Retour vers le futur sur Netflix : quand la critique attaquait la trilogie de Robert Zemeckis

La Rédaction | 16 février 2021 - MAJ : 16/02/2021 16:01
La Rédaction | 16 février 2021 - MAJ : 16/02/2021 16:01

Aujourd'hui saluée comme une œuvre importante, mais surtout un pilier de la pop culture, la trilogie Retour vers le futur n'a pas toujours fait l'unanimité.

La trilogie Retour vers le futur est de retour sur Netflix depuis le 16 février 2021. Et nul doute qu'une vague d'abonnés en profite pour se replonger dans la saga. Plus de 30 ans après la sortie du dernier opus, celle-ci a largement gagné ses jalons d'oeuvre culte indissociable de la pop culture contemporaine. Déjà dans les années 1980, le succès fut instantanément au rendez-vous, puisque le film original de Robert Zemeckis a rapporté 381 millions de dollars de recettes pour un budget de 19 millions. Les deux autres chapitres n'ont pas à rougir. Retour vers le futur II a amassé presque 332 millions de dollars contre 244 millions pour sa suite, les deux ayant été produits pour 40 millions.

Un carton populaire tout sauf tardif, donc. Néanmoins, comme souvent avec Zemeckis, la presse n'a pas toujours suivi la tendance du public. Si les trois films n'ont jamais connu une destruction en règle, ils ont parfois fait face à quelques textes particulièrement salés, et par conséquent très amusants à découvrir aujourd'hui, avec tout le recul possible. Ecran Large grimpe dans sa Dolorean pour exhumer la critique de l'époque.

 

Photo Michael J. Fox, Retour vers le futur"Attends-toi à voir quelque chose qui décoiffe !"

 

Retour vers le futur : le gentil teen-movie

Premier long-métrage de Robert Zemeckis à entrer dans la légende, Retour vers le Futur n’a pas affolé la critique. En effet, c’est bien le public qui va faire du premier opus de la trilogie une œuvre culte, un classique générationnel, encore redécouvert aujourd’hui et perpétuellement revisité par les cinéphiles. Il serait facile d’accoler à la destinée du film le schéma d’une critique qui n’y aurait rien compris, voire l’aurait snobé, mais les choses sont plus compliquées. Par exemple, tandis que la critique américaine a été indiscutablement plus bienveillante envers le métrage, ce sont certains des textes français les plus durs qui lui reconnaissent le plus grand intérêt.

Il faut par exemple se pencher sur le cas de Libération, souvent moqué, mais presque jamais analysé. Initialement, le quotidien publie une critique très positive lors du Festival de Venise, signée Gérard Lefort, qui recommande vivement le film, avant que celui-ci n’ait droit à un second avis, signé Louis Skoreki, quelques mois plus tard. La pratique est rare, et on ne traite pas deux fois d’un même sujet (surtout en 1985, dans un format papier à la pagination limitée) si on ne l’estime pas digne d’intérêt. La seconde salve critique est extrêmement dure, et évoque « un des plus consternants navets qu’ait produit la bande à Spielberg ».

Mais il faut regarder au-delà, le texte de Skoreki est par exemple, un des seuls à s’interroger vraiment sur le geste de cinéma de Zemeckis et sur son sens dans la production de l’époque.

 

photo, Michael J. Fox",Mais du coup, il est bon mon navet ?"

 

« C'est sans doute le premier film à théoriser à travers un scénario le nouveau rapport du teenager à la chose filmée : ayant depuis sa naissance eu l'occasion (ou la possibilité) de voir des images de lui-même, il est le premier spectateur de ce siècle à pouvoir envisager que sa propre biographie, son histoire personnelle, puisse entièrement avoir été filmée. D'où bien sûr, le fantasme de Zemeckis et de Spielberg : si une vie entière peut avoir été filmée, pourquoi pas des événements qui remontent à avant la naissance. »

Une réflexion qu’on ne retrouve pas dans Les Cahiers du Cinéma, qui se désolent de ne rien trouver dans Retour vers le Futur de « fort, de personnel, d’obsessionnel », regrettant un film « terne ». Et à dire vrai, ce semi-dédain est tout aussi présent dans une majorité des critiques positives. Certes, elles accueillent le travail de Zemeckis avec bienveillance et peuvent le recommander, parfois chaleureusement (c’est le cas du Figaro), mais elles n’y voient qu’un divertissement industriel dénué de toute créativité.

Le Washington Post, par exemple, n’y voit qu’une « comédie de science-fiction tout à fait appréciable ». Une opinion partagée par le Guardian, qui voit dans la plupart des dispositifs narratifs du récit des diversions pas bien folichonnes, pour un résultat qui aboutit à quelque chose « de très divertissant, mais gère plus ». On peut même y voir, une fois n’est pas coutume, une rare alliance franco-américaine pour ce qui est de la sympathie dédaigneuse.

Elle est au cœur de la critique de La Voix du Nord, qui a mollement apprécié ce « conte de fées sans toutefois ce brin de folie qui fait passer l’artificialité de ce genre de fables ». Quant à Variety, la publication de référence ne s’aventure guère au-delà d’un timide résumé de l’intrigue. Et ainsi, se dessine une situation rare, ou quand la seule critique à prendre conscience de l’importance de la révolution en cours au sein du cinéma américain… est la plus hostile.

 

photo, Lea Thompson, Michael J. Fox"La bande à Spielberg ? Je connais oui."

 

Retour vers le futur II : l'indigeste suite

Après l'enthousiasme modéré généré par le premier Retour vers le futur (qui n’a pas empêché son succès en salles), on aurait pu se dire que la presse avait retenu la leçon. Mais c’est bien mal connaître la méfiance qui a souvent accompagné les suites. En réalité, Retour vers le futur 2 a provoqué des réactions encore plus polarisées. Non seulement les sceptiques l’ont été encore plus, mais certains défenseurs du premier film ont été déçus par ce deuxième volet. C’est d’ailleurs sur cet élément de comparaison que s’est construit l’argumentaire de L’Express à l’époque :

“Si la première livraison de Zemeckis (…) était exquise, la deuxième fait figure d'invraisemblable fatras.”

Beaucoup se sont attardés sur l’aspect confus de la narration, et plus généralement sur sa gestion du voyage dans le temps. Il est vrai que les personnages sont souvent contraints de passer par de longues séquences d‘exposition pour expliquer le concept du film et ses implications. C'est pourquoi Le Parisien s'est plu à dire "[qu'à] force d'agiter son sablier dans tous les sens, Robert Zemeckis en [est arrivé] lui-même à perdre la boussole."

 

Photo Michael J. Fox, Retour vers le futur"Les critiques ne prennent pas leur pied, Doc !"

 

Même les critiques plus positives, comme celle du célèbre Roger Ebert aux États-Unis, n’ont pas manqué de souligner cette structure éparpillée : “J’aurais dû amener un bon gros carnet jaune à la projection, afin de prendre des notes détaillées pour remettre en place les timelines. Et pourtant le film est amusant, surtout parce qu’il est si tordu.”

Pour autant, d’autres ont vu dans cette narration une certaine froideur. Le Chicago Tribune, au même titre que d’autres médias, a sur ce point insisté sur l’absence de Crispin Glover dans le rôle du père de Marty. Si sa performance (hilarante) dans le premier film a visiblement manqué à certains, d’autres y ont vu un symptôme du manque de cœur de cette suite.

Néanmoins, une partie de la presse s’est montrée plus enthousiaste, d’autant plus qu’entre Retour vers le futur 1 et 2, Robert Zemeckis a exploré une autre facette de son talent avec l’incroyable Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. Pour Time, son inventivité l’a “[établi] comme l’un des jeunes réalisateurs les plus excitants du moment”. On s’étonnera même de voir Positif saluer “la fluidité de la mise en scène, le rythme époustouflant du montage et l'abattage des comédiens [qui] emportent sans problème l'adhésion du spectateur.”

 

Photo Michael J. FoxQui aurait pu prédire le culte autour de l'Hoverboard ?

 

Certes, Robert Zemeckis a toujours été un brillant technicien, mais Retour vers le futur 2 a gagné dans sa filmographie un statut à part, notamment grâce à ses nombreux éléments de narration prémonitoires de notre avenir (l’almanach, Biff en tant que précurseur de Trump, etc.). Grâce à cela, beaucoup ont pu redécouvrir ce deuxième volet, et reconnaître le culte qui l’entoure, quitte à désavouer les critiques d’époque. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est difficile de passer à côté du texte véhément de Jay Scott pour le Globe and Mail :

"Étant donné la qualité de cette Partie II, la séquence finale, une série d'extraits pour la Partie III de l'été prochain, pourrait être une sérieuse erreur de calcul. 'To be concluded...' est écrit sur le carton final. Cela sonne plus comme une menace qu'une promesse." Aïe ! Que ça a mal vieilli...

 

photo,, Michael J. Fox"Non Donald, arrête, tu as perdu l'élection !"

 

Retour vers le futur III : l'épisode de trop

Il est beaucoup plus périlleux de récolter les critiques d'époque du troisième opus. Une difficulté qui s'explique en partie par le contexte de production et de distribution du film. Après le succès de Retour vers le futur, Bob Gale et Robert Zemeckis écrivent un long scénario intitulé Paradox, lequel va finalement être décliné en deux longs-métrages se répondant parfaitement : Retour vers le futur 2 et 3, tournés l'un après l'autre et sortis l'un après l'autre aussi (plus de détails dans notre dossier).

Ainsi, plus de quatre ans séparent les deux premiers chapitres, d'où l'excitation générale entourant leur sortie. Mais les ultimes aventures de Doc et Marty débarquent à peine six mois après Retour vers le futur 2, et séduisent un public un peu moins large.

L'attente reste cependant présente et ce troisième opus va finalement écoper de la même réception que son prédécesseur. Les avis sont mitigés, et deux camps se forment. D'un côté, certains louent son aspect satisfaisant et divertissant, opposant même parfois sa simplicité narrative et son tissu de référence confortable à la complexité très critiquée de l'épisode 2. C'est par exemple le cas du San Francisco Chronicle, qui clame tranquillement son intérêt pour sa chaleur réconfortante :

"La saga revient soudainement à la vie. C'est délicieux et passionnant, avec de bonnes blagues et des personnages amusants. Bien qu'il pourrait manquer la fraîcheur du premier opus, la formule n'est pas périmée, juste familière. Et familière d'une façon confortable et plaisante."

 

photoLa saga sort de l'ombre

 

Le Washington Post va encore plus loin, adoubant la comparaison avec Jules Verne initiée par le film lui-même et ne lésinant pas sur les superlatifs : "C'est divinement frivole, presque parfaitement amusant." Entertainment Weekly en rajoute encore une couche, saluant la liberté dont a joui le metteur en scène sur le tournage, qu'il oppose encore une fois à Retour vers le futur 2, "un projet que [Zemeckis]devait faire".

Un point de vue largement partagé par beaucoup de journalistes américains à l'époque, et aux antipodes de la perception du grand public actuel, considérant vraiment la trilogie comme une oeuvre à part entière, quand elle ne méprise pas légèrement la sobriété du troisième opus au profit de la générosité de son prédécesseur.

Les prises de recul sur la saga étaient finalement assez rares. Empire fait partie des irréductibles, lui qui, dès les premières lignes, explique que l'intérêt réside justement peut-être dans l'enchainement des trois films, que chacun a sa place dans le récit, et que par conséquent, Retour vers le futur 3 conclut parfaitement la franchise.

D'autres reprennent cet argument pour le retourner contre la licence, se muant dès lors en de bien piètres prophètes. Le New-York Times, par exemple, se trompe d'almanach quand il titre : "Une trilogie dont le futur est dépassé". Rien que la dernière phrase de l'article illustre parfaitement à quel point cette tentative de rétrospective cynique tombe à plat 30 ans plus tard : "À part pour Mr. Lloyd, le film est si doux et fade qu'il est presque instantanément oubliable." Raté.

 

photo, Michael J. FoxDes critiques qui ne visent pas toujours bien

 

Et enfin, il y a les vrais mécontents, ceux qui voient d'un très mauvais oeil le traitement que font Zemeckis et Gale du genre américain par excellence. Le célèbre Roger Ebert, par exemple, parle d'un western réduit à la "sitcom", et d'une avalanche de clichés. Même s'il relève des pistes intéressantes, il déplore une intrigue trop linéaire et peu inspirée. Plus violent encore, le Wall Street Journal sort les armes :

"Doc dit : 'Je ne peux pas croire que ça arrive'. Cette phrase pourrait être la seule prononcée dans l'entièreté du film à contenir une once de vrais sentiments. C'était l'idée qui me restait en tête pendant que je regardais cette copie déprimante d'un matériau qui semblait original à peine cinq ans auparavant, quand il l'était. Et 'Je ne peux pas croire que ça arrive' semble être ce que la plupart des acteurs se disaient alors qu'ils évoluaient laborieusement, une fois de plus."

Comme quoi, les critiques négatives à l'encontre des deux derniers opus concernaient souvent leur statut de suite. On plaint ceux que ça a tant dérangés aujourd'hui.

Tout savoir sur Retour vers le futur

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commentaires
Herve91
17/02/2021 à 19:37

Oui et ......
C'est pas nouveaux qu'ils se plantent, mais c'est tellement drôle de voir qu'ils se prennent toujours autant aux sérieux .

Daddy Rich
17/02/2021 à 17:25

Comme quoi les critiques... ce qu'ils peuvent dire comme conneries, pour se rendre intéressants!

Yes
17/02/2021 à 15:36

Généralement les critiques cinés sont déconnectés de l'avis du grand public... Généralement...

Mais ça c'était avant l'arrivée de Marvel et "sa formuleeeeeee"

Laburne
17/02/2021 à 12:24

« de très divertissant, mais gère plus ». ? "Guère", non ?

Et pour info les épisodes 2 et 3 n'ont pas été tournés l'un après l'autre, mais en même temps. L'un le jour (le 3 ) et l'autre la nuit, principalement.

Pitiwoo
17/02/2021 à 04:27

@Constantine

Que tu n'aies pas aimé les goonies, je comprends, et je suis d'accord sur le fait que le fait de le decouvrir jeune vs le decouvrir a lage adulte change notre perception, mais ce n'est pas une daube. Techniquement, il est tres bon, musicalement impeccable, apres la moitié des acteurs sont des ados, et encore ils s'en sortent bien. Les personnages sont attachants, lhistoire est clichée, mais c'est un peu le delire.

Si les goonies sont une daube, je suis curieux de savoir ceux qui n'en sont pas...

Etoui
17/02/2021 à 00:45

C'est pour ça que je préfère toujours regarder les notes des lecteurs que celle des critiques ciné. C'est les montagnes russes niveau critique magazine dans ce domaine et tenter de "décoder" une note lecteur sur les sites comme allociné, imdb ou même écranlarge (malgré le nombre de notes plus faible et donc une moins bonne statistique) donne finalement une meilleure idée sur si on va aimer ou pas le film choisi. Genre 4,5/5 lecteurs, ça va le faire, 4/5 ça devrait, 3,5/5 quelques risques de pas aimer, 3/5 des chances de se faire un peu ch...
...sauf pour les films d'horreur ou là je ne suis jamais d'accord avec les notes lecteurs souvent trop basses, surement parce qu'une quantité dingue de non initiés donnent des notes minables.

ça ne m'empêche pas de venir voir les articles d'écranlarge souvent bien écrits et marrants à lire même si je ne m'y fies du coup pas trop pour savoir si je vais aimer un film. Et c'est toujours sympa de lire un avis d'un point de vue différent même si on est pas d'accord.

Je suis par contre souvent déjà bien plus d'accord avec les critiques mag de jeux vidéo sauf cas exceptionnels. D'ailleurs il y a un beaucoup plus grand consensus dans ce domaine, les notes font beaucoup moins le yoyo entre les différents critiques.

Thierry
17/02/2021 à 00:00

C'est triste qu'on ne fait plus des films comme ça. Après il y avait Forrest Gump, Contact, Cast Away... puis une lignée de films CGI, numériques, vulgaires et lourds ou difficilement accessibles. Puis cette fébrilité sincère s'est déplacé de Hollywood à Netflix. On se retrouve là devant cette magie, impuissants et désenchantés. Les choses ne s'étant pas toujours améliorées pour le mieux, il ne nous reste qu'à admirer l'oeuvre de notre vieil ami Spielberg, en évoluant à des décennies de l'époque où ces films ont marqué les esprits... perdus, seuls et abandonnés.

Comic-Analysts ou Movie-observer
16/02/2021 à 23:50

Donc un film n'est interessant que lorsqu'il est terre a terre ou adoube par des intelectuels qui veulent imposer leurs idees recus

Comic-Analysts ou Movie-observer
16/02/2021 à 23:26

Alors imaginons un peut que "Howard le canard" film sortie l'annee suivante en 1986 avait eu un enorme succes et n'etait pas le "canard boiteux" qui servait d'excuse aux critiques intelectuels pour s'en prendre a ce genre de film alors que beaucoup de jeunes avaient adore ce film a la TV et en video puis DVD malgre son echec

Charles14
16/02/2021 à 23:14

Je partage l'avis de certains commentaires ici : la trilogie est peut-être une oeuvre culte mais elle n'est pas importante en tant qu'oeuvre cinématographique et je n'ai pas franchement l'impression qu'elle soit prise au sérieux par la critique cinéphile. Je pense au contraire que beaucoup de critiques actuels rejoindraient l'avis de ceux de l'époque, en tout cas pour les journaux français cités.

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