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300 : le film épique qui a défini le cinéma de Zack Snyder

Par arnold-petit
28 octobre 2020
MAJ : 21 mai 2024
300 : photo, Gerard Butler

Retour sur 300, le film qui a défini la carrière de Zack Snyder et sa façon de concevoir les adaptations de comics.

Zack Snyder n'a jamais fait l'unanimité et c'est un constat que l’on observe avec quasiment tous ses films, pour différentes raisons : L'Armée des morts, parce qu'il n’a plus rien à voir avec le film dont il est le remake ; Watchmen, à cause d'une trop grande fidélité et de la fin qui a été modifiée ; Man of Steel, décrié pour son Superman meurtrier ou Batman v Superman : L’Aube de la justice et son Chevalier Noir sans pitié, sans oublier les Martha.

Comme les autres éléments qui composent sa filmographie, 300 n’y échappe pas non plus. Alors que certains décrivent le long-métrage comme un classique du péplum qui a révolutionné l’utilisation du numérique, d'autres, en revanche, le considèrent comme un objet hideux, dépourvu d’émotion et de mise en scène. Pourtant, l’adaptation du roman graphique de Frank Miller est un film qui a marqué son temps, mais qui a aussi défini la façon dont Zack Snyder conçoit le cinéma et les adaptations de comics.

 

photo, Gerard ButlerAOUH AOUH AOUH

 

THIS IS SPARTA

Avant même de faire son entrée dans le monde du cinéma par la grande porte avec L'Armée des Morts, Zack Snyder avait déjà pour ambition d’adapter le roman graphique de Frank Miller, légendaire scénariste qui a réinventé la figure du super-héros avec Daredevil : RenaissanceThe Dark Knight Returns ou Batman : Année Un.

En 2002, après une solide carrière en tant que réalisateur de publicités pour des marques comme Budweiser, Nike et Foot Locker, un documentaire sur Michael Jordan et le basketball appelé Playgroundmais aussi des clips pour les ZZ Top ou encore Rod Stewart, il décide de faire le tour des studios pour leur proposer son idée, mais aucun d'entre eux n'y croit, comme le racontait Zack Snyder à USA Today :

« Personne n'était vraiment intéressé à en faire un film. Ils n'ont tout simplement pas compris. C'était fin 2002, et Troie venait d'entamer sa pré-production. Ils avaient Brad Pitt et tout ce dont ils avaient besoin. Ils ont dit : "Oh, quoi ? Tu vas venir avec ton roman graphique de fou ?" Je ne savais pas à quel point c'était dur de faire un film. »

 

photoQuand tu proposes une adaptation de comics sans Batman dedans

 

Après avoir refusé de réaliser S.W.A.T. Unité d'élite à cause du classement PG-13 réclamé par le studio, il se voit confier le remake du Zombie de George Romero et présente alors une relecture percutante du film culte en l'amenant dans une ère contemporaine, avec violence et intensité. Le réalisateur a fait ses preuves comme il l'entendait, en marquant le genre horrifique de son empreinte, et retourne alors frapper à la porte des studios.

Lors d'une réunion avec Gianni Nunnari, qui a notamment produit Seven, Une Nuit en enfer ou encore un certain Alexandre, il remarque 300 sur son bureau. Ni une, ni deux, le cinéaste aborde son envie de l'adapter sur grand écran, sauf que le studio n'est pas totalement partant. Avec son équipe, il scanne les pages du livre pour en faire une version animée, avec la voix de son ami acteur Scott Glenn pour la narration, mais ça ne suffit toujours pas à convaincre la Warner. Il décide alors de monter un plan-séquence de 90 secondes, filmé à 360 degrés, dans lequel un Spartiate tue plusieurs Perses, puis l'envoie au studio, qui donne finalement son feu vert.

 

photo, Gerard ButlerPas besoin de rentrer le ventre, Gerard

 

Frank Miller est réticent à l'idée de voir son travail être adapté au cinéma, craignant que le studio transforme son histoire en un gentil film avec une fin heureuse. Après une rencontre avec Zack Snyder, durant laquelle les deux hommes ont partagé leur intérêt pour cette période de l'Histoire, il change d'avis et accepte finalement de céder les droits, puis rejoint le projet en tant que consultant et producteur exécutif. Un budget de 65 millions de dollars (hors frais marketing) est octroyé pour le long-métrage, une somme dérisoire par rapport aux 175 millions de Troie ou aux 155 millions d'Alexandre.

Pour pouvoir restituer le style graphique de Frank Miller et les sublimes couleurs de Lynn Varley, Zack Snyder décide de tourner l'ensemble de son long-métrage sur fond bleu (sauf pour la chevauchée du messager perse au début, qui ne pouvait pas être tournée en studio). Un parti-pris qui lui permettra de constituer les arrière-plans, les paysages, les décors ou d'ajouter autant d'effets visuels qu'il le souhaite.

Quelques environnements sont quand même construits par Jim Bissell, qui a travaillé sur E.T. l'extra-terrestre, Les Aventures de Rocketeer, Jumanji ou A l'aube du 6ème jour. Les (nombreux) costumes sont conçus par les équipes de Michael Wilkinson (MatrixDark Water) tandis que Jordu Schell s'occupe de créer les animatroniques et que Shaun Smith et Mark Rappaport se chargent des prothèses et des accessoires portés par les acteurs, notamment Andrew Tiernan, l'interprète d'Éphialtès, le traître bossu à l’apparence monstrueuse.

 

photo, Andrew TiernanQuasimodo : les origines

 

Après deux mois de préparation, le tournage démarre en octobre 2005 à Montréal et s'étale pendant 60 jours, puis la post-production dure ensuite plus d'un an, avec près de 8 631 effets rajoutés à plus de 1 300 plans sur les 1 523 qui ont été tournés. Afin d'apporter une patine semblable à celle du roman graphique, les équipes mettent au point une technique qu'ils baptisent le «crushing », un procédé permettant de retrouver la teinte sépia du comics et de modifier les contrastes pour leur donner une impression de clair-obscur en écrasant le noir d'une image tout en saturant la luminosité et les couleurs.

Le studio ne lésine pas sur la promotion et attise la curiosité du public à grands coups d'affiches et de bandes-annonces diffusées pendant la San Diego Comic-Con, puis dans les cinémas. En mars 2007, 300 sort en salles et réalise un démarrage impressionnant, puis s’avère être un énorme carton au box-office, avec 210 millions de recettes à domicile et un peu plus de 450 millions à l'international (hors inflation). Alors que les fans du comics sont conquis et fascinés, les critiques, elles, sont mitigées. Malgré un certain consensus autour du visuel, le scénario est considéré comme simpliste et rudimentaire, avec une réalisation décrite comme fastidieuse, voire inexistante, en raison de la trop grande place qu'occupent les effets numériques.

 

photoLes critiques à la sortie de la projection

 

JE SUIS UNE LÉGENDE

Même s'il a donné lieu à des moments iconiques et des répliques cultes, qui ont mis à l'épreuve les cordes vocales d'un Gerard Butler musculeux et habité par son personnage, il faut reconnaître que le scénario de 300 est assez mince et que celui de Frank Miller l'est encore plus. Une raison qui a poussé Zack Snyder, Michael B. Gordon et Kurt Johnstad à l’enrichir en imaginant des scènes entre les pages du comics qu'ils utilisent comme des storyboards. Différents éléments sont donc ajoutés, comme quelques scènes entre Léonidas et son fils, des dialogues, mais surtout l'intrigue autour de Gorgo qui tente de rallier le Sénat à la cause de son mari face à Theron, un politicien corrompu par les Perses.

Un élément permettant de développer le personnage de la reine, qui n'apparaît quasiment pas dans le récit de Frank Miller, en la plaçant au cœur de l'intrigue : Léonidas la consulte d'un regard avant d'envoyer le messager au fond du puits et lui demande son avis sur sa décision d'affronter les Perses. Puis elle tente de convaincre Theron par tous les moyens, et alors qu’il s'apprête à mourir sous une pluie de flèches, le roi adresse ses dernières pensées à sa reine, qui continuera son combat dans 300 : La naissance d'un Empire.

Néanmoins, si le personnage de Gorgo amène de la profondeur à une histoire qui en manquait cruellement, ses apparitions viennent couper le rythme déjà déséquilibré par une narration qui alterne scènes de combat et discours grandiloquents et peut vite devenir répétitive, voire lassante.

 

photo, Lena Headey, Gerard ButlerJe pars acheter des clopes, je reviens tout de suite

 

L'exactitude historique est une des critiques qui a souvent été adressée au film et au comics, mais 300 n'a jamais eu pour vocation d'être une représentation exacte de ce qui s'est déroulé durant la bataille des Thermopyles. De ce qu’on sait, Sparte s'est allié à d'autres cités grecques et entre 7 000 et 10 000 hommes ont été réunis pour tenter d'arrêter l'avancée des Perses de Xerxès Ier. Les 300 Spartiates de Léonidas Ier sont bien restés pour se sacrifier après la trahison d'Éphialtès, mais en compagnie de 700 autres soldats venus de Thespies.

300 a également été à l’origine d’une polémique en Iran à cause de la représentation de Xerxès et certains ont vu le film comme un soutien à l'intervention des États-Unis au Moyen-Orient. Zack Snyder a affirmé plusieurs fois que son adaptation n'avait pas de portée politique et qu'il était surtout intéressé par l'action et le déchaînement de violence qu'il avait apprécié dans ce comics publié en 1998, bien avant que les attentats du 11 septembre frappent New York et que Frank Miller torpille sa carrière avec une islamophobie exacerbée dans Holy Terror.

D'autant que cette histoire est racontée par Dilios, un soldat spartiate dont le point de vue peut être considéré comme totalement subjectif. Un narrateur non-fiable qui serait enclin à magnifier les actes de son roi et des Spartiates, leur beauté, leur habilité au combat, leurs exploits face aux Perses ou à représenter les Immortels comme des démons pour bâtir la légende de celui qui s’est sacrifié au nom de la liberté. Même s'ils sont élevés au rang de héros, le film présente également les Spartiates comme des eugénistes sanguinaires bercés par la violence, dont le plus grand honneur est de mourir pour Sparte.

 

photo, Rodrigo Santoro20 kilos d'or pur sur le corps

 

Frank Miller a composé son récit mythologique autour du roi Léonidas et des Spartiates en se référant à ce moment historique, mais aussi à La Bataille des Thermopyles de Rudolph Maté, qui a déjà adapté ce conflit au cinéma en 1962. Un film sur lequel Frank Miller est tombé étant enfant, qu’il l’a impressionné avec ses batailles gigantesques et inspiré pour écrire le scénario de 300.

À l'instar du scénariste, Zack Snyder ne s'intéresse pas du tout au réalisme du récit. Contrairement aux autres adaptations de comics, qui semblent se dérouler dans un univers semblable au nôtre, l'esthétique du film accentue la dimension fantaisiste et le réalisateur a même demandé aux autres scénaristes de renforcer l'aspect mystique, avec par exemple un monstre lâché par les soldats perses pendant un assaut ou des rhinocéros (qui épuiseront une grande partie du budget des effets spéciaux).

Conscient des faiblesses des histoires qu’il reprend ou adapte, le cinéaste n’a jamais hésité à retoucher des éléments et apporter des modifications aux scénarios de base, déjà dans L’Armée des Morts, mais aussi dans ses futures adaptations, en changeant la fin de Watchmen ou en s'inspirant de The Dark Knight Returns pour façonner une opposition idéologique entre Batman et Superman totalement différente de celle du comics. Cependant, pour 300, même s’il a considérablement amélioré l'histoire, il a quand même tenu à rester fidèle au matériau d’origine, à tout point de vue.

 

photoUne copie conforme du dessin de Frank Miller

 

IT'S ALIVE !

Zack Snyder fait d'ailleurs preuve d'une maîtrise et d'une rigueur remarquable sur ce point, non seulement en parvenant à reproduire des cases à l'identique dans certains plans, mais aussi à retranscrire l'ambiance sombre et ombrageuse présente dans le roman graphique.

Grâce aux effets numériques, le film retrouve l'aspect pictural des dessins de Frank Miller et des couleurs de Lynn Varley et lui confère une imagerie bien particulière. Elle évoque à la fois le clip, le jeu vidéo, l'expressionnisme ou la peinture, avec des plans composés comme des tableaux vivants pour amplifier et glorifier tout ce qui peut capter la caméra (et donc la rétine du spectateur).

 

photoTree of life

 

300 est un comic book qui s'anime sur l’écran et cette ambition se retrouve clairement dans la réalisation de Zack Snyder, qui joue avec la mise au point, la vitesse ou encore le montage pour procurer la sensation de voir les dessins de Frank Miller prendre vie et utilise la technologie afin de reproduire une expérience unique, celle de la lecture d'une bande dessinée.

Une impression que l'on retrouve dans beaucoup de séquences, comme lors du naufrage de la flotte perse sous la tempête, quand Stelios coupe la main d'un émissaire de Xerxès, mais surtout pendant l'une des scènes les plus mythiques du film : quand Léonidas se jette au milieu des ennemis dans une ruée sanglante.

Alors que la phalange spartiate repousse les Perses, le roi de Sparte s'élance et massacre plusieurs ennemis avec sa lance, qu'il jette ensuite sur l’un d’eux. L'arme fend l'air et la caméra suit son parcours jusqu'à sa cible, qui se fait empaler et tombe au sol. Léonidas tire son épée de son fourreau et continue de décimer les rangs des Perses, découpant la jambe de l'un d'entre eux, frappant un autre avec son bouclier, qu'il achève en lui enfonçant sa lame dans le corps.

 

photoCome get some

 

Une scène de 72 secondes sous la forme d'un faux plan-séquence durant lequel le réalisateur utilise des ralentis pour capter la fluidité, la lisibilité des mouvements et la violence des coups. Mais c'est aussi le moyen de créer des instants presque figés, semblables à des cases de comics, puis montrer à vitesse normale ce qui se déroulerait entre chacune d’entre elles, dans un découpage qui rappelle clairement celui des planches d'une bande dessinée.

Un moyen efficace pour se rapprocher des possibilités infinies dont les dessinateurs disposent. Dans un comics, une immense scène d’action n’a pour seule limite que l’imagination de l’artiste, mais peut coûter plusieurs milliers de dollars à mettre en œuvre dans un film. Grâce à ce procédé et à ce style si particulier, Zack Snyder peut s'affranchir de toutes limites, narratives, visuelles ou budgétaires et générer de l’emphase par tous les moyens possibles, en démultipliant l’immersion et les émotions.

 

photoVous ne passerez pas

 

Cette volonté de restaurer l'esthétique et l’atmosphère des comics est typique de 300 et se retrouvera également dans ses autres adaptations de comics, que ce soit dans Watchmen (auquel on déclare tout notre amour par ici), Man of Steel (le meilleur film du DCEU) ou Batman v Superman (bien trop sous-estimé).

Zack Snyder transpose les cases de papier dans une version cinématographique et pense ses scènes comme un dessinateur en termes de composition, de texture, de lumière ou de mise en scène. Le but : faire en sorte que les personnages que l’on voit et que le spectacle auquel on assiste en tournant les pages d’un comics se retrouvent sur un écran de cinéma.

 

 

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Sanchez

Un degueuli visuel bien raciste et homophobe. Le film a déjà très mal vieilli et à la limite du regardable aujourd’hui

Popeye

.Moi.j’ai.adorer.300.j’ai.vue.pas.mal.de.peplum.j’ai.trouver.les.decors.bien.fait.il.devrait.faire.des.films.comme.sa.plus.souven’y.j’ai.regarder.la.suite.300.la.naissance.d’un.empire.il.est.pas.mal.non.plus.j’espère.que.le.réalisateur.qui.a.fais.se.film.en.fera.d’autre.intéressant.
Raffi.

Batsy

@menemen

Peut-être parce que ceux que tu cite le fond mal ? Voir très mal pour le deuxième (ahh ce 3ème act de End Game, tant de chose à dire.) Les films de Snyder, même 10 ans après n’ont pas pris une ride. Les deux que tu cite ne peuvent pas en dire autant, même au bout de 2 ans.

Et sinon, article très intéressant au passage. J’attends être déçu d’un film du bonhomme, vraiment. La haine qu’il reçoit d’un peu près tout bord est incompréhensible. Et je parle bien de haine et non pas de simple « j’aime pas ses films ». Bizarrement, les gens ne veulent pas entendre les dires des gens qui travaillent avec lui… 300 reste une claque, les musiques, les costume, les décors… Je me souvient d’une interview de Alan F. Horn qui disait être dégouté d’être partie de chez WB au moment où le film se faisait et de n’avoir pas été impliqué, la question était « Quel est votre plus grand regret ». Ça en dit long quand même.

De Passage

(Désolé, j’ai piquer ton pseudo en voulant te citer)

menemen

Lol, c’est effectivement vrai dans mon entourage. Lorsqu’il s’agît de se différencier de la « masse », on ferme les yeux.

menemen

Filmé intégralement sur fond vert mais personne dit rien, par contre quand c’est Star Wars ou Marvel ça crie.

Hasgarn

J’ai toujours aimé ce film juster parce que Snyder a poussé les potards au max et a assumé totalement sa démarche. Il a mon respect depuis.
Et puis visuellement, c’est tellement impressionnant.

Kyle Reese

Très intéressant article. Ayant été très partagé à l’époque de ma première vision, scénario assez vide, beau graphiquement avec une mise en scène hyper dynamique et fluide mais difficile de faire abstraction de la patte du quasi tout numériques pour les décors et autres, avec une impression d’hystérie guerrière testostéronée à outrance (c’est pourtant un fan de Schwarzy qui parle), j’avais aussi l’impression que son utilisation à outrance des ralentis était plus le fait du manque de contenu tourné. J’ai bcq aimé ça suite que j’ai regardé peut être avec plus de recul et de légèreté qu’en 2007. (Eva Green est plus jolie a regarder que Gérard Butler ça a du compter) De l’eau à coulé sous les ponts et j’ai appris à apprécier Snyder que j’aime bcq aujourd’hui. Je vais donc rapidement le revoir afin de sans doute le ré-évaluer.