi une belle dose d'action au rayon blockbuster. La première partie de Renaissance, avec Marcus et Kyle, est sans nul doute la meilleure, et celle qui fonctionne le mieux.

De même, l'idée d'amener un nouveau personnage central (Marcus) n'est pas mauvaise. Après trois films plus ou moins articulés autour des mêmes protagonistes, avec la difficulté de trouver des antagonistes à la hauteur sans se répéter, Renaissance tente d'apporter une nouvelle dimension, et servir l'interrogation profonde de la saga (la machine vs l'Homme) avec un minimum d'inventivité.

 

Photo Christian BaleMan vs wild machine

 

LE PIRE

C'est beau, mais c'est vide, voire bête. Le problème n'est pas de voir Christian Bale réciter ses répliques comme du Shakespeare, mais de constater que le film n'a pas les reins pour assurer ce premier degré. Ce ton très sérieux est un écran de fumée qui enveloppe une histoire au mieux bancale, au pire incohérente (notamment la question de Marcus et Kyle). Il n'y a qu'à voir la fameuse scène topless de Moon Bloodgood, censée être un hommage à Witness apparemment : ce n'est au final qu'un moment calibré pour le public masculin, qui ne parvient pas à faire sens malgré les intentions. Du premier degré au sourire moqueur, il n'y a qu'un pas, que Renaissance pousse souvent à franchir.

Dès que Kyle Reese est enlevé, que Blair arrive et que le film rassemble John et Marcus, le spectacle retombe dans des sentiers battus. Le quota d'explosions et de fusillades l'emporte sur les enjeux narratifs, l'équilibre est rompu, et Terminator : Renaissance ressemble alors à une superproduction trop banale pour véritablement convaincre. Il semble parfois y avoir deux films en un, et l'un des deux (le premier) est nettement plus amusant et satisfaisant.

 

PhotoLe début des ennuis

 

Il y a donc les inévitables morceaux gras du blockbuster moderne, avec des dialogues ridicules ("Je ne suis pas un gentil", "Si, tu ne le sais juste pas encore"), des personnages féminins poussifs (Bryce Dallas Howard, Moon Bloodgood et Helena Bonham Carter, quand elles ont quelque chose à jouer, ont certainement les pires répliques du film), et la sensation que derrière la poudre aux yeux, il n'y a qu'une énième variation sur des thématiques usées.

McG semble aussi avoir dû ou voulu satisfaire trop de monde, et piocher un peu trop autour de lui. Lorsque les héros croisent la route d'un monstre mécanique gigantesque, qui libère des moto-Terminator, difficile de ne pas voir dans le bestiaire de Skynet les enfants de Transformers (succès de l'année précédente), loin de la sobriété terrifiante des premiers films. Même chose avec le Schwarzenegger numérique : derrière le fan service qui a rendu une partie du public hystérique, le rendu numérique est moyen, et l'apparition tellement courte qu'elle se révèle dispensable.

A noter également que la promo a spoilé l'identité de Marcus, au coeur de l'intrigue et révélée au bout d'une heure de film. De quoi sérieusement s'interroger sur la démarche, qui rappelle d'ailleurs Genysis : la véritable nature du John Connor incarné par Jason Clarke, révélée à la fin du film comme un twist, était elle aussi offerte dans la promo (notamment en plein milieu de l'affiche).

 

Photo Common, Moon BloodgoodSeconds rôles parfaitement nuls

  

SCENE CULTE

  

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

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