Jurassic Park : 5 différences entre les dinosaures de Spielberg et le roman

Simon Riaux | 30 juin 2020
Simon Riaux | 30 juin 2020

Légendaire film d’aventure signé Steven SpielbergJurassic Park est aussi l’adaptation d’un best-seller de Michael Crichton. Quelles sont les différences majeures entre ces deux œuvres qui ont abreuvé l’imaginaire de millions de personnes en sauriens sauvages ? 

 

photo"Bienvenue dans l'article sur Jurassic Park"

 

DES DÉBUTS MONSTRUEUX 

Pour ouvrir son film, Steven Spielberg a choisi de totalement évacuer le début du texte de Michael Crichton, pour proposer un pur exercice de style, dont la logique interne renvoie directement aux Dents de la mer. Narrant comment le transfert d’un raptor tourne au drame, en dépit des mesures de sécurité du parc, l’ouverture du métrage joue avec les attentes du spectateur, ne le laissant jamais voir ce qui constitue l’attrait premier du film : les dinosaures. 

Mélange de brutalité, de montage tendu et d’une gestion de l’espace proche de la perfection, cette introduction rappelle combien Steven Spielberg, auteur de spectacles aux proportions herculéennes, demeure un technicien accompli, maîtres de ses effets, y compris quand il choisit de suggérer plutôt que montrer. Le résultat est une scène d'abord énigmatique, puis riche en suspense, jusqu'à une explosion de violence sourde et arbitraire, qui ne nous laissera entrevoir de la femelle vélociraptor qu'une paire de griffes et un oeil, qu'on devine impatients de tuer à nouveau.

 

PhotoToujours une des plus grandes scènes des années 90

 

Mais dans le roman, le début de l’aventure était bien différent. Ce n’est pas un boulottage sauvage de technicien qui provoque un audit de Jurassic Park dans le livre, mais une série d’incidents perturbants au Costa Rica. Des reptiles aux proportions absurdes sont aperçus, tandis que des attaques animales anormales surviennent de plus en plus fréquemment. Le lecteur aura droit à une bonne dose de frisson lorsqu’est évoqué comment un bébé, demeuré quelques secondes sans surveillance dans son landau, a été boulotté par ce que devine être des compsognathus. Cette scène aura inspiré l’introduction du deuxième film : Monde perdu. 

Cette ouverture des hostilités est beaucoup plus ambiguë que celle du film, joue sur une inquiétude plus diffuse. Mais surtout, elle pose ce premier volume dans une situation à laquelle aboutiront les blockbusters des années plus tard, puisque l’arrivée en masse des dinos sur le continent n’aura pas lieu avant Jurassic World : Fallen Kingdom

 

photoIl aura fallu des années pour en arriver là 

 

MALCOLM IN THE MIDDLE 

Le personnage de Ian Malcolm fut une des révélations de Jurassic Park premier du nom. Source inépuisable de memes, interprété à la perfection par Jeff Goldblum, il est un des rares personnages à alléger la narration en prodiguant vannes et bons mots. Et comme souvent durant les années 90, son interprète lui confère une énergie pédagogue et ludique proprement hallucinante, qui permet au scénario de se servir de son personnage pour expliciter de nombreux enjeux. 

En effet, malgré les apartés de John Hammond, ou le célèbre court-métrage animé en forme de documentaire levant le voile sur la résurrection des dinos, quantité de problématiques technologiques et philosophiques du film sont rendues accessibles par l’interprétation tout en électricité du comédien. Sorte de miroir inversé d’Alan Grant, il est toujours un des visages les plus connus de la saga. 

 

Photo Jeff GoldblumUn oiseau de mauvais augure, sauvé par Spielberg

 

Il n’en va pas de même chez Michael Crichton, il s’agit également d’un mathématicien brillant, mais nettement moins sympathique. Ian Malcolm y est également blessé à l’issue du premier tiers du récit, mais son accident n’adoucira pas le personnage, au contraire. Arrogant et pédant à la base, la morphine ne fera qu’ajouter du fatalisme à ce protagoniste, dont les analyses ou délires ponctuent la narration avec acidité. 

De même, si l’écrivain a choisi de le ramener à la vie pour le deuxième tome intitulé Le Monde perdu, son Jurassic Park ne souffrait d’aucune ambiguïté quant au sort de Malcolm. Faute de soins, ce dernier mourrait de ses blessures, d’une mort lente et douloureuse. L’auteur reviendra néanmoins sur cette décision, expliquant que ce pauvre Ian n’était finalement que dans un petit coma des familles, afin de permettre à son second tome de coïncider plus précisément avec son adaptation, toujours signée Spielberg. 

 

Photo Jeff GoldblumUne blessure pas si mortelle

 

PAS DE VIOLENCE, C’EST LES VACANCES 

Spielberg a toujours su marier idéalement le suspense, la tension, avec les exigences du grand spectacle familial, et Jurassic Park en est un exemple triomphal. Car si le film n’est pas avare en frisson, comptant quelques morts et boulottages remarquables, il demeure avant tout un récit familial épiquequi pense aux spectateurs comme un grand groupe qu’il tente constamment de réunir pour les embarquer à bord d’une épopée qui fera écho à tous. 

La scène d’introduction évoquée plus haut en constitue un exemple excellent de la manière dont le metteur en scène travaille à proposer un métrage impressionnant, qui met les nerfs du public à rude épreuve, sans le contraindre à digérer des images trop graphiques, ni représenter frontalement la violence. Dans le reste du film, des personnages se font évidemment boulotter, mais en dehors d'une poignée d'effets-chocs (horrifiques ou comiques, à coups de toilettes ou de bras arraché), la caméra préfère ne pas enregistrer directement les supplices subis par les victimes.

 

Photo Richard Attenborough, Jeff Goldblum, Sam Neill"Vous allez tous mourir !"

 

Michael Crichton n’a pas du tout suivi cette logique. Son roman n’ambitionnant pas d’être lu par des enfants, il a pu laisser libre cours à un sadisme certain, et son best-seller ne lésine jamais sur l’intensité de la violence et sur la brutalité des sévices pratiquées par les dinosaures. Le texte met l’emphase sur les chairs viciées, déchiquetées, et les vélociraptors ne se privent pas d’éventrer leurs victimes. En témoigne la mort du Dr Wu, généticien qui finit dévoré vivant par les plus vicieux prédateurs du parc, encore conscients alors qu’ils se repaissent de ses intestins. 

Mais les créatures préhistoriques ne sont pas épargnées non plus, et le roman revient parfois avec jubilation sur leur sort. C’est le cas quand Muldoon pulvérise un raptor au lance-roquette et que le texte décrit cette explosion bien gorasse qui projette la moitié supérieure de l’animal dans les airs. 

 

photo"Il a dit papa ou bazooka ?"

 

IMMONDE HAMMOND 

Chez Spielberg, le milliardaire John Hammond est un créateur contrarié, écartelé entre un désir enfantin de créer et les conséquences de ses ambitions. Une équation qu’on retrouvera à plusieurs reprises chez le réalisateur, jusqu’au tout récent Ready Player One. Dans le blockbuster, les rêves de l’industriel de la génétique, son irresponsabilité, ont de terribles conséquences, mais elles n’en demeurent pas moins issues d’un rêve franchement innocent. 

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que c’est au grand Richard Attenborough que revient d’interpréter le personnage, auquel il insuffle une candeur et une honnêteté touchantes. Dans la scène où il décrit à Ellie ses débuts et la magie qui entourait son cirque de puces, le film nous donne l’occasion de saisir toute la naïveté qui préside à ses actes.

 

Photo Richard AttenboroughGénie maladroit ou capitaliste avide ?

 

Il n’en est rien dans le Jurassic Park de Crichton, où Hammond est un personnage d’entrepreneur cynique bien plus “classique”. Peu concerné par les vies humaines que son projet a mises en jeu, voire balayées, il envisage son parc d’attractions comme une source de revenus massive, dont il n’entend guère se priver. Même quand la situation se dégrade, alors que ses dinosaures commencent à dévorer ses invités, il demeure extrêmement distancié, arrogant, sûr de son bon droit et de sa toute-puissance. 

Et c’est ce qui le mènera à sa perte. Dans le roman, l’industriel s’isole des survivants pour monologuer sur ses plans afin d’ouvrir un nouveau parc, moins coûteux, et doté d’employés plus serviles, quand un rugissement enregistré de Tyrannosaure le surprend et provoque sa chute dans un petit ravin. Il s’y brise la cheville, avant de se faire attaquer puis dévorer par un troupeau de compsognathus. 

 

concept artL'eau, ça mord

 

AU MILIEU SAIGNE UNE RIVIÈRE 

Le tyrannosaure est une des stars du film de Steven Spielberg, présent dès le logo du métrage, jusque dans l’un des tout derniers plans iconiques du film, immortalisant le sacre des reptiles préhistoriques. De l’attaque des voitures lors de l’évasion de son enclos, en passant par sa poursuite de la jeep, le buffet de gallimimus ou le climax, il est la créature la plus instantanément mythique du blockbuster. Mais Michael Crichton avait imaginé une scène supplémentaire avec le terrible prédateur

Après avoir été isolés de leurs compagnons lors de la coupure de courant, le professeur Grant, Alex et Tim descendent une rivière en radeau, et y croisent quantité de dinosaures différents. Parmi eux, le T-Rex, qui décide de faire d’eux ses quatre heures, après avoir été dérangé pendant sa sieste. L’animal devait les suivre dans la rivière à la nage puis les attaquer. Intensément spectaculaire, la scène est une des plus cinématographiques du roman. 

 

storyboardUn storyboard qui ne vit jamais le jour

 

Mais le scénariste David Koepp a révélé dans le podcast Reelblend en juin 2020 que le metteur en scène avait rapidement décidé de s’en passer :

“Ça a été supprimé très tôt. Tellement d’éléments représentaient déjà des défis extrêmement complexes, et exigeaient qu’on invente de nouvelles technologies pour les filmer. C’est l’idée d’ajouter de l’eau qui a achevé M. Dents de la Mer. C’était déjà bien assez dur comme ça.” 

On imagine qu’après le cauchemar technique des Dents de la Mer, Steven Spielberg n’était sans doute pas impatient d’immerger des dinosaures. Néanmoins, cette scène du roman inspiré directement une attraction du parc Universal aux États-Unis, mais aussi certains passages du jeu Jurassic Park sur Megadrive, où le joueur devait échapper au surpuissant théropode dans le soleil couchant. 

 

Affiche française

commentaires

Miami81
01/07/2020 à 13:08

Et pour rester dans l'actualité, Je me souviens que le film avait eu une polémique à l'époque car la 1ère victime des dinosaures était noire. Comme quoi, ça ne date pas d'hier

Ben
01/07/2020 à 13:02

Heureuse époque!
J'ai encore le bouquin nommé " le parc Jurassique" bien avant qu'il soit prévu de le transposer au cinéma.
Vu en Angleterre à 15 ans, j'ai étais sans voix devant la représentation des dinosaures mais tellement déçu par le scénario qui effectivement est bien moins intense et violent que le bouquin.
jolie analyse!

TofVW
30/06/2020 à 21:50

C'est ce que je disais sur l'autre article: 2 romans, 2 films, 4 histoires différentes.
Je conseille les livres à tous ceux qui ont aimé les films (les livres sont encore plus intenses), mais si vous vous y mettez, sortez-vous vraiment les films de la tête. Sinon vous serez déçus.

STOCK59
30/06/2020 à 20:54

Il y a vraiment des idées intéressantes qui n'ont pas vu le jour dans les deux livres de M. Crichton! Mais bon, le film est déjà super bien réussi.

votre commentaire