John Rambo : la director's cut où Stallone se prend pour Mann

Laurent Pécha | 2 août 2010 - MAJ : 14/03/2019 13:00
Laurent Pécha | 2 août 2010 - MAJ : 14/03/2019 13:00

Annoncée depuis de nombreux mois, la fameuse director's cut de John Rambo débarque comme par magie au même moment que la sortie de The Expendables. A tel point que l'on pourrait croire que ceci est affaire avant tout de marketing et de gros sous. D'autant plus qu'en apparence, les changements entre les deux montages ne sont pas énormes.

La durée passe de 91min 31s à 99min 16s (attention, il s'agit d'un time code prenant compte comme pour le reste du dossier d'un comparatif avec les éditions américaines du film, soit une image NTSC défilant à 24 images/seconde. Pour obtenir le time code du Pal, il faudra jouer de la table de multiplication).

 

 

Et pourtant, il faut remonter au temps de la director's cut d'Ali de Michael Mann pour retrouver trace d'un montage autant modifié par rapport à ce que l'on a vu en salle. Sylvester Stallone a joué au perfectionniste et au fil des minutes, avec deux écrans côte à côte, on s'aperçoit vite qu'il n'a eu de cesse de changer son film. Un dialogue rajouté par ci, un plan enlevé par là. Pour obtenir au final, un film pas forcement autre (chaque camp, fan ou détracteur de l'œuvre, restera sur sa position) mais indéniablement plus humain.

Avant d'entrer dans le détail de (presque) tous les changements opérés, on peut tirer les grandes lignes de cette director's cut : moins de violence graphique (on le verra, Stallone a sucré quelques plans gore ou trop durs) au profit d'un recentrage sur la relation entre Rambo et Sarah, le personnage joué par Julie Benz, qui voit son rôle augmenter sérieusement à l'écran. Une relation qui trouvera désormais son point d'orgue dans la séquence finale avec cet ajout essentiel de l'échange de salut, sobre mais poignant, entre les deux.

 

 

Si tous les ajouts ne sont pas du meilleur goût (les flashbacks en noir & blanc en tête), ils apportent indéniablement une moelle supplémentaire au personnage de Rambo, offrant même un parallèle évident avec celui que Stallone joue dans The Expendables.

C'est parti pour l'analyse de cette director's cut. Et cela commence pas plus tard que lors de la séquence d'ouverture. La version cinéma s'ouvrait, après le générique d'images d'actualité, sur le terrible massacre des villageois. Cette scène est désormais repoussée à 9min 58s. En lieu et place, on débute directement sur la séquence où Rambo chasse les serpents. Et là, à cet endroit, Stallone a rajouté une deuxième scène où son personnage attrape un autre serpent (de 3min08s à 3min 33s).

 

 

A la 4ème minute (durée : 39s), on a le droit à une plus longue scène sur le bateau en train de naviguer et Rambo de regarder ses deux acolytes jouer avec un serpent pour finir par leur prendre le reptile et le remettre dans le sac. Un ajout relativement anecdotique.

-6min 16s : Premier élément de réponse sur le souci de perfectionnisme ou de maniaquerie de Stallone. L'entrée dans l'arène aux serpents est différente. On démarre désormais sur le speaker et non sur le plan de l'homme en train d'affronter les serpents.

-9min 08s (17s) : Quand Sarah va voir Rambo pour le convaincre de les emmener à destination, le montage est légèrement différent montrant quelques plans de Sarah arrivée dans le bateau puis des plans de Rambo continuant à se laver. 

-9min 58s : La séquence du massacre fait donc son apparition à la fin de la conversation où Rambo dit à Sarah de rentrer chez elle. Si l'on perd l'efficacité d'une entrée en matière choc, le fait de la placer ici, renforce bien le discours de Rambo sur le danger et l'inutilité à ses yeux d'aller aider la population.

- 11min 31s  à 13min 15s : On retrouve Rambo en train de forger, plans qui existent dans la version cinéma et qui étaient juste après le « go home » lancé par Rambo. Sauf qu'ici, Sarah est encore là et revient à la charge. Elle tente de le faire culpabiliser en lui demandant s'il croit encore en quelque chose. En vain, Rambo reste de marbre et continue à forger.

-13min 15s : Première omission par rapport à la version cinéma. La séquence du massacre nocturne du village se voit écourtée de quelques plans et notamment celui d'un villageois se faisant exploser la tête par une balle.

-15min 28s : L'un des changements majeurs de cette director's cut. La scène originalement montée sur 1min 53s, dure désormais 4min 08s. Il s'agit de la séquence où Sarah va de nuit sur le bateau de Rambo pour parvenir à le convaincre de les amener à leur destination. Le premier changement intervient à 15min 39s et dure 2min 18s (au lieu de 45 secondes dans le montage cinéma). On y découvre de manière plus appuyée les philosophies de vie diamétralement opposées des deux personnages.

 

 

Quand Sarah dit qu'elle est là pour faire une différence, que chaque vie est spéciale, Rambo répond que certaines oui, d'autres non. « Rien ne change », « nous sommes des animaux, c'est dans notre sang, c'est naturel. », « La paix, c'est un accident ». Et c'est désormais ici, et non plus en voix off beaucoup plus tard dans le film que Rambo balance sa phrase mémorable : « Quand vous êtes poussés à bout, tuer, c'est aussi facile que respirer ».

S'en suit alors une tirade totalement « rambonienne » du vétéran désabusé par la guerre : « Quand les tueries s'arrêtent à un endroit, elles recommencent à un autre. Mais cela est acceptable car vous tuez pour votre pays. Mais ce n'est pas votre pays qui vous le demande, c'est l'affaire de quelques hommes bien placés qui désirent ces guerres. Ce sont les vieux qui démarrent la guerre et ce sont les jeunes qui la font. Personne ne gagne... Et personne ne dit la vérité. Est-ce que Dieu va permettre de changer tout ceci ? ».

Un passage nettement plus fort que dans la version cinéma qui se conclut d'ailleurs sur une note bien mélancolique et sombre avec ce « Ne gâchez pas votre vie comme moi je l'ai fait » lancé par Rambo à Sarah.

En partant, Sarah revient à la charge et se dit persuadée que même si Rambo a perdu sa foi en l'humanité, il doit encore croire en quelque chose : « Tenter de sauver une vie, ce n'est pas gâcher la sienne ! ». Avec une telle conviction de la part de Sarah, il est désormais logique que le suspense sur la participation de Rambo soit levé à la fin de la séquence. Contrairement à la version cinéma, ce dernier répond donc à l'affirmative à la requête de la jeune femme. Fin de la scène clé du film : Rambo n'est désormais plus cette bête de guerre ultime qui n'éprouve rien. Il a été touché par la jeune femme ou du moins ébranlé dans ses convictions. Le reste du film va continuer à le montrer. 

 

 

-19min 37s (jusqu'à 22min 45s) : La première séquence sur le bateau au matin où Rambo amène les missionnaires propose quelques plans différents (par exemple, à 19min 42s : un plan du bateau qui n'existait pas, à 20min 28s : Sarah évoque le paysage qui ne change pas...), mais surtout permet de rallonger la discussion entre Sarah et Rambo. Ce dernier évoque ce qu'il faisait en Arizona (il s'occupait de chevaux).

On apprend que Sarah est institutrice. Michael Burnett, le compagnon de Sarah, très nerveux, vient couper leur conversation. Sarah avoue à Rambo qu'elle est fiancée à Michael. La séquence se finit par Sarah déclarant à Rambo qu'il a tort de se croire seul et qu'il y a toujours quelqu'un pour le soutenir.

Il faut, en revanche, noter que Stallone a choisi de retirer la ligne de dialogue où Rambo dit à Sarah qu'il fait ça pour elle et que si elle veut retourner, il arrête tout de suite.

-24min 25s : Quand ils ont passé, de nuit, le camp des pirates et que Rambo demande au groupe ce qu'il veut faire, les dialogues ont quelque peu changé pour éviter de faire allusion au fait qu'il faisait ça pour Sarah (« I ain't talking to you »).

- Lors de l'attaque des pirates, lorsque Rambo abat le dernier survivant à terre de sang froid (26min 43s), on ne voit plus l'impact de balle dans la tête. On reste sur un plan large et la mort est désormais totalement hors champ.

 

 

- Lorsque Sarah supplie Rambo de continuer, la séquence subit quelques petites modifications comme l'omission du plan où elle pose sa main sur le bras de Rambo.

- 29min 30s : voilà l'exemple parfait de la « folie » de Stallone et qui montre que le bonhomme a du passer beaucoup de temps à repenser son montage. Quand Sarah vient dire au revoir à Rambo sur le bateau, et qu'elle lui dit qu'elle ne sait pas quoi lui dire, la réponse ne fuse désormais pas comme dans la version cinéma, Stallone ayant décidé de faire hésiter son héros avant qu'il ne réponde « peut être ne devriez-vous rien dire ». Et le « good luck » qui s'en suivait, a désormais été coupé.

- La fin de la séquence des « au revoir » est plus longue, il y a notamment un ultime échange de regard entre Sarah et Rambo à 30min 15s.

 -30min 38s : Un plan inédit du bateau quand Rambo repart suivi d'un plan sur le vétéran. (7s)

- 31min 22s : L'affaire du couteau. Stallone a tenu à ce que l'on voit que Rambo prenne son couteau qui lui servira dans la séquence de destruction du bateau.

- 31min 43s : Cette scène de destruction du bateau ennemi est désormais accompagnée de flash-back en noir & blanc (32min 06s) sur les meurtres des pirates que Rambo a tués quelques minutes auparavant. Un ajout loin d'être concluant d'autant que l'esthétisme noir & blanc n'est pas du meilleur goût.

- 33min 02s : Rambo jette désormais son couteau dans le bateau avant qu'il n'explose. De là à y voir une métaphore sur le changement d'attitude du bonhomme, tant ce couteau est depuis Rambo le symbole fort de sa personnalité, il y a un pas que l'on laissera à d'autres franchir.

-33min 17s : Ici commence la séquence de l'attaque du village. Le début de la scène où les missionnaires s'activent à leurs tâches avec les villageois, a été écourté de quelques plans.

Mais c'est l'attaque à proprement parler qui subit des suppressions de plans qui ne plairont pas aux adeptes de l'extrême. Stallone a visiblement voulu faire machine arrière dans sa rage de montrer l'horreur de la situation. On ne voit désormais plus le plan du gosse qui se fait tuer par une balle (28min 40s dans le montage cinéma). Même sort pour celui de l'enfant écrasé par une chaussure de soldat puis mourant avec la baïonnette enfoncée dans le bide. Et enfin, le plan (se situant à la 28min 46s de la version ciné) de la femme qui se fait violer par les soldats a également disparu.

 

 

 

- 37min 50s : Lorsque Rambo, dans son bateau, fixe la croix que Sarah lui a donné, Stallone a réintégré en surimpression noir & blanc le flashback où Sarah lui dit qu'il doit bien encore tenir à quelque chose.

- 38min 12s : La séquence montrant les conditions de détention horribles de Sarah et les missionnaires est désormais présentée plus en amont. Elle servait dans la version cinéma à couper la séquence du bateau avec les mercenaires qui est désormais présentée d'une seule traite avec quelques plans de montage différents.

- Le montage flashback des souvenirs de Rambo (le best of des trois premiers films) est quelque peu changé à l'image du plan de fin qui montre un Rambo se réveillant non plus en couleur mais en noir & blanc comme le reste du montage.

- 42min 03s : Rambo demande à Arthur Marsh (le prêtre responsable de l'envoi des volontaires) de dire une prière pour les otages. Ce dernier s'exécute et sa prière sert de voix off à la séquence où Rambo forge. Dans la version cinéma, on entendait alors sa voix dire notamment que tuer est aussi facile que respirer quand on est poussé dans ses derniers retranchements. Un discours qui figure, on l'a vu, dans la séquence sous la pluie entre Rambo et Sarah. Un changement qui laisse perplexe tant la séquence cinéma fonctionnait parfaitement. 

- 43min 21s (34s)  : Séquence inédite du départ de Rambo et des mercenaires avec notamment la présence du révérend sur le pont saluant leur départ.

  

A noter qu'une séquence se situant à la 41min 01s de la version cinéma a été coupée. Il s'agissait d'une courte scène montrant le bateau filer de nuit avec un échange de regards pour le moins tendu entre Lewis (le mercenaire chauve) et Rambo.

 

 

- 49min 56s : La séquence de marche à travers la jungle est désormais raccourcie. Dans la version cinéma, les mercenaires passaient devant des réfugiés tapis dans une grotte. Cette séquence n'existe plus. 

- 50min 47s : La découverte du génocide du village par les mercenaires subit une légère modification de montage (inversion de plans, gros plans au lieu d'un plan large). Par la suite, quelques plans ont été supprimés lorsque les mercenaires avancent dans le village massacré. 

- 54min 33s : L'affrontement verbal entre Rambo et Lewis est plus long avec notamment un « où as-tu appris à tuer comme ça ? » lancé par Lewis. Et lorsque Rambo bande son arc pour le menacer, quelques petits changements comme l'omission de la punchline « si quelqu'un veut tirer, c'est le moment » par « tu ne vas nulle part ». Puis quelques changements avec Rambo qui s'adresse au guide-éclaireur.

- 56min 30s : Lors de l'arrivée du commando dans le camp, les préparatifs dans le camion permettent de découvrir quelques plans différents.

- 62min 43s : Stallone a cherché sans doute plus de sobriété et décide désormais de couper le plan du chef caressant la tête de l'enfant.

- 63min 30s : Une nouvelle coupe faite pour diminuer l'aspect gore-violent du montage cinéma. On ne voit plus les plans du couteau s'enfonçant plusieurs fois dans le corps du soldat.

  

 

- 65min : Il y a ici un changement d'ordre des séquences qui permet à la 65min 16s d'intégrer une séquence inédite où Rambo et Lewis se retrouvent, ce dernier veut partir et Rambo refuse car il veut sauver Sarah. 

- 66min 26s : Là encore, Stallone joue la carte d'une plus grande sobriété. L'étranglement et l'arrachage de gorge sont moins violents. S'en suit quelques plans supplémentaires montrant notamment Rambo coupé les liens de Sarah pour la libérer. 

- 67min 52s (11s) : Rambo demande à Schoolboy par où le groupe est parti et ils partent tous les trois avec Sarah.

- 68min 33s : La séquence de la poursuite dans la forêt au petit matin reste fondamentalement la même mais subit de nombreux petits changements. Ainsi, Schoolboy ne demande plus à Rambo pourquoi il est revenu (séquence se situant à la 62min dans la version ciné). A la 69min 10s, on découvre désormais que Sarah est blessée au pied car elle court sans chaussure. Pendant que Rambo la soigne, ils continuent à échanger leurs différences d'opinion et Sarah s'inquiète pour son fiancé, Michael.

- 73min 20s : Court changement mais significatif de la relation plus intime qu'a voulu accentuer Stallone dans cette director's cut. Sarah tombe désormais dans les bras de Rambo quand Schoolboy tire en l'air alors qu'elle ne faisait que se retourner vers lui en salle. Et petit ajout de dialogue avec Rambo disant à Sarah qu'elle va s'en sortir (73min 29s).

 

 

 

- 81min 48s : Stallone a décidé de ne pas remanier l'affrontement final, pourtant d'une rare violence. Il n'a fait que deux changements en enlevant deux gros plans du combat à mains nues entre Michael et un soldat.

- 85min 56s : C'est après la bataille que la director's cut offre quelques variantes. Un gros plan sur le visage de Rambo a désormais remplacé le plan iconique en contre-plongée du vétéran tenant sa machette (plan qui se situait à la 78min 22s dans la version cinéma).

- 86min 28s : Même constat ici puisque Stallone substitue un gros plan de face sur Rambo par un gros plan de côté. Et quelques plans plus tard, on retrouve le même type de changement avec également un mouvement de caméra en arc de cercle plus solennel qui se substitue à un axe de caméra relativement statique. 

- 86min 51s : C'est le gros changement de la fin qui se justifie désormais grâce à tous les petits ajouts qui ont précédé. Si, dans la version cinéma, Sarah et Rambo n'échangeaient que des regards, et ce dernier n'éprouvait aucune émotion apparente, le vétéran salue ici de la main la jeune femme qui lui rend son salut. Une conclusion plus humaine montrant que Rambo a bien changé et qui rend donc totalement logique son retour au pays quelques instants plus tard.

 

Conclusion : La minutie du montage, cette obsession du petit détail qui change sans changer, ne sont pas uniquement l'apanage de Michael Mann. Stallone a ici emboité le pas du réalisateur de Miami Vice et nous offre une director's cut mûrement réfléchie. Une œuvre très fidèle à ce que l'on avait vu en salles mais indéniablement plus humaine et touchante. John Rambo, c'est aussi et surtout désormais l'histoire d'un être qui ne croit plus en rien et qui va être touché et sauvé par les convictions et la détermination d'une jeune femme. Il fallait bien une telle candeur et humanité pour faire rentrer la « bête » au pays. 

 

Tout savoir sur John Rambo

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commentaires
Viper.81
15/10/2019 à 15:29

Merci pour ce comparatif déjà lu de nombreuses fois. Dommage qu'il n'y ait pas le même pour Expendables 1

xav
16/05/2019 à 17:41

bien le comparatif détaillé. Merci

Atef
13/03/2019 à 19:07

Il n'est jamais trop tard pour dire merci pour ce super dossier comparatif.
You rock, les guys :)

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