Le mal-aimé : Scott Pilgrim, la pépite culte d'Edgar Wright

Geoffrey Crété | 28 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 28 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

Place à Scott Pilgrim, désormais sur Netflix. L'occasion de le revoir pour la 14ème fois.

 

Affiche

"Davantage lassant qu'antipathique (Les Inrocks)

"Un film mou et décourageant" (The Hollywood Reporter)

"Michael Cera, héros basique d'un jeu vidéo répétitif" (Télérama)

"Répétif, lourd : Edgar Wright balance la sauce trop vite" (Vulture)

"Paradoxalement, c'est dans son concept que le film atteint ses limites" (Brazil)

  

 

LE RESUME EXPRESS

Scott Pilgrim, 22 ans, à Toronto. Bassiste des Sex Bob-Omb, un groupe formé avec ses amis. Se vante de sortir avec Knives, une lycéenne de 17 ans. Jusqu'au jour où il rencontre Ramona, une mystérieuse fille aux cheveux roses. 

Après avoir ramé pour la séduire, il apprend qu'il lui reste une épreuve de taille : affronter les sept ex maléfiques de Ramona. Il abat Matthew Patel après son numéro Bollywood, pousse Chris Evans superstar à s'exploser sur le gravier, piège Superman pour qu'il soit arrêté par la Vegan Academy, calme Roxy l'hystérique avec un orgasme instantané, puis écrase les Daft Punk asiatiques et leurs dragons.

Entre temps, il a rompu avec Knives, et se dispute avec Ramona qui retombe dans les bras du diabolique Gideon, le chef des ex. Il l'affronte mais est tué. Heureusement, il lui restait une vie. Grâce à un achievement point, il revient plus fort et affronte à nouveau Gideon. Après avoir fait amende honorable auprès de ses deux amours, Scott est aidé par Knives et Ramona pour détruire son ennemi. 

Il programme un brunch avec son double maléfique, puis part avec Ramona, avec la bénédiction de Knives.

 

photo, Michael CeraDrop the fucking mic

 

LES COULISSES

Scott Pilgrim, c'est d'abord une série de six comics de Bryan Lee O'Malley, publiée de 2004 à 2010. Dès le premier volume, la maison d'édition Oni Press essaie de lancer une adaptation, via le producteur Marc Platt (alors propulsé par le succès de La Revanche d'une blonde). O'Malley n'est pas enchanté. Après le succès de Shaun of the Dead, Edgar Wright a la cote, et Universal lui propose le film. Michael Bacall, futur scénariste de Projet X et 21 Jump Street, est engagé en 2005.

 

Comics

 

Mais le développement est laborieux. Edgar Wright réalise entre temps Hot Fuzz en 2007, et revient à Scott Pilgrim en 2008. Au départ, le studio Universal veut Seth Rogen en Scott Pilgrim, suite au succès phénoménal de En cloque, mode d'emploi. Mais Wright n'est pas vraiment convaincu. Il propose Michael Cera après l'avoir vu dans Arrested Development : après les succès de SuperGrave et Juno, l'acteur est validé sans problème par le studio. Pour le réalisateur, c'était le choix parfait, comme raconté à EW : "Michael Cera était la seule personne à laquelle je pensais. J'adore Arrested Development, il est canadien, il est maigre, il joue de la guitare, et l'idée de Michael en Roméo est justement amusante."

L'idée de Mary Elizabeth Winstead en Ramona est liée à Tarantino, un copain de Wright. L'actrice était dans Boulevard de la mort sorti en 2007, et il voit immédiatemment en elle une version idéale de Ramona, notamment pour ses grands yeux. Il engage son frère, Oscar Wright, pour dessiner les flashbacks de Ramona.

Le reste du casting se passe sans difficulté : Chris Evans accepte sans hésiter, Kieran Culkin passe des essais sans savoir pour quel rôle, et Brie Larson met tout le monde par terre lors de son audition.

 

photoTellement d'acteurs cool

 

Parce que le sixième et dernier volume des comics n'était pas encore terminé lorsque le film a été lancé, les deux se sont mutuellement inspirés. Edgar Wright a notamment imaginé et filmé une fin où Scott restait avec Knives. Mais suite aux projections test, une nouvelle fin a été tournée, où il s'en va avec Ramona. O'Malley choisira la même conclusion.

Kieran Culkin a beau raconter qu'Edgar Wright avait absolument tout en tête, jusqu'à la moindre musique, le tournage n'a pas été simple. Le réalisateur racontait à Entertainment Weekly en 2020 : "On a dépassé le planning d'au moins 10 jours, peut-être plus. C'était pas une mince affaire, et le studio a dû venir et valider pour qu'on continue."

 

photo, Mae WhitmanLe studio venant rendre une visite amicale à Wright

 

Scott Pilgrim est présenté en grande pompe au Comic Con en 2010, avec tous les acteurs et Edgar Wright lui-même pour animer la présentation d'extraits. Il annonce que ses acolytes Simon Pegg and Nick Frost apparaîtront dans le film : ils montent sur scène, mais repartent aussitôt quand le réalisateur revient sur ses mots. Il présente Michael Cera comme l'un des 500 finalistes pour le rôle de Captain America.

Il demande au public s'il préfère voir de nouveaux extraits ou le film en entier : la question est sérieuse, puisqu'il invite une partie du public à une projection spéciale. L'accueil est fantastique, et promettait un succès en salles. 

Mary Elizabeth Winstead racontait à EW : "Au Comic-Con, on aurait dit que c'était le plus gros film de tous les temps." La réalité sera malheureusement très différente.

 

photo, Mary Elizabeth Winstead, Michael Cera La bande à part

 

LE BOX-OFFICE

Echec. Avec un budget d'environ 60 millions de dollars hors marketing (il en auraît coûté 80 avant des remises de taxe), Scott Pilgrim encaisse moins de 50 millions dans le monde, dont une trentaine aux Etats-Unis. 

Stallone et Expendables sont en grande partie jugés responsables de cette mauvaise surprise, puisque le film d'action et testostérone est sorti en même temps aux Etats-Unis. Il engrangera au final plus de 270 millions au box-office mondial.

Depuis, Edgar Wright a souvent reparlé de cette déception. En 2020, il racontait à Entertainment Weekly :

« Le film est sorti le même weekend qu'Expendables et que Mange, prie, aime. Le jour de la sortie, je me souviens avoir reçu un mail de Marc Platt, un des producteurs, disant qu'il fallait qu'Universal compense les dépenses et prédisant un échec sur le weekend. Et j'ai pensé - naïvement - que c'était juste le vendredi matin, qu'ils ne pouvaient pas savoir. Mais ils savaient. Le film a démarré à la cinquième place du box-office..."

 

photoDécouverte du box-office premier week-end

 

Universal assumera rapidement l'échec avec un message transmis à la presse : "Nous avons toujours eu conscience du défi d'amener ce film au grand public. Nous aurions souhaité que plus de monde soit allé le voir".

Comme d'autres flops en salles, Scott Pilgrim aura droit à une meilleure carrière en DVD, et deviendra culte au fil des années pour un certain public. En l'espace de quelques mois, des articles sortent déjà pour revenir sur cet échec injustifié.

Et à EW en 2020, Edgar Wright avait la meilleure des conclusions : "Je suis incroyablement fier du film. Le fait que vous fassiez un article pour les 10 ans de Scott Pilgrim et pas Expendables, se passe de commentaire."

 

photo, Michael CeraHold the bass

 

LE MEILLEUR

Scott Pilgrim est un plaisir intégral d'une énergie fabuleuse, d'une drôlerie fantastique, et d'une tendresse folle. En somme : une certaine idée du fantasme ultime.

Premier responsable : Edgar Wright. Avec un sens du timing incroyable, d'une précision affolante, il mesure chaque temps, chaque silence, chaque effet pour en tirer le meilleur. Le film regorge de moments parfaits et détails croustillants, dans le fond comme dans la forme : un regard assassin de Kim, la lecture du mail de Matthew Patel, les thés proposés par Ramona, le dialogue de Scott coupé pour montrer le logo Rockit, une gifle distribuée, une réplique cinglante de Ramona ou encore Scott qui saute par une fenêtre en arrière-plan pour échapper à Knives. Rarement un film aura été d'une telle solidité comique, d'une telle richesse dans chaque séquence.

Chaque revisionnage permet de voir la maîtrise dingue d'Edgar Wright, qui conjugue ici tous ses talents de metteur en scène et directeur d'acteur, en mariant à la fois sa candeur et son esprit de sale gossE.

 

photo, Michael CeraLa lumière de Wright

 

Au-delà des effets visuels grandioses qui renvoient directement et généreusement aux jeux vidéo, la mise en scène d'Edgar Wright est superbe. Scott Pilgrim est un jeu constant à tous les niveaux, du montage à la lumière en passant par les ellipses, les musiques et les bruitages. Un shot de plaisir de près de deux heures ennivrantes, énergisantes et réjouissantes.

Le casting : la perfection. Michael Cera ("Oh non je dois aller chez le coiffeur !") et Mary Elizabeth Winstead ("C'est sérieusement la fin de ton histoire ?") bien sûr, mais aussi Ellen Wong, Mark Webber, Johnny Simmons, Kieran Culkin, Anna Kendrick, Aubrey Plaza, Alison Pill, Brie Larson, et la horde des ex (Chris Evans, Brandon Routh, Mae WhitmanJason Schwartzman et compagnie). Scott Pilgrim est un travail d'orfèvre, qui emprunte au teen movie, à la comédie romantique, au film d'action et de science-fiction.

Et c'est aussi au fond une belle histoire sur l'immaturité sentimentale et l'apprentissage émotionnel, portée par des personnages terriblements touchants et imparfaits.

 

photo, Mary Elizabeth WinsteadQu'est-ce que c'est bien

  

LE PIRE

Il suffit de revoir la séquence Bollywood de Matthew Patel pour se dire qu'Edgar Wright a peut-être été un peu trop loin. Une affaire de goût qui flirte parfois avec le mauvais goût.

La réussite éclatante de la première partie, d'un dynamisme extraordinaire, joue contre la suite du film. Après le combat contre Todd et l'apparition délicieuse de Brie Larson, absolument géniale, Scott Pilgrim montre quelques signes de faiblesse dans le rythme et la narration. Facile d'imaginer qu'avec un peu plus de cet art du timing et ce sens du rythme, le cinéaste aurait pu resserrer son oeuvre, qui approche des deux heures, pour la pousser dans ses retranchements.

 

photo, Michael CeraQU'EST-CE. QUE. C'EST. BIEN.

 

FIN ALTERNATIVE

  

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

 

Tout savoir sur Scott Pilgrim

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commentaires
Ozymandias
29/11/2020 à 09:01

Je l'avais adoré à l'époque, très original !

Ethanhunt
29/11/2020 à 08:54

Moi j ai trouvé ce film chiant comme la mort, d ailleurs je ne suis même pas allé au bout du visionnage tellement c est nul!!!

oss-sans-disquette
28/11/2020 à 19:40

Edgar Wright sait parfaitement comment faire d'une oeuvre une danse endiablée déjantée et à l'énergie contagieuse. Je ne connais pas le matériau de base de Scott Pilgrim, mais je sais que si les adaptations de BD, jeu vidéo ou autre prenaient justement un parti pris graphique et narratif, tout en assumant pleinement le délire de l'oeuvre originale, ça donnerait des super films. Y'a qu'à voir Into the Spider-Verse, y'a qu'à voir La Grande Aventure Lego, et y'a qu'à voir Scott Pilgrim. Et c'est malheureusement une minorité à Hollywood, quand on préfère calibrer des adaptations type Sonic ou les Schtroumpfs à la caricature Alvin et les chipmunks ça donne des étrons indigestes.

Mouais Bof...
28/11/2020 à 17:26

Un film au scénario d'ados boutonneux accrocs aux Boum et au Champomy. Un film de teenager .

Mais purée une mise en scène ahurissante avec du Zelda Ocarina of time en bande son.

Des plans et une luminosité rares et inégalés. Je me suis pris une claque visuellement.L'une des meilleures réalisations d'Edgar wright. Si ce n'est la meilleure Je vois ce film plus comme une comédie hommage aux ''mythes" de nos enfances qu'autre chose.

Un film à la réalisation géniale et complètement folle et perchée. Si l'histoire était au niveau de la direction ,ça aurait été historique à toutes les echelles.

Greg
28/11/2020 à 17:07

Comme avec la plupart des films de Wright, je m'emmerde gentiment... C'est pas mauvais, quelques bons passages et bonnes idées, mais ça tombe souvent à plat, et les effets de styles masquent surtout les faiblesses narratives et le peu d'empathie pour les personnages.
Si on enlevait sa geek culture et sa recherche du cool à Edgar Wright, il ne resterait pas grand chose de ses films.

Chris11
28/11/2020 à 16:28

J'ai adoré, pour les raisons évoquées. C'est coloré, fun, bien fait, et put*** ce casting de folie! Et bien utilisé, parce que rassembler un casting de fou et tout miser dessus, ça ne suffit pas.
Mais je peux comprendre que la masse du public n'ait pas aimé ou ait été rebuté par le coté kitsch/teen movie.

Le Waw
28/11/2018 à 09:12

Edgar Wright est un dieu et comme tout les dieux il commet des erreurs. Dans son cas deux erreurs cette infâme jus de geek filmique et le film ou trop de geek tue le geek "Baby Driver". A croire que outre le brio de sa réa toujours omniprésent, il soit atteint de schizophrénie et ponde des films pour mômes de 12 ans contemporains. Limites des films Fun Radio à qui il ne manquerait plus que la voix de Cauet aux doublages et du Jul en soundtrack. Bon j'en rajoute, mais sérieusement c'est à n'y rien comprendre. Un peu à l'image de Paul T Anderson qui pond des chefs d'œuvre et Paul Anderson qui pond des Resident Evil minables. Sauf qu'ici c'est le même. Bon il est vrai que "Scott Pilgrim" est certainement une commande et "baby Driver" en a tout l'air bien que ce soit écrit par lui. Du style "hey Edgar! Vu ce qui t'es arrivé avec Ant Man, tu ne voudrais pas te refaire en nous pondant un mix entre Drive, Fast n furious en lui donnant un esprit un peu geekos de zik, avec des standards que l'on connaît tous et qui fonctionneront à coup sûr ? Ah oui et n'oublie pas un beau héros autiste, ça a réussi à Ryan Gosling! "
En tout cas ce ne sont que des incidents de parcours pour un homme au parcours ayant commencé avec un joyau télévisuel comme" Spaced " ai ayant pondu les Cornettos.
Un truc que je kiffe rais avec lui ce serait qu'il écrive une comédie esprit" Shaun of the dead" dans l'univers de Star Wars avec Pegg et Frost aux pris avec l'empire, les Hutts, la rébellion et les chasseurs de primes car ils sont malgré eux tombes en possession d'un artefact convoité par tous.
Mais bon là je rêve. Non juste un petit retour aux fondamentaux à moins que tout ce que Wright réussisse ne soit dû à une alchimie parfaite entre lui, Pegg et Frost.

Raoul
28/11/2018 à 08:13

Un de mes films préférés. Une claque vue en salle !

Den the gun
28/11/2018 à 07:49

Dieu sait que j'aime Edgar Wright, mais là, je n'ai pas tenu jusqu'au bout.

bof
28/11/2018 à 07:40

Pour moi, ce film souffre du même syndrome que Baby Driver: une mise en scène brillante pour un film plat et totalement dénué d'émotions. Je suis resté complètement en dehors.

En comparaison, j'ai infiniment plus adhéré à la trilogie Blood and Ice Cream.

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