Le mal-aimé : Charlie et ses drôles de dames, gros plaisir avec Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu

Geoffrey Crété | 22 décembre 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 22 décembre 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

Affiche fr

"Un fiasco complet" (San Fransisco Chronicle) 

"Ce n'est pas du cinéma, dites-vous ? Et alors ?" (Télérama)

"La meilleure adaptation d'une série télévisée depuis Mission : impossible" (Positif)

"Charlie et ses drôles de dames est.. le film de Cameron Diaz" (Entertainment Weekly)

"Bien sûr, c'est sympa à regarder, mais un peu de cerveau c'était trop demandé ?" (New York Times)

"Charlie et ses drôles de dames est comme la bande-annonce d'un film adapté d'un jeu vidéo, sauf qu'il manque le jeu vidéo, et le film" (Roger Ebert)

  


 

LE RESUME

L'ingénue Natalie, l'intello Alex et la rock'n'roll Dylan sont les anges de Charlie, et son fidèle Bosley. Leur nouvelle mission : retrouver Eric Knox, un génie de l'informatique kidnappé sous les yeux de sa collègue Vivian Lynch.

Le trio enquête sur Roger Corwin, directeur de RedStar, société de communications et satellites, et infiltrent les locaux pour installer un système de surveillance.

Séduite par Knox, Dylan le suit dans l'appartement de Body Double. Mais elle réalise trop tard qu'il est le bad guy : il a mis en scène son enlèvement avec Vivian et le Sac d'os. Il laisse Dylan pour morte et kidnappe Bosley. Car Knox cherche à se venger de Charlie, responsable selon lui de la mort de son père.

Le trio découvre que Knox s'est installé dans un chateau abandonné sur une île comme un méchant de James Bond. Natalie sauve Bosley et affronte Vivian, Alex tente de stopper le logiciel de localisation tout en stoppant le Sac d'os, et Dylan essaie de stopper Knox. Mais il s'échappe en hélicoptère avec un missile destiné à Charlie.

Les anges s'accrochent à l'appareil et réussissent à retourner le missile contre Knox in extremis. Elles se retrouvent face à la maison du fameux Charlie, heureuses de rencontre l'homme de leur vie. Sauf qu'il n'est pas là. Il les félicite en haut parleur.

Alors qu'elle profitent d'un cocktail sur la place, et que l'équipe débriefe avec Charlie, Dylan l'aperçoit au loin. Mais elle n'a pas besoin d'aller le voir : elle a ses amies, et la foi.

FIN

 

photo, Cameron Diaz, Drew Barrymore, Lucy LiuTrio irrésistible

 

LES COULISSES

Via sa compagnie Flower Films, Drew Barrymore a acheté les droits de la série Drôles de dames, phénomène des années 70. Avec quelques clips en poche, McG contacte l'actrice. "Je savais qu'elle était attachée au film, et je suis fan d'elle. Faire un film intéressant à partir d'une vieille série TV n'est pas facile. On a discuté et on a réalisé qu'on avait beaucoup en commun, qu'on voulait faire le même genre de film déjanté, centré sur le plaisir. On ne peut pas faire prendre ça trop au sérieux comme si c'était du Shakespeare".

Le nom de Cameron Diaz s'impose vite pour eux, et Drew Barrymore la convainc vite de signer. Pour le rôle d'Alex, de nombreux noms circulent (notamment Angelina Jolie et Jada Pinkett Smith, qui auraient refusé) jusqu'à ce que Thandie Newton soit choisie. Mais le tournage de Mission : Impossible 2 ayant pris du retard, elle abandonne (du moins, c'était ce que tout le monde pensait, mais depuis l'actrice a rectifié et expliqué les vraies raisons). Lucy Liu, en pleine gloire Ally McBeal, est alors choisie.

Une douzaine de scénaristes passent sur un scénario qui sera réécrit des dizaines de fois avant de satisfaire le studio. Drew Barrymore insiste pour que les anges n'utilisent aucune arme à feu, contrairement à la série.

En coulisses, de nombreuses rumeurs se propagent autour d'une mésentente entre Bill Murray et Lucy Liu. Le tournage aurait même été stoppé une journée à cause d'une violente dispute. McG explique gentiment en promo qu'il encourage les acteurs à communiquer et échanger, pour que le travail soit le plus passionné possible. Des années plus tard, il avouera que Bill Murray lui a donné un coup de tête. L'acteur dément et déclare que le réalisateur mérite de mourir. Sans surprise, il n'est pas revenu dans la suite de Charlie et ses drôles de dames.

 

Bill Murray, Lucy Liu, Drew BarrymoreBill Murray, Bosley de rêve

 

LE BOX-OFFICE

Succès. Charlie et ses drôles de dames a coûté moins de 100 millions et en a rapporté plus de 260 dans le monde, dont 125 aux Etats-Unis.

Il a aussi perturbé Guillermo del Toro, qui a déploré l'utilisation excessive des câbles dans les scènes de combat : "Le moment où on voit Cameron Diaz voler dans les airs, alors qu'on sait qu'elle est incapable de voler dans les airs pour taper cinq mecs... On réalise que c'est fait avec des câbles. Le film était super, mais le style des combats était presque satirique". Presque ? 

 

photo, Cameron Diaz, Lucy LiuL'union a fait la force

 

LE MEILLEUR

Charlie et ses drôles de dames est un blockbuster cartoonesque détonant et irrésistible, d'une drôlerie et d'une bêtise folles. La première scène dans l'avion donne le la : une autodérision assumée avec un commentaire désobligeant sur les adaptations de séries télévisées, et un goût prononcé pour l'action absurde avec une cascade dans les airs. 

L'artificialité et le vide de l'entreprise sont constamment adressés, et ce dès les premières apparitions des personnages. Dylan joue à l'idiote profonde pour communiquer avec Chad, Natalie danse dans un spectacle de Barbie, Alex donne la réplique à Matt LeBlanc dans un faux décor de western. Plus tard, une scène totalement inutile dans l'intrigue fera croise qu'elle a été tuée, pour le simple plaisir de surprendre le spectateur l'espace d'une seconde. Tout est faux, tout est bête, tout est fun : le pacte du film est clair.

Il y a une forme d'intelligence réjouissante dans la capacité de Charlie et ses drôles de dames à se ridiculiser, voire s'autodétruire pour le plus grand plaisir du public. Un troisième degré réjouissant règne en maître dans ce divertissement pop et désinhibé, qui assume profondément sa nature de vulgaire produit de studio. Une condition qui permet au film de se débarasser de toutes les contraintes de logique, de réalisme et de narration pour purement et simplement assembler un spectacle décérébré, coloré et sexy. Et Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu se révèlent particulièrement détonantes et irrésistibles dans ce joyeux chaos. 

 

Cameron Diaz, Drew Barrymore, Lucy LiuUne scène qui a marqué les esprits

 

Les motifs du genre (la poursuite en voiture, le repère du bad guy) sont jetés dans l'intrigue sans même donner l'illusion de faire sens, et l'intrigue typiquement hollywoodienne devient vite un prétexte à une suite de sketches et de déguisements insensés. Récupérer l'empreinte oculaire d'un business man se transforme en scène de yodelsexy, la superstar Cameron Diaz aura droit à un numéro musical totalement gratuit dans un club, et c'est grâce à une vocation d'ornithologue et un amour des mots croisés que les trois anges retrouvent la trace de Bosley pour le climax. Dans Charlie et ses drôles de dames, personne ne prend la peine de se compliquer la tâche et enrober le spectacle dans un semblant de sérieux : le film est une vaste plaisanterie à 100 millions de dollars, où tout est sacrifié sur l'autel du plaisir bête et délicieux.

McG s'en donne donc à coeur joie. Il filme les cheveux de Lucy Liu au ralenti, place des tubes dès que possible, construit l'action autour des ralentis et pirouettes ridicules de ses actrices. Il s'amuse avec les seconds rôles, de Bill Murray à Tim Curry, en passant par une Melissa McCarthy alors méconnue (elle reviendra même dans la suite, dans un autre rôle, pour une apparition). Peu convaincu par les dialogues, l'inimitable Crispin Glover propose d'en faire un bad guy muet avec un penchant fétichiste pour les cheveux, tandis que Tom Green interprète un abruti fini qui n'aurait jamais eu sa place dans un blockbuster ordinaire. De son côté, Sam Rockwell (qui vit dans la maison de Body Double de De Palma) se révèle parfait dans son rôle, et donnera sûrement la belle idée de reformer ce couple avec Drew Barrymore à George Clooney dans Confessions d'un homme dangereux deux ans après.

 

Charlie et ses drôles de dameDrew Barrymore, centrale dans le projet

 

LE PIRE

Marqueur d'une époque post-Matrix qui a naturellement pris un coup de vieux, Charlie et ses drôles de dames porte les stigmates d'une ère où les ralentis et un certain design sonore étaient recopiés à la chaîne. Le film de McG aura donc bien du mal à supporter le poids des années, victime du syndrome des produits de consommation immédiate dont la date de péremption est proche dès la mise en rayon.

Hormis cette évidence : tous les défauts de la superproduction étant assumés ou intégrés dans la machinerie, difficile de l'apprécier tout en les considérant comme gênants. A moins d'être totalement hermétique à la chose (auquel cas les qualités de l'entreprise sont donc des défauts), Charlie et ses drôles de dames reste une réussite dans son genre vulgaire. 

 

photo, Cameron Diaz, Drew BarrymoreLa victoire, peu importe

 

SCENE CULTE

Si jamais la saga des frères Wayans peut être considérée comme un indice de popularité et donc d'importance, Scary Movie 2 a parodié le combat dans la ruelle contre le Sac d'os.

 



RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Tout savoir sur Charlie et ses drôles de dames

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commentaires
Marvelleux
01/03/2020 à 18:33

C'est kitsh, mais assumé. Bourré de défauts, mais c'est qui fait le charme du film. Le premier est plus appréciable que le second.

niemans
29/12/2019 à 11:19

Beurk

Simon Riaux - Rédaction
23/12/2019 à 15:02

@Korki37

Perdu.

Il s'agit d'un dossier remis à jour, publié initialement en 2016.

Et quand bien même on aurait eu l'idée "marrante" de publier ce jour un dossier sur le film, comme les excellents confrères de Capture... Ne serait-il pas assez logique de le faire à quelques heures de la sortie d'un nouveau Charlie's Angels ?

Korki37
23/12/2019 à 14:55

Marrant que votre dossier en même temps que l'épisode Stéroïdes de Capture Mag qui lui est consacré

Micju
23/12/2019 à 02:00

Moi j’avais pris beaucoup de plaisir à voir ce film. A l’époque je ne lisais pas les critiques et internet était très peu présent. Tu fais maintenant le même film et tu as le droit aux rageux sexistes avec leur:Les bonnes femmes devraient faire la vaisselle et seules les hommes peuvent faire des films d’action:C’était la belle époque tout de même.

Dirty Harry
23/12/2019 à 00:29

Une délicieuse gourmandise bubble-gum auréolé du charme de ses comédiennes.
A l'époque d'avant (il y a quelques années, juste avant les réseaux sociaux) on savait rigoler.

alaide
22/12/2019 à 20:23

Pourfendeur de l'injustice, j'aimerai que vous puissiez en réparer une...... Hudson Hawk.

Grand Monarque
22/12/2019 à 20:03

McG a quand meme fait Terminator Renaissance, c'est le meilleur des Terminator, apres ceux de Cameron,le film de McG fut vertement accueilli a sa sortie,
10 ans plus tard,on peut dire: il ne meritait pas tant ce mauvais traitment, il merite d're réevalué à la hausse,surtout quand on connait la suite!
quant à ses droles de dames, je les ai tous vus et c'était nul, la réalisation branchée me faisait penser a celle de Michael Bay, autre bourrin talentueux dans la deconne visuelle

Saiyuk
05/06/2018 à 14:52

moi je peut rien dire de mal je suis amoureux de Drew Barrymore....

Mordhogor
05/06/2018 à 13:20

J'ai beau être bon public en général, mais là, non, y'a rien à sauver... A part les filles qui sont belles...

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