Ghost Dog : quand Jim Jarmusch mixe le film de samouraï et le hip hop

JL Techer | 2 avril 2022
JL Techer | 2 avril 2022

Quand Jim Jarmusch s'approprie les codes du film du samuraï, cela donne Ghost Dog, la voie du samouraï, qui revisite les canons du chanbara à la sauce hip-hop.

La voie du samouraï aurait pu être le titre d'un film d'Akira Kurosawa. Honneur, dévouement, courage, obéissance à un code moral inébranlable... L'imaginaire et la mythologie de la figure du samouraï sont riches, denses, et le terreau d'innombrables fantasmes tant littéraires que cinématographiques. Des fantasmes qui s'étendent bien au-delà des frontières du Japon, ayant traversé le Pacifique pour aller se lover dans le cinéma américain, de John Sturges avec Les Sept mercenaires (remake des 7 samouraïs) à Quentin Tarantino avec Kill Bill.

Mais quand le trublion Jim Jarmusch s'empare du mythe du samouraï, ce n'est pas pour le régurgiter comme il l'avait avalé. Le réalisateur prend son pied à le tordre et à le déconstruire, afin d'en extraire la substantifique moelle, pour parvenir à le sublimer. Plus honorable que le plus honorable des samouraïs, plus loyal que le plus loyal des vassaux, et si l'un des meilleurs film de samouraï s'appelait Ghost Dog ?

 

Ghost Dog, la voie du samouraï : photoLe calme avant la tempête

 

un samouraï dans le turfu

Le nom Ghost Dog synthétise tout ce qu'est ce personnage incarné par un Forest Whitaker tout en retenue et en subtilité. Il est le chien fantôme. Chien, car sa fidélité et son obéissance sont sans borne envers son "maitre", Louie, un second couteau de la mafia italienne locale, campé par John Tormey. Fantôme, non seulement car personne ne connait son véritable nom et qu'il agit toujours dans l'ombre, mais aussi car il est une figure perdue hors du temps, marchant presque hors de la réalité, un protagoniste vivant selon un code moral vieux de plusieurs siècles.

En ce sens, Ghost Dog est le samouraï parfait : défini uniquement par ses actes, des meurtres commandités par son maitre, il n'existe que pour servir, comme l'exige le terme même de "samuraï" : "celui qui sert" en japonais. Ses seules pensées exprimées sont des extraits du Hagakure (littéralement "à l'ombre des feuillages") de Yamamoto Tsunetomo, livre de 1716 considéré comme le manifeste du coeur, voire de l'âme même du samouraï. Un ouvrage composé d'aphorismes et de préceptes censés décrire ce que doit être le Bushido, la voie du guerrier.

 

Ghost dog : La Voie du samouraï : photo Ghost DogC'est mieux que du Proust

 

Afin de donner corps à ce guerrier fidèle, Jim Jarmusch a pris le parti d'une mise en scène presque irréelle pour les apparitions solitaires de Whitaker. Marchant la nuit, encapuchonné, il disparait à chaque pas pour réapparaitre quelques mètres plus loin. Au volant d'une voiture volée, référence au Samouraï de Jean-Pierre Melville (comme par hasard), le bitume défile et s'affiche par superposition sur son visage au regard triste. 

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commentaires
Forrest ...
04/04/2022 à 12:55

THE CRYING GAME, GHOST DOG ...
Et il devînt l'un de mes acteurs préférés

Pat Rick
03/04/2022 à 12:31

A revoir peut-être car je m'étais royalement ennuyé.

Felix
03/04/2022 à 11:07

Génial, un de mes films favoris parmi toutes les œuvres de Jarmush, fascinant et impitoyable.

LeRoiBoo
03/04/2022 à 10:53

Le meilleur de Jarmush pour moi.
Quand je l'ai vu au ciné à l'époque j'étais totalement subjugué et encore maintenant c'est le cas

Et Whitaker dans un de ses meilleurs rôle (certains diront Dernier roi d'écosse ou Bird)

PhilC
03/04/2022 à 02:33

Un chef d’oeuvre. Un de mes premiers films en Vostfr.
C’etait passé sur Arte à l’epoque.
J’etais completement bouleversé par la poesie urbaine et le decalage complet des protagonistes.
A revoir car pas vue depuis une bonne dizaine d’années.

Mouais Bof...
02/04/2022 à 16:22

Quel film ,belle declaration d'amour au 7ème art.

Il y'au du Melville assumé également, Whitaker aussi froid que touchant. Un film d''hommes'' comme on en voit que rarement.

Ray Peterson
02/04/2022 à 14:22

Un Jarmush en haut du panier pour moi. Cette BO du RZA, Henry Silva au top et tout ces moments entrecoupés par des phrases issues de Hagakuke. Et bien sûr le Forest en très très grande forme!

@Mx J'avais oublié la séquence de l'oiseau!! Sublime! merci!

C'était bien Jarmush à cette époque même si super discret après son magnifique Dead Man.

Mx
02/04/2022 à 13:20

Film que j'ai mis un peu de temps à apprécier, l'ayant vu un peu jeune, je l'aime désormais pour con coté contemplatif, pour forest, bien sûr, dans son meilleur rôle, pour la poésie presque enfantine qui se dégage du film, pour sa bo, aussi, pour son coté complétement décalé, avec ses vieux gangsters sur le déclin, pour pearline, pour les scènes dans le camion de glace, pour l'oiseau qui vient se poser sur le canon du fusil, bref, ghost dog, c'est tout cela à la fois!

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