The Dark Knight : et si on avait tous surestimé le film adoré de Christopher Nolan ?

La Rédaction | 25 juillet 2020 - MAJ : 25/07/2020 14:01
La Rédaction | 25 juillet 2020 - MAJ : 25/07/2020 14:01

Pour beaucoup, c'est le meilleur film de super-héros de tous les temps, pour de nombreux autres, le succès qui aura propulsé son réalisateur sur orbite. Douze ans après sa sortie et son succès planétaire, The Dark Knight ne laisserait-il pas entrevoir quelques failles dans son armure ?

Aucun doute, Christopher Nolan a marqué les esprits et le 7e Art avec The Dark Knight. Après un Batman Begins apprécié, mais rarement porté aux nues, le deuxième opus de sa trilogie a mis le feu à la planète cinéphile. Précédé par une promotion irrésistible, devenu un objet de culte avec la disparition de Heath Ledger, le blockbuster, loin de décevoir lors de sa sortie, s'est presque instantanément transformé en phénomène. Grâce à une maturité et une approche stylistique tranchant radicalement avec les canons du divertissement grand public de son temps, il a mis une énorme baffe à ses spectateurs, et précipité les super-héros dans le coeur palpitant d'Hollywood.

Déjà considérés comme de potentielles planches à billets par l'industrie, les films de super-héros ont soudain dévoilé un potentiel artistique et dramatique que beaucoup étaient en passe d'oublier, bien des années après les réussites de Superman et de Batman, le défi. Il faut dire que Christopher Nolan a offert au genre un de ses plus beaux écrins, largement inspiré par la mise en scène minérale de Michael Mann, dont le cinéaste a compris toute la pertinence à l'heure de décrire les aventures du chevalier noir de Gotham. Fort d'images inoubliables, de scènes parfois dantesques et d'un duo de comédiens puissants, The Dark Knight est aujourd'hui encore, et à raison, un film adoré.

Mais, plus d'une décennie après sa sortie, on peut désormais l'appréhender avec un peu plus de distance, et si on ne cessera de rendre hommage à ses accomplissements, l'heure du bilan permet aussi d'en distinguer les faiblesses, et peut-être de s'interroger sur leur importance.

 

photo, Heath LedgerQuand quelqu'un ose émettre une critique contre The Dark Knight

 

UNE CARTE JOKER TROP SOUVENT UTILISÉE

Clairement, le personnage du Joker était l'élément le plus attendu du film avant sa sortie. Inutile d'enfoncer plus que ça des portes ouvertes depuis belle lurette : la performance remarquable de feu Heath Ledger a su créer la surprise et s'imposer comme un des principaux moteurs du succès de la production. En faisant du clown maléfique un psychopathe anarchiste et misanthrope, Nolan plonge son héros dans une bataille désespérée, pour certains la meilleure partie du long-métrage.

Mais l'orientation réaliste choisie par le cinéaste s'avère par moments mise à rude épreuve par les protagonistes déployés. Le Joker n'échappe pas à la règle, puisqu'il n'est jamais question de se débarrasser du génie manipulateur du bad guy. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il arrive toujours à s'échapper, et même à mener le petit jeu de la partie centrale haut la main. Mais une telle surenchère dans l'élaboration des plans machiavéliques frise parfois l'incohérent, ce qui ne serait pas un problème dans un univers de comic-book, mais gène un peu dans le Gotham froid de Nolan.

Alors forcément, les dialogues savoureux et les mimiques de Ledger occultent un peu tout ça, mais certains passages ont de quoi faire hausser les sourcils après une dizaine de visionnages. Dès la séquence d'introduction, pourtant maitrisée, il y a quelque chose qui cloche. Le jeu de dupes blindé d'humour noir qui ouvre l'action et introduit le personnage est ultra-efficace, mais il est difficile de croire à la fuite finale, comptant sur la cécité apparente de la moitié des conducteurs de bus de la ville. Le plan passe inaperçu, car il sert plus de transition vers la suite, mais annonce quelques facilités du même style.

 

photo, Heath LedgerLa joke ère...

 

Bien sûr, le recrutement des hommes de main, l'accès au whisky du maire et autres petits détails ne posent pas problème, puisque la capacité du clown à se jouer du monde entier a été démontrée avec force dans la fameuse séquence du crayon. Mais dès lors qu'il se laisse aller à la capture volontaire, un grand classique du super-méchant, il commence à faire douter de sa non-appartenance à un univers où le fantastique est permis. La combinaison des circonstances permettant d'exécuter son plan et de créer par la même occasion Double-face est assez improbable, compte tenu de la rigueur du timing avec lequel il faut avertir Batman de la prise d'otage, et de toutes les autres variantes.

Certes, on pourrait accorder au Joker quelques gros coups de chance, légitimés par sa foi aveugle dans le chaos (comme il le dit lui-même). Mais le climax du film, où l'humanisme de Bruce Wayne l'emporte, vise justement à déconstruire et donner tort à ses croyances. Comme souvent, Nolan se perd un peu, à travers le personnage, dans des élaborations conceptuelles, qui finissent par déborder un peu de leur cadrage thématique. Encore une fois, on chipote : le dinguo campé par Ledger reste un des grands atouts de cette chasse urbaine sans répit.

 

photo,  Heath LedgerMegamind

 

L'OUTIL DOUBLE-FACE

Dans la catégorie super-méchant, l'arrivée de Double-face dans la dernière partie du film pose également quelques questions sur la façon dont le trio de scénaristes (les frères Nolan et David S. Goyer) traite ses personnages, aussi iconiques soient-ils. Car tous les amateurs de comic-books seront catégoriques à ce propos : Harvey Dent et son alias Double-face sont clairement une des figures de proue des aventures de Batman, incarnant avec force la dualité de la criminalité qui gangrène la ville.

Ces mêmes amateurs ont peut-être donc regretté l'exploitation d'un personnage qui n'a peut-être pas été jugé à sa juste valeur. Le coup du lancer de pièce de monnaie, gimmick bien connu, est un peu introduit au forceps. Il faut dire que la véritable personnalité du Harvey Dent transformé intéresse moins Nolan, qui le manipule adroitement en tant que symbole, rien de plus. C'est le fameux "White knight" corrompu, au centre de la vision du réalisateur... et du Joker.

 

photo, Maggie GyllenhaalLa cravate est la vraie raison de sa folie latente

 

En soi, l'aspect schizophrène du personnage ne se manifeste pas trop. D'ailleurs, après son petit ravalement de façade, il ne semble jamais vraiment osciller entre plusieurs humeurs. Dent ne fait que chercher la vengeance, et de fait représenter le mal qui peut s'emparer de la justice, dès lors qu'elle est violemment poussée hors de son carcan. On reproche souvent au réalisateur de mettre en scène des protagonistes conçus comme des fonctions plutôt que comme des humains. Ce n'est pas toujours vrai, surtout dans ses derniers films.

Mais le cas du Harvey Dent de Aaron Eckhart ne joue pas en sa faveur. En soi, si le procureur s'était mué en un quelconque criminel revanchard, le résultat n'aurait pas été bien différent. En l'occurrence, l'insertion de ce bad-guy très apprécié ne s'est pas faite avec beaucoup de soin.

 

photo, Aaron EckhartUn procureur sous les projecteurs

 

BRUCE WAYNE LE MONOLITHE

Le personnage de Batman n'est pas si simple à traiter. Au-delà du classique déchirement intérieur entre les deux identités, il y a un milliardaire certes malheureux, car hanté par la mort de ses parents, mais beau et plein d'assurance, qui vit dans son manoir avec un majordome, et des moyens illimités pour ses gadgets et autres véhicules. Il n'a pas l'humour d'un Iron Man, il n'a pas le destin qui lui est tombé dessus avec des super-pouvoirs gagnés lors d'une rencontre surnaturelle, il n'a pas une lutte intérieure contre sa nature extraordinaire de super-héros... Créer Bruce Wayne, le rendre attachant et humain au-delà du traumatisme est donc bien moins aisé qu'établir Batman.

La vision de Christopher Nolan étant très solennelle, avec une approche réaliste de la mythologie et des capacités du super-héros, Batman-Bruce Wayne n'en devient que plus opaque, froid, voire monolithique. À force de trop intérioriser et avancer sur la même ligne, il y a le risque de saturer côté héros meurtri en silence. L'interprétation de Christian Bale va dans ce sens, avec le portrait d'un homme torturé, légèrement autodestructeur, et quasiment victime d'une auto-prophétie tragique. Tout est joué comme dans du Skapespeare, sans pour autant avoir autant d'espace pour creuser et vivre les drames.

 

photo, Christian BaleÊtre ou ne pas être, telle est ma mission

 

La limite de ce parti pris, c'est la sensation d'un héros enfermé dans cette vision, avec trop peu d'accroches émotionnelles, trop peu de nuances humaines, au-delà des grands mouvements héroïques qui sont là pour l'animer - se sacrifier, encore et toujours. La gestion de l'histoire d'amour contrariée avec Rachel en témoigne bien, restant glaciale et désincarnée, au-delà de la distance qu'implique leur relation. La manière dont Bruce Wayne finit par coucher avec Miranda dans TDKR en est une autre démonstration, mais c'est une autre histoire.

Ce n'est pas anodin si Batman existe aussi (surtout ?) avec ses ennemis intimes, notamment le Joker. Les réalisateurs l'ont bien compris, de Tim Burton (qui a clairement mis le héros au second plan dans Batman, le défi, au profit de Catwoman et le Pingouin) à Christopher Nolan, puisque la grande force de TDK est bien sûr le Joker. Et la trilogie de Nolan l'a peut-être encore confirmé : que ce soit Batman ou Bruce Wayne, le super-héros a ses limites.

 

photo, Christian BaleWhy so serious ?

 

L'ACCESSOIRE RACHEL

Si attaquer Christopher Nolan sur l'écriture des personnages féminins mérite un peu de nuance dans sa filmographie (principalement grâce au Prestige et Interstellar), Rachel Dawes dans la trilogie Batman est peut-être la pire preuve à conviction. Avant la question épineuse de Catwoman et Miranda dans The Dark Knight Rises, et sans même parler du changement d'actrice pour d'obscures raisons (l'explication officielle est l'agenda trop rempli de Katie Holmes), ce personnage pourtant central dans la trajectoire de Bruce Wayne laisse un terrible arrière-goût de sous-écriture, et d'instrument aux mains des scénaristes.

Dans Batman Begins, c'est certainement pire, vu comme Rachel existe uniquement comme baromètre moral pour Bruce, en tant qu'assistante du procureur droite dans ses bottes, amie d'enfance qui renvoie le héros à ses dérives, et bien évidemment petite chose à sauver (l'antidote au gaz de l'Épouvantail) ou admirer (elle protège le môme dans le climax). La romance est très fonctionnelle, et de toute évidence, n'est là que pour le cahier des charges, et la note tragique pour la suite des aventures.

Dans The Dark Knight, Rachel a une autre valeur, en théorie, puisqu'elle a continué sa vie sans Bruce et mène sa croisade au nom de la justice. Sauf qu'elle est désormais rangée derrière Harvey Dent, et que tout dans son destin semble n'avoir qu'un sens : servir les histoires des autres. Butin disputé par Harvey et Bruce, feu d'artifice ultime de la toute-puissance du Joker, catalyseur de la transformation du chevalier blanc de Gotham en Double-Face, trauma profond pour Bruce Wayne avec la fameuse lettre donnée à Alfred et qui résonnera dans TDKR : Rachel est centrale dans The Dark Knight et pourtant, elle n'a quasiment rien à faire, à dire, à vivre pour elle-même. Elle ne parle, ne réagit et n'avance qu'en présence d'un autre.

 

photo, Aaron EckhartDouble façade amoureuse

 

Même les moments où Rachel s'impose pour trouver un peu de lumière l'amènent irrémédiablement à être rangée au rang d'accessoire. Lorsqu'elle se montre courageuse face au Joker en s'interposant dans la soirée, c'est surtout pour mettre en scène Heath Ledger, et amener au sauvetage par Batman quelques instants après, dans une démonstration totale de demoiselle en détresse. Lorsqu'elle interroge un détenu avec assurance, c'est Harvey qui lui offre son atout pour clore l'affaire.

Maggie Gyllenhaal est talentueuse, et s'en sort bien lors des rares occasions qu'elle a, mais elle reste dans la case du faire-valoir, même dans TDK où elle a plus de raisons d'être. Jamais les scénaristes n'auront réussi à donner vie à ce personnage, se contentant de l'utiliser et la malmener dans l'intrigue. Ce qui reste bien triste, notamment parce que la puissance dramatique de la trilogie (la mort de Rachel, son fantôme qui plane dans TDKR) aurait été bien plus grandiose si le personnage avait eu plus de place et de dimensions.

 

photo, Maggie GyllenhaalJoker Face

 

UN DEUXIÈME ACTE QUI ÉCRASE TOUT

Demandez à n’importe qui ce qu’il retient du film de Christopher Nolan, et il est certain qu’une tripotée des images et des scènes citées appartiendront au deuxième acte du film. Véritable char d’assaut narratif, le cœur du récit n’a laissé personne indemne. Après avoir établi le degré de dangerosité du Joker, qui a successivement réussi un casse spectaculaire, éclairci les rangs de la mafia, imposé son style de prestidigitateur oculaire et assassiné trois notables de Gotham City, The Dark Knight entame un passionnant chapitre, basé sur un jeu de manipulation entre le Chevalier Noir et le Joker, qui va tourner à l’avantage du second. 

Profitant de l’attaque de son Nemesis sur un défilé de la police, Batman participe à un plan consistant à faire passer Gordon pour mort, tandis qu’Harvey Dent feindra de se rendre aux autorités se désignant comme l’homme sous le masque de Batman. Tout cela pour obliger l’adversaire à sortir de sa cachette. S’ensuivra une poursuite destructrice à travers Gotham, à l’issue de laquelle Batou et Gordon appréhendent le fou riant. 

 

PhotoRira bien qui grillera le premier

 

Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises : le Joker, anticipant le moindre de leurs mouvements a profité de la diversion que ses ennemis ont eux-mêmes créée pour l’intercepter, afin de kidnapper Rachel et Harvey. Il laisse à Batman les adresses auxquelles tous deux sont retenus, attachés à quantité d’explosif, obligeant le héros à choisir qui il sauvera. Ultime piège, le clown a menti sur les adresses et quand Bruce Wayne croit venir à la rescousse de Rachel, il sauve finalement Harvey tandis que l’amour de sa vie meurt carbonisé. Pendant ce temps, le Joker utilise un de ses hommes de main comme une bombe humaine, favorisant son évasion. 

Ce long segment est un sans-faute. Bardé d’images impressionnantes, il va jusqu’à faire mentir ceux qui moquent le sens de l’action de Nolan, qui aura, le temps de balancer un camion dans les airs, fait la nique à tous les Fast & Furious de la terre. Au-delà de la dimension spectaculaire de ce passage, on note également que tous les comédiens sont au sommet de leurs capacités, et incarnent leurs personnages avec une intensité rare. Hans Zimmer emballe le tout avec une bande-son qui accompagne puis décuple la tension, ne se substituant jamais aux surpuissants enjeux émotionnels des personnages. 

 

photoIl faudra plus qu'une batmoto pour en finir avec le Joker

 

Où est donc le problème ? Tout simplement, cette demi-heure d’absolue virtuosité à tendance à écraser ce qui précède comme ce qui suit, rendant les visionnages suivants assez douloureux. Non seulement l’entrée en matière apparaît très mécanique, mais la logique suivie par le réalisateur pour aboutir à ce grand emballement est émaillée de terribles lourdeurs. Ainsi, le passage par Hong Kong et sa tentative d’accoupler Batman avec Mission Impossible et Michael Mann semble aussi rigide que maladroite. 

Plus embêtant, après cette figure de haute voltige narrative, le film va nous abandonner à un dernier tiers beaucoup moins intense et rigoureux. Les jeux de manipulations vicieux cèdent la place à des dialogues magiques (l’échange entre le Joker et le pas encore Double Face demeure un raccourci scénaristique embarrassant). Enfin, la montée en puissance puis la chute du méchant défiguré paraissent si condensées, accélérées et prévisibles qu’ils obligent le film à se terminer sur un mode mineur, très éloigne de ses intentions épiques. 

 

photoÀ cet instant, Batman est comme le film : épuisé

 

UN CLIMAX PAS TRÈS CHEVALERESQUE

À l’évidence, Christopher Nolan voulait achever le deuxième chapitre de sa trilogie en laissant son héros déchu, abattu, dégradé, moralement et socialement. Triomphant du mal, mais touché au cœur par celui-ci, le justicier devait souffrir la disgrâce que son ultime aventure représente un plus grand défi encore et lui permette d’aborder définitivement la notion du sacrifice, centrale pour son Bruce Wayne depuis Begins. 

Une destination respectable, tout à fait cohérente avec l’univers établi par Nolan, qui fait sens en termes de construction dramatique, les trilogies trouvant le plus souvent et logiquement leur point culminant (en matière de conflit) avec leur deuxième chapitre. Malheureusement, en regardant The Dark Knight, on a l’étrange impression que Christopher Nolan force ses personnages et son récit pour les faire coller à ce schéma, sans que celui-ci paraisse se profiler naturellement. 

 

photo, Heath LedgerAllumer le feu...

 

Tout d’abord, le combat numérique entre quelques figurants foireux, suivi d’une mini-confrontation avec un Joker tout vexé d’avoir loupé sa version meurtre de masse d’Interville ne place pas la barre haut, ni dans l’ambition visuelle ni dans l’intensité dramatique. Pour tout dire, la dernière apparition du pire ennemi de Batman est sans doute la plus faible de tout le film, et a de quoi laisser un goût amer. Par conséquent, enchaîner sur un deuxième climax très minimaliste passe mal. 

On sait pourtant que le mieux est l’ennemi du bien, et qu’il n’existe pas plus ravageur qu’un affrontement préférant la gravité des émotions à l’ostentation des explosions. Skyfall est venu le rappeler brillamment quelques années plus tard, justement en s’inspirant du cinéma de Christopher Nolan. Mais ici, il nous faudra assister à la plus vieille disposition scénographique du monde : à savoir un enfant en otage, le laïus d’un méchant dont on se demande s’il n’est pas allé à la piscine plutôt que de passer son concours d’éloquence, et une touche de suspense en carton sur l’issue de cet affrontement. 

C’est trop peu, trop vite et trop expéditif pour un Harvey Dent qui vient de subir une tragédie monstrueuse, un chemin de croix filmique puissant, et qui constitue l’un des adversaires les plus iconiques de Batman. En l’état, on a bien du mal à reconnaître le métrage qui nous mettait à genoux moins d’une heure plus tôt, quand ce même Dent était sauvé malgré lui par un Dark Knight ivre de douleur et de rage, tandis que la femme aimée des deux malheureux découvrait le sort peu envieux des crevettes flambées au whisky. 

 

photo, Aaron EckhartQuand tu  joues ton climax à pile ou face

 

Enfin, le sacrifice ultime de Batou prenant sur lui l’opprobre de la mort de Dent a bien de la gueule, la voix solennelle de notre héros nous chatouillerait presque la larmiche... si sa démarche n’était pas si forcée. Qu’est-ce qui contraint le protecteur de Gotham à préserver l’image de Dent ? Victime d’un attentat odieux, rien n’indique que son œuvre eut été menacée par la révélation de sa folie. Rien n’indique non plus que Batman était vraiment le coupable idéal. N’eût-il pas été plus malin de faire croire à sa disparition ? Et qui croit vraiment qu’un procureur puisse devenir une superstar, dont la simple évocation suffira à faire reculer le crime ? 

Et surtout, cet opprobre n’eût-il pas été beaucoup plus puissant, dramatique et fort, si plutôt qu’un sacrifice consenti par Batman, il s'était agi du dernier piège du Joker, consacrant cette conclusion comme une victoire à la Pyrrhus, non pas brandie par le héros comme preuve de sa vertu, mais comme une dernière pirouette amère, une pilule impossible à avaler ? 

Bref, ce climax, s’il apparaît nécessaire pour préparer le terrain avant The Dark Knight Rises, est très loin d’être à la hauteur de ce qui le précède, tant il peut sembler artificiel. 

 

photoPas le climax qu'il nous faut, mais peut-être celui qu'on mérite

 

The Dark Knight doit-il être considéré comme une oeuvre intouchable, proche de la perfection ? Sans doute pas. Ses défauts sont-ils bien réels ? On le pense, et les analyser n'a rien d'un chipotage maniaque ou d'une tentative de déboulonner la statue du roi. Au contraire, s'interroger sur les manquements du film, c'est aussi constater combien ceux-ci pèsent peu face à ses immenses qualités, et consacrer la réussite d'un blockbuster inclassable, et dans le coeur de beaucoup, inégalé.

 

photo, Heath LedgerLe vrai visage de Gotham ?

commentaires

Tetsuo
30/07/2020 à 12:23

C'est clair que vous chipotez.Quand on voit les daubes qui sont sortis depuis, y a pas photo.

brucetheshark
30/07/2020 à 12:08

En même temps, Nolan est un mauvais auteur et un mauvais réal... Donc l'un dans l'autre, on a déja de la chance que ce film soit à moitié réussi

Marvelleux
29/07/2020 à 21:02

@Tchoupi
J'aurais dis Electra plutôt.

Tchoupi
28/07/2020 à 20:51

Le film est surcoté, tout le monde sait que le meilleur film de super héros de tous les temps c'est Daredevil.

La Classe Américaine
28/07/2020 à 12:16

C'est quand même curieux le silence de SNYDER et Dc comics warner face à ces accusations et lynchage pourtant si je me souviens bien à l'époque SNYDER avait communiqué à quel point il était heureux et rassuré de laisser le film entre les mains de Whedon.

Liojen
28/07/2020 à 12:14

Bizarre que vous ne parliez pas de la séquence de la prise d’otages avec les deux bateaux, clairement inutile et uniquement conçue pour augmenter artificiellement la durée du film.
Si il y a bien un gros défaut dans ce film c’est bien ce passage.

ZeneZen
28/07/2020 à 04:11

Je comprends le but de cet article très complet. Mais au final il est surestimé par rapport à qui, à quoi? Surestimé aux 4 Avengers ? Bien sûr que le film a des défauts. Dommage de vouloir refaire le plan du joker, la personnalité de Rachel.... c'est comme vouloir refaire l'Histoire de l'humanité...

Nice dream
27/07/2020 à 23:37

Pour ma part, dès la sortie du film j'ai vu qu'il manquait de cohérence scénaristique et que c'était uniquement les scènes du joker qui en faisait un grand film. Pour ma part, je préfère Begins qui a une vraie écriture scénaristique cohérente et complexe avec aussi quelques séquences d'action puissantes.

[)@r|{
27/07/2020 à 20:04

Je ne ferais pas de critique sur le film.

Personnellement, j'en veux au couillon de la Warner qui a supervisé la conception du master bluray édition collector et qui a eu la lumineuse idée [Allez savoir pourquoi ?] d'entrecouper un film en format 70 mm avec des séquences imax format 1:78.1. Surtout que cela n'apporte rien proprement dit au film graphiquement parlant.
Ou peut-être, c'est juste pour faire chier le monde ! [Je rigole.]

A mon goût, le résultat est saccage visuel. J'appelle cela du travail de gougnafier !

Mais paradoxalement, le master DVD [qualité d'image inférieure], le film est présenté dans un format 70 mm du début jusqu'à la fin, comme au cinéma... ... [Vas-y comprendre quelque chose !]

Ciao a tutti e prendetevi cura di voi !

Marvelleux
27/07/2020 à 17:55

@sylvinception
J'espère que le whisky était du Jack Daniel's, mdr.

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