Sweeney Todd sur Netflix : quand Tim Burton est-il devenu mauvais ?

La Rédaction | 4 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 4 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Quand est-ce que Tim Burton a commencé à déconner ? Avec Sweeney Todd et Les Noces funèbres sur Netflix, la question se repose, encore.

Tout le monde connait Tim Burton, cinéaste issu de l'animation ayant réussi à se faire un nom en adaptant à la sauce populaire sa passion pour le gothique, l'expressionnisme allemand et les séries B des années 1950. La première partie de sa carrière n'est constituée que de sans-fautes critiques, puisque dès son deuxième long-métrage, Beetlejuice, il a convaincu tout le monde. Il a enchainé avec Batman et Edward aux mains d'argent, puis a ravi les publics aux 4 coins du monde avec quelques très grands films comme Mars Attacks ! ou Ed Wood.

Malheureusement, le passage des années 2000 n'a pas été très facile pour le metteur en scène, qui a dû faire face avec Sleepy Hollow, La Légende du cavalier sans tête à quelques mines dubitatives. Mais c'est en 2001 que la carapace Burton se fissure totalement, avec son adaptation de La Planète des Singes. Dès lors, tout le monde s'accorde à dire que la machine s'est foncièrement grippée... quelque part.

À l'occasion de l'arrivée de Sweeney Todd et des Noces funèbres sur Netflix, Ecran Large parcourt la filmographie du maître pour trouver le moment où ça a dérapé, en partant donc de sa première véritable déception.

 

Photo Johnny DeppIl l'a échappé belle

 

LA PLANÈTE DES SINGES

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Entre la saga de cinq films dans les années 60-70 (du classique La Planète des Singes à La Bataille de la planète des singes), et la trilogie à succès terminée avec La Planète des singes : Suprématie (mais elle reviendra chez Disney), il y a eu la tentative Tim Burton chez la Fox. Et sur le papier, c'était un choix inspiré, puisque le réalisateur était le candidat idéal pour exploiter la bizarrerie de l'univers, et s'amuser avec l'idée d'une civilisation simiesque. Surtout avec un gros budget de 100 millions pour donner vie à sa vision, et le soutien d'un studio en confiance après le carton de Sleepy Hollow.

Tout ce qui fonctionne dans La Planète des singes de 2001 porte ainsi le sceau Burton. Un dîner mondain, des ados en crise, un brin de toilette, une parade nuptiale : quand le cinéaste filme la vie quotidienne des singes et autres orangs-outans, son âme est là, dans l'étrange et le burlesque des situations. Il est évident que pour lui, le vrai cœur du film est du côté des freaks poilus (Helena Bonham Carter en princesse politisée, Paul Giamatti en irrésistible chenapan, Tim Roth en ogre shakespearien) et pas des Playmobiles hollywoodiens (Mark Wahlberg et Estella Warren, aussi expressifs qu'un bout de plastique passé au micro-onde).

Ce qui amène au plus beau des paradoxes, typiquement burtonien : comme d'autres tendres monstres du cinéaste, les singes sont bien plus humains que les humains du film. La magie des maquillages de Rick Bayer y joue pour beaucoup, tout comme la musique sous-estimée de Danny Elfman (le thème d'intro guerrier, quel délice).

 

photoKneel before Z̶o̶d̶ Thade

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Parce qu'avec un budget de 100 millions, et une potentielle franchise à la clé, ce n'était plus un film de Tim Burton. C'était d'abord une machine de studio, avec des impératifs comme les explosions, les poursuites, et blonde qui fait la moue et la nouille à moitié nue. Dès la deuxième heure, le barrage Burton cède, et La Planète des singes coule dans les abimes du blockbuster insipide.

Entre le héros qui avance avec un GPS futuriste, un méchant écrit à la truelle, et une romance à deux balles, Burton a de toute évidence lâché l'affaire, quitte à donner la sensation de deux films en un. Le côté action est dramatique, et porte tous les symptômes d'une superproduction désertée par le réalisateur (découpage hasardeux, cascades ridicules des singes acrobates, et enjeux débiles du type sauver un môme en pleine bataille). La fin achève l'aventure, avec le singe tombé du ciel tel un deus ex machina désespéré, et le twist final imposé par le studio pour une possible suite. Il n'y a plus de pilote, hormis l'équation d'un gros film qui doit rapporter gros.

La Planète des singes apparaît alors comme le film de la transition diabolique, où Tim Burton capitule en direct en deux heures, passant de gros malins qui détourne les armes du studio, à petit soldat qui ferme les yeux et se laisse embrigader.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 7/10

Notre dossier en défense (relative) de La Planète des singes version Burton, c'est par ici.

 

Photo Mark WahlbergPersonnages insipides perdus dans un skate park

 

BIG FISH

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Parce que le réalisateur, fraîchement devenu père, trouvait là une occasion de renouveler aussi bien ses thématiques que leur forme. Adieu rayures, bye-bye références gothiques à foison, même les marginaux et les freaks (pourtant bien présents) étaient présentés sous un jour nouveau. Le centre de gravité de tout son cinéma paraissait se déplacer, et derrière la lumineuse photographie de Rousselot, s’avançait un discours passionnant, par endroits beaucoup plus matures que ce à quoi il nous avait habitués. 

Ambassadeur d’une certaine différence, conteur dédié à ceux que la fiction grand public renvoyait souvent aux ténèbres, Burton a de tout temps pris fait et cause pour les monstres, quitte à opposer un peu lourdement les monstres et les tenants de la norme. Ici, tout est plus fin, plus ambigu. 

Le héros interprété par Ewan McGregor, sous ses airs de Tintin de l’Americana est un insupportable optimiste, emblématique des personnages qui étaient jadis les méchants Burtoniens, mais se révèle pétri de contradictions et d’ombres. La sorcière et la fascinante gosse que croise Bloom se révèlent une unique personne, et sans doute la maîtresse de ce dernier, alors que Burton aborde la douloureuse question des blessures amoureuses. 

La précision avec laquelle il aborde le motif de la transmission, du sens de la mémoire et de son utilité assure au film une très grande puissance émotionnelle, bien plus marquante que ses précédents exploits esthétiques, incontestablement marquants, mais reposant parfois plus sur l’oeil du spectateur que son palpitant. Et c’est là une grande réussite de Big Fish. Assister à la métamorphose réussie d’un esthète un peu poseur en conteur émouvant. 

 

Photo Tim Burton, Albert FinneyQuand Tim Burton se mouille

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Qu’on apprécie ou non Big Fish, le film laisse en bouche un sentiment curieux. Celui d’assister non seulement à la fin d’un cycle, mais aussi à sa liquidation totale, tant le monde de Tim Burton change de paradigme. On l’a dit, ce renouveau est bien sûr stimulant, mais il laisse aussi penser que rien ne sera plus comme avant. 

En effet, Big Fish n’a rien d’une digression, n’annonce pas un pas de côté, il a valeur de solde de tout compte. Comme son héros enterre son paternel, pour mieux en finir avec toutes les légendes qui l’ont poursuivi depuis l’enfance, l’artiste offre à ce qui a composé son œuvre jusqu’ici des funérailles de première classe. Et quand bien même la démarche interpelle autant qu’elle intéresse, au fur et à mesure que le film progresse vers son climax, une question se pose en creux : Tim Burton a-t-il encore quelque chose à filmer après tout cela ? Ne nous annonce-t-il pas la fin de son désir de conteur ? 

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 2/10 

Retrouvez notre dossier tout bouleversifié sur le film 

 

Photo Helena Bonham CarterLe rôle le plus fort d'Helena Bonham-Carter ?


Charlie et la chocolaterie

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Sur le papier, l'univers de Roald Dahl est tellement foisonnant, ouvert à de multiples idées et perceptions, et tout autant destiné aux enfants qu'aux adultes, que voir Tim Burton s'emparer de son livre le plus célèbre, Charlie et la chocolaterieétait forcément hyper alléchant. En 2005, le réalisateur a envie de mettre en scène le fameux roman depuis plus de quinze ans, souhaitant s'y atteler dès la fin des années 80, mais bloqué par le refus de Dahl lui-même. La mort de ce dernier en 1990 permettra finalement de concrétiser le projet en 2005, alors que Martin Scorsese avait été envisagé un temps.

Lorsqu'il s'est lancé dedans, Tim Burton avait donc d'ores et déjà une idée assez claire de son Charlie et la chocolaterie qui lui permettrait d'ouvrir les portes à une multitude d'idées : "C'est un mélange d'émotion, d'humour et d'aventure qui est absolument hors du temps et je pense que c'est la raison pour laquelle ce roman s'imprègne tellement en vous." Un mix qui correspond totalement au style de Burton, capable de mêler fantastique, aventure, horreur, comédie et drame familial dans une seule oeuvre, à l'image de son Big Fish évidemment, qu'il vient justement de réaliser.

Alors quand en plus, le budget alloué pour le film est à hauteur des 150 millions de dollars, soit le plus gros budget obtenu par Burton dans sa carrière à l'époque, on se disait que l'espoir était là.

 

Photo Johnny DeppLe groupe choqué par le résultat final

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Parce que finalement, toute la promesse d'une grande oeuvre familiale au coeur d'un monde fantaisiste fascinant a été complètement gâchée par la bouillie numérique servant de décors au film. Avec un tel budget sous la main, nul doute que Burton rêvait de grand et pensait sincèrement que la visite du royaume de Willy Wonka (incarné par Johnny Depp) serait merveilleuse à l'écran.

Problème, le rendu est proprement écoeurant, à l'image de la rivière en chocolat dans laquelle finira le gros Augustus Gloop. Ce ne serait pas si grave si le long-métrage allait au-delà de son simple décor laid et repoussant durant ses 1h55, mais malheureusement, il se résume peu ou prou à une visite basique de la chocolaterie sans véritable fond derrière. Le moralisme incessant du scénario porté par les chansons interminables des Oompa-Loompas est épuisant, et le sadisme originel de Wonka finit par être annihilé par ces diatribes musicales rasoir.

Reste alors... pas grand-chose à retenir du long-métrage si ce n'est que l'oeuvre de Roald Dahl n'aura pas eu les honneurs d'une adaptation correcte et visuellement à la hauteur, une fois de plus.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 9/10 

 

photoUne mare de chocolat caca


Les Noces funèbres

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : C'est la deuxième fois que Burton devait réellement prouver qu'il en avait encore. Le cinéaste avait contrecarré la réception pour le moins mitigée de La Planète des singes avec un Big Fish bien plus recommandable. La bouillie Charlie et la Chocolaterie (pourtant plutôt appréciée par la presse américaine, probablement atteinte d'une des premières formes du coronavirus anesthésiant le goût) attendait son contrepoint sensible. Et ça devait être Les Noces funèbres.

D'autant plus que le film marquait le retour du cinéaste à ses premières amours : l'animation, en stop motion qui plus est. Mieux encore, il est co-réalisé par un des orfèvres de L'Étrange Noël de monsieur JackMike Johnson. Plus qu'une oeuvre personnelle contrebalançant des frasques hollywoodiennes, c'est presque une déclaration d'indépendance à lui tout seul. À travers son univers, dont chaque millimètre transpire l'imaginaire burtonnien et sa passion pour le gothique tout mignon, il s'attaque presque directement aux producteurs qui ont réfréné les instincts créatifs du réalisateur sur Charlie et La Planète des singes.

 

photoBienvenue dans la tête de Burton !

 

Le monde réel, auquel on prie le personnage principal de se rattacher, est finalement bien plus froid et cruel que le monde dans lequel il s'échappe finalement, le monde des morts, représentant le plus littéralement possible les lubies de son auteur et les envies de son public. L'opposition qui motive les enjeux des Noces funèbres est clairement celle qui motive la vie de Burton. Surtout que le réel antagoniste, celui qui parvient non seulement à pervertir le monde réel, mais aussi un monde des morts qu'on pensait bien plus imperméable, c'est l'argent.

La proposition couchée sur papier semble naïve, mais dans les faits, elle fonctionne. Seul l'amour (du cinéma ? De l'art ? Des personnalités fantasques ?) peut sauver un univers parsemé de trouvailles visuelles. Le cinéaste s'en donne ici à coeur joie, prouvant que l'animation reste son terrain d'expérimentation favori, où il peut montrer comme ils sont ses splendides concepts, dépressifs sur la forme, pétris de passion dans le fond.

 

photoLes deux triangles faciaux infernaux

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Si Les Noces funèbres est un vrai succès d'estime et un carton critique (un des plus gros scores du metteur en scène sur Metacritic), il marque aussi le début d'une période où Burton se met sur la défensive. Son imaginaire est et sera utilisé surtout pour défendre son mode de représentation, par opposition à l'exaltation pure qui motivait ses premiers essais.

Cette façon d'appréhender son propre univers, au sens le plus concret possible du mot "réactionnaire", va infuser la suite de sa filmographie, partagée entre tentatives identitaires un peu vaines et blockbusters boursoufflés, jusqu'à Dumbo, qui cumule un peu les deux et s'attaque frontalement à Disney, son employeur attitré...

Il s'inscrit dans son propre contre-courant, jouant sur deux tableaux, dans une industrie contemporaine qui n'a que faire de ses partis pris auteuristes. De fait, paradoxalement, ce film d'animation a beau être l'une des contributions les plus appréciées de sa filmographie, c'est aussi une marque de la fin de sa suprématie.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 3/10

 

photoLe début de la décomposition ?

 

Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Projet de longue date pour le cinéaste, Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street est l'adaptation de la comédie musicale éponyme créée par Stephen Sondheim et Hugh Wheeler en 1979. L'histoire est basée sur la légende londonienne de Sweeney Todd (Johnny Depp), un barbier londonien qui tranchait la gorge de ses clients, se débarrassant des corps en les utilisant comme de la viande à tourte avec sa complice, Mrs. Lovett (Helena Bonham Carter).

Produit par DreamWorks SKG et Warner Bros., le projet avait d'abord été confié à Sam Mendes, avant que Burton ne finisse par le récupérer. Le Londres gothique du XIXe siècle, les personnages aux visages pâles et plus cruels les uns que les autres, le héros purement burtonien (à savoir un barbier, ex-bagnard rejeté par la société, qui accomplit sa vengeance en tranchant des gorges tel un artiste incompris de tous) : c'est comme une évidence pour le cinéaste et ses obsessions. 

 

photo, Johnny DeppC'est très... théâtral

 

Avec Les Noces funèbres, Sweeney Todd est sûrement l'un des films les plus burtoniens de son auteur depuis bien longtemps, retrouvant les allures de conte gothique d'un Sleepy Hollow. Un véritable opéra baroque sanglant, où le cinéaste fait preuve d'une grande violence et d'un pessimisme inouï, assez rare dans sa filmographie, pour mieux déployer la poésie macabre et funeste de son récit.

Une vraie tragédie shakespearienne assumée au premier degré, portée par un Johnny Depp qui pousse la chansonnette avec talent (sa performance lui a valu un Golden Globe, ainsi qu'une nouvelle nomination à l'Oscar du meilleur acteur), une Helena Bonham Carter qui forme un beau duo dans les scènes chantées, et par ailleurs un casting sur mesure (Alan RickmanTimothy SpallSacha Baron Cohen). En bref, l'un des derniers grands films de Tim Burton, même s'il n'est pas exempt de défauts, loin de là... 

 

photo, Johnny Depp, Helena Bonham CarterUn beau duo... 

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Car oui, si Sweeney Todd représente l'un des derniers jalons posés par le cinéaste dans sa dense  filmographie, c'est aussi dans celui-ci que l'on voit apparaître les prémices de sa future descente aux enfers. Déjà à l'oeuvre dans son hideux Charlie et la chocolaterie, la laideur numérique pointe également son sale nez dans Sweeney Todd, avant d'exploser en plein cadre dans son Alice aux pays des merveilles. Si on retrouve l'amour du cinéaste pour le décor en dur (voire en carton pâte dans ce cas précis), les images numériques du Londres gothique, pourtant très plaisant dans son côté théâtral sautent vraiment aux yeux par moments. À l'image de ce plan en accéléré hideux, en début de film, où la caméra traverse les rues malfamées de Londres pour retracer le trajet du personnage jusqu'à la maison de Mrs. Lovett. 

Lors des séances de rasages sanglants, les gésiers de sang numériques provenant des gorges tranchées ont beau avoir un côté grand-guignolesque plutôt jouissif, cela annonce vraiment les horreurs numériques démesurées à venir, qui échapperont au contrôle de son cinéaste dans Alice.

Et bien évidemment, il y a "Johanna", cette chanson unanimement détestée, au point d'en devenir un running gag. Sans aucun doute la scène la plus niaise de toute la filmographie de Burton, au point que même le cinéaste semble lui-même ne pas assumer cette scène, au milieu de son bel opéra gothique.         

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 3/10

 

photo, Helena Bonham Carter, Jamie Campbell Bower"Johanna !!!" 

 

Alice au pays des merveilles

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Tim Burton qui s'attaque à Lewis Caroll, avec un budget de 200 millions de dollars : le rêve des cinéphiles et des amateurs de littérature devenait réalité. Après le duo d'oeuvres très noires qu'étaient Les Noces funèbres et Sweeney Todd, on attendait du cinéaste qu'il prouve à nouveau qu'il restait un maître du cinéma grand public et surtout le seul capable de pervertir, de ses idées et de son imaginaire expressionniste, les méga-productions d'une firme déjà avide de prendre le contrôle d'Hollywood.

Alice au pays des merveilles devait être le vilain petit canard des productions Disney, un sabotage de l'intérieur. Les défenseurs de Charlie et la chocolaterie étaient heureux de voir leur champion s'attaquer à un auteur encore plus fantasque que Rohal Dahl. Ses détracteurs voyaient cette nouvelle version comme son acte de rédemption vis-à-vis du blockbuster. D'autant plus qu'il était épaulé par une équipe de vieux briscard amis de Mickey, mettant toutes leurs forces en commun pour ré-adapter le roman sans pour autant l'empêcher de ré-assembler sa dream-team.

 

photo, Mia WasikowskaBurton au fond du trou

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Et c'est clairement la raison pour laquelle c'est une catastrophe totale. Handicapé par un scénario aussi absurde - et pas dans le bon sens du terme - qu'irrespectueux envers l'écrivain, le réalisateur sombre dans le tout CGI et se concentre sur une direction artistique atroce pour mieux laisser son casting prestigieux en plan. Alice au pays des merveilles devient de plus en plus laid au fur et à mesure que les années passent. Et ça fait 10 ans, alors il est dix fois plus laid qu'à sa sortie, ce qui n'est pas peut dire.

Disney demande à son cinéaste salvateur attitré de faire péter les limites de la folie pour vendre son produit sur son style, mais lui fournit pour ça un scénario stupide, justifiant justement tout... par la folie. Résultat : un gros dégueulis d'incohérence botoxé et le grand prix du concours des films à ne pas voir sous acide. Si quelques personnages s'en tirent bien (le chat, très cool), les autres se vautrent dans un grotesque qui ne les sert pas.

 

photo, Johnny DeppLe chapelier roux

 

Au milieu de la débandade, et en l'absence de réalité tangible à laquelle se raccrocher, les acteurs cabotinent absolument tous, à l'exception peut-être de Mia Wasikowska et de son air éteint. Un beau gâchis, puisque la comédienne prouvera dans la suite de sa carrière son talent indéniable. Helena Bonham Carter et Johnny Depp, de leur côté, sont en roue libre, comme si leur réputation de parias made in Burton les sauvait du naufrage. Heureusement, Danny Elfman donne un intérêt à la chose pour quiconque préférerait l'usage de ses oreilles à celui de ses yeux.

Mais la plus grande trahison faite aux cinéphiles et aux lecteurs, c'est bien sûr le fait qu'il s'agisse bien plus d'un remake boursoufflé et divagant du film d'animation qu'une véritable vision burtonienne de cette histoire. Une nouvelle fois, le metteur en scène pâtit de ses relations avec ses commanditaires, sauf qu'ici, sa tentative de rattrapage, exhibant la folie de la direction artistique jusqu'à la rendre nauséeuse, le précipite encore un peu plus dans le gouffre. Si ça ne roulait pas très droit avant Alice au pays des merveilles, ça a sacrément déraillé pendant, et ça va bien se casser la gueule après.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 9/10

 

photo, Mia WasikowskaUn petit regard nostalgique en arrière...


Dark Shadows

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Là encore, c'était une belle équation sur le papier, puisque Dark Shadows est à l'origine une série des années 60-70 (remakée dans les années 90), mélange improbable entre le soap opera et le fantastique, comme si Dallas rencontrait Charmed. Il y a donc des trahisons, des romances, des surprises, des aventures, mais aussi des vampires, des fantômes, des loups-garous, des zombies, des voyages dans le temps, tout ça avec des acteurs légèrement en roue libre et des ambiances amusantes.

C'était un cocktail idéal pour Tim Burton, qui aime l'outrance, le kitsch, et a souvent montré à quel point il apprécie les ficelles du mélodrame (que ce soit dans le lotissement coloré d'Edward aux mains d'argent ou dans les archétypes de Batman, le défi). Dark Shadows étant en plus une histoire de grande famille de freaks dysfonctionnelle, c'était du pain béni.

Avec un budget hallucinant de 150 millions, Tim Burton s'amuse donc, comme dans un best de ses gros plaisirs, et avec une légèreté qui rappelle Beetlejuice. La direction artistique est soignée, et les acteurs s'en donnent à cœur joie, particulièrement Eva Green en Barbie-sorcière des enfers. C'est d'ailleurs elle le vrai (le seul) moteur de Dark Shadows : pendant que l'amourette niaise avec Victoria donne la même nausée que cette foutue Joanna de Sweeney Todd, c'est Angélique qui brille. C'est elle qui souffre, qui crie, qui rit, qui pleure, qui tremble, et finalement s'écroule comme une poupée inconsolable, brisée à jamais. C'est à peu près la seule chose réelle de ce cirque.

 

photo, Eva GreenMa sorcière mal-aimée

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Parce que tout ça ressemble finalement à un sketch et une auto-parodie pleine de fric et vide de sens, qui laisse un arrière-goût rance. Quand on se demande si c'est un film de Tim Burton ou un film à la Tim Burton, c'est que quelque chose cloche.

Trop de personnages sous-employés, trop de punchlines ratées, trop de fric jetés par les fenêtres sur les fonds verts... Dark Shadows se transforme vite en une interminable farce, ni très drôle, ni très touchante, avec les projecteurs braqués sur la vitrine des clichés Burton (les costumes, les décors, les perruques, les musiques, Johnny Depp en cabotinage de l'extrême épisode 15...). Sauf que derrière, il n'y a presque rien de burtonien, la faute à des personnages sans âme, et un manque cruel de tendresse et poésie.

Recyclés à la sauce hollywoodienne, ces freaks de série Z sont juste des stars de premier rang surmaquillées, et toute la bizarrerie de l'univers est écrasée pour finalement ressembler à un blockbuster Disney. Dommage, 20 ans plus tôt, le Tim Burton d'Ed Wood et Batman aurait certainement pu faire quelque chose d'amusant avec Dark Shadows.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 8/10

 

photo, Johnny DeppVampire en toute lividité

 

FRANKENWEENIE

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Comme toujours, après une petite ribambelle de déceptions fortes en one-man shows deppesques, le cinéaste revient à l'animation. Ici le retour aux sources est encore plus profond, puisqu'il est carrément question du remake d'un de ses courts-métrages de jeunesse : le tout mignon Frankenweenie. Une fois de plus, le style du film permet au cinéaste de faire des choix radicaux qui tranchent avec les impératifs hollywoodiens sur les longs-métrages en prises de vue réelles.

Pour le coup, l'usage du noir et blanc dans une oeuvre destinée aux enfants est un parti-pris aussi couillu qu'inattendu de la part de Disney. Et le résultat est clairement à la hauteur. Avec une humilité qu'on pensait éteinte, le cinéaste compose une de ses oeuvres les plus efficaces, ré-imaginant avec juste ce qu'il faut de modernité une histoire aussi matricielle que celle de Frankenstein (et de sa fiancée). Plus qu'une relecture enfantine, c'est aussi un hommage à tout un pan de pop culture, intégré avec délicatesse et imagination, à l'image de cette séquence faisant du pied au Kaiju Eiga.

 

photoJe suis une légende

 

Jamais condescendant envers son public (les références sont moins des démonstrations culturelles que des ajouts justifiés), le long-métrage renoue également avec une des composantes du cinéma de Burton les plus absentes de ses derniers essais : l'émotion. Comme dans le court-métrage, la relation qui unit le jeune protagoniste et son chien ressuscité est super émouvante, de même que les liens qui unissent certains personnages secondaires entre eux.

Après l'attaque rétinienne coordonnée qu'était Alice et la fable has-been Dark Shadows, il propose un spectacle visuel aussi cohérent qu'attendrissant et une véritable comédie qui tire le meilleur de ses inspirations, soit tout ce qu'auraient dû être ses précédents films. Il faut décidément guetter chaque film d'animation du metteur en scène : c'est là qu'il est le plus en pleine possession de ses moyens.

 

photoLes yeux plus gros que le ventre

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Au moment même où il sortait, on voyait déjà dans Frankenweenie un côté "ilot isolé" dans sa filmographie, et ça n'a pas manqué. S'agit-il de son dernier grand film ou d'un ultime soubresaut dans l'agonie de sa carrière ? Les textes ci-dessous le diront. C'est néanmoins son dernier film d'animation, et ça nous manque énormément.

Mais les chiffres parlent à sa place. Produit pour 39 millions de dollars (une broutille par rapport au rendu), le film en a rapporté 81,4 millions dans le monde, ce qui est assez moyen, même si ça pouvait être bien pire. Alice, en revanche, a dépassé le cap symbolique du milliard pour 200 millions de budget. Certes, Dark Shadows s'est également vautré avec 245,5 millions gagnés pour 150 millions de budget, mais le message reste clair : le public ne demande plus l'esthétique de Burton, mais l'esthétique de Burton au service d'une franchise. Et encore, c'est loin d'être gagné.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 2/10

 

photoIrrésistible


Big Eyes 

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Ni resucée désespérante de ses premiers succès, ni flatulence numérique criarde, Big Eyes porte en lui la promesse d’un renouveau attendu de son auteur. Tout d’abord parce qu’enfin, il se passionne pour deux comédiensAmy Adams et Christoph Waltz, ici au centre de son dispositif de mise en scène. Et vu comme le cinéaste aura eu du mal à trouver un succédané à Johnny Depp, qui devenait alors l’ombre de lui lui-même, artistiquement parlant, il y a de quoi s’enthousiasmer. 

Autre motif d’excitation, le sujet et l’angle choisissent par l’ombrageux Tim. À savoir la question de l’inspiration, de la manipulation de l’artiste, de son rapport au commerce et à la marchandisation de son œuvre. Vaste sujet, qui fait bien sûr penser à la carrière du metteur en scène, le rapport compliqué qu’il entretient avec le studio Disney et la tentation qui semble la sienne de brader l’esthétique devenue sa signature. 

Enfin, le rôle d’Amy Adams, s’il n’a pas la dimension ultra-spectaculaire des premiers freaks qu’a filmés l’auteur, dans son rapport bizarroïde au monde, via la souffrance qu’elle endure et ses difficultés pour communiquer et la manière dont son environnement l’isole malgré un vernis de succès en font possiblement l’incarnation ultime du marginal made in Burton.  

 

Photo Amy AdamsUne belle occasion manquée ?

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Toutes ces pistes théoriques seront malheureusement vouées à le rester. Dans son décor de pastel et de stuc, la patte de Burton apparaît le plus souvent atone, méconnaissable. Lui qui avait su avec Big Fish transcender ses propres codes pour les amener dans la lumière, il se retrouve comme paralysé par ce nouveau décor, à la fois trop réel pour qu’il s’y amuse et souvent trop décalé pour que nous l’acceptions comme un écho du réel. 

Le même constat vaut pour l’écriture des personnages et la direction des acteurs. Aucun ne trouve le bon tempo ni ne sait sur quel pied danser, coincé entre des enjeux et conflits assez basiques et évidents, tandis que Burton les utilise comme des pantins grimaçants. Une occasion manquée d’autant plus désolante que c’est précisément sur l’interprétation qu’une grande partie du projet repose. 

Et alors que le réalisateur transforme son personnage masculin en pur antagoniste diabolique, il rate une occasion passionnante, celle de faire son double portrait, totalement ambivalent, en se représentant à la fois dans la peau d’une artiste brillante, mais socialement déconnectée, et sous l’épiderme d’un marchand du temple vénal et prêt à toutes les compromissions. Mais Tim Burton souhaite-t-il seulement encore raconter de véritables histoires et a-t-il assez d’énergie pour nous proposer plus que les plates illustrations de scénarios téléphonés ? 

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 7/10

 

Photo Christoph Waltz, Amy AdamsUne Waltz hésitation

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Parce qu’encore une fois, comment imaginer qu’un tel univers ne puisse pas être parfait pour un monsieur comme Tim Burton ? Il y a du fantastique avec des pouvoirs magiques, il y a un grand manoir un poil effrayant, des enfants marginalisés et évidemment des monstres, alors difficile de ne pas voir la correspondance avec les thématiques de prédilection du cinéaste. La productrice Jenno Topping avait d’ailleurs été très claire : « À l’instant même où nous avons lu le manuscrit, nous savions que Tim Burton serait le metteur en scène parfait pour tourner une adaptation. »

Et on la comprend totalement, il y avait quelque chose d’alléchant à voir le réalisateur revenir à un univers qui a marqué sa filmographie, d’autant plus après son passage par le biopic très classique Big Eyes. Retrouver également Eva Green à ses côtés, malgré une première collaboration peu fructueuse dans le raté Dark Shadows (comme vu plus haut), avait de quoi exciter, l’actrice ayant gagné les cœurs des adeptes d’histoires de monstres avec la géniale série Penny Dreadful.

 

Miss Peregrine et les enfants particuliersEva Green, a-t-elle visé dans le mille ? Non

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Parce qu’à l’image de Charlie et la chocolaterie, Alice au pays des merveilles, Dark Shadows et bien d’autres, Tim Burton n’a pas réussi à rendre captivant, inventif et merveilleux un univers totalement fait pour lui sur le papier. Au contraire, Miss Peregrine et les enfants particuliers est une énième histoire d’enfants marginaux confrontés à leurs propres étrangetés et aux monstres qui les entourent.

Il y a pourtant de bonnes idées dans le long-métrage, notamment une séquence nocturne assez inquiétante et spectaculaire ainsi que le climax en pleine fête foraine. Malheureusement, l’ensemble est souvent très plat, très mou, sans vigueur, à cause d'une mise en scène peu inspirée et surtout d’une ribambelle de personnages que Tim Burton ne s’efforce jamais de développer. Exception faite de ceux des jeunes Asa Butterfield et Ella Purnell, les gamins sont quasiment inexistants et la mythologie autour de la boucle temporelle est largement sous-exploitée.

Miss Peregrine est d’ailleurs si fade et ses enjeux si artificiels qu’il n’est jamais vraiment énervant ou mauvais. Il est juste banal, aussitôt vu aussitôt oublié. Et ce n’est pas Eva Green, trop froide, ou Samuel L. Jackson et ses yeux blancs qui viennent offrir une quelconque valeur ajoutée à l’ensemble.

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 5/10

Notre critique de Miss Peregrine est à relire par ici.

 

Photo Samuel L. JacksonSacrée image de Samuel L. Jackson dans un crossover de Retour vers le futur et L'Exorciste


DUMBO

POURQUOI C'ÉTAIT L'ESPOIR : Le projet a beau être un énième remake live d’un classique Disney, les raisons d’espérer étaient bien là. Tout d’abord, avec seulement 64 minutes au compteur, le dessin animé de 1941 ne pouvait qu’appeler une relecture profonde et des transformations de taille, offrant par là même une relative liberté au réalisateur. Inutile de s’attarder sur l’univers du cirque, tant il est consubstantiel à l’ADN de Burton, avec ses artistes de quatre sous, ses fous, ses tordus, ses bestioles et formidables marginaux. 

Et, miraculeusement, l’artiste semble avoir retrouvé ses crocs. C’est en effet avec une malice évidente qu’il brocarde son employeur et fait de Dumbo un réquisitoire contre la politique de divertissement imaginée par Walt Disney. Au cœur de son récit, un portrait d’entrepreneur avide, qui veut tout aseptiser, maîtriser et désincarner pour pouvoir le greffer à son parc d’attractions industrieux et déshumanisé. 

Le parallèle avec Disneyland est criant, et dope l’univers visuel de Burton dans la seconde moitié de son long-métrage, ou malgré un numérique un peu baveux, il renoue avec une créativité, une inventivité et un foisonnement plastiques qu’on désespérait de le voir retrouver. Entre image d’Epinal, trip steampunk et conte baroque, cette relecture du dessin animé jouit d’une identité forte, véritablement immersive. Un sentiment décuplé lors du climax, alors qu'enfin, la caméra retrouve des couleurs, cite le cinéma muet, les grandes heures de l'expressionnisme allemand, et des classiques gothiques, de nouveau gorgés de vie grâce au magicien Burton.

 

photoEn voilà un qui ne trompe pas énormément

 

POURQUOI C'ÉTAIT LE DÉSESPOIR : Si Dumbo pulse et s’anime durant sa seconde moitié, un constat terrible demeure : Tim Burton a de plus en plus de mal à raconter une histoire. En témoigne cette ouverture curieusement glaciale, où la caractérisation des personnages mollassonne peine à intéresser. Pire, plusieurs protagonistes fantomatiques paraissent avoir été photocopiés des précédents films de l’artiste, en particulier celui de Danny DeVito. Il faut dire qu’on ne croit presque jamais ni à ce Monsieur Loyal, ni à son cirque, ni à la logique qui l’amène. 

Comme si ses obsessions d’hier l’avaient totalement abandonné, Burton ne sait plus par quel bout s’emparer de son intrigue et de ceux qui l’animent. À tel point qu’ils essaient de leur donner de l’épaisseur de la plus absurde des manières, en transformant son cirque des années 30 en un manifeste anti-spéciste bien sympathique sur le papier, mais qui ne colle jamais avec le contexte dans lequel évoluent les protagonistes. 

Ce problème est d’autant plus évident que le metteur fait le choix, pourtant audacieux, de reléguer son éléphant au second plan pour se focaliser sur de nouveaux personnages. Mais ces derniers manquant souvent de chair ou de consistance, le manque d’allant du récit durant sa première partie n’en devient que plus criant. 

ÉCHELLE DE DÉCONNADE : 5/10

Notre critique de Dumbo est à survoler par ici.

 

photoLe cauchemar Dreamland

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commentaires
H.P.
13/10/2020 à 17:29

Quel cliché de dire sur tous les tons que Tim Burton est devenu mauvais : quasiment un dogme aujourd'hui pour la critique et pour certains prétendus cinéphiles..!

Pat Rick
06/10/2020 à 12:09

"qui a dû faire face avec Sleepy Hollow, La Légende du cavalier sans tête à quelques mines dubitatives"

Pourtant c'est son meilleur film.

xav
05/10/2020 à 16:14

A mon sens, il n'est jamais devenu mauvais. Même s'il multiplie les accidents depuis l'an 2000, il n'a pas perdu son talent. Il continue à nous apporter un peu de sa poésie, dans des films qui sont de moins en moins parfaits mais qui sont imprégnés (pour la majorité) d'une beauté que personne d'autre que lui n'aurait pu créer (pas de cette manière en tout cas). Un bon auteur, ce n'est pas nécessairement quelqu'un qui fait un sans-faute, qui sait concevoir des films parfaits, c'est avant tout quelqu'un qui sait déverser dans ses oeuvres quelque chose de personnel, d'intime, qui l'anime toujours, qu'il a envie d'exposer au monde. Oui, on peut relever les défauts d'exécution, les personnages secondaires mal développés, les points améliorables du récit, les auto-plagiats par manque d'originalité, mais ce sera toujours mieux à prendre qu'un film parfaitement bien ficelé mais sans personnalité, sans sensibilité, sans passion, sans auteur personnellement impliqué derrière la caméra.... (c'est pour la même raison que je préfère mille fois la Menace Fantôme au Réveil de la Force, pour changer d'univers)

Pour moi, une partie du grand public a toujours une idée un peu superficielle de ce qui fait un Tim Burton. Pour certains du grand public, Burton c'est une esthétique: des personnages dark avec des cernes, des citrouilles, et johnny depp. Alors que le cœur de Tim Burton n'est pas uniquement esthétique, c'est aussi des thématiques de récit, un ressenti par rapport au monde moderne et à la société, un culte des marginaux décriés. Il y a un modèle de héros "burtonien" au même titre qu'il y a un héros "shakespearien" ou "faustien". Edward Scissorhands ou le Pinguin de batman returns en sont les exemples les plus représentatifs. (Je sais, je n'invente pas l'eau chaude en disant ça)

Mais malheureusement, Burton semble parfois faire lui-même cette erreur. Se caricaturer lui-même, échouer à se comprendre lui-même. Pour moi, Dark Shadows, Alice, ou Charlie et la Chocolaterie, sont les meilleurs exemples de ces films où Tim Burton a imposé son esthétique superficielle sur un récit qu'il n'a pas cherché à rendre profondément Burtonien. C'est juste un Alice plus dark, un Willie Wonka emo sous son maquillage coloré, et, pour dark shadow, un freak show gothique avec johnny depp, danny elfman, et les habituels (d'ailleurs, même dans ses mauvais films, ses collaborateurs sont toujours brillants. Non johnny depp ne se répète pas, chacun de ses personnages est une réinvention, même sans parler du maquillage et des costumes. Son jeu n'est jamais deux fois le même, chaque personnage est une nouvelle création). Bref, il y a clairement des films à retirer de sa filmographie, car ils n'ont que l'apparence de Burton, sans la saveur.

Mais si on retire trois ou quatre erreurs, il nous reste une filmo certes inégale, mais où aucun film est inintéressant, aucun échoue à nous enchanter même malgré parfois ses maladresses narratives. Tim Burton se vautre parfois, ponctuellement, mais il n'est pas fini, il ne l'a jamais été. Dumbo le démontre bien.

xav
05/10/2020 à 15:48

La différence entre un bon Burton et un mauvais Burton, dans l'ensemble, c'est que le mauvais Burton, c'est un film gothique avec johnny depp et danny elfman. Alors que le bon Burton, c'est gothique, ya johnny depp, ya danny elfman, mais bon ça n'a rien à voir, c'est un bon Burton.

Geoffrey Crété - Rédaction
05/10/2020 à 12:12

@brucetheshark

Notre choix était justement de ne pas répondre, ou faire comme s'il y avait une réponse. On a préféré s'interroger sur chaque film, et ouvrir le débat afin que chaque lecteur puisse se demander, avec nous, quand est-ce que Burton a vrillé. D'autant que la question est complexe, et que le débat nous semble bien plus intéressant que l'idée d'une réponse ;)

brucetheshark
05/10/2020 à 12:07

très chouette dossier très complet.

Si je peux me permettre une remarque, j'aurais apprécié un paragraphe de conclusion afin que répondiez au moins à la question du titre... Dommage

Sébastien
05/10/2020 à 03:28

Burton est victime du cinéma moderne, avalé et digéré dans la gueule de l'ogre Disney.
Allez, j'ai ton prochain film, Tim: Moby Dick.
(Il aurait pu faire Pinocchio aussi).

Ghob_
04/10/2020 à 17:52

Assez d'accord avec l'article de façon générale (même si je n'ai pas vu ses derniers films : pour moi ça s'est arrêté avec Charlie), mais c'est justement sur ce même Charlie que j'émets des réserves. Ok, le numérique est un poil dégueu' et à force les parties musicales deviennent urticantes, mais j'y trouve encore l'absurdité Burtonienne qui m'ont toujours plu chez lui. Par contre, après avoir vu le désastre Alice, ça m'a coupé net toute envie de revoir du Burton, tellement ça m'avait l'air d'une parodie de ce qu'on aimait chez cet auteur (et visuellement, il a vraiment offensé mes yeux...).
Mais oui, je pense que la chute du cinéaste date à peu près de cette époque... Vraiment dommage, avant ces premiers faux pas, Burton était intouchable !

Joli dossier, sinon.


04/10/2020 à 17:33

Pour moi les films cotés à moins de 5/10 sur l'échelle ne peuvent décemment pas être qualifiés de mauvais. C'est juste que vous n'êtes pas fan. Burton a un univers baroque bien à lui et parfois il ne sied pas à notre gout. J'ai toujours considéré Edwards comme son plus mauvais film avec son ennui inhérent au sujet et son esthétique 50's exacerbée. Tim est un cinéaste gothique dans l'âme et son Sleepy Hollow est magistral tandis que son Sweeny Todd se défend bien. Vous confondez le gothique et l 'emo. A south Park cela ne pardonne pas...

captp
04/10/2020 à 17:04

a partir d' Alice y a quand même vraiment plus rien pour tenter de le défendre .... me parait être le bon repaire pour dater sa mort créative.
j'ai lu quelque part que Alice coïncide avec son passage de la pellicule au numérique ,si c'est vrai peut être y a t'il un lien de cause a effet , au moins pour le coté visuel.
Par contre pour moi Big Fish est mon préféré :)

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