Cannes 2013 : Famille, sexe et violence (voire les 3 à la fois)

Perrine Quennesson | 9 mai 2013
Perrine Quennesson | 9 mai 2013

Le 66ème festival de Cannes débute mercredi prochain et promet une année faste en opposition à l'ambiance maussade et austère de l'an dernier. Le ton est donné en ouverture avec un Gatsby le Magnifique tout en paillettes et bling-bling. Et la sélection officielle ne déroge pas à cette impression de départ. Les thèmes transversaux ? La famille, le sexe et la violence (voire les 3 à la fois) qui semblent se déployer tout au long de cette sélection, certes hétéroclites mais particulièrement balisée où les habitués croisent quelques rares « débutants » cannois.  L'heure est moins à la découverte qu'à la consécration mais Cannes aime surprendre et contredire. Et sous l'égide d'un président aussi curieux que Steven Spielberg, nous ne sommes pas à l'abri d'un coup de théâtre. Mais que les auteurs américains se rassurent, cette fois, ils ne seront pas black-listés d'office comme ce fut le cas l'an dernier par l'Italien Nanni Moretti, connu pour son hostilité envers le cinéma d'outre-Atlantique. Mais ils doivent se méfier car cette année, les français sont en majorité.

 

 

« Les grands cinéastes font les grands films »

C'est par cette phrase que Thierry Frémaux évite le terme d' « habitués » du festival. Mais il est certain que quelques cinéastes ont ce qu'on pourrait appelé « la carte de membre » de Cannes. C'est le cas d'un Paolo Sorrentino, dont il s'agit ici de la 4ème sélection avec La Grande Bellezza, portrait d'un sexagénaire romain, nostalgique de sa jeunesse. Les Frères Coen, Roman Polanski et Steven Soderbergh se partagent l'honneur d'être les trois aspirants à la double palme. Pour les Coen, c'était en 1991 avec Barton Fink et ils reviennent cette année avec Inside Llewyn Davis sur le New York des années 60 à travers les yeux d'un collègue de Bob Dylan. Roman Polanski, lui, avait été consacré en 2002 avec Le Pianiste et il est de retour cette année avec un long-métrage, plus proche de Lune de Fiel que de son drame en temps de guerre : l'adaptation du sulfureux roman de Sacher Masoch, La Vénus à la fourrure. Enfin Steven Soderbergh vient « boucler sa boucle ». Le cinéaste avait obtenu la palme d'or avec son premier long, Sexe, mensonges et vidéo, et vient cette année montrer le, soi-disant, dernier film de sa carrière, qui est en fait un téléfilm pour HBO, le très gay-friendly Ma vie avec Liberace.

Un autre régulier des marches va tenter de dépasser son Grand Prix du jury obtenu en 2005 avec Broken Flowers. En effet, Jim Jarmusch, que l'on avait laissé un peu perdu avec The Limits of Control revient avec une histoire de vampires romantiques dans Only Lovers Left Alive. James Gray, quant à lui, considéré désormais comme un artiste majeur du paysage cinématographique actuel, a tenté sa chance à trois reprises et n'a rien remporté. Peut-être cette année aura-t-il plus de chance avec The Immigrant (successivement appelé Low Life puis Nightingale), sa première incursion dans le film en costumes racontant les mésaventures d'une immigrante polonaise arrivée à New York. Pour Arnaud Desplechin, c'est presque pareil. Tous ses films (de La Sentinelle à un Conte de Noël, à l'exception de Rois & reine, présenté à Venise) ont été présentés au festival et remarqués. Mais aucun n'a obtenu le prix ultime. Peut-être son Jimmy P. qui s'intéresse à un vétéran indien de la Seconde Guerre mondiale, lui rendra-t-il justice. Du côté de l'Asie, les deux réalisateurs japonais Takashi Miike et Kore-eda Hirokazu, familiers du festival, présentent respectivement un polar sur les travers de la société japonaise avec Shield of Straw et un film sur la famille et les enfants avec Like Father, like Son. Le seul cinéaste chinois en compétition, Jia Zhang-ke n'est pas non plus un débutant à Cannes puisque qu'avec A Touch of Sin, il s'agit-là de sa troisième tentative pour la palme.

 

Same player shoot again

Si certains connaissent mieux les marches de Cannes que leur propre poche, pour d'autres il s'agit ici de la seconde chance. Ils sont déjà venus, n'ont pas obtenu la palme mais ont bien plu. C'est le cas d'un Nicolas Winding Refn qui avait retourné la Croisette en 2011 en recevant le prix de la mise en scène avec son Drive et qui cette année revient accompagné de son fidèle Ryan Gosling avec le violent et familial Only God Forgives. Idem pour François Ozon, que l'on a tous l'impression d'avoir aperçu sur le tapis rouge depuis toujours : il ne s'agit ici que de sa deuxième sélection en compétition officielle après Swimming Pool en 2003. Il arrive cette année avec Jeune & Jolie, ironiquement bien éloigné du magazine adolescent, qui traite d'une jeune femme de 17 ans vendant son corps pour le plaisir. Enfin, Mahamat-Saleh Haroun avait marqué les esprits en 2010 avec Un homme qui crie et pour sa première participation avait obtenu le Prix du jury. Cette année, c'est avec Grisgris le drame d'un danseur handicapé contraint d'aider son oncle que le réalisateur franco-tchadien va tenter de transformer l'essai.

 

 

Toute première fois, toute, toute première fois

Et, enfin, il y a les réalisateurs pour qui ce 66ème festival est un dépucelage : c'est en effet la première fois qu'ils participent à la compétition. Certains d'entre eux ont déjà présenté des films dans d'autres catégories ou en hors-compétition comme la seule femme cinéaste de cette année, Valeria Bruni-Tedeschi. Avec Actrices, elle avait obtenu le Prix spécial du jury à Un Certain Regard en 2007 et cette année, elle passe à la vitesse supérieure avec Un château en Italie, film aux relents autobiographiques sur une rencontre amoureuse en plein chaos familial. Détenteur de 2 César, Abdellatif Kechiche n'a jamais tenté sa chance à Cannes et fait son entrée directement en compétition avec son adaptation de la bande-dessinée Le Bleu est une couleur chaude intitulée La Vie d'Adèle. Même surprise pour Alexander Payne, avec Nebraska, il s'agit bien de sa première participation au festival le plus célèbre de la Côte d'Azur. En noir et blanc, il va nous conter le road trip chaotique d'un père et d'un fils pour récupérer le pactole qu'ils ont gagné. La famille est également au centre du long-métrage d'Asghar Farhadi, star des cinéastes iraniens depuis Une Séparation découverte à Berlin en 2011. Dans la ligne de mire de Cannes depuis, il fait ses début en compétition avec Le Passé, un drame sur le divorce d'un couple franco-iranien. Amat Escalante s'était également fait remarqué, mais lui au sein même de Cannes, lors de sa sélection en 2005 à Un Certain Regard avec Sangre. Il monte d'un cran avec Heli, une plongée au cœur du narcotrafic au Mexique.

Avec Borgman, un film étrange où un individu bizarre surgit dans un quartier bourgeois et s'incruste dans une famille, Alex Van Warmerdam va signer le retour du cinéma hollandais au sein de la compétition. Enfin, Arnaud des Pallières, cinéaste discret voire confidentiel, va faire sa première apparition sur les marches avec Michael Kohlhaas, une histoire d'injustice en plein cœur des Cévennes du XVIème siècle emmenée le prix d'interprétation de l'année dernière Mads Mikkelsen.

 

 

Rumor has it 

Mais il n'y a pas que la compétition officielle dans la vie et certains films venant d'autres sélections risquent également de faire parler d'eux. Comme le Bling Ring de Sofia Coppola qui continue son portrait de l'ennui de riches adolescents en reprenant un fait divers récent ou All is Lost de J.C. Chandor, film quasi-muet n'ayant que pour seul acteur un Robert Redford en plein retour de hype. Du côté de la Quinzaine des Réalisateurs, c'est l'ouverture avec Le Congrès qui voit le retour d'Ari Folman, le réalisateur de Valse avec Bachir qui risque de faire parler de lui. Et à la Semaine de la Critique, le Yann Gonzalez, Les Rencontres d'après-minuit, vendu comme un « Holy Motors sado-maso gay » va sûrement faire vibrer la croisette, tout comme Suzanne, le drame de Katell Quillévéré qui va tenter de réitérer la bonne surprise d'Un poison violent. Enfin, toutes sélections confondues, on peut remarquer la forte présence des acteurs passés derrière la caméra comme Yolande Moreau et son Henri, James Franco et son As I Lay Dying, Valeria Golino et Miele ou encore Guillaume Gallienne avec Les Garçons et Guillaume, à table .

En effet, le menu cannois est annoncé, il ne reste plus qu'à goûter. 

 

 

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