Le mal-aimé : Sunshine, le flop flamboyant de Danny Boyle dans l'espace

Geoffrey Crété | 3 décembre 2016
Geoffrey Crété | 3 décembre 2016

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un rendez-vous hebdomadaire. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

  

Affiche

 

"Un goût de déjà-vu" (Télérama)

"Une réflexion philosophique embarrassante de mièvrerie" (Libération)

"Sunshine brille de mille feux avant d'imploser en un dramatique trou noir" (Variety) 

"Boyle ne se passionne pour rien, et surtout pas pour les détails de mise en scène qui font la clarté d'un récit" (Les Cahiers du cinéma) 

 

 

LE RESUME EXPRESS

En 2057, notre soleil est en panne. L'humanité lance donc une gigantesque bombe nucléaire pour le réveiller et sauver la Terre enneigée. Après la disparition mystérieuse du vaisseau Icarus, Icarus II est en route, avec huit membres d'équipage.

Lorsqu'ils captent un vieux signal de détresse du premier Icarus, ils décident de dévier leur trajectoire. Mauvaise idée : ils oublient de corriger le bouclier solaire, le capitaine doit se sacrifier pour réparer les dégâts, le jardin et les réserves d'oxygène crament, et le responsable de ce chaos fait une dépression.

Surtout, Icarus II est un vaisseau fantôme saboté par son capitaine psychopathe brûlé au sixième degré, dont les neurones ont été carbonisés par le soleil. Déterminé à rencontrer ce dieu-soleil en solo, il a tué son équipage et veut faire de même avec les héros en sabotant Icarus II.

Capa, le responsable de la bombe et vrai héros, parvient finalement à assurer la mission. Il suit la charge nucléaire qui file vers le soleil et a un orgasme lorsqu'elle s'active. Qui rayonne jusque sur Terre, sur ses neveux.

 

Photo

  

LES COULISSES

Danny Boyle aime la science-fiction, mais en a peur. Courtisé pour réaliser le quatrième Alien avant Jean-Pierre Jeunet, il se désiste, convaincu qu'il n'est pas suffisamment expérimenté pour gérer des effets spéciaux. Dix ans plus tard, réchappé de son odyssée hollywoodienne La Plage avec un retour aux sources (28 jours plus tard, Millions), il se lance.

Bloqué sur le développement d'un film sur l'incendie spectaculaire d'un entrepôt du Massachusetts en 1999 (un projet qu'avait quitté Michael Mann avant lui et qui ne se fera finalement pas), il se laisse séduire par Sunshine, un scénario de son ami Alex Garland (La Plage, 28 jours plus tard). Son fidèle producteur Andrew Macdonald frappe à la porte de la Fox, qui hésite à cause de l'échec récent de Solaris. Ils acceptent de financer en partie Sunshine via leur filiale "indé" Fox Searchlight, en collaboration avec des fonds britanniques.

Danny Boyle et Alex Garland, qui ont des visions très différentes de l'histoire et des thématiques, travaillent sur le scénario durant un an pour trouver un terrain d'entente. Le réalisateur allège l'aspect philosophique et religieux du film, que Garland avait construit autour de la question de l'athéisme et d'une rencontre avec Dieu.

 

Photo Danny Boyle, Sunshine

 

Boyle retire la partie romantique de l'intrigue : une histoire entre Capa et Cassie, et même une scène de sexe dans le jardin. Il refuse l'humour, demande à réduire au maximum les maquillages. Des experts scientifiques servent de conseillers pour consolider l'intrigue. Brian Cox, physicien qui travaille notamment l'accélérateur de particules du CERN, est particulièrement impliqué - Cillian Murphy s'en inspire pour interpréter Capa. Il est aussi le premier à rappeler que Sunshine n'est pas un documentaire, pour mettre un terme aux discussions sur le caractère plausible de l'histoire (la gravité sur l'Icarus, la taille de la bombe, le problème du soleil).

Boyle décide de composer une équipe internationale, entre Amérique et Asie. Il retrouve Cillian Murphy, héros de 28 jours plus tard, et Rose Byrne, héroïne de 28 semaines plus tard, qu'il a produit. Impressionné par Michelle Yeoh, il la laisse choisir le rôle qu'elle préfère, même si c'était un personnage masculin. Les acteurs ont pour instruction de prendre un accent américain, pour des raisons commerciales.

Le cinéaste a montré L'Etoffe des héros de Philip Kaufman et le documentaire For All Mankind à l'équipe. Il assumera aussi sans mal qu'il est impossible d'échapper à Kubrick, Ridley Scott et Tarkovsky : "Peu importe l'angle qu'on prend dans l'espace, ils sont là. Ils étaient là et ils attendaient".

   

Photo Sunshine

 

LE BOX-OFFICE

Echec. Malgré un budget raisonnable pour un film de science-fiction (40 millions), Sunshine n'a récolté que 32 millions dans le monde.

Danny Boyle a depuis expliqué qu'il ne tournerait plus de film de science-fiction :"Ce n'est pas pour rien que tant de réalisateurs ne font qu'un seul film de science-fiction". Il estime que techniquement, Sunshine a été trop éprouvant, avec notamment une année consacrée à la post-production.

De son côté, le scénariste Alex Garland garde un souvenir en partie amer de Sunshine. Il expliquait à IndieWire : "Ce que je vois dans le film, ce sont dans tensions non résolues. Je vois différent films faits simultanément". Reconnaissant sa part de responsabilité dans l'entreprise, et le talent de metteur en scène de Danny Boyle, il affirmait sans détour qu'ils ne retravailleraient plus ensemble. Depuis, Garland est passé derrière la caméra avec Ex Machina et Annihilation, avec Natalie Portman, qui sortira en 2017.

 

Photo Rose Byrne, Sunshine

 

LE MEILLEUR

Sunshine est un film de science-fiction passionnant et magnifique, d'autant plus remarquable qu'il existe dans une structure a priori classique de superproduction. Même si elle a été réduite par Danny Boyle, la réflexion sur la foi reste fabuleuse, avec une idée grandiose : que la beauté et la puissance d'une étoile comme le soleil puisse chambouler si profondément un être humain, qu'il y trouve une preuve de l'existence de Dieu (une scène coupée entre Capa et Pinbaker l'explicite). Une Révélation spatiale qui donne un sens profondément intense à l'histoire, et lui permet de voler bien au-dessus de la majorité des films du genre.

Et la mise en scène de Danny Boyle rend parfaitement justice à cette épiphanie stellaire. Du passage de Mercure aux visions du soleil dont la puissance est terrassante, le cinéaste filme l'espace avec une maîtrise sensationnelle, et un vrai sens du majestueux. La mémorable musique de John Murphy et Underworld joue un rôle indéniable, en apportant une touche de poésie et de lyrisme en totale adéquation avec les thématiques - et là encore très loin des partitions habituelles des films de science-fiction.

 

Photo Cillian Murphy, Sunshine

 

Boyle est à la tête d'un budget relativement restreint de 40 millions - à titre de comparaison, l'oubliable Fusion où Hilary Swank doit réactiver le noyau terrestre avec une bombe a coûté 60 millions. C'est peut-être pour cette raison, et parce que la Fox n'avait pas le contrôle total sur le film, qu'il a pu laisser libre cours à ses expérimentations visuelles et formelles.

Plans décadrés à outrance, image floue ou étirée, cadre découpé, images subliminales : Sunshine se permet quelques écarts sur le chemin bien tracé du film de science-fiction hollywoodien, amenant un peu d'air dans le cahier des charges avec une approche très arty. Qu'un plan quasi abstrait (la manière dont Pinbaker "brûle" l'image) s'étale sur plusieurs secondes n'est pas anodin dans une production de ce type.

 

Photo Sunshine

 

En évacuant un maximum d'éléments parasites (une caractérisation sommaire sans pour autant flirter avec la romance, aucune scène sur Terre avant l'épilogue, aucun personnage hormis l'équipage), le réalisateur compose une symphonie épurée et inquiétante, avec un goût pour l'angoisse (les gros plans des visages à l'intérieur des combinaisons, avec la respiration et la musique tendue) et l'horreur (Pinbaker).

Danny Boyle a beau avoir entre les mains une formule simple (la mission spectaculaire pour sauver l'humanité), il pousse l'exercice étonnamment loin. Après un troisième acte qui flirte avec le pur film d'horreur, avec quelques instants gores, il emballe un climax étourdissant où le décor se transforme en espace cauchemardesque digne de Cube. Et au lieu de terminer l'aventure sur une note spectaculaire, il la ponctue d'un instant de grâce hors du temps, d'une beauté renversante, où le suicide du protagoniste prend une couleur sublime. Rappelant ainsi que la question de la foi (en Dieu, en la science, en la magie des astres ou des atomes) est au coeur de Sunshine.

 

Photo Sunshine, Cliff Curtis

 

LE PIRE

Danny Boyle n'évite par certains écueils exaspérants du genre. A commencer par la caractérisation qui frôle le grotesque : Chris Evans en leader viril et froid, Rose Byrne en repère émotionnel, ou encore cet expert en communications quasi transparent. Il y a également des moments de bravoure pas bien subtils (la sortie du sas entre les deux Icarus, l'héroïsme de Chris Evans dans le liquide de refroidissement, la re-sortie du sas à la fin pour rejoindre la bombe), et un traitement un peu trop timoré du sacrifice de collègues pour le bien de la mission (évoqué plusieurs fois de manière glaciale, mais sans véritablement l'assumer).

Bref : Sunshine porte clairement le sceau du cinéma hollywoodien. Chose d'autant plus gênante que le film échappe plus souvent que la moyenne aux clichés pour imposer son identité, et qu'il suffit d'un élément grossier (la voix de Rose Byrne en off et en trop lorsque Capa rejoint la bombe) pour briser le charme. 

En outre, il y a la vague sensation que le réalisateur perd parfois les rennes du film, notamment dans la spatialisation et l'utilisation des plans larges du vaisseau, intercalés pour des questions de rythme et de compréhension.

Aussi : ce curieux générique de fin (sur le très bon Peggy Sussed d'Underworld) qui rediffuse en vignette les grands moments du film.

 

Photo Chris Evans, Sunshine

 

SCENES CULTES

 

 

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commentaires

icarus40
21/11/2019 à 18:25

Je ne comprendrais jamais le gout des gens....ce film est magnifique et je rejoins l'avis de luxtar même sensation et ressenti .ce film nous transporte.

Luxtar
19/10/2019 à 23:39

Bonjour, je fais partis de ces gens qui ont adorés ce film. Ce film m'envoûte par je ne sais quel magie me mets mal à l'aise et encore aujourd'hui je ne l'explique pas. Pourquoi? Car aucun notre film m'a montré avec autant de puissance la faiblesse de l'homme face à quelque chose d'unique de grand. Il a pas eut autant de gloire que son confrère dans le genre SF que interstellar mais franchement il mérite autant (voir plus...). Et je suis toujours étonné du génie qu'est Danny boyle il sait tout faire; cette façon incroyable de transcrire toutes les émotions soit elles sur tout les plans. J'aurais tellement aimé qu'il marche du tonnerre et le revoir sur un film SF. Les spectateurs ont fais une grave erreur de ne pas avoir payés une place de cinéma...

Panta
18/09/2018 à 00:45

Très bon papier qui donne justice à ce film que j'ai adoré, malgré ses défauts, et que je viens de revoir pour la 4eme fois ce soir, tombé dessus en zappant je n'ai pas pu m'en détacher alors que je le connais quasiment par coeur - Pour moi, il reste un tres grand film, certainement mon préféré de Dany Boyle

ronron
05/12/2016 à 21:21

@corleone
Salut, que j'ai un problème avec Tom Hanks ou pas d'ailleurs, je ne vois pas ou est l’intérêt.
Enfin, au sujet de ton pseudo, il y a méprise donc on n'accuse jamais sans preuves. Tu peux toujours demander à l'administrateur du site de vérifier.

corleone
05/12/2016 à 17:54

@ronron C'est quoi ton problème avec Tom Hanks? Ça ne t'as pas assez suffit comme ça de le dénigrer sous mon pseudo ?

corleone
05/12/2016 à 15:53

@ c'est quoi ton problème avec tom hanks?!

Blabla
03/12/2016 à 23:43

Ou plutôt bombe atomique...

Blabla
03/12/2016 à 23:36

Oui j'aime énormément ce film, ravi de voir que beaucoup de personnes l'aiment auusi tout autant. Et même avec cette "pseudo bombe nucléaire" car très peu plausible (même pasdu tout d'ailleurs) mais qui peut très bien être remplacée par un autre système dans notre imagination.

Puech
03/12/2016 à 18:58

Pour ma part, super film... Et cette BO... Chef d'oeuvre absolu. Dommage que Mr Murphy ne soit pas plus présent côté 7eme art.

tenia
03/12/2016 à 18:27

Jamais compris le best of du film dans le générique de fin, effectivement.

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