Scream : quel est le meilleur épisode de la saga culte ?

La Rédaction | 11 janvier 2022 - MAJ : 12/01/2022 19:18
La Rédaction | 11 janvier 2022 - MAJ : 12/01/2022 19:18

Scream 5 arrive, et c'est l'heure de revenir sur la franchise culte. Quel est le meilleur épisode de la saga initiée par Wes Craven et Kevin Williamson ?

5 choses à se remémorer sur la saga avant de voir Scream 5

Après le retour de Michael Myers dans une nouvelle trilogie Halloween, le retour de Leatherface en 2022 sur Netflix dans un nouveau Massacre à la tronçonneuse, ou encore le retour affreux de Souviens-toi... l'été dernier en série, c'est au tour de Ghostface de revenir couper des gorges dans Scream 5.

 

 

Après la série Scream, le "vrai" Scream revient dans un cinquième opus sobrement intitulé Scream, dans la lignée d’Halloween 2018. Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette se rejettent dans la gueule du loup, mais pour la première fois sans Wes Craven, décédé en 2015. Révélés par Wedding Nightmare, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett prennent la relève, avec la lourde tâche de justifier cet énième cauchemar.

Mais reste la vraie question à mille points, celle qui déchire le coeur des fans depuis la nuit des temps (c'est-à-dire la fin des années 90) : y a-t-il un meilleur Scream ? Si oui, lequel ? Quelques raisons de débattre, à défaut de trancher.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

SCREAM

Tueurs de Scream : Billy Loomis, petit ami de Sidney, et Stuart Macher, ami de Sidney.

Nombre de morts de Scream : 8

Meilleur meurtre de Scream : Tatum dans la porte du garage, bien évidemment.

 

Scream : Photo, Drew BarrymoreDrew Barrymore avant éminçage

 

Pourquoi c'est sûrement le meilleur Scream pour tout le monde : Parce que le film a débarqué au milieu des années 90 à la manière d'un sauveur. En effet, au mitan de cette décennie aux airs de disettes pour le cinéma horrifique, on souffrait alors d'une période de vaches maigres particulièrement avare en propositions, concepts ou créatures capables de nous faire frissonner. Par conséquent, quand arrive Wes Craven avec son assassin au masque instantanément reconnaissable, son discours méta malin, mais pas lourdingue, le succès est immédiat.

Virant au quasi-phénomène de société, Scream va non seulement drainer des centaines de milliers de spectateurs dans les salles, mais va également être à l'origine d'un renouveau du genre, ainsi que de sa validation par la critique grand public, qui va désormais s'échiner à analyser ce pan de la pop culture. Il faut dire que le film de Craven regorge de trouvailles et de morceaux de bravoure. Non seulement le discours du long-métrage permet à chaque spectateur de se sentir plus malin que d'ordinaire, tandis que le tempo de la narration ne lui permet jamais de surplomber le récit, l'y replongeant inlassablement, à la faveur de meurtres parfaitement chorégraphiés.

 

Scream : photo, Courteney Cox, David ArquetteLove at first coup de couteau

 

Mais ces situations toutes plus créatives les unes que les autres ont bien failli ne jamais voir le jour. En effet, le monteur Patrick Luissier a révélé dans une interview accordée au Hollywood Reporter que les rushs de la scène d'ouverture de Scream avaient failli provoquer le renvoi du metteur en scène, le studio ne comprenant pas du tout la tonalité qu'il souhaitait conférer à l'ensemble. Un comble quand on sait combien cette dernière est désormais considérée comme un modèle du genre, autant que la note d'intention de toute la saga.

Introduisant Ghostface, ce tueur simultanément cartoonesque (combien de portes, bouteilles de bière et autres buffets aura-t-il intercepté derrière son masque ?) et redoutable (impossible d'oublier ce premier coup de poignard au-dessous de la clavicule de Casey) ce premier chapitre regorge littéralement de séquences cultes. De la porte meurtrière du garage, en passant par une liaison satellite différée, jusqu'à la motivation de son assassin, et quantité de jumpscares idéalement placés, le film enchaîne les surprises avec une aisance admirable, jusqu'à sa conclusion, qui, fait rare dans le genre, constitue effectivement le sommet du film.

 

Scream : photoLe dernier masque emblématique du cinéma ?

 

Pourquoi tout le monde devrait peut-être y réfléchir à deux fois : Inutile de se mentir, si Wes Craven fut un analyste du genre hors-pair, un inventeur de personnages remarquable, un dénicheur de concept redoutable et un artisan du langage méta parmi les plus habiles, il ne fut jamais ou presque un vaillant créateur d'images. Exception faite du premier Freddy ainsi que de L'Emprise des ténèbres, ses films seront allés de franchement moches à gentiment grisâtres.

C'est à cette seconde catégorie qu'appartient Scream. La photo délavée, sorte de jus de chaussette de VHS, ou certains cadres qu'on jurerait pensés pour anticiper les recadrages de diffusions télévisuelles à venir composent une oeuvre parfois méchamment fade, et qui manque de peu de se transformer en chef d'oeuvre.

SCREAm 2

Tueurs de Scream 2 : Debbie Salt alias Debbie Loomis (la mère de Billy, tueur du premier Scream), et Mickey, encore un ami déglingué de Sidney.

Nombre de morts de Scream 2 : 10.

Meilleur meurtre de Scream 2 : Buffy jetée du balcon, bien évidemment.

 

Scream 2 : Photo Neve Campbell, Jamie KennedyL'un des tueurs est sur cette image

 

Pourquoi c'est peut-être le meilleur Scream : Parce que c'est une suite assez parfaite dans le genre, ce qui relève d'un exploit vu la situation. D'un côté, passer après le succès phénoménal de Scream n'était pas une mince affaire, surtout avec une vague de slasher enclenchée (Souviens-toi... l'été dernier est sorti entre les deux, avec Sarah Michelle Gellar aussi). La production a été lancée en quatrième vitesse, pour que la suite sorte à peine un an après, quitte à forcer des réécritures pendant le tournage pour rattraper les choses.

De l'autre, le film a immédiatement été victime de son succès, puisque l'ébauche du scénario a été publiée sur internet, sachant que plusieurs fausses fins avaient été écrites pour éviter à tout prix de tuer la surprise (Hallie et Derek en tueurs par exemple, et même quatre tueurs), mais que d'autres éléments réels avaient aussi fuité, selon Kevin Williamson. Encore une raison de bricoler l'histoire pour garder un bon cap.

 

Scream 2 : Photo Mekhi Phifer, Jada Pinkett SmithAvant-première et avant-goût du sang

 

Malgré ça, Scream 2 a réussi à étonner et détoner. La couleur sanglante est donnée dès l'intro, où un couple est assassiné dans une salle de cinéma hystérique, devant Stab, qui rejoue la scène d'intro du premier Scream, avec Heather Graham dans le rôle de Drew Barrymore. Dans l'escalade meta de la saga, c'est une scène majeure, qui amuse autant qu'elle questionne le genre (le public qui mélange le film et la réalité, le cirque des fans qui camoufle le tueur). En une scène, Scream 2 s'interroge déjà sur son statut avec une malice frappante, et sans oublier le popcorn.

La suite ne manque pas d'idées, où la mise en scène de Wes Craven et l'esprit de Kevin Williamson s'unissent pour donner des scènes mémorables. La mort de Cici ou l'accident de voiture, qui oblige Sidney et Hollie à se rapprocher du tueur dans les vapes, sont des classiques dans le genre, exécutés avec un grand savoir-faire. La mort de Randy est un choc total, à la fois dans l'écriture (sacrifier un personnage majeur) et la mise en scène (les mains du tueur qui surgissant dans le cadre pour stopper la discussion d'un coup, à l'opposé de là où l'attention a été placée, dans le parc).

 

Scream 2 : Photo Sarah Michelle GellarCici contre les ennuis

 

L'affrontement entre le tueur, Gale et Dewey dans un bâtiment du campus est un autre grand moment de Scream 2. Là, il y a toute l'essence de Scream : le plaisir d'une course-poursuite tonitruante, puis le silence tendu d'un jeu de cache-cache ; le plaisir sadique de jouer avec les nerfs du public, en passant d'une parenthèse romantique entre Dewey et Gale, à la fausse mort de l'un des deux ; la tension entre l'humour (la main de Dewey sur le sein de Gale) et la mort ; le rapport malin à l'image, où les deux personnages peuvent commenter une précédente scène du film, avant de découvrir des scènes coupées des meurtres, puis être happés à leur tour par le "film" du tueur qui les surprend. Et la petite idée du studio insonorisé est diabolique, ajoutant une dernière couche parfaite à la scène.

Il y a aussi les habituelles absurdités du genre (le tueur qui sort de nulle part dans le dos de Gale, dans l'amphi), la virtuosité de la mise en scène de Wes Craven (le moment où Gale découvre le tueur derrière une vitre, et que le point de vue se détache d'elle), et l'efficacité de la musique de Marco Beltrami.

 

Scream 2 : Photo Courteney CoxTout Scream en une scène géniale

 

Le film est un plaisir de tous les instants, que ce soit dans ses ruptures stylistiques (l'utilisation absurde, mais parfaite du thème de Broken Arrow, par Hans Zimmer), ou son désir d'écrire sérieusement le personnage de Sidney (le parallèle simple, mais beau avec une figure tragique de théâtre, jusqu'au climax qui se joue littéralement sur scène). Bref, une suite parfaite.

Pourquoi c'est peut-être pas le meilleur Scream : Uniquement parce qu'il passe après Scream premier du nom, et souffre de la comparaison pour tous et celles qui l'ont adorée ?

scream 3

Tueur : Roman Bridger, alias le demi-frère de Sidney, qui veut se venger d'avoir été renié par sa mère.

Nombre de morts : 10.

Meilleur meurtre : Tom Prinze qui explose littéralement avant son premier grand rôle au cinéma, ou Jennifer Jolie, massacrée derrière des miroirs après avoir hurlé "Tu peux pas me tuer, je suis la tueuse dans Stab 3 !".

 

Scream 3 : Scream 3Le tueur de Stab 3 est sur cette image

 

Pourquoi Scream 3 est mal-aimé : Scream 3 a été perçu comme le film de trop. Trop occupé sur sa série Wasteland et son premier film Mrs. Tingle (tous deux vite oubliés), le scénariste Kevin Williamson a abandonné le navire, en laissant simplement une ébauche d'histoire, dans laquelle Ghostface devait ainsi revenir encore une fois à Woodsboro, pendant le tournage d'un nouveau Stab.

En partie parce que le massacre de Columbine avait relancé le débat sur l'impact de la violence au cinéma, le scénario a été repensé. Ehren Kruger (comme Freddy oui, si ce n’est pas un signe du ciel) a été embauché pour exécuter les ordres, sous le contrôle de Wes Craven, pour assurer la cohérence. L'action a ainsi été déplacée à Hollywood, et l'accent mis sur la comédie.

Autre gros changement par rapport à l'idée initiale de Kevin Williamson : l'identité du tueur. Dans sa version, un fan-club de la saga Stab était responsable des meurtres. À la fin, Sidney arrivait dans une maison pour découvrir toutes les victimes de Ghostface... qui se relevaient, bel et bien vivantes, car toutes responsables de cette gigantesque mise en scène à Woodsboro. Leur soif de célébrité les avait rendus fous, et Williamson reprendra cette idée (naze) pour Jill dans Scream 4. 

 

Scream 3 : Scream 3Sidney Pres-que là

 

Scream 3 a abandonné tout ça pour aller vers le demi-frère caché de Sidney, soit une magnifique ficelle digne des Feux de l'amour. C'est probablement l'un des aspects les plus ratés du film, sachant que le scénario a subi beaucoup de réécritures, à cause de divers paramètres. Parmi eux : la disponibilité limitée de Neve Campbell, qui explique pourquoi Sidney est si peu présente pendant une partie du film, aux profits de Dewey et Gale qui mènent l'enquête.

Durant tout le tournage, le scénario était régulièrement réécrit, quitte à retourner des scènes pour assurer la cohérence, ou filmer différentes options pour pouvoir tout arranger au montage si besoin. La fin a notamment subi plusieurs changements : pour gonfler les enjeux, la fausse mort de Sidney a été rajoutée, et le personnage de Kincaid a été ramené, puisqu'il avait été oublié.

En somme, Scream 3 a été la parfaite et parfois triste démonstration du business qu'était devenu Scream, avec toutes les absurdités et improvisations que ça implique. D'où un film qui semble plus bancal et grotesque, particulièrement avec la volonté de clore une trilogie, offrir une conclusion à ses héros (un petit mariage et une paix retrouvée), tout en allant plus loin que les précédents films pour exciter le public.

 

Scream 3 : photo, Jenny McCarthyJenny McCarthy-ras pas loin

 

Pourquoi c'est tout sauf le pire Scream : Parce que ce désamour quasi inévitable après l'amour immense pour Scream et Scream 2 a occulté les grandes forces de ce troisième opus. Dans la suite logique de la saga, le curseur meta est poussé au maximum, pour atteindre des sommets de mise en abime réjouissante.

Tori Spelling apparaissait en Sidney sur un écran dans Scream 2, dans Stab, le-film-dans-le-film (après une remarque sarcastique sur l'actrice dans le premier Scream) ? Dans Scream 3, les héros jouent avec la mort aux côtés de leurs doubles de cinéma, dans un jeu de miroir déformé cruel et irrésistible. Angelina Tyler, la douce ingénue choisie pour incarner Sidney, avoue avoir couché avec un vieux porc de producteur pour décrocher le rôle. La fantastique Parker Posey s'en donne à cœur joie en Gale bis, insupportable jusqu'à ce que le tueur la fasse enfin taire. Roman Bridger, alter-ego de Wes Craven, se révèle carrément être le tueur, responsable de ce cauchemar.

Sans oublier Carrie Fisher, dans une apparition hilarante en sosie de Carrie Fisher ("Qui a eu le rôle de princesse Leia ? Celle qui a couché avec George Lucas"). Et comment ne pas voir une parodie de Weinstein (producteur du film) dans John Milton, producteur superstar de vieilles séries B d'horreur, qui abuse des jeunes actrices ?

 

Scream 3 : photo, Courteney Cox, Parker Posey, David ArquetteDeux Gale pour le prix d'une

 

Hollywood était ainsi la destination finale parfaite pour embrasser totalement la dimension malicieuse de Scream. L'acteur qui ne peut s'empêcher de sauter sur le scénario (qui se révèlera être celui de sa propre mort explosive), Sidney qui visite le décor de sa maison d'enfance (et donc, littéralement le décor du premier film, coquille vide dans un studio vide), le climax dans une maison de cinéma (accessoires de série B, faux miroirs, portes secrètes) : Scream 3 est conçu comme une gigantesque attraction. Comme si tout le monde avait parfaitement conscience que la blague avait trop duré, uniquement rallongée par le succès phénoménal du premier film. Et qu'il fallait en rire toujours plus, jusqu'à s'en étouffer.

Dans les pires moments, c'est pour des scènes sans saveur (la mort de Sarah), ou des idées ridicules (le demi-frère caché qui se trouve être le réalisateur d'un Stab, parce que pourquoi pas). Dans les meilleurs, c'est pour accoucher d'une satire de l'industrie très drôle (Jenny McCarthy jouant Sarah, qui se plaint de son rôle de blonde bête et inutile, ou la gorge tranchée du producteur qui offre en dernier recours le final cut à Roman), et d'idées plus intéressantes qu'il n'y paraît. Tout a ainsi commencé lorsque Roman a montré à Billy des images de son père avec Maureen Prescott. Soit un étonnant pied de nez dans le grand débat sur la violence, et le pouvoir réel des images.

scream 4

Tueuse : Jill Roberts, la cousine complètement tarée de Sidney, qui rêve d'être une star de Tik Tok.

Nombre de morts : 14.

Meilleur meurtre : Le meurtre ultra-violent contemplé à travers une petite fenêtre.

 

Scream 4 : Photo , Neve CampbellSidney, qui a clairement un problème avec son entourage

 

Pourquoi ça pourrait être la meilleure suite : Produites un peu à l'arrache, il faut l'avouer, histoire de surfer sur la notoriété de l'original, les deux premières suites avaient tendance à se marcher sur les pieds, thématiquement. Plus de dix ans après, le cinéma d'horreur a beaucoup évolué, survécu à la crise des années 1990, et un nouveau Scream tombe à point nommé, quoiqu'en pense le studio, très hésitant selon Williamson.

Il s'empare donc avec une jubilation non feinte des codes de ses comparses, critique le torture porn mainstream à la Saw pour revenir volontairement à la brutalité du slasher made in 80s. On pourrait le taxer de révisionnisme (surtout avec la dernière punchline, déclaration d'amour aux icônes horrifiques du bon vieux temps), mais il préfère commenter son époque sans pour autant céder aux sirènes de ses facilités.

Généreux, fier d'afficher le plus gros bodycount de la saga... jusque maintenant, il y va mollo sur les jumpscares et les CGI (même si les lames sont  numériques, pour la première fois) pour offrir quelques mises à mort assez méchantes. Comme ce meurtre extrêmement sanglant, filmé de la fenêtre opposée, et donc rendu encore plus graphique grâce à l'effet de surcadrage, noyant dans le rouge une portion du plan.

 

Scream 4 : photoUne fenêtre sur le monde, mais pas celui de Bazin

 

Mieux, il franchit encore un palier dans le méta en moquant le cinéma "post-moderne à la con", soit le sous-genre que la saga a elle-même contribué à populariser ! Une idée très vite dévoilée par la note d'intention d'ouverture, mise en abime consciente de vite tourner au ridicule, voire de tourner à vide, qui révèle sous forme de clin d'oeil le premier twist après quelques minutes de métrage à peine. Scream 4 décrit un monde où la dénonciation des clichés est devenue un cliché et où l'ironie de cette culture a fini par fabriquer une nouvelle génération de cinéphiles, plus diversifiée.

Autrefois habité par des geeks et des méprisants, l'univers de Scream s'adapte à un nouveau cinéma d'horreur, plus universel, et ce en s'attachant particulièrement au quatuor de personnages principaux, et à leur déception face au cynisme ambiant. Le personnage de Kirby, campé par la rayonnante Hayden Panettiere, en devient même touchant - une première dans les suites - lorsque sa bienveillance effrontée se heurte à la violence bien réelle.

 

Photo Hayden Panettiere, Emma RobertsNew scream queens

 

Pourquoi c'est quand même très facile : Il a beau glisser quelques clins d'oeil aux difficultés de ses prédécesseurs, Scream 4 n'est pas non plus né sous les meilleurs auspices. On ne change pas une équipe qui rame : ce sont encore les Weinstein qui s'immiscent dans la production et plus particulièrement dans l'écriture. Williamson croule sous les notes du studio et se force à réécrire moult fois le scénario, au point d'en expurger plein d'idées. Las - comme il le révèlera au New York Times -, il finira par quitter le projet, engagé sur une série avec d'autres producteurs (selon Craven dans The Hollywood Reporter), qui le menacent de procès s'il ne rentre pas au bercail.

Si l'on en croit un article d'Entertainment Weekly, les premières versions semblaient bien plus centrées autour du trio original (la scène d'introduction aurait presque tué Sidney avant de la faire revenir deux ans après), mais c'est Bob Weinstein qui a insisté pour mettre le groupe d'adolescentes et d'adolescents au coeur de l'intrigue. Au tout début, Dewey et Gale devaient même avoir un enfant, idée abandonnée pour des raisons de logistique.

 

Photo David Arquette, Courteney Cox"Qui, nous ?"

 

Voilà qui explique, avec la disponibilité limitée de Courtney Cox, elle aussi engagée sur une série en parallèle, cette incapacité à se dépatouiller avec tant de personnages et surtout avec les personnages originaux, qui en viennent presque à parasiter les aventures de la nouvelle bande de jeunes. Si Sidney reste un peu artificiellement liée à leurs péripéties, la vie conjugale de Gale et Dewey, pourtant parfaitement à sa place dans une réflexion sur les nouveaux publics et les nouveaux usages du cinéma d'horreur, passe rapidement à la trappe.

Pour le reste, le film a beau intégrer plutôt bien certaines lubies de son époque (les remakes, le torture-porn, la raillerie méta), il reste produit, écrit, réalisé et conçu par un gang de vieux, qui apposent un regard bien moins bienveillant qu'auparavant sur les sous-genres en activité. On en veut pour preuve le traitement franchement réactionnaire de la mode du found footage, qui s'incruste dans le film grâce à des gadgets qui feraient passer la Gameboy Camera pour le dernier cri de la technologie de captation d'images.

 

Photo Courteney CoxPourquoi il y a de la paille partout ? Et pourquoi vous portez un masque ?

 

Là où l'indémodable George Romero s'emparait à peine quelques années auparavant du procédé pour actualiser son propos, avec un courage qui force le respect, Craven, Williamson et ses correcteurs préfèrent répéter des poncifs. Le twist, évident pour qui n'est pas dupé par le jeu d'Emma Roberts, en fait une excroissance absurde du prétendu narcissisme de la génération Y et par conséquent un bien piètre motif, qui aurait probablement été bien plus pertinent dans Scream 3, comme prévu. Et ce n'est pas un montage parfois un peu étrange qui arrange les choses.

Certes moderne, Scream 4 arrive en bout de course et exige un passage de relai. D'où notre appétit pour le prochain opus, dont certains choix (la sélection de réalisateurs justement très contemporains) laissent présager un vrai renouveau.

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commentaires
prof west
12/01/2022 à 07:01

meme pas débat le premier reste et restera le meilleur avec la série qui était vraiment sympa aussi ^^

Mick
12/01/2022 à 01:53

J'en ai pas vu un seul..suis-je normal ?

Morcar
12/01/2022 à 00:51

NB : Je ne sais pas si vous avez déjà enfilé un masque de Ghostface, mais à mon avis n'importe qui avec ça sur la tête se prend tous les meubles et portent qui se trouvent sur son chemin ^^ Si le visage de Ghostface est efficace pour effrayer, on ne peut pas dire que les tueurs de Scream aient fait le meilleur choix en terme pratique avec ce masque.

Morcar
12/01/2022 à 00:45

Voilà un article qui fait plaisir à lire, où vous parvenez à trouver les qualités de chaque volet, car chacun en a, oui, même le 3. Reste que tout le monde, je pense, s'accordera à dire que le meilleur reste le premier volet.
Non seulement, comme vous le dites bien, il venait dépoussiérer un genre à l'agonie (la même année sortait Halloween 6...), mais il proposait une nouvelle recette que les suites réutiliseront, si bien qu'elles surprendront moins. La scène d'introduction du premier volet reste un modèle du genre ! (et à mon avis la meilleure mort du film, et non celle de Tatum).

Le 3è reste le moins bon, tombant presque dans une parodie d'elle-même. Mais les parallèles nombreux avec les deux précédents volets, que seuls les spectateurs connaissant par coeur ceux-ci verront vraiment, en font un film assez bon aussi. Et comme vous le dites, cette mise en abîmes poussée encore plus loin est assez intéressante. Quand on sait comment ce film s'est fait, on se dit que ça aurait pu être une catastrophe.
La révélation du tueur avait pour but de boucler la boucle, d'offrir une vraie fin à la saga en faisant mourir celui qui était à l'origine de tout. Et le final montrant Sid enfin libérée de tout ça, vêtue pour la première fois d'une robe et ne s’embarrassant pas à mettre en route l'alarme de la maison, offrait une fin très agréable pour le personnage qu'on avait aimé suivre durant ces trois volets.

Par contre pour décider lequel du 2 et du 4 serait le meilleur, j'aurais plus de mal. Le 2 est celui qui réussit le mieux à reproduire la recette du premier, mais on pourra lui reprocher d'être justement trop proche de celui-ci, de trop appliquer la même recette. Tandis que le 4 s'amuse avec les règles du remake pour mieux surprendre.
Mais le 4 flirte trop avec la parodie au point qu'on pourrait presque croire parfois être dans un Scary Movie ("J'emm... Bruce Willis", "Porter le gilet protège le poulet") et sa fin a été gâchée par Weinstein (j'ai cru une seconde que Jill allait s'en sortir en unique survivante, trompant tout le monde et devenant la nouvelle Sid comme elle le souhaitait, ce qui aurait offert une fin sacrément malicieuse et aurait pu laisser imaginer une suite avec un tueur ayant découvert son secret). Et la réalisation de Wes Craven commence à s'endormir un peu.

Déjà à l'époque, il aurait sans doute été préférable de confier la réalisation à un autre. Donc le fait que le 5è volet ait été confié à une nouvelle équipe peu laisser espérer un renouveau. Je suis impatient de le découvrir.

Cooper
12/01/2022 à 00:36

Mon ordre : 1-2-3-4

TheJoker
11/01/2022 à 19:55

Le premier sans aucun doute, ensuite le deuxième, que j'adore tout autant que le premier, mais il est en dessous en terme de qualité, ensuite le quatrième qui est bon sans plus, et pour finir le troisième, je trouve qu'il concluait bien la trilogie, mais c'est un film malade, le massacre de columbine à fait beaucoup de mal au développement du film.

Ray Peterson
11/01/2022 à 19:28

Scream 1er du nom est le meilleur sans aucun doute.
Par contre pour la photo des films de Craven je rajouterais dans la catégorie bien ++, Shocker même si le film, lui reste inégale, et l'excellent People under the Stairs avec d'assez jolies claires obscures.
Par contre concernant les meilleurs morts :
SPOILER
Dans le 1er j'aime bien Randy et son amour télévisuel et une des thématiques entre autre du film
et dans le 2 le flic qui se prend pleine poire un pylône. Assez gore.
Quant au 4ème Scream, j'avais bien aimé son humour au 8ème degré avec certes des morts pas très originales.
FIN SPOILER

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