Films

Top 10 des nouveaux maîtres du cinéma d’horreur

Par Simon Riaux
31 octobre 2013
MAJ : 21 mai 2024
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Si le cinéphile déviant ne désespère pas totalement de voir Dario Argento, John Carpenter, Tobe Hooper ou George Romero lui offrir une rasade de frissons dignes de leurs plus belles années, force est de constater que ces auteurs sont loin de leur gloire passée. Rien de mal à cela, mais l’aura dévorante de ces papes de l’innommable oblitère encore largement la nouvelle garde, grâce à des filmographies devenu matricielles, qui révolutionnèrent en leur temps les récits de genre et plus généralement le Septième Art. À l’heure des remakes décérébrés des gloires des années soixante-dix et quatre-vingt, quels sont les jeunes réalisateurs plein de foutres et d’hormones, prêt à en découdre avec un genre qui aura connu moult soubresauts ces dernières années, de l’avènement du cynisme méta à la gloire du torture porn ? Il est l’heure de tailler les citrouilles, d’enfiler vos costumes et donc de se demander, qui sont les nouveaux maîtres du fantastique, de l’horreur et autres monstruosités ?

 

Oren PeliParanormal productivity

Probablement l’individu le plus honni de ce classement très subjectif. Non pas que le monsieur ait la réputation d’être un sale type ou un assassin en puissance, mais Oren doit porter sur ses frêles épaules une responsabilité écrasante. En effet, c’est à lui que nous devons de voir débarquer tous les ans des pelletées d’abominables found footages, tous plus fauchés, débiles et artistiquement à la ramasse les uns que les autres. Non pas qu’il soit à l’origine du genre, loin de là, mais le succès démesuré de son Paranormal Activity et de TOUTES ses suites a amené l’industrie à considérer ce sous-genre comme une potentielle poule aux œufs d’or, synonyme d’investissement minimal et de retour colossal, une recette démoniaque destinée à souiller durablement les yeux du cinéphage. Reste qu’on peut difficilement en vouloir à un petit malin d’avoir trouvé un high concept, de l’user jusqu’à la corde et d’en profiter pour produire parfois avec discernement un grand nombre de métrages.

 

 

James WanProgressious

Particulièrement au sein de la rédaction, et plus particulièrement dans le salon de notre rédacteur en chef, James Wan a simultanément engendré une école de l’horreur et quitté cette dernière. Quand sort son premier film, Saw, le jeune James est bien loin de s’imaginer qu’il vient de donner naissance à la comédie de boulevard la plus violente de l’histoire de l’humanité, j’ai nommé le torture porn. Catégorie hybride, éminemment gore, bas du front et souvent basiquement moralisatrice, ce qui s’avérera une véritable voie de garage à DTV n’a pas retenu son initiateur. Ce dernier, sans doute trop propret, bon élève et référentiel pour marquer durablement le genre, a progressé de film en film, nouant un lien très particulier avec le public. Si l’on peut regretter que le réalisateur échoue à peu près systématiquement à bâtir un univers qui lui soit propre, on lui reconnaîtra sans mal une sincérité et un engagement frontal dans tout ce qui l’entreprend devenu bien trop rare. James Wan a beau avoir annoncé renoncer à l’horreur pour s’embarquer du côté du septième Fast and Furious (non sans avoir honteusement salopé le second Insidious), on a bien du mal à croire qu’il ne reviendra pas nous hanter prochainement.

 

 

 

Ti WestRetour vers le futur

Sans doute un des metteurs en scène les plus atypiques de cette sélection et l’un des rares à posséder un univers, certes extrêmement référentiel, mais indiscutablement personnel. Surtout (re)connu pour House of the devil et The Innkeepers, le metteur en scène s’est imposé comme le maître de ce que l’on pourrait appeler l’horreur « low-fi ». Économie des effets, esthétique intemporelle quoique fortement ancrée dans les années 80, écriture des personnages ciselée et premier degré absolu sont les ingrédients principaux du discret monsieur West. S’il est probablement l’un des meilleurs et plus prometteurs artistes évoqués dans ces colonnes, c’est parce que sa motivation principale est à la fois simple et infiniment complexe : nous faire peur. Fait suffisamment rare pour être remarqué, il y parvient, comme en témoignent les derniers tiers des deux films cités plus haut, où le réalisateur orchestre une montée de la terreur qui doit autant à un montage implacable qu’à une direction d’acteur parfaite.

 

 

Rob Zombie – Halloween’s reject

Sans conteste, le seul auteur de cette liste à pouvoir prétendre au titre de maître de l’horreur. Quoique inégale, son œuvre s’impose comme la seule possédant un univers qui ne saurait être réduit à une galaxie d’influences, un style immédiatement reconnaissable et une démarche bien à lui. Monsieur Loyal d’un freakshow où figure en bonne place sa dulcinée, l’électrique Sheri Moon Zombie, le velu Rob continue de dépeindre une Amérique des marginaux et autres mutants, un carnaval sauvage et souvent hilarant. Après deux premiers films totalement barrés (La Maison des 1000 morts et The Devil’s rejects), le metteur en scène s’est permis de commettre l’impensable : un remake d’Halloween, le chef d’œuvre de Big John. À la fois respectueuse et transgressive, sa version s’impose comme une relecture passionnante d’un univers dont Zombie s’évertue à éclairer les angles morts, tout en extrayant paradoxalement son cinéma de la niche grand guignolesque qui le menaçait. Si depuis l’artiste a oscillé entre le dispensable (Halloween 2) et l’expérimentation frustrante (The Lords of Salem), on ne doute pas vraiment qu’il continuera de nous glacer le sang comme nul autre.

 

 

Eli Roth – Campy Fever

Certainement un des plus attachants de notre liste. En dépit d’une propension hallucinante à sur-vendre absolument tous les projets auquel il participe, et d’une tendance au je-m’en-foutisme rigolard qui n’est pas sans évoquer le tragique Robert Rodriguez, Eli Roth demeure l’un des plus sympathiques réalisateurs de la scène horrifique. Peut-être parce qu’il a découvert le cinéma et l’horreur en colonie de vacances, peut-être parce que tout en lui semble refuser de grandir, peut-être parce que rien ne l’amuse tant qu’une paire de testicules arrachée à coups de pince (et sans super-glue réparatrice), on lui pardonne ses errements. Parce qu’à bien y regarder, la carrière du monsieur n’est pas exactement un sans faute… En tant qu’acteur ou producteur, il nous aura gratifié de quelques sanglantes conneries, qu’il s’agisse du premier Hostel ou de L’Homme aux poings de fer. Mais ce serait oublier les barres de rire et d’effroi provoquées par Cabin Fever et surtout la sidérante réussite d’Hostel II. Détournant alors les figures du torture porn triomphant, Roth emballe une œuvre absolument glaçante, empreinte de néo-réalisme italien et offre au spectateur une galerie de personnages dont la folie et les pulsions rythment un film qui prend petit des airs d’opéra funèbre. Voilà qui suffit à nous faire attendre de pied ferme son Green Inferno, film de cannibales prétendument sauvage.

 

 

Lucky McKee – L’enfant sauvage

Homme simple, passionné et touchant, Lucky McKee nous a montré lors du Festival du Film Fantastique de Strasbourg qu’il a bien plus d’une corde à son arc avec All cheerleaders die. Prouvant ainsi qu’il est capable de faire surgir l’horreur d’une petite bourgade américaine nimbée de lumière, qu’il manie l’humour avec à peu près autant de générosité et de précision que la tripaille, Lucky a donc confirmé tout le bien que l’on pensait de lui, et surtout démontré qu’il faudrait désormais s’attendre à tout venant de cet artiste dont chaque film s’avère simultanément un coup de gueule et une déclaration d’amour. Chez Ecran Large, on demeure largement traumatisé par The Woman, film excellent par bien des points, à commencer par sa radicalité qui semble tout droit réchappée des glorieuses seventies. On se souviendra également du film comme la révélation d’un artiste en souffrance, pas prêt de retrouver le chemin d’un septième art balisé et traditionnel après les souffrances occasionnées par le tournage et la post-production de The Woods. Dans The Woman, Lucky dressait avec âpreté le portrait d’une femme sauvage, sorte de Mowgli hardcore, recueillie par une famille prête à lui faire subir les pires sévices pour la civiliser, jusqu’à ce qu’elle leur donne une petite leçon de liberté. Difficile de ne pas faire le parallèle avec le parcours de ce filmeur doué et désireux d’explorer les limites… Puisque la bête est lâchée, on ne demande qu’à découvrir son prochain trophée de chasse.

 

 

Christopher Smith – Creep Britain

L’horreur britannique mériterait presque d’être un genre à part entière, tant la perfide Albion nous aura gratifié au fil des décennies passées d’angoissants brouillards, ruelles humides et autres entités voraces. Sans doute Christopher Smith est-il celui qui aura su, mieux qu’aucun autre briton, réinterpréter un imaginaire formidablement dense pour le plier aux exigences de son temps. Capable de convoquer différentes figures de la peur, de jongler d’un plan à l’autre entre suggestion et dévoilement gorissime, Christopher Smith est le cinéaste évoqué ici le plus régulier dans son travail. Si l’on aura un peu de mal à extraire de sa jeune filmographie un seul véritable grand film (à l’exception de son claustro-crado Creep), force est de reconnaître la diversité de ses travaux comme les immenses qualités de chacun d’eux, qui auront toujours rencontré une belle ferveur du côté de la presse comme du public. Un curriculum vitae condensé s’impose ainsi à l’adresse du néophyte : après un Creep intense et remarquablement maîtrisé pour un premier film, vint l’heure de la triperie de carabins également connue sous l’appellation de comédie d’horreur, intitulée Severance, une réussite maladroite mais souvent hilarante. Prouvant qu’il avait tout d’un grand, le camarade Smith quitta les côtes anglaises à grands coups de Melissa George, désireux de nous offir un Triangle des bermudes abyssal et désespéré qui précéda un Black Death orienté chevalerie et peste noir, encore plus radical et désenchanté, quoique donnant régulièrement dans le cliché épais comme un brouillard londonien. Par conséquent, on attend désormais que cet auteur de haute volée, cantonné chez nous au marché du DTV, bénéficie d’une distribution hexagonale à la hauteur de son talent.

 

 

Jaume Balagueró – Malveillant

Sans doute le plus doué des deux papas de la quadrilogie Rec, l’homme peut également se targuer d’être un des plus brillants fer de lance de la vague fantastique espagnol. Cinéphile et cinéphage, il fait partie des très rares créateurs capables de trouver l’inspiration dans le médium vidéo-ludique sans en recycler bêtement les scories. Qu’il arpente les coursives d’un immeuble infesté de zombies, rejoue un Aliens matiné de first person shooter, se penche sur les tourments d’un spectre trop Fragile ou explore la psyché d’un concierge démoniaque, c’est avec une ferveur réelle et un tempérament éminemment latin que Jaume ausculte les grandes figures de l’horreur. Il s’avère également l’un des cinéastes de cette liste qui maîtrise le mieux la mise en espace, comme en témoigne la maestria de Malveillance, ballet hitchcockien et diabolique.

 

 

Alexandre Aja – french maniac

Il est de bon goût et le plus souvent parfaitement justifié de tirer à boulets rouge sur la pléthore de remakes aseptisés débarquant de par le monde, supposés rendre accessibles des œuvres menacées de désuétude. Une situation crispante, artistiquement déprimante, mais dont Alexandre Aja aura su faire une force, usant de sa passion pour le genre comme de l’appétit actuel d’Hollywood pour le recyclage tout azimut. Le frenchy est en effet parvenu à faire de la relecture une carrière, signant les reprises de La Colline a des yeux, Piranha sans oublier de produire la nouvelle version du craspec Maniac. Autant de productions techniquement abouties et artistiquement solides, quand elles ne sont pas supérieures à leur modèle, qui imposèrent le jeune metteur en scène comme l’un des cadors du genre, mais également la preuve que l’on peut être né au pays du fromage qui pue et ne pas finir castré par le système hollywoodien. Toutefois, on aurait tort de cantonner le soldat Aja au seul domaine du super remake, car les premières armes du bonhomme sont des plus affutées. En effet, qui mieux que l’auteur de Furia et Haute Tension pour emballer Horns du fiston King ? On est impatient de découvrir la réponse et peut-être l’aboutissement d’une carrière en forme de pied de nez brillant à l’opportunisme des majors.

 

 

Pascal Laugier – le Martyr

Ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui dira le contraire, Pascal Laugier est un réalisateur controversé. Après un très sous-estimé Saint Ange, il aura essuyé la gronde de l’establishment et une fronde impitoyable sur Martyrs, avant de revenir en grâce auprès du public et de la presse avec The Secret. Comme nombre de metteurs en scène dédiés au genre venus au monde dans notre belle contrée, il aura dû affronter les défiances d’un système pas franchement dédié à l’épanouissement de leur art. Deux éléments toutefois le rendent indiscutable dans le paysage dévasté de la french frayeur : sa capacité à faire réagir souvent violemment le spectateur, voire à cliver irrémédiablement le public (votre serviteur en sait quelque chose…) ainsi qu’un souci constant et trop rare en France de la forme et de la maîtrise technique. Qu’on reconnaisse et apprécie son approche ou qu’on la vomisse et la répudie telle une gourgandine mal fagotée, son travail et sa réflexion sur le média en font un metteur en scène à suivre, pour le pire comme le meilleur.

 

 

À la lecture de cette sélection (évidemment subjective, perfectible et vouée à évoluer au gré des années) une conclusion s’impose tristement. Pour le féru de genre comme le novice avide de triperie sauvage, il semble bien difficile de troquer un seul des joyeux drilles actuels contre un des maîtres de la génération précédente. On ne servira pas ici de discours prémâché et surblasé, tant la situation nous semble finalement logique. En effet, les nouveaux venus ont encore leurs preuves à faire pour demeurer dans la légende sans compter qu’ils occupent la pire place possible dans l’histoire des arts. Arrivant juste après une génération forgée dans l’expérimentation des années 70, il leur appartient de digérer un héritage que nous n’avons pas encore fini de défricher. Tâche ingrate mais nécessaire, quand il reviendra à leur successeur de tout balayer sur leur passage, de faire passer les vieux de la vieille pour d’indécrottables culs-serrrés. À moins bien sûr que spectateurs, historiens et critiques ne fassent leur job, s’échinent à nouveau à autopsier un genre qui ne meurt que pour mieux renaître.

 

 PS : vous l’aurez remarqué, aucun réalisateur japonais, coréen ou chinois dans cette liste. n’y voyez nulle marque de défiance ou d’ignorance, il nous a simplement semblé que les artistes œuvrant actuellement dans le genre ne pouvaient se retrouver sous l’appellation « nouveaux maîtres du genre ». mais on aime beaucoup les anciens, et on adore ceux qui s’apprêtent à reprendre le flambeau. 

Rédacteurs :
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