FrightFest de Londres : compte-rendu n°4

Thomas Messias | 1 septembre 2009
Thomas Messias | 1 septembre 2009

Nul besoin d’aller à Cannes ou Venise pour réaliser qu’un festival est un évènement hors du temps : ce lundi respirait déjà la nostalgie et la mélancolie, les centaines de festivaliers s’apprêtant à retourner voir ce qui se passe du côté de l’existence dite normale, celle où il y a une vie entre deux films. Mais évidemment, le plus à plaindre, c’est moi, moi, et uniquement moi, le seul frenchie de l’assemblée (en tout cas le seul à vivre en France), contraint d’amputer sa dernière journée de projection afin d’aller prendre le dernier Eurostar direction Paris. La vie est vraiment moche.

 

 


 

 

Semi-consolation : le film de clôture, que je raterai donc, n’est autre que The descent 2, qui sort en France en octobre et qui est précédé d’une réputation plus que mitigée (voir par exemple les notes de la rédac d’Ecran Large). En revanche, il est beaucoup plus difficile d’accepter de passer à côté de Heartless, le nouveau film de Philip Ridley après 14 années d’absence, qui met Jim Sturgess aux prises avec des démons d’une méchanceté absolue.

 

 


 

 

Mais trêve de râleries : la programmation de début de journée, aussi variée que possible, permettait d’effectuer des adieux en douceur. Cela commençait pourtant de façon bien décevante, avec un Zombie women of Satan qui ne valait que par l’intervention, avant la projection, de la dizaine d’actrices du film, maquillées comme il se doit, et déambulant en petite tenue dans une salle médusée mais à moitié vide – c’était pourtant jour férié en Angleterre. Ressemblant trait pour trait à une production Troma, voilà un film d’un ennui mortel, qui tente en permanence de dissimuler son manque d’idées derrière son tout petit budget. Mais le manque d’argent n’a jamais empêché d’écrire un scénario potable ou des répliques pas trop affligeantes. Torché comme un petit film de potes, le film va de plus en plus loin dans le scato de très bas étage, et exhibe des paires de seins XXL comme si cela suffisait à faire du Russ Meyer. Mais à condition d’aimer les bruits de pets et les gros plans d’une minute sur le visage d’un nain atteint de colique, on peut éventuellement se satisfaire de ce Zombie women of Satan.

 

 


 

 

La suite était heureusement de très haut niveau : The house of the devil fait incontestablement partie des révélations de ce FrightFest. À la base, une nouvelle histoire de vieille maison servant de théâtre à des rituels sataniques ; sauf que le réalisateur Ti West fourmille d’idées, ayant notamment compris qu’un film d’effroi réussi ne faisait pas forcément dans la surenchère. Sur l’heure et demie que dure The house of the devil, seul le dernier quart d’heure est vraiment bourré d’action et de gore, sauf que l’essentiel n’est pas là : au préalable, West aura décrit avec finesse et sans effet superflu l’angoisse qui monte peu à peu chez l’héroïne du film. Embauchée comme baby-sitter dans un foyer sans enfant (mais avec une vieille dame à la place), étrangement surpayée, la voici contrainte de passer la nuit dans une bicoque peu rassurante et quasi-déserte. Les questions d’après film montraient à quel point le public avait apprécié ce spectacle à la fois modeste et ambitieux : plusieurs fois, les noms de Polanski et Carpenter furent cités, et de façon assez justifiée. Voici un vrai film d’ambiance, entre Le locataire et Halloween, et sans doute l’un des plus captivants du festival.

 

 


 

 

Avant Heartless (ne remuons pas le couteau dans la plaie) était projeté le film de Christian Alvart, metteur en scène allemand révélé par Antibodies. Réalisé avant Pandorum, dont la sortie française sera pourtant antérieure, Le cas 39  est un thriller assez intéressant sur le thème consacré de l’enfant semant le mal autour de lui. Car si la jeune Lilith (Jodelle Ferland, hallucinante) est présentée au départ comme une pauvre petite fille battue, le scénario montre rapidement qu’elle est loin d’être aussi innocente que son visage d’ange le laisse supposer. S’il se montre évidemment moins zinzin que dans Antibodies (entrée à Hollywood oblige), Alvart se régale cependant par le biais d’une mise en scène inventive et rentre-dedans, notamment à l’occasion de scènes horrifiques de grande qualité. Les bandes-annonces vendent sans doute la mèche, mais l’attrait du Cas 39 vient en partie de ce qu’on ignore sa nature jusqu’aux dernières bobines. La gamine est-elle une envoyée de Satan, une conspiratrice machiavélique ou l’objet de toutes les hallucinations ? Le film tombera-t-il dans le surnaturel ou non ? La réponse est plutôt satisfaisante, même si le dénouement a de quoi décevoir en raison d’un manque de cohérence et d’une intensité en dessous du niveau général.

 

 


 

 

Il est alors temps de quitter l’Empire Cinema, de dire au revoir à Leicester Square, et de rentrer au bercail en songeant déjà à la onzième édition de ce FrightFest convaincant, ouvert et chaleureux, où l’élitisme et le snobisme n’ont visiblement pas leur place. À l’année prochaine…

 

Retrouvez les comptes-rendus précédents ici : n°1 | n°2 | n°3.

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