Miss Peregrine et les enfants particuliers : critique désenchantée

Geoffrey Crété | 3 octobre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 3 octobre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Qu'est-ce qui n'a pas déjà été dit sur la carrière de Tim Burton, qui a entamé un virage mainstream avec le nouveau millénaire pour diluer son âme dans le circuit des films de studio ? Son 18ème film, Miss Peregrine et les enfants particuliers, où il retrouve Eva Green après Dark Shadows, pose les mêmes questions et apporte les mêmes réponses que les derniers films du réalisateur.

RETOUR À LA MAISON

Sur le papier, l'adaptation du livre de Ramsom Riggs était parfaite pour Tim Burton : une histoire d'enfants marginaux, dotés de pouvoirs extraordinaires, qui vivent dans un manoir caché dans une boucle temporelle avec une étrange Mary Poppins et des monstres à leurs trousses. Mais sur le papier, La Planète des singes, Charlie et la chocolaterie, Sweeney Todd, Alice au pays des merveilles et Dark Shadows étaient eux aussi parfaits pour le cinéaste.

Trop parfaits peut-être pour un Tim Burton devenu un demi-dieu en l'espace de quelques films, grâce à un univers pillé et reproduit depuis à outrance - par lui et par d'autres. Miss Peregrine et les enfants particuliers souffre donc des mêmes défauts que les précédents films du réalisateur, avec des symptômes attendus : une désagréable impression de rendez-vous manqué, de roublardise qui frôle parfois le cynisme, et un spectacle mineur qui essaie de se cacher derrière des vignettes et images aimables.

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers

 

X-MANSION

La comparaison avec les X-Men est incontournable, d'autant que le livre a été publié en 2011, alors que la saga était relancée avec Le Commencement de Matthew Vaughn. L'école de Miss Peregrine accueille des enfants mutants capables de voler, manipuler le feu ou encore animer des objets, qui en ont fait des freaks aux yeux de la société. Comme eux, d'autres enfants particuliers sont trouvés et aidés à travers le monde. Il y a même un dialogue qui fait référence aux juifs pour expliciter la métaphore pourtant très claire de l'histoire.

 

Photo

 

Là, il y a déjà un problème : Tim Burton est incapable de donner suffisamment de coeur et de dimension à ce groupe, et semble se désintéresser de leurs personnalités comme de leurs pouvoirs, certains éléments particulièrement intrigants étant condamnés à rester en arrière-plan. Il filme en revanche la romance entre le héros (Asa Butterfield, dont les grands yeux bleus captivent plus qu'autre chose) et une adolescente pas comme les autres (Ella Purnell qui rappelle Jayne Wisener, Mia Wasikowska et Bella Heatcote, les précédentes jeunes blondes du cinéaste) pour en faire le coeur de l'intrigue. Une histoire d'amour plus importante à l'image que Miss Peregrine, les méchants et la mythologie un brin obscure, et qui donne également lieu à l'une des scènes les plus spectaculaires du film, bêtement gâchée par la promo.

Moins affreuse que l'amourette entre Joanna et Anthony dans Sweeney Todd, cette histoire de coeur est pourtant aussi plate. Dans un monde si effrayant et étrange, le duo formé par Jake et Emma est bien trop niais et téléphoné pour emporter. Le héros aura ainsi bien du mal à porter le récit au-delà de sa simple fonction dramatique, notamment parce que les scènes avec son père (Chris O'Dowd) s'éternisent sans faire sens une fois l'action lancée. Son caractère de garçon timide et introverti, plus proche de son grand-père que des adolescentes de son âge, a beau être dans les cordes de Burton sur le papier, il demeure transparent à l'écran.

 

Photo Asa Butterfield

 

TIME OUT

Lorsque l'intrigue s'emballe, que le groupe quitte la boucle temporelle, le film se démarque du livre. Là, l'imaginaire de Tim Burton aurait pu reprendre le dessus, et s'épanouir dans le cadre plus libre des voyages dans le temps et créatures invisibles. Que le cinéaste ait choisi d'inventer une scène dans une fête foraine pour y filmer le climax, avec une musique totalement en décalage, confirme ses intentions.

Hélas, cette dernière partie souffre d'un autre mal burtonien, croisé à plusieurs reprises dans ses films les plus chers et mainstream : la difficulté qu'il a à animer les péripéties, apporter un souffle à l'action, assembler les différents éléments pour créer un spectacle à la hauteur des enjeux et moyens. Le climax de Miss Peregrine manque cruellement de nerf et d'inventivité, avec une utilisation timide et peu convaincante des pouvoirs, et globablement le récit se divise entre des couloirs de dialogue et des bulles d'effets spéciaux.

 

Photo

 

MONSTRES & COMPAGNIE

Tim Burton a pourtant de belles ambitions, et une conscience aigüe des limites du film hollywoodien. En filmant l'affrontement entre des squelettes en stop-motion, qui ont pris vie grâce à un jeune garçon torturé, et d'énormes créatures en CGI qui sont paradoxalement invisibles et donc inexistantes pour les passants, le réalisateur met en scène un combat cinématographique qu'il ne connaît que trop bien, et qui s'est joué dans sa filmographie.

Mais à l'image, la scène oscille entre le premier et le troisième degré, et fonctionne comme une parenthèse mal intégrée et utilisée dans l'histoire. Au lieu d'émerveiller, amuser, la scène se regarde d'un oeil distant.

 

Photo Eva Green

 

La magie n'est qu'un accessoire dans Miss Peregrine et les enfants particuliers, réduit à sa plus simple fonction de petite machine à rêve. Comme les plus mauvais films de Burton, c'est une entreprise trop froide, trop mécanique, qui n'a ni coeur ni profondeur. Même Eva Green, qui était le joyau qui apportait un peu de vie à Dark Shadows, semble ici éteinte, figée dans une posture artificielle et un costume rigide. 

Le film a beau nous démontrer que le héros avait raison de croire les histoires extraordinaires de son grand-père, que plus personne n'écoutait, le spectateur pourra s'interroger une énième fois sur son rapport aux rêveries de Tim Burton, dans lesquels il pourrait bien finir par se sentir très seul.

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers poster

Résumé

Qui sera surpris de ne pas retrouver la magie de Tim Burton dans une nouvelle superproduction froide, lisse et artificielle ? Trop mécanique pour émouvoir, trop numérique pour séduire, Miss Peregrine et les enfants particuliers est un film moyen dans l'absolu, et une déception de plus dans la carrière du cinéaste.

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Lecteurs

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commentaires
Joko
16/02/2017 à 12:17

@Ecta

Euh avant de te braquer contre les éventuels fan boys de Burton... aie peut-être conscience que tu passes pour un gros fanboy des livres, qui se contente de pointer les différences d'adaptation pour dire que c'est pas bien, sans parler à aucun moment du film lui-même en tant qu'objet de cinéma ?

Ecta
16/02/2017 à 11:52

Bon, si je dit que ce film, c'est de la merde, je vais me faire insulter pas TOUT LES FANBOYS DE BURTON
Déjà, très mauvaise idée de regrouper 3 films en 1, après, c'est la 1ère fois que je vois un film QUI NE RESPECTE PAS L'HISTOIRE . Depuis quand Golan est le grand méchant bordel ?! Le "méchant" c'est Caul ! De plus, Emma et Olive échangent leur pouvoir et leur apparence, Fiona ne meurs pas dans le film, le film nous dit que les Estres veulent refaire l'expérience de 1908, FAUX ! Caul veut juste découvrir la Bibliothèque des Âmes. Les enfants particuliers et Miss Peregrine sont INEXISTANT, sérieusement, a quoi ils servent dans le film ? A part Fiona, Jacob, Emma et Olive, tu peut ne pas mettres les autres, on ne les remarquerais même pas !
De plus, on ne voit pas le pouvoir de Jacob en action, il peut contrôler les Creux, se qu'il ne fait pas dans le film. Aussi, Deirdre, l'ému-rafe est inexistant, ainsi que Allison, un chien doté de parole qui est très important dans le livre, sans lui, Jacob & Emma n'aurait jamais trouvé L'arpent du Diable. Ah, aussi, Tim Burton , pourquoi a tu ajouté des personnages dont on ne parle pas dans le livre ?! Les jumeaux. On en voit une photographie, mais c'est TOUT .

Il doit sûrement avoir plein d'autre erreurs importante,
Enfin, pour moi, ce film est merdique.

Ecta.

Dorian_84687
05/10/2016 à 14:00

Oui
C'est subjectif après tout.

Après je pense que c'est son rôle qui veux ça, sa posture, son attitude est celui d'une femme autoritaire, froide de l'extérieur mais sensible à l'intérieur.

Geoffrey Crété - Rédaction
05/10/2016 à 00:06

@Dorian

Ou alors... on a vu le même film, et on a un ressenti différent. On ne reçoit plus la gazette du Consensus Critique, donc on n'a pas vérifié au préalable si on était calé avec la profession sur le cas Eva Green.

Pour info, on trouve cette actrice fabuleuse, et on la suit de près :
http://www.ecranlarge.com/films/dossier/928794-eva-green-qui-est-la-guerriere-sexy-de-300-la-naissance-d-un-empire

Dorian_84687
04/10/2016 à 23:13

J'aurais mis 3 étoiles perso, ça reste sympas et au dessus de ses derniers films


'Une Eva Green figée et éteinte "
Jé crois qu'on a pas du voir le même film, elle est juste parfaite.
C'est le gros plus du film, toutes les critiques sont unanimes à son sujet.

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