Transformers 5 : The Last Knight – le pire d’Hollywood, le meilleur de Michael Bay ?

Antoine Desrues | 19 avril 2021 - MAJ : 19/04/2021 18:27
Antoine Desrues | 19 avril 2021 - MAJ : 19/04/2021 18:27

Transformers 5 : The Last Knight, ce soir à 21h05 sur W9.

Échec critique et public, Transformers 5 a vite été jeté aux orties. Pourtant, le film mérite d’être ausculté, surtout au sein de la carrière de Michael Bay.

L’inénarrable Michael Bay a une carrière désormais plus qu’imposante, et la saga Transformers y tient une place à part. Au milieu des années 2000, le roi du kaboum a eu envie de changer d’air, et a délaissé le producteur star Jerry Bruckheimer après le tonitruant Bad Boys II pour s’affairer à d’autres projets, cette fois-ci aux côtés de son idole de toujours : Steven Spielberg. Après le flop au box-office du mésestimé The Island, le papa d’E.T. a proposé à Bay de s’atteler à l’adaptation d’une ligne de jouets de la marque Hasbro, dont il a démarré la production. Celui-ci a d’abord bien rigolé, avant de voir le potentiel de ces gros robots extraterrestres capables de se transformer en véhicules. Quatre films plus tard, Michael Bay est devenu le roi du monde, et l’un des réalisateurs les plus lucratifs de l’histoire du cinéma.

Après le succès énorme de Transformers 4 : L'Âge de l'extinction en 2014 (grandement aidé par les entrées chinoises), Paramount a vu les choses en grand, et a vite annoncé la production de sa suite : The Last Knight. A priori, rien ne pouvait empêcher cette machine de guerre de tout écraser sur son passage. Et pourtant, Transformers 5 a été plutôt boudé lors de sa sortie en 2017.

Loin du milliard de dollars de recettes des épisodes 3 et 4, le film est redescendu à la barre des 600 millions, au point d’avoir été considéré par son studio comme un échec, forçant au passage la franchise à faire une pause (du moins après la mise en chantier du spin-off Bumblebee). Mais comment expliquer ce retournement de situation ? Revenons ensemble sur ce cas d’école passionnant de folie démiurgique hollywoodienne.

 

Photo Michael BayMichael Bay, en toute sobriété.

 

Père Castor, ponds-nous plein d’histoires !

Tout d’abord, Transformers : The Last Knight a été perçu à sa sortie comme un film absolument bordélique (y compris dans nos colonnes). Plus encore qu’à son accoutumée, Bay a poussé les potards de sa mythologie foutraque à mille, mélangeant légende arthurienne, Seconde Guerre mondiale et conflits entre planètes avec un sens de l’inconstance absolument délirant.

La raison à cela est très simple : pour son ultime excursion dans la franchise, le réalisateur a eu le devoir d’opérer un passage de flambeau. En effet, Paramount a vu le succès gargantuesque du Marvel Cinematic Universe lui passer sous le nez, et a donc décidé de faire comme la concurrence, à savoir développer sa propre poule aux œufs d’or pour tirer un nombre conséquent de films. Faute d’avoir des super-héros sous la main, la major a vu en Transformers le candidat (plus ou moins) idéal, malgré les critiques souvent négatives que la saga a reçu au fil des ans.

Dès lors, le studio a décidé de mettre en place en 2015 une writer’s room, un collectif de 14 scénaristes mené par Akiva Goldsman (auteur des scripts d’Un Homme d'exception, mais aussi de Batman & Robin), ayant pour but de développer la mythologie de Transformers afin d'en tirer des scénarios pour le grand écran. Et si l’idée a pu sembler assez ridicule, ce brainstorming géant a été constitué avec des poids lourds de l’industrie, comme Zak Penn (Last Action Hero, Avengers), le duo Art Marcum/Matt Holloway (Iron Man), Robert Kirkman (créateur de la BD The Walking Dead), Ken Nolan (La Chute du faucon noir), Steven S. DeKnight (la série Daredevil) ou encore Christina Hodson (Birds of Prey, le futur film The Flash), qui en a profité pour développer le projet Bumblebee.

 

Photo Mark WahlbergAh oui, c'est vrai, Mark Wahlberg est toujours de la partie...

 

Ce qui est intéressant, c’est que les writer’s rooms ont à l'origine été pensées pour les séries télévisées, afin de créer des trames épisodiques et des arcs narratifs sur le long terme. Pourtant, celle de Paramount a bien illustré la mutation du procédé vers le cinéma. D’autres initiatives ont d’ailleurs émergé au même moment, qu’elles proviennent d’Universal avec le projet avorté du Dark Universe, ou bien évidemment de Disney avec Star Wars et Marvel.

Tout ce beau monde s'est donc mis à avancer des traitements, en s’inspirant principalement d’événements centraux de l’histoire de l’humanité dans lesquels les Transformers auraient été impliqués. Le producteur Lorenzo Di Bonaventura a même expliqué que la chronologie hasardeuse des premiers films importait peu. Par exemple, l’un des auteurs s'est permis d’imaginer un projet se déroulant durant le Débarquement allié, avec des Nazis épaulés par Megatron. Pourtant, le grand méchant de la licence est alors censé être cryogénisé sur Terre depuis sa chute en Antarctique plusieurs milliers d’années auparavant. Autant dire qu'avec de telles ambitions, tout ne pouvait que bien se passer...

 

PhotoMegatron d'Arabie.

 

Panic Room

Mais le problème principal, c’est que Transformers 5 a dû s'écrire au plus vite pour servir d’introduction à ces suites et spin-off, et ce malgré un quatrième opus qui s’est conclu sur un énorme cliffhanger. Pour rappel, Optimus Prime a décidé de partir dans l’espace, à la recherche de ses créateurs. Une proposition intrigante que Bay et Spielberg ont pourtant dénigré assez vite, à l’instar des autres idées en suspens de la saga. Optimus a transporté avec lui l’équivalent d’une bombe atomique Transformer ? On ne la reverra plus jamais. Megatron a transféré son âme dans un nouveau corps, surnommé Galvatron ? Pas grave, il est de nouveau Megatron, sans plus d'explications.

A la place, les deux producteurs ont privilégié les nouveaux concepts de leur peloton de scénaristes, jetant notamment leur dévolu sur un script autour de l’interaction des Transformers avec le roi Arthur, qui a fait son chemin jusqu’au film que nous avons découvert en salle.

A partir de là, les membres de la writer’s room ont eu pour principal but de s’ajouter au générique déjà bien rempli de ce cinquième opus, faisant de The Last Knight une véritable cacophonie narrative, qui a relégué au second plan Optimus et sa quête de transcendance existentielle pour en faire un méchant temporaire, bien qu’absent pendant plus de la moitié du long-métrage.

 

photo"Comment ça, je sers à rien ?"

 

Le film a souffert de ce rafistolage anarchique, sans doute le mieux symbolisé par Sir Edmund Burton, la machine à exposition incarnée par Anthony Hopkins. Avec ce membre de clan destiné à protéger l’histoire des Transformers, The Last Knight a essayé d’imposer son propre Nick Fury avec un résultat auss laborieux qu'ubuesque. Au même titre que les six monteurs nécessaires à la post-production, le personnage a plutôt pris la forme d’une jointure de salle de bain moisie. Sans grande surprise, cet échec a amené au démantèlement pur et simple de la writer’s room.

A posteriori, le raté de ce collectif a été révélateur de l’état d’une industrie désespérée. A vouloir absolument monter dans le train en marche de Marvel, Paramount est tombé dans le même panneau que Warner et son DCEU. On pourrait d’ailleurs expliquer le flop de Transformers 5 au vu de son arrivée tardive dans cette course effrénée, face à un public dont la patience envers la franchise et les univers étendus foireux a déjà atteint certaines limites.

Il peut même être amusant de voir The Last Knight comme un condensé parfois rance de ce qu’Hollywood a fait de pire dans la deuxième moitié des années 2010. Entre des présentations de personnages avec freeze-frame dignes de Suicide Squad, et un combat entre héros aussi inintéressant que celui de Batman v Superman, le film a passé son temps à cocher les cases d’un cahier des charges à la ramasse... au point de toucher au sublime ?

 

Photo Anthony HopkinsLe niveau d'absurdité du film, condensé dans une image.

 

L'optimisme prime ?

Si Transformers est clairement tombé dans les limbes algorithmiques d’un Hollywood en perte de créativité, la saga a su faire la différence dans le marasme des blockbusters qui brassent du vent, et ce grâce à Michael Bay. Qu’on aime ou non le réalisateur d’Armageddon, son savoir-faire a toujours été indéniable, et son sens aigu de la composition capable de transcender les idées les plus aberrantes. A chaque opus de Transformers, il a su s’approprier les immenses budgets qui lui sont alloués pour en faire de purs terrains de jeux à la gloire de l’expérimentation pyrotechnique.

C’est pourquoi, au sein de ce bazar, Transformers 5 peut faire sens en tant qu’œuvre terminale du style de Michael Bay. Le film possède certaines des images les plus belles et nettes de sa filmographie, grâce au talent du chef opérateur Jonathan Sela (John Wick), mais surtout grâce à la précision des caméras IMAX et leur immense profondeur de champ, utilisées sur la majorité du long-métrage.

Cependant, à l’instar d’autres productions de ce type, Transformers 5 a dû opérer des changements de ratios selon le type d’appareil employé. Mais là où la plupart des cinéastes se sont accordés pour uniformiser leurs séquences dans un seul format, Bay s’est plu à varier le ratio de son film d’un plan à un autre, parfois au sein d’un même champ contrechamp. De nombreux spectateurs se sont plaints de ce choix, qui a pu engendrer une certaine déconcentration pendant le visionnage.

 

photoDenver, le dernier Diiiiinobooooot !

 

Pourtant, l’hétérogénéité du Bayhem (comprenez le style du réalisateur, et son sens de l’ampleur démesurée) n’a jamais paru aussi prégnante. Le montage saccadé du cinéaste a toujours été pensé pour que ses multiples money-shots se remarquent. Avec The Last Knight, Bay a poussé cette logique dans ses retranchements, au point où sa mise en scène a atteint un niveau d’abstraction cohérent avec le chaos de son récit. Une séquence a d’ailleurs souligné cette note d’intention, en permettant à Bumblebee de défragmenter son corps lors d'une attaque militaire, avant de le reconstruire en faisant valdinguer ses membres d’un bord à l’autre de l’écran, comme si le montage opérait une véritable opération de chirurgie barbare.

Les mouvements opposés s’entrechoquent, et ce sur toutes les échelles, puisque la Terre est confrontée à l’arrivée soudaine de Cybertron sur son axe, provoquant une série de plans à la fois magnifiques et terrifiants de nihilisme, où les paysages de notre chère planète bleue se voient râclés par d'autres pans d'astre. Même le logo de la Paramount est envahi par un effet 3D jubilatoire, à savoir des boulets enflammés qui décollent de la montagne du studio pour s'écraser sur le champ de bataille inaugural en plein Moyen-Age, le tout dans un seul mouvement panoramique. 

Le cinéma devient dès lors une pure écriture de la destruction, obligeant les dimensions à se connecter même lorsque le rond n’est pas censé entrer dans le carré. C'est pourquoi le cinéaste a sans doute compris mieux que personne le plaisir jouissif qui émane du concept de Transformers. Ce n’est pas tant la métamorphose des robots en voiture qui fascine, mais bien le magma de métal entre les deux, qu’il est le seul à aussi bien filmer. Dans un sublime clair-obscur, le méchant Infernocus (un colosse Transformer composé de six robots, malheureusement sous-exploité par le film) dessine sa silhouette comme une ombre chinoise mutante, un pur éclat de formes et de couleurs qui renverrait presque au cubisme et à son éclatement du point de vue.

 

photoCombat de robots géants, par Pablo Picasso Michael Bay

 

The Last Knight possède ainsi un charme étonnant par son pur geste de cinégénie. Son montage heurté a pu se révéler frustrant dans sa manière de sauter en permanence du coq à l’âne, mais ses corps de robots décomposés n’ont jamais autant fait sens que dans ce blockbuster fabriqué à la manière d’une créature de Frankenstein.

En utilisant sa caméra pour combler des béances, des interstices, et fatalement contraindre le spectateur à une vision différente de ce que pourrait être le cinéma, Michael Bay a perpétué sa quête de transcendance des sens. La course-poursuite dans les rues de Londres lui a d'ailleurs permis d'aller encore plus loin dans l'enchaînement rapide entre les images. La cohésion de l'espace-temps a définitivement disparu, mais cet ensemble de vignettes quasi-subliminales mute en un élan homogène, duquel il faut accepter de capter des fragments (un bout de dérapage par-ci, une roue perdue par-là).

Le corps humain, contrairement à celui plus malléable des Transformers, est presque devenu insuffisant pour recevoir cette mosaïque éclatée. Et bien entendu, il est logique de la considérer comme harassante, mais qui sait, peut-être qu’on a tenu là un film d’action expérimental incompris...

Tout savoir sur Transformers 5 : The Last Knight

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commentaires
rientintinchti
19/04/2021 à 22:50

En dehors de la nullité abyssale de ces films pour rednecks et beaufs internationaux, les films de Michael Bay sont à vomir sur le plan idéologique. Ce sont des films ultra racistes et à visée propagandiste.

mwais
19/04/2021 à 21:44

L'impression que m'a laissée ce film est Michael Bay s'amusant à parodier son propre style. Des personnages toujours plus outranciers et un "scénario" toujours plus chagrin pour relier encore plus de scènes de bazar incompréhensible avec plein d'étincelles capturées en imax 3d. Ce cher Bay est en roue libre totale, et c'est pas peu dire. A côté de ça les premiers transformers sont de bon goût. Le succès d'un élément d'une franchise provient notamment du bouche à oreille des éléments précédents . D'où un décalage de phase : le succès du 4, et le fail du 5. Après, la musique reste cool...

Barnabé Scherelle
05/01/2021 à 22:04

Petit problème avec l'accord du participe passé ?
"les critiques souvent négatives que la saga a reçuES" !

Carter
04/01/2021 à 10:03

L'Écran Large se plongeant dans la "profondeur" de l'œuvre de Michael Bay !
Dans mon enfance, c'était plutôt Tarkovski, mais je suppose que chaque époque a ses cinéastes.
Et, au fond, Michael Bay représente très bien la nôtre : un technicien remarquable, à la recherche constante de l'esthétique de l'image, en utilisant les technologies les plus qualitatives possibles, au service d'un vide abyssal, témoin d'une société totalement acculturée et décérébrée.
En cela, il peut bien être considéré comme le représentant le plus remarquable du cinéma contemporain.

Daddy Rich
03/01/2021 à 17:21

C'est celui dont je me rappel le moins...
Il ne m'a absolument pas marqué celui-ci!
Donc dire si il est mauvais ou bon, j'en suis incapable!
(si je me souviens bien, je me suis endormi devant!)

Gregdevil
03/01/2021 à 09:49

En faite, faudrais monter le film qu'avec les combats de robots. Le reste c'est du remplissage. Franchement c'est le scénario le plus consternant de la saga. Et pourtant le 2 est aussi très bancal.

Sautenvick
01/01/2021 à 18:44

Les gens qui disent juste "nul a chier" (ou tout autre commentaire a l'argumentation proche du néant abyssal), n'ont juste pas compris ce qu'était le cinéma en fait.

Lebon nj
01/01/2021 à 12:31

Transformers 5 est un film trop sous côté selon moi!
Le film est beau bien fait avc une belle narration est un Optimus Prime(le meilleur
personnage cinématographique selon moi ) aussi épique que d'habitude, en fait je pense que Michael Bay a voulu instaurer dans le film une ambiance révolutionnaire avc des rapides enchainement d'images et de plans qui sont très beau à voir que seul des vrais cinéphiles auraient pu voir !!
Transformers 5 est une merveille et les Transformers resteront parmi les meilleurs ou si ce n'est même la meilleure saga de l'histoire !

cepheide
31/12/2020 à 19:33

Je suis totalement d'accord avec vous, l analyse est vraiment juste.

NON C'EST LE PIRE DE HOLLYWOOD ET...
31/12/2020 à 15:12

Le pire de M. Bay

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