Shang-Chi : orgasme kung-fu ou mauvaise cascade de Marvel ?

La Rédaction | 5 septembre 2021 - MAJ : 06/09/2021 00:04
La Rédaction | 5 septembre 2021 - MAJ : 06/09/2021 00:04

Né dans les années 70 pour attirer à Marvel les spectateurs alors fascinés par le phénomène Bruce Lee, Shang-chi est le dernier héros de la glorieuse écurie de papier à rejoindre le MCU via le grand écran.

Mais son parcours n'a rien d'une sinécure. En effet, Disney n'a pas été épargné par les conséquences d'une pandémie aux conséquences richez et variées, qui ont logiquement eu une forte incidence sur tous les secteurs d'activité, parmi lesquels le cinéma. Sorties chamboulées, reports en cascades, agendas sans dessus-dessous, même une machine aussi bien huilée que le MCU s'est retrouvée cul par dessus tête, incapable de sortir ses produits aux dates escomptées, accélérant en catastrophe le lancement de Disney+, et négociant difficilement l'avènement d'un nouveau héros.

Pensé pour pénétrer le marché asiatique et moissonner un nouveau public un peu partout dans le monde, Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux nous arrive donc dans un contexte loin d'être favorable, alors que la fréquentation des salles n'a pas encore retrouvé d'équilibre, que le marketing des blockbusters a encore du mal à retrouver le chemin du cortex du grand-public, et que lui-même se veut un héros différent de ceux qui l'ont précédé.

Pour autant, et comme on l'écrivait dans notre critique écrite et dans notre critique vidéo, le film ne manque pas d'atouts. Passons en revue les réussites, les expérimentations et les ratés de Kung-fu parfois crazy. ATTENTION SPOILERS.

 

affiche finaleC'est l'heure de la bagarre

 

LE MEILLEUR 

Les combats

Avec un héros censé être un maître des arts martiaux, il va sans dire que les combats du film produit par Disney s'annonçaient primordiaux dans la réussite de l'entreprise. Et force est de constater que l'équipe du film a pris très au sérieux ce défi, et l'a relevé avec un certain panache et un investissement très supérieur au tout-venant du MCU. Le mérite en revient d'abord aux chorégraphes et coordinateurs des cascades Andy Cheng et Brad Allan, tous deux collaborateurs de longue date de Jackie Chan, bien loin d'être des manchots.

Ils ont imaginé plusieurs rixes qui ont pour premier mérite de durer bien plus longtemps que dans les précédents efforts de Marvel, et dont la physicalité demeure systématiquement le centre de gravité. Les coups échangés sont nombreux, fluides, découpés lisiblement, et plus inventifs que la moyenne, tirant toujours parti des décors avec malice. Qu'on transforme un bus lancé à pleine vitesse dans les rue de San Francisco en confetti ou qu'on utilise un échaffaudage pour faire se rencontrer bitume humide et hommes de mains désarticulés, l'action est bien plus construite et ludique qu'à l'accoutumée chez Marvel.

 

photo, Tony Leung Chiu WaiAttention, chéri, ça va gifler

 

Une réussite rendue possible grâce à des comédiens capables d'assurer une partie de ces joutes eux-mêmes, notamment Tony LeungMichelle YeohSimu Liu et Olivia Cheng, qui donnent l'occasion à la caméra de saisir leurs affrontements à coups de plans plus longs que ce à quoi Marvel nous a habitués.

Mieux, le studio semble avoir ici compris la leçon des derniers films de Tsui Hark, à savoir qu'un effet numérique voyant n'est jamais impardonnable s'il sert à assurer une transition rapide entre deux bonnes idées, plutôt qu'à jouer les cache-misères quand on n'a pas les moyens, le temps ou la possibilité de filmer de véritables cascades. Le résultat n'en est que plus stimulant.

 

photo, Meng'er ZhangOctogone !

 

Le climax

Après une première partie riche en action de qualité et un ventre mou narratif épuisant, Shang-Chi se devait de terminer en beauté afin de convaincre un public encore sceptique. Et contre toute attente, il lâche en effet les chiens dans une dernière demi-heure aux antipodes des batailles technologiques auxquelles on associe souvent (et parfois à tort) la formule Marvel.

En effet, ce dernier acte est tout entier situé dans un univers de fantasy pure, habité par des boules de poils sans visage, des gazelles mystiques, des lions boostés aux hormones et même des bons gros dragons bien vénères, lesquels vont carrément se mettre sur le museau, durant quelques minutes exaltantes. Les scénaristes, Cretton, Callaham et Lanhams'affranchissent enfin de la rigidité de leur récit pour le faire embrasser ses ambitions mythologiques sans trop se préoccuper d'un cahier des charges déjà bien rempli.

 

photo, Simu LiuUn affrontement plus propre que prévu

 

Le résultat est donc ultra-bourrin, avec ses démons suceurs d'âme, cette porte vers la dimension de l'enfer, ouverte par un paternel qui refuse de se laisser convaincre par une horde de monstres volants, et ses bastons de dragons, écailles contre tentacules. C'est justement ce mépris pour la subtilité et cette générosité décomplexée qui marquent. La licence ne nous avait pas habitués à un spectacle aussi délibérément rentre-dedans, au point d'être parodié par le film lui-même lors de la dernière scène.

Une bonne surprise qui ne fonctionnerait pas autant sans la mise en scène de Cretton, qui parvient à rendre compte d'un gigantisme spontané sans pour autant se débarasser de la décontraction générale. Les quelques plans où nos héros s'accrochent aux grosses bestioles, parfois superbes, ou même l'amusant dénouement, tiennent la dragée haute aux meilleurs instants de bravoure produits par la firme. Et c'est déjà pas mal.

 

photoDes airs de Detective Dee

 

Awkwafina

Nora Lum, connue sous le surnom Awkwafina, est une rappeuse convertie à la comédie, avec un certain succès puisqu'elle apparaissait déjà dans Nos pires voisins 2Paradise HillsOcean’s EightCrazy Rich Asians ou même dans le remarqué L'Adieu. Cette dernière expérience lui a assuré une carrière chez Disney : elle s'est retrouvée dans Raya et le dernier dragon, ainsi que dans l'imminent (enfin, il parait) remake en prises de vue réelles de La Petite Sirène.

Et à la vision de Shang-Chi, on comprend la fulgurance de son ascension hollywoodienne. Non seulement l'actrice bouffe l'écran dès qu'elle apparait, quand bien même c'est au détour d'une séquence particulièrement bête, mais elle vole la vedette à la majeure partie du casting secondaire, pourtant composé d'une armée de cadors. Elle occulte par exemple complètement le personnage campé par Meng'er Zhang, censé partager et rationaliser les traumatismes du héros.

 

photo, Awkwafina, Meng'er Zhang"Moi d'abord !"

 

Elle est bien aidée par l'écriture, qui, non contente de lui réserver les meilleurs traits d'humour du long-métrage, la fait déborder de son rôle de sidekick rigolo. Définie très vite comme faire-valoir, elle prend finalement une grande place dans l'intrigue, promue symbole d'un multiculturalisme au coeur des enjeux de la politique de production de Disney. Et si sa relation avec Shang-Chi est trop peu traitée, elle est probablement - et on en est les premiers surpris - celle qui tire le plus son épingle du jeu.

 

photo, Awkwafina, Simu LiuDynamic duo

 

LE MOYEN 

Le casting

Disney n'a pas fait les choses à moitié pour son incursion dans la culture chinoise. La firme (via sa fidèle directrice de casting Sarah Finn) a engagé plusieurs légendes du grand écran, comme Michelle Yeoh, découverte dans Le Sens du devoir 2, puis dans deux Police Story, et sacrée par le public américain grâce à un James Bond et à Tigre et DragonWah Yuen, à la carrière immense, inoubliable dans Crazy Kung-Fu et aperçu aux côtés de Bruce Lee, mais surtout Tony Leung, transformé en monstre sacré par Hou Hsiao-hsienJohn WooRonny YuZhang Yimou et bien sûr Wong Kar-Wai, encore à l'affiche de la version restaurée d'In the Mood for Love.

 

photo, Tony Leung Chiu WaiLe Tony de tous les Tony

 

Un casting extrêmement prestigieux, donc, qu'on aime retrouver dans une telle production. Cependant, les performances restent limitées aux rôles, pas toujours des plus intéressants. Ainsi, Tony Leung hérite malheureusement d'un des personnages les plus laborieux, incarnant la lourde sous-intrigue familiale (voir plus bas). Michelle Yeoh se contente d'une partition purement fonctionnelle, tandis que Wah Yuen incarne un poncif qu'il connait bien. Leur talent n'est pas gâché, mais ils ne transcendent pas non plus une formule qui n'a guère l'habitude de laisser respirer les seconds rôles.

Cela permet au moins à la jeune génération de s'exprimer. Visiblement très heureux de camper le protagoniste éponyme, Simu Liu se donne à fond, et emporte l'adhésion. Meng'er Zhang, inconnue au bataillon, s'efface timidement derrière Awkwafina. Mais comme leurs ainés, ils ne parviennent jamais vraiment à dépasser un carcan beaucoup trop inflexible

 

photo, Awkwafina, Simu Liu, Meng'er Zhang"On est là, quoi"

 

La musique 

On aura souvent, et à raison taxé la recette Marvel de traiter par-dessus la jambe ses partitions musicales. Pour un thème à peu près mémorable dédié aux Avengers, combien de nappes sonores oubliables, de compositions sans âmes et d'accompagnements génériques ? Choix logique, l'univers étendu façonné par Marvel tirant sa force de son homogénéité et de sa capacité à reconduire l'intérêt de son public de film en film, sans le diviser. Par conséquent, toute marque stylistique trop affirmée étant à bannir, la musique aura compté parmi les premières victimes la centrifugeuse Disney. 

Qu'elle n'était donc pas notre surprise en entendant revenir, à intervalles régulier et jusque dans le climax, une série d'accords intrigants et parfaitement identifiables, ne manquant ni de caractère ni d'esprit, répartis de l'ouverture jusqu'au climax ? Ô miracle, il semblerait bien que le brave Shang-chi ait eu droit à un thème en bonne et due forme, aux accents relativement mélancoliques, bienvenus pour accompagner ce personnage qui se confronte à un héritage qu'il a longtemps préféré ignorer. 

Malheureusement, ces bonnes intentions demeurent largement embryonnaire, et quand on évoque une poignée d'accords, il ne faudra guère en attendre plus. Le film préfère souvent nous assomer de morceaux de hip-hop charcutés pour l'occasion, de remix électro aussi engageant qu'une rupture du corps caverneux et autres facilités allant de l'agression à l'immondice. Un entre-deux qui souligne autant la nécessité d'accompagner les héros de compositions à leur hauteur, que l'inintérêt d'une grande partie de la bande-son. 

 

photo, Simu LiuNature et découverte

 

La mythologie

Avec ses anneaux surpuissants, ses dragons belliqueux, son univers de semi-fantasy, son portail mystérieux et ses bastons clandestines, Shang-Chi déploie une mythologie rarement convoquée par l'univers Marvel, si bien qu'elle se heurte à la pseudo-cohérence qui cannibalise la franchise. Même si les scènes postgénérique (voir plus loin) tentent tant bien que mal de rattacher le wagon, on peine à croire que de si puissants artefacts, de si riches mondes et de si célèbres conquêtes aient été ignorées par le gang de sur-hommes omniscients qui domine alors la planète.

Mais pour peu qu'on ne se préoccupe pas du MCU en tant que tel, la proposition reste rafraichissante. Outre son délicieux goût de série B initial, rappellant presque les grandes heures de la Cannon, principalement dû aux ninjas interchangeables envoyés se faire massacrer par le héros (en connaissance de cause !), à leur chef masqué et à leur propre brutasse, le truculent Razor Fist, elle joue la carte du gros monstre lors de son climax velu. Imparfait, mais réjouissant.

Difficile d'en dire autant des 10 anneaux du titre, qui souffrent du syndrôme Wonder Woman (leurs pouvoirs sont très flous et apparaissent en fonction des besoins de l'intrigue), bien qu'ils n'empiètent heureusement pas sur l'action. À force de multiplier les McGuffin, le film finit par un peu se prendre les pieds dans ses propres idées. Lorsque Shang-Chi tente de construire sa propre mythologie, il s'avère donc très maladroit, mais parfois attachant.

 

photoNinja academy

 

Les effets spéciaux

Les effets spéciaux des productions Marvel, au fur et à mesure que leur rythme de production s'est intensifié, sont devenues de plus en plus inégaux, voire parfois franchement calamiteux, Black Panther demeurant à ce jour un des plus sidérants ratages techniques du studio, eu égard à son budget pharaonique. C'est pourquoi on se réjouit que plus d'une fois, Shang-chi nous en mette plein les mirettes. Il n'est pas rare de s'étonner, au détour d'un plan, d'une perspective impossible et bien placée, ou lors du climax, de l'ampleur parfois délirante de l'action. 

En effet, assumant de plonger sa caméra dans une mythologie et une iconographie résolument éloignées des standards hollywoodiens, pour piocher ici dans les contes et légendes, là dans des représentations traditionnelles, en mâtinant sa séquence d'action finale d'une grosse louche de Shadow of the Colossus, le blockbuster est conscient qu'il doit un peu nous décrocher la mâchoire pour espérer convaincre. Et quand un bestiaire fantasmagorique apparaît, et entame un combat gargantuesque, impossible de ne pas se réjouir de voir enfin Disney faire profiter une de ses productions d'un niveau d'ambition et de finitions dignes de ce nom.

Sauf que tout le film ne peut pas prétendre à ce niveau de réussite, loin s'en faut. On écrivait plus haut que les doublures numériques lors des combats tiennent à peu près la route, mais il en va autrement des - nombreux - accidents peinturlurés à coups d'images de synthèse qui emaillent le récit. Chacun d'entre eux est l'occasion d'un soubresaut animé d'une rare laideur, seulement égalé par les deux séquences situées dans une forêt de bambou "active", qui ne parvient jamais à nous faire croire à sa matérialité. Comme quoi, si le MCU a essayé de déployer ses ailes, il n'est pas encore sur le point de s'envoler.

 

photoUne forêt pas comme les autres

 

La photographie

Les bandes-annonces du blockbuster avaient grandement inquiété quant à l'esthétique du film. Nimbé dans une lumière grisâtre, on peinait à distinguer le moindre contraste, piqué ou tout simplement une intention quelconque dans la colorimétrie du film. Certes, Marvel a toujours veillé à produire des oeuvres interchangeables et ternes, afin d'assurer une grande homogénéité et de ne jamais prendre de risques en matière de style, mais rarement cet aspect avait-il semblé si poussé.

C'était oublier un peu vite que c'est le grand chef opérateur Bill Pope était présent, et que le responsable de la photo de Matrix a plus d'un atout dans sa poche. Et à plusieurs reprises, notamment durant les scènes d'action, tout particulièrement le climax, son travail s'avère satisfaisant, très fin, porté par des concepts toujours aguicheurs (la lumière vaporeuse qui accompagne le dernier assaut, les reflets des immeubles de Macao dans un combat sur un échaffaudage...).

Il n'est pas rare d'écarquiller les yeux... avant de se les rincer à l'acide. La marque de l'artiste a beau se sentir plus d'une fois, entre chaque trouvaille, le métrage retrouve sa grisaille originelle. Pire, il arrive parfois que la photo paraisse se tirer une balle dans le pied, en prolongeant inutilement un dispositif plastique, ou en ne nous donnant pas le plus petit semblant de point de vue. Inégale mais traversée de fulgurance, elle laisse espérer que la major laissera Chloé Zhao nous faire une véritable proposition dans Les Éternels.

 

photoSortez vos lunettes de soleil hein

 

Ben Kingsley

Le traitement du Mandarin dans Iron Man 3 n'avait pas manqué de faire vociférer la police de la pop-culture, celle-là même qui risque de saluer le retour de Ben Kingsley dans ce Shang-Chi. Peut-être le doigt d'honneur amusé de Shane Black a-t-il fini par convaincre ses détracteurs, quoiqu'on mise plutôt sur l'excitation aveugle suiscitée généralement par un caméo de luxe. Toutefois, le personnage ne se contente pas d'une apparition furtive : il enclenche carrément le 3ème acte, et l'accompagne de sa folie.

Un insert discutable, puisqu'il ne sert finalement qu'à relancer très artificiellement l'intrigue, au prix d'une des pires incohérences du film (et si on enfermait un prisonnier avec la clé de son évasion ?), avant de repasser en arrière-plan lors du climax. Ou comment camouffler un ressort narratif grossier par un clin d'oeil appuyé. Reste que malgré la pression d'une partie du public, les scénaristes n'ont pas cherché à laver l'honneur du faux bad guy, ou même à détourner le traitement de Black.

Kingsley peut donc s'en donner à coeur joie, une fois de plus, en acteur azimuté. Et c'est la raison pour laquelle on ne peut complètement critiquer son apparition. Toujours à l'aise dans un registre comique qu'on ne lui prête pourtant pas forcément, l'acteur s'amuse, et nous aussi. Et finalement, on regrette surtout de le voir si peu.

 

photo Ben KingsleyHail to the Kingsley

 

LE NUL 

L’histoire de famille

La valeur famille et sa capacité à réunir les pires ennemis ont toujours été de grandes marottes du cinéma hollywoodien, et ce depuis ses balbutiements. Personne n'imputera donc au début de cette Phase 4 sa redondance thématique (il est toujours question d'un père démissionnaire, d'une fratrie à reconstituer et d'un regroupement face à l'adversité). En revanche, il n'est pas interdit de pointer du doigt sa lourdeur absolue et son obstination ridicule, parasitant des récits qui auraient été bien plus amusants sans elles.

Ici, la sous-intrigue alourdit considérablement une narration alors forcée de se relancer perpétuellement, au point d'empiéter sur les excellentes scènes d'action (soit la principale qualité de la chose). Passées les 40 premières minutes, les apitoiements familiaux mangent tout le reste, éliminant la baston et nous plongeant dans un interminable réseau de dialogues et de flashbacks. Pères, tantes, fils et filles nous font bouffer de la réconciliation à tous les niveaux, quitte à abîmer considérablement la structure générale (cette histoire de médaillon...) et à plonger le spectateur dans un profond ennui.

 

photoDes flashbacks plein la tête

 

Shang-Chi se calque sur un schéma moral tout fait, jusqu'à la toute fin et sa traditionnelle rédemption, encore plus douteuse que d'habitude. Ce père, monstrueux conquérant avec des litres de sang sur les mains, cruel éducateur n'hésitant pas à massacrer quelques bad guys devant son fils, irrécupérable idéologue capable de dévaster une civilisation pour une chimère, inapte à se remettre en question alors que des démons aspirent littéralement l'âme de ses collègues, finit finalement par trouver grâce aux yeux de son fils.

Le déni de la toxicité d'une telle famille ne fait pas honneur à la bienveillance politique et sociale revandiquée par la firme. Il prouve même que derrière ses bonnes intentions affichées, celle-ci reste une énorme machine incapable d'intégrer les subtilités de l'être humain à ses productions, engoncées dans des obsessions mercantiles frileuses. Et le pire, c'est que maintenant, personne n'y échappe.

 

photoCertains liens sont inexplicables (mais alors, vraiment)

 

LE SCENARIO

Les auteurs du MCU n'ont jamais hésité à sacrifier la cohérence au rythme, l'efficacité au sens. D'où des récits truffés d'enjeux parfois artificiels, mais surtout de raccourcis narratifs grossiers, voire d'angles morts absurdes. Et en la matière, ce pauvre Shang-chi est servi. L'interrogation la plus massive qui hante le spectateur, c'est pourquoi diable le Mandarin a-t-il attendu 20 ans pour récupérer les pendentifs légués à ses enfants, clefs du Royaume où il espère retrouver son épouse décédée ?

Parce que sans cette incohérence absolue, il n'y aurait tout simplement pas de film. Une scène tente bien de sous-entendre que le grand méchant a dû faire quelques recherches dans sa bibliothèque... mais on a du mal à croire qu'elles aient duré deux décennies, ou que celui qui s'est déjà baladé avec sa compagne hors de notre dimension ne se soit jamais demandé quels étaient les jolis joyaux dont elle paraît sa progéniture.

Mais l'élément le plus embarrassant à trait à Ben Kingsley. Quand nos héros sont embastillés dans le quartier général des 10 Anneaux, les vilains pas beaux ne trouvent rien de mieux à faire que leur faire partager leur (vaste) cellule avec... le seul type qui sait comment s'échapper. Qui sait s'échapper, mais ne l'a jamais fait. Qui ne l'a jamais fait mais se trimballe avec un monstre domestique justement réchappé de la dimension parallèle que traque le Mandarin. Mandarin qui n'a manifestement pas eu l'idée d'interroger son prisonnier sur l'origine du monstre qu'il trimballe. Bref, à chaque articulation majeure du récit, absolument rien ne tient debout.

 

photo, Simu Liu"Et dire que cette poutre était dans l'oeil des scénaristes..."

 

Des scènes post-génériques OSEF

Fut un temps où les séquences post-génériques des films du MCU, devenues rapidement une signature, constituaient un véritable motif d'excitation. Drôles, délivrant de véritables promesses quant à l'avenir de l'univers étendu, levant le voile sur un personnage, elles tissaient une toile véritable entre des productions sur le point de former un plus vaste ensemble. Ce temps semble révolu. Il faut dire que l'exercice s'est complexifié, et que la période est extrêment distendue, narrativement parlant, pour Disney.

La crise sanitaire a bouleverser les dates, puis carrément l'ordre de diffusion des produits Marvel, en particulier les séries, condamnant le studio à repenser ses effets d'annonce. Est-ce la raison pour laquelle celles de Shang-chi sont à ce point dénuées d'intérêt ? Difficile à dire. La première s'avère d'une timidité embarrassante, une galerie de personnages invités pour un caméo expliquant à notre héros, sans aucune raison valable ni même un début d'indice que ses anneaux émettent un signal.

 

photo, Meng'er ZhangQuand tu découvres le scénario de ta scène coupée

 

Avec l'habileté d'une poule maniant un couteau, les scénaristes tentent de nous intéresser à cette scène, dont la dramaturgie ne dissimule jamais que les comédiens, tournant chacun sur fond vert, ne se sont jamais rencontrés. Et à jouer la carte du mystère mystérieux ne révélant rien sur personne, le film laisse toutes les portes ouvertes... à tel point que ce moment en vient à ne plus rien raocnter de tangible. L'embarras est plus grand encore avec la seconde scène, qui fonctionne à la manière d'un teaser pour une série, un roman photo ou une ligne de jouets.

Nous y retrouvons la soeur de Shang-chi, désormais à la tête de son réseau criminel familial, désormais devenu trop mimi et super-cool, parce que dirigé par une femme trop mimi et super cool. D'une grande laideur, la scène constitue un crachat à la face du Mandarin bien plus amer que ce qu'osa Iron Man 3. Reste à savoir comment vont réagir les fans.

Tout savoir sur Shang-Chi et la légende des Dix Anneaux

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commentaires
Flo
07/10/2021 à 14:20

Des détails supplémentaires à propos de "Shang-Chi"...
Déjà, les félicitations peuvent être de mise pour avoir réussi à boucler ce tournage en pleine Pandémie, ce qui se ressent même à l'écran dans plusieurs scènes de foules où les figurants et cascadeurs sont vus... masqués. En tout cas, il y a de la vie à l'écran (et des claquettes aux pieds).
Et même beaucoup de parlé asiatique sous-titré, bien que plusieurs fois à l'écran des gens arrive à se comprendre sans maîtriser la langue, tout étant juste une question d'intention... plus besoin des mots
Pas mal aussi d'y voir avec assez de réussite certains acteurs dans leur premier film d'action et/ou premier film américain.
Ou de voir que l'antagoniste principal a tout compris puisqu'il a déjà le pouvoir, de manière discrète (on peut dire que c'est plutôt lui, la légende du titre).
Et qu'il ne désire pas plus de pouvoir, et soit surtout rendu fou par son amour (et un peu par son pouvoir, certes). Lequel amour était assez fort pour même lui faire prendre sa retraite - jusqu'à ce que tel un Michael Corleone, il y soit ramené.

Katy y transcende son statut de personnage simplement comique, semblant sortir d'un film d'action des années 80/90 - sidekicks femmes incluses. Si elle donne l'impression (utile) d'être la seule à avoir son permis de conduire puisqu'elle est une habile conductrice, elle prend ainsi régulièrement elle aussi les commandes de la narration. Jusqu'à interrompre un souvenir raconté en flashback, mais pour mieux y revenir à moment ultérieur, le rendant alors plus crucial.
Et bien sûr, elle est aussi un personnage portant cette interrogation de jeunes adultes, se demandant si elle peut faire quelque chose d'important de sa vie, se réalisant en partant à l'aventure hors du confort de sa modeste petite vie... dans un monde pourtant effrayant, où le pire du pire peut vous tomber dessus encore plus facilement que dans la réalité. Ce monde que Shang a préféré fuir en émigrant aux USA (mais en restant au sein de sa communauté).

On peut aussi y distinguer un traité sur la mysoginie, mais montré sous un angle plus subtil qu'on ne le croit. À savoir que si Wenwu est assez vieux pour reposer sa pensée sur de vieux principes, et que son fils aîné (tenant néanmoins de sa mère) soit plus privilégié que sa fille (tenant finalement plus de son père)... C'est à cause surtout de la mort de la mère, de ce qu'elle se projette à travers l'aîné, mettant indirectement sur ses épaules le poids du drame auquel il assista enfant, impuissant.
Il faudra toutefois attendre la toute fin du générique pour que sa sœur ait droit à sa part, prévisible mais d'une logique imparable autant qu'intéressante.
Même Razorfist y est moins cliché qu'il n'y paraît, rappelant de loin ce que l'acteur laissait un peu entrevoir dans "Creed 2"... bien que les moments où l'armée des 10 Anneaux prend soin des villageois guerriers (et inversement) a l'air improbable à l'écran.
Et le Death Dealer évite contre toute attente d''être une redite du Taskmaster, son mystère reste intact.

Jojo
06/09/2021 à 11:44

Adieu @Rayan et à demain !

Loulou48
06/09/2021 à 09:31

@Rayan : la journée commence bien ! Merci !

Mais on va le revoir dès la prochaine news sur Marvel :-)

Arnaud (le vrai)
06/09/2021 à 09:22

Et voilà Écran Large, vous avez réussi vous avez cassé notre Rayan …
JR avait réussi à la ramener en partie sur le droit chemin de l’acceptation des avis différents, et vous avez annihilé tout le travail effectué !!!!

Piwi
06/09/2021 à 09:15

@Rayan

Tu vas arrêter de venir sur toutes les news Marvel pour chouiner comme tu le fais depuis des mois en disant "vous némé rien vous zêtes anti Marvel vou abusé ces films sont quasi parfé ?"
Ok, si on te recroise sur un prochain article, on ne manquera pas de ressortir ton commentaire en te disant que tu devais te taire.
On te remercie chaleureusement

Hank Hulé
06/09/2021 à 09:14

un Marvel sympathique qui reste dans le carcan lourdingue de l'origin story (mon dieu, ce ventre mou de 35' au milieu, quel ennui !) et une écriture avec des moufles (l'évasion effectivement portnawak et le retour d’un perso d'un autre Marvel assez pauvre).
Mais, pour une fois, on a une belle photo, des combats lisibles et qui respirent, et une opulence visuelle sur la fin qui fait assez plaisir.

JR
06/09/2021 à 07:09

@rayan, qu'est ce qu'on avait dit ?
On respire.

Rayan
06/09/2021 à 01:09

En nul vous avez mis lhistoire de famille ??????? L'un des atouts du film ?? Le scénario ??? Des scènes post générique dont 2 avengers parlent d un truc qui s est passer avec les anneaux et l'avenir de l'organisation c'est osef pour vous ??????????????????

Je commence à en avoir marre de vous, car pour certains films je pouvais comprendre vos arguments qui sont contre par moments, mais pour ce film quasi parfait pour le genre ????????? Qsq marvel doit faire pour que vous aimez un truc qu ils font

Vous savez quoi ? Je prend congé de vos conneries, j'arrête de commenter sur votre site car vous êtes vraiment sans espoir, je ne sais pas ce que vous avez contre eux je n arrive pas a le comprendre? Amusez vous bien

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