The Nice Guys : focus sur Shane Black, pape du Buddy Movie

Jacques-Henry Poucave | 29 avril 2016 - MAJ : 18/03/2020 14:07
Jacques-Henry Poucave | 29 avril 2016 - MAJ : 18/03/2020 14:07

Sa troisième réalisation, The Nice Guys, devrait éclabousser Cannes d’un raz de marée de coolitude décomplexée. Shane Black est un des artisans du cinéma d’action et de divertissement les plus passionnants d’Hollywood, orfèvre d’un genre trop souvent méprisé ou maltraité : le buddy movie.

 

FIRST ACTION HERO

Shane Black va faire ses armes sur un film devenu culte, à l’origine d’une franchise adorée du public : L’Arme Fatale. Il décharge ainsi ses premières munitions de gros calibre en 1987, chez un producteur légendaire (pour son talent, son audace et ses colères), le gargantuesque Joel Silver. Maître d’œuvre de productions à succès qui attirent massivement le public, il saura repérer en Shane Black un type incroyablement doué.

Et déjà la plupart des thèmes et motifs chers à l’artiste sont présents dans cette première aventure de Riggs et Murtaugh. Période de Noël, dialogues millimétrés débités à la mitrailleuse, sens du rythme incroyable et personnalités énervées, en but à un monde qui tente de les contrôler, sinon de les réduire au silence.

 

photo, Mel Gibson, L'Arme fatale

 

Le film est un succès, sa carrière est lancée. Il enchaînera, toujours chez le sieur Silver, avec le scénario démentiel du Dernier Samaritain (dont un tour sur les Internets permettra de constater combien de répliques sont devenues cultes). Vendu 1, 75 millions de dollars en 1990, le script du film est alors le plus cher jamais payé à Hollywood.

Shane se transforme en superstar de l’écriture quand il cède pour 4 millions de dollars le scénario d’Au Revoir à Jamais. Film qui portait funestement bien son titre, tant il devait se planter et valoir une véritable malédiction à nombre de ses acteurs.

 

photo, Au revoir à jamais

 

ALARME FATALE

Mais si Black se retrouve plus ou moins écarté des plateaux pendant presque 10 ans, il a plus d’une corde à son arc. En effet, l’auteur n’est pas qu’un pur scénariste de genre, capable de pondre de brillantes intrigues « au premier degré ». Il est aussi un observateur de structures acerbes, un petit génie de la structure.

Ses influences parlent pour lui. Fin connaisseur des œuvres de Chandler (dont il recycle et décline à l’envi le célèbre privé Marlowe), il est aussi un lecteur avisé d’Ed McBain, et un fan compulsif de Doc Savage. Une sorte de tripyque qui permet à la fois de comprendre son amour pour le pulp, son affection pour les faux loseurs aux éclairs de génie et son réel intérêt pour les récits carrénés, passés au polish.

D’où une conscience aiguë des mécaniques inhérentes au genre, de leurs limites et de leur agencement. Il a prouvé sa capacité à manier le faux pastiche avec une merveille des années 90, autre échec au box-office, le génial Last Action Hero de McTiernan. De cet échec public, il aura retiré la conscience que même pour détourner les genres, même pour pulvériser le récit, il doit avancer masqué et se méfier d’un public pas forcément à l’aise avec la parodie.

 

Photo Arnold Schwarzenegger

 

LE RETOUR DU NICE GUY

Son retour en grâce, il le peaufinera avec Joel Silver, qui lui confie la réalisation de Kiss Kiss Bang Bang. L’occasion est d’importance. Pour la première fois, le scénariste pourra proposer un de ses récits sans aucune modification extérieure. L’occasion de constater si ses histoires en forme de grand huit pour équilibristes sont aussi brillantes que le veut la légende. Parallèlement, Black s’est formé en autodidacte, mais avec un appétit d’ogre, à la mise en scène, au découpage, et au montage. A tel point qu’après quelques jours de tournage seulement, son producteur le laissera seul maître à bord, considérant qu’il est à même de gérer seul tout le projet.

Et si Kiss Kiss Bang Bang demeure cinématographiquement un peu sage, le résultat est une réflexion souvent brillante et parfois hilarante sur le genre qui l’a révélé : le buddy movie. Black provoque la renaissance de Robert Downey Jr., qui enchaînera avec Iron Man, et appellera son complice à réaliser le troisième épisode.

Malgré une détestation bien injuste, le film sera attaqué de toute part, notamment pour sa volonté de détourner les codes de Marvel et de saborder avec humour la recette Disney. Et si le résultat manque souvent de fluidité, frustre un peu trop souvent le spectateur, il demeure à ce jour une des seuls prods Marvel à s’attacher à ses personnages, à son intrigue, tout en lui offrant des dialogues dignes de ce nom.

 

Photo Robert Downey Jr., Val Kilmer

 

BACK TO BLACK

D’où la formidable impatience qui entoure désormais The Nice Guys. Car au sein d’un été saturé de super-productions, le Festival de Cannes avait l’embarras du choix pour ce qui était de sélectionner hors-compétition une œuvre détendue du slip et capable d’exciter public comme presse.

Une chose est sûre, Shane Black semble ne jamais avoir été à ce point en possession de tous ses moyens. A nouveau produit par Joel Silver, il a pu travailler son propre scénario, sans interférence, et porter à l’écran un récit de son crû, avec dans sa besace  une expérience bien supérieure à celle acquise lors de sa première réalisation.

Signe qui ne trompe pas et nous fait voir dans le film une possible tornade de bonheur cinéphilique, Black a poussé le vice jusqu’à reproduire à l’écran la période qu’il avoue idéaliser, celle durant laquelle il a découvert le cinéma, à savoir les années 70.

Situé en 1977, à quelques jours de la sortie de Star Wars, The Nice Guys pourrait bien être le shot de pop culture que nous attendions depuis un bon moment. Pour en savoir plus, direction notre dossier, avec plein d'images et de phrases cool dedans.

 

Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

 

Tout savoir sur The Nice Guys

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commentaires

Starfox
02/05/2016 à 09:37

Les années 80, c'était vachement bien en fait... predator, piège de cristal, police fédérale, l'année du dragon, la mouche, robocop, rambo, mad max, etc... nan c'était bien.

ACtionjustice
02/05/2016 à 00:56

raw deal 1986....

the défenders
30/04/2016 à 18:25

désolé mais LAST ACTION HERO est un bon film sans longueur...film des Années 90 SCHWARZY est au TOP avec STALLONE WILLIS et VAN DAMME...

2cloo
29/04/2016 à 17:58

il vend le scénario de l'arme fatale en 1985.

Diplomé d'UCLA en cinéma et théâtre donc autodidacte, je ne crois pas.

Last Action Hero est écrit par Zak Penn et Adam Leff, David Arnott et Shane Black sont appellés por le réécrire une fois que Schwarzy est attaché au projet.

Personne ne sait pourquoi Black a disparu d'Hollywood mais ce n'est certainement pas pour Un bide après plusieurs énormes succès. Il à lâché quelques pistes durant différentes interviews, laissant supposer une crise de la quarantaine.

Et Last Action Hero génial ??? Je comprends la notion de subjectivité mais enfin, une peu d'objectivité, ce film est boursoufflé par l'humour bas du front qui va avec les films d'Arnold, il est plein de longueurs et il ne sait pas ce qu'il veut être, une parodie ( avec quelques moments grandioses dont l'intro et sa concentration de flics au mètre carré est juste hallucinante, ou la relecture d'Hamlet ) ou une réflexion sur le rapport public/fantasme/célébrité.
Revoyez Hott Fuzz et vous verrez ce qu'est une parodie intelligente tant dans son écriture, son jeu d'acteurs et sa mise en scène..

Ps : en lien avec votre précédent article sur Shane Black, il n'a pas inventé le buddy movie, il l'a raffiné.
Sergio Leone est le père de ce genre, quasiment tous ses films reposent sur une association explosive de deux antagonistes.

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