FrightFest de Londres : compte-rendu n°1

Thomas Messias | 29 août 2009
Thomas Messias | 29 août 2009

Troupeaux de geeks, armées de freaks : qui débarque à Leicester Square peut difficilement ignorer la tenue du 10ème Film4 FrightFest de Londres, qui se déroule désormais au sein du gigantesque Empire Cinema. Le dress code y est sensiblement différent de celui de Cannes ou Venise, par exemple : t-shirts à l'effigie d'improbables slashers, gobelets de soda king size, objets promotionnels en poche... Le FrightFest est avant tout un festival fait par des fans du genre pour les fans du genre, est cela se voit. Même s'il est un peu frustrant pour les quelques journalistes présents de ne pas avoir d'accès privilégié aux artistes venus présenter leurs films, il faut bien avouer que le FrightFest, bien qu'ayant gagné en ampleur au fur et à mesure des années, a su rester un festival proche des gens et fait avant tout pour procurer le maximum de plaisir au plus grand nombre. « Merci d'éteindre vos tronçonneuses avant la projection », précise un panneau avant chaque film. Il faut donc s'exécuter et débrancher sa Husqvarna, avant d'apprécier les courts-métrages désopilants replaçant les deux organisateurs du festival dans l'univers du Loup-garou de Londres... puis de découvrir enfin les films tant attendus.

 

 

La journée de jeudi débute à 18h30 avec la projection en avant-première mondiale de Triangle, le troisième film de Christopher Smith (Creep, Severance). Une entrée en matière impeccable, puisqu'il s'agit de loin du meilleur film du réalisateur anglais, qui met idéalement en images un scénario aux petits oignons, truffé de rebondissements surprenants et d'idées de cinéma scotchantes. Débutant comme un thriller maritime, se muant subitement en slasher, Triangle  va au final bien plus loin que tout cela en déployant un dispositif inattendu... et dont il vaut mieux ne rien savoir. Mené par une Melissa George à la fois badass et bouleversante, c'est typiquement le genre de film qu'on a immédiatement envie de revoir, non à cause d'un énième twist remettant tout en jeu à la dernière seconde, mais parce que sa construction ambitieuse nécessite à coup sûr une deuxième vision.

 

 

Parti sur les chapeaux de roue, le FrightFest allait-il n'être qu'une succession de grands films et de petites découvertes ? Le film suivant avait au moins le mérite d'apporter une réponse claire et franche : navet n'ayant même pas l'étoffe d'un nanar, The hills run red est une compilation maladroite et terriblement fade d'univers ayant marqué son auteur : tour à tour, on se croit débarqué dans un épisode de Vendredi 13, une scène de La maison des 1000 morts ou une séquence de La dernière maison sur la gauche. À ceci près que la mise en scène est assez catastrophique, que le scénario ressemble à une brochette d'invraisemblances en tous genres, et que l'interprétation est purement risible. Face à un trio de jeunes acteurs sans charisme, le réalisateur Dave Parker a heureusement choisi de placer Sophie Monk, bombe en travaux permanents mais bombe quand même, dont les atouts plastiques sont copieusement mis en valeur ici. C'est tout. Le pire, c'est de lire dans la note d'intention que Parker dit s'être inspiré de La conspiration des ténèbres, roman ébouriffant de Theodore Roszak, pour bâtir ce film ne ressemblant à rien...

 


 

Infestation concluait en beauté cette première demi-journée, faisant le bonheur d'un public très sonore et n'hésitant pas à démontrer son enthousiasme à grands coups de cris et de rires parfois forcés. Sur les traces d'Arac Attack, cette comédie-avec-des-insectes-géants-dedans provoque régulièrement (et volontairement) l'hilarité, d'une part grâce à des effets visuels cheap et assumés comme tels, d'autre part grâce à l'abattage de Chris Marquette. Le héros de Fanboys nous régale en effet dans la peau de cet anti-héros complètement potache, qui ne pense qu'à se farcir l'une de ses deux compagnes de route et à remporter haut la main les jeux les plus débiles qui soient. Visiblement fauché, Infestation peut éventuellement frustrer les vrais fans de bébêtes géantes, parfois absentes pendant dix minutes afin de privilégier le côté comédie et de ne pas faire enfler le budget. Mais tout le monde finit par y trouver son compte et apprécier comme il se doit cet imparable drive-in movie.

 



Quelques heures de sommeil et c'est reparti pour une longue journée de souffrances et de sang. Comme la veille, la journée commence extrêmement bien grâce à la projection de The horseman, premier film américain s'inscrivant dans la plus pure tradition du vigilante movie. Le héros est en effet un père de famille brisé après la mort de sa fille adorée, celle-ci ayant apparemment été contrainte de tourner une vidéo pornographique avant de décéder par étouffement (un concours de gorge profonde qui aurait mal tourné ?). S'ensuit une série de règlements de comptes et de séquences de tortures, notre personnage démarrant en bas de la chaîne (distributeurs de la vidéo) pour mieux la remonter au gré d'indices fournis par ses victimes, et trouver ainsi les responsables directs du drame. Bien qu'un peu linéaire dans sa trame et encombré par un personnage faisant office de fille de substitution pour le héros, The horseman est une réussite, notamment pour l'inventivité mise au service de la vengeance. Pompe à vélo, pince à thé, hameçons : tout y passe pour provoquer la douleur, filmé de façon parfois rigolarde par Steven Kastrissio, lequel semble davantage fasciné par les préliminaires que par l'exécution elle-même. Douloureux mais savoureux.

 



Place ensuite à un après-midi en forme d'hommage à John Landis, présent sur les lieux (mais difficilement accessible en raison de l'armada de fans accrochés à ses basques du début à la fin de la journée). Avec tout d'abord la projection du documentaire Beware the moon, disponible fin septembre en DVD et Blu-ray, making-of du Loup-garou de Londres réalisé 25 ans après la sortie du film lycanthropique. Sur une construction totalement linéaire (on part de l'origine du projet pour arriver à la sortie du film, le tout dans l'ordre chronologique des évènements), le doc de Paul Davis décortique avec passion les coulisses d'un tournage forcément compliqué, mais sans cesse animé par une envie de faire du bon boulot et de se dépasser sans cesse. Voilà un making-of pas langue de bois, qui met en valeur le travail minutieux de chaque membre de l'équipe sans pour autant passer la brosse à reluire. Ponctué par les interventions souvent drôles de Landis, Beware the moon constitue non seulement une mine d'informations mais aussi un hors d'oeuvre alléchant en vue de la séance suivante.

 




Car la suite se nomme... Le loup-garou de Londres, projeté dans une version remasterisée en vue d'une sortie Blu-ray à venir. Le spectacle était autant à l'écran que dans la salle, les Landis-maniaques étant visiblement venus en groupe afin de savourer une énième fois un film qu'ils connaissent visiblement par coeur. Un bien beau moment, suivi d'une masterclass du réalisateur, hilarante et émouvante, en présence d'une dizaine de membres de l'équipe d'origine. De quoi faire ressortir si besoin la totale authenticité de ce festival proche des gens et sans calcul aucun.

 



Retour aux exclusivités avec l'étrange (et raté) Shadow, deuxième réalisation du rockeur italien Federico Zampaglione, avec notamment Karina Testa dans l'un des rôles principaux. Démarrant comme Eden lake, se poursuivant comme Saw, finissant en un plaidoyer anti-guerre bien maladroit, cette curiosité n'est pas exempte d'un certain savoir-faire technique, mais révèle assez rapidement des défauts d'écriture insurmontables. Situations mal mises en place, parallèles peu judicieux, révélations bancales : Zampaglione a encore du progrès à faire, même s'il propose une série d'exactions tout à fait intéressantes. Par exemple une pierrade humaine, le morceau de viande posé sur la pierre étant évidemment en vie au début de sa cuisson ; ou encore un découpage de paupière très seyant, qui permet de relativiser le calvaire bien éphémère du héros d'Orange mécanique.

 



Puis arrive le moment dont les rares spectateurs français rêvaient depuis le début du festival : la projection de La Horde, film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, dans une version pas encore définitive mais sans doute très proche du résultat final. Peut-être en attendait-on trop, imaginant le cinéma de genre français tiré par le haut grâce à ce film de zombies, mais La Horde déçoit en partie, pour tout un tas de raisons. L'intrigue un rien pataude mène les personnages en haut d'un immeuble cerné par des zombies façon XXIème siècle (peu de maquillage, une vitesse de déplacement saisissante). On se frotte alors les mains à l'idée d'assister à un croisement entre Nid de guêpes (pour le côté film de gangsters forts en gueule) et [Rec] : sauf que le film est plus bavard qu'efficace, alignant des dialogues ultra fleuris voire même too much au service d'un humour certes assez efficace mais pas forcément justifié. On compte les vrais morceaux de bravoure sur les doigts d'une main, et ceux-ci sont généralement expédiés avec un manque d'inventivité criant. Buter du zombie à l'arme à feu, ça va bien 2 minutes, mais qui est rompu au genre attend forcément plus d'imagination ou au moins des gunfights bien gratinés. Mais, porté par un casting impérial et par une photographie plutôt bien léchée, La Horde remplit tout de même son rôle de divertissement. Gentiment.

 



Pour terminer ce vendredi, un bon gros massacre à l'indonésienne avec un Macabre classique mais d'une efficacité sans borne. Si le thème est apparemment classique (une bande de jeunes adultes est accueillie un soir de pluie par une étrange famille), l'originalité vient du fait que les hôtes en question sont aux antipodes de la redneck attitude : physique (trop) irréprochable, sens inné de l'accueil, politesse jusqu'à l'excès... Tout cela pour mieux détruire un à un les membres du petit groupe dans le but de ravir le bébé encore logé dans le ventre de l'une des jeunes femmes invitées... Ce huis clos jouissif et enlevé a provoqué beaucoup de réactions dans la salle, notamment en raison des quantités industrielles d'hémoglobine déployées ici, et de l'insubmersibilité totale de la méchante en chef, une maîtresse de maison sur qui aucune arme n'a visiblement d'emprise. Après dix heures de projection dans la journée, ça secoue forcément.

 



Côté courts-métrages, signalons le triomphe réservé à Paris by night of the living dead,  épopée touristico-zombiesque réalisée par Grégory Morin, qui reçut un tonnerre d'applaudissements bien que l'horaire fixé (minuit, soit juste avant Macabre) ait privé bien des spectateurs couche-tôt de cet excellent court. Enfin, pour ce qui est des exclusivités, la projection de La horde a été précédée d'une featurette mettant en scène Vincenzo Natali, qui présentait en exclusivité mondiale une scène complète de son étrange Splice. Ce thriller à base de manipulations génétiques mettant en scène Sarah Polley et Adrien Brody a des allures de chef d'oeuvre potentiel, tant tout semble être réuni pour cela : direction artistique éblouissante, acteurs à fleur de peau et effets spéciaux saisissants. Le freak que tentent de faire survivre les deux scientifiques joués par Polley et Brody semble plus vrai que nature, et aussi mignon que terrifiant...Vivement février.

 



Suite du programme ce samedi, avec entre autres Sasha Grey, Hershel Gordon Lewis, Dario Argento, Michael Dougherty, du fantastique espagnol, et sans doute quelques surprises... À demain pour un autre compte-rendu.

 

Pour voir le résumé vidéo proposé par le site officiel du FrightFest, c'est ici que ça se passe :

 

 
 
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