Dumbo : critique qui Burton au plus haut des cieux

Simon Riaux | 24 mars 2019 - MAJ : 16/06/2019 11:10
Simon Riaux | 24 mars 2019 - MAJ : 16/06/2019 11:10

Devenu progressivement une caricature de lui-même depuis Big Fish (Big Eyes, Dark ShadowsMiss Peregrine et les enfants particuliers..), Tim Burton semblait tout à fait perdu après son retour sous l’étendard Disney, entreprise qui le renvoya jadis pour cause de créativité un peu trop débridée. Et contre toute attente, l’artiste livre avec Dumbo un conte aussi touchant qu’incarné.

LE CIRQUE DE L’OSEILLE

Après un faux plan-séquence numérique nous dévoilant un train de cirque traversant la Floride dans le couchant, la caméra de Tim Burton suit les silhouettes de deux bambins, alors qu’ils évoluent au milieu des artistes et autres monstres de foire, alors qu’on dresse un immense chapiteau de toile.

Soudain, les enfants bifurquent, et le spectateur avec eux. C’est dès cette ouverture que le cinéaste dévoile son programme alternatif, et comment il veut s’extraire des rails du simple remake live d’un classique de l’animation.

 

Photo Tim Burton Tim Burton

 

Plutôt que de nous offrir la figure imposée, si éminemment Burtonienne, des artistes marginaux bâtissant leur arène de bric et de broc, il se focalise sur deux mômes qui n’y entendent pas grand-chose. C’est un tout autre élément qui les intéresse : le retour de leur père (Colin Farrell), revenu de la Première Guerre mondiale, avec un bras en moins.

Ainsi, ce ne sera jamais Dumbo le cœur émotionnel du récit dans lequel nous embarquons, mais bien les humains qui l’entourent, et dont il va révéler les plaies, pour mieux leur donner l’occasion de les panser. De ce choix fort résulte néanmoins un problème de taille, puisque le réalisateur est obligé de jouer en apparence le jeu du remake et de tacheter son intrigue de figures imposées et de scènes clefs, pour apaiser le studio et nourrir le fan.

Par conséquent, la première demi-heure du métrage semble extrêmement laborieuse, mécanique, voire décousue, tant on se demande où Burton compte l’emmener.

 

photo DumboUn spectacle inquiétant...

 

CIRCUS JUICE 

Et après cet interminable premier acte, c’est un petit miracle qui se déploie avec les ailes de Dumbo. Peut-être lassé par 15 ans de relectures stériles de son œuvre (Frankenweenie) de décalques creux (Les Noces funèbres) ou de barbouillages numériques (Alice au pays des merveilles), Tim Burton s’éveille soudain. À la manière d’un pirate, il perturbe le logiciel dont il a la charge afin de tirer le portrait d’une troupe d’artistes en déroute, désargentés, blessés et malades, mais porteurs d’un secret confinant à la magie sous les traits d’un éléphanteau miraculeux.

Une chance qui leur vaudra d’être approché par un professionnel du divertissement industriel, croqué avec gourmandise par Michael Keaton. Dès lors, le metteur en scène retrouve des couleurs alors qu’il compose de longs plans, de plus en plus complexes, au cœur d’un complexe d’acier et de strass, sorte de parodie militarisée de Disneyland. Car elle est là, la cible de Dumbo : ce sont les squatteurs de temps de cerveau disponible que cherche à harponner Burton.

 

photoToute ressemblance avec Disneyland serait purement fortuite...

 

Bien sûr, il œuvre ici pour Disney, et ne peut pas totalement se lâcher la bride, mais on est régulièrement saisis par la violence avec laquelle il caricature les vicissitudes des grandes entreprises d’amusement. De dialogues désespérés en métaphores limpides, c’est bien la mort de l’artisanat qu’il décrit, l’espérance piétinée de créateurs qu’un système économique renvoie aux marges de la société.

 

LE NOËL DE MR BURTON

Peut-être inspiré par le sujet et la tournure qu’il lui donne, ou tout simplement désireux de retrouver un peu de la vista d’hier, Tim Burton retrouve dans Dumbo de nombreux motifs de ses films précédents, qui le poussent à questionner à nouveau la narration, et donc la mise en scène. Qu’il fixe sa caméra au regard mélancolique d’un Colin Farrell mutilé, métamorphose Keaton en clone de Max Schreck, ou injecte soudain une bulle d’expressionnisme allemand dans son décor principal, Dumbo vit plus fort que tous ses derniers films.

 

photoPauvre Dumbo...

 

Travaillant constamment la photographie et les textures, comme l’enchevêtrement de techniques en dur et du numérique, le réalisateur retrouve une richesse graphique qu’il paraissait avoir abandonnée. Et alors qu’il s’immerge totalement dans cette fable où ses thèmes récurrents s’égrènent les uns après les autres, il nous fait la surprise de l’émotion.

Elle prend de l'ampleur avec la déclaration d'amour au spectacle vivant qui structure le film. En particulier lors d'un dernier acte où les blessés se relèvent et où les bonimenteurs bonimentent, à la faveur d'une séquence qui s'amuse à multiplier les illusions au sein d'un même plan. Une séquence pour mieux en appeler au souvenir d'un cinéma analogique, à l'amour dévorant de trucage qu'on ne s'attendait à revoir dans un blockbuster de tonton Mickey.

 

photo, Eva GreenUn duo inattendu...

 

Même la partition aussi envahissante que grossière de Danny Elfman ne peut rien y faire, pas plus que l'animation parfois vilaine du petit éléphant : il émane du film de purs saillies sentimentales, de longues plages d’émerveillement, auxquelles les remakes live de Disney ne nous avaient pas habitués.

Parce qu’à la manière d’un monstre de foire, Dumbo ne se laisse jamais appréhender ou attraper, qu’il déjoue les enjeux attendus et se renouvelle sans cesse, il touche au cœur.

 

photo Affiche

 

Résumé

S'il faut une longue demi-heure à Tim Burton pour s'extraire des rails du film original et trouver son rythme, le réalisateur semble ressusciter au fur et à mesure cette fable étonnante, véritable déclaration d'amour au spectacle vivant.

Autre avis Geoffrey Crété
Tim Burton en pilotage automatique : rien de neuf dans ce théâtre en toc, sans émotion ni magie hormis quelques vagues échos dans quelques scènes. Une grosse et lisse entreprise sitôt vue sitôt oubliée.
Autre avis Christophe Foltzer
Film totalement schizo qui sert la soupe autant qu'il crache dedans, s'alourdit d'un discours animaliste opportuniste qui le fait passer à côté de son vrai sujet. Mais c'est joliment exécuté, si on oublie les acteurs en roue libre...

commentaires

Ronnie
25/04/2019 à 13:53

Pas du tout fan de Burton mais c'est plutôt réussi, on passe un bon moment. Je suis bluffé par le regard de Dumbo et tout ce qu'il peut faire passer comme émotion, un réussite ce petit éléphant !

Olive
05/04/2019 à 16:14

L’un des meilleurs Tim Burton, extrêmement réussi
, plein de clins doeil au dessin animé (la plume noire à la fin par exemple), réussite visuelle, musicale, Tim Burton n’aime pas les cirques avec les animaux et le fait savoir. Bref un classique où la patte de Tim est présente de bout en bout! Merci !

J. Ciné
01/04/2019 à 01:54

Enfin un film qui nous redonne une âme d'enfant. Le regard de Dumbo est inoubliable. Alors que l'on aurait pu se retrouver face à un spectacle numérique sans âme, c'est exactement l'inverse. Les acteurs sont à leurs personnages et Tim Burton nous offre une histoire à double sens qui pour moi reste une charge contre l'industrie de divertissement de masse que représente Disney. Merci M. Burton, au bon souvenir de Beetlejuice et Merci à toi Dumbo et à ton regard si magique.

Pit34
27/03/2019 à 22:43

Merci M.BURTON pour cette parenthèse poétique et cet hommage au spectacle vivant. Tout n'est pas parfait, notamment Colin FARREL en dessous du reste, mais l'ensemble sonne très juste. Les passages plus barroques nous rappellent que vous avez aussi réalisé Sleepy Hollow.
Ceux qui ont gardé une âme d'enfant et l'espoir de revoir un jour un vrai film de Tim Burton peuvent courrir voir cette fable.

lapster
27/03/2019 à 00:17

Nul!

Simon Riaux - Rédaction
26/03/2019 à 11:30

@mikegyver

Faut surtout apprendre à lire hein.

Ce n'est absolument pas une pique contre Disney.
C'est une pique contre Burton, écrite comme telle, et assez clairement.
Il me semble juste que son Alice au Pays des Merveilles, qu'il réalise pour Disney est une forme de renoncement assez marquant dans sa carrière, qui contient les échecs artistiques de ses films suivants.

Ah et un indice chez vous. Si on avait envie de dire du mal de Disney (ce qui n'est pas le cas, ce genre de sentiments animent généralement des êtres lourdement névrosés, ou des enfants), bah on ne causerait pas en bien... d'un film Disney.

Allez, bisous.

mikegyver
26/03/2019 à 11:23

"Devenu progressivement une caricature de lui-même depuis Big Fish (Big Eyes, Dark Shadows, Miss Peregrine et les enfants particuliers..), Tim Burton semblait tout à fait perdu après son retour sous l’étendard Disney"

encore une pique completement debile sur Disney, faut lacher du lest les mecs ca en devient ridicule.

Donc pour infos, Dark shadows ca date de 2012 et c'est la Warner, donc nan c'est pas la faute a Disney ses films, mais ca vient de lui en fait.........

et aussi le 11 septembre, les ouragans, le foot feminin, les emissions de tf1 c'est pas de la faute a Disney non plus hein !!

ca vous decridibilise completement vos remarques foireuses, faudrait voir a apprendre les bases..........

Stridy
25/03/2019 à 12:50

J'en attends pas grand chose mais rien que de revoir Keaton devant la caméra de Burton ça me donne envie.

Stef
24/03/2019 à 21:35

C'est quoi ce titre de votre article ? Relisez vous ...

Quentin Dubois_85270
24/03/2019 à 14:00

Je me demande si la scène hallucinatoire de l'original est reprise...
Sinon ça semble aussi fade que les derniers Burton

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