Le Seigneur des Anneaux : 5 raisons de préférer la version longue de La Communauté de l'Anneau

La Rédaction | 9 juin 2020 - MAJ : 10/06/2020 10:54
La Rédaction | 9 juin 2020 - MAJ : 10/06/2020 10:54

Le Seigneur des anneaux, oui, mais en version longue : environ 30 minutes supplémentaires pour La Communauté de l'Anneau.

Alors que TF1 rediffuse la trilogie culte de Peter Jackson, adaptée de J.R.R Tolkien, on revient sur les versions longues de chaque épisode, pour dire pourquoi elles sont largement préférables.

On commence par La Communauté de l'Anneau, parce que même si c'est la version longue la plus lourde et spectaculaire, elle regorge de scènes et idées importantes.

 

photo, Elijah WoodLe reflet du Blu-ray avec version longue, pour les consommer tous

 

LE CHARME DISCRET DES HOBBITS

Un des premiers ajouts notables de la version longue du Seigneur des Anneaux concerne la Comté, où vivent les Hobbits, un des premiers lieux que les spectateurs sont amenés à découvrir dans le film de Peter Jackson. Dans la version cinéma, nous avions l’occasion de découvrir cet endroit enchanteur à la faveur d’une longue introduction, mettant en scène l’arrivée de Gandalf, les préparatifs d’une célébration du village, puis l’annonce de la grande épopée à venir. 

Aucune révolution narrative ici, mais une plongée plus profonde dans cet univers champêtre, qui paraît tout à fait préservé des passions et affrontements qui structurent la Terre du Milieu. Dans la version longue, accompagnés par la voix off de Ian Holm, nous avons l’occasion d’en découvrir un peu plus sur cette douce contrée, ainsi que la culture de ses habitants. Dans une série de saynètes pittoresques, nous les voyons travailler, interagir, et s’adonner à deux de leurs activités favorites : se nourrir et brasser de la bière. 

 

Photo GandalfOn commence par se mettre au vert

 

Rien qui révolutionne l’intrigue donc, mais un parallèle essentiel avec les textes de Tolkien. Les premières dizaines de pages de sa saga ont souvent été présentées comme une épreuve pour le lecteur ne sachant où il pose les yeux. En effet, l’écrivain y fait preuve d’un talent incommensurable pour donner vie à une culture, et aux lignées qui la composent, mais prend le risque de laisser sur le carreau les lecteurs les plus impatients d’en découdre, ou désarçonnés par la grande quantité d’informations présentes dans cette première partie du récit. 

Par conséquent, on imagine que c’est sans doute ce qui a contraint Peter Jackson à tronçonner cette scène dans la version cinéma de son film, lequel ne pouvait se permettre de passer trop longtemps dans la Comté. Un choix compréhensible d’un point de vue industriel, mais d’autant plus regrettable que comme chez Tolkien, c’est précisément là que le cinéaste fait preuve d’un art consommé de l’immersion, et démontre combien il est important de bâtir minutieusement son univers. 

 

photoVoilà qui ferait un excellent Airbnb

 

LA VISION DES ELFES

Si le montage cinéma introduit les elfes à Sam et Frodon avec Arwen, la version longue organise une première rencontre autrement plus poétique. Provoquée et magnifiée par le superbe morceau chanté The Passing of the Elves, la séquence fait du convoi une véritable apparition poétique et fantomatique. Tout y clame le respect avec lequel Jackson s'empare de l'univers de Tolkien. Décrite d'emblée comme une sorte de rêve jusqu'ici inaccessible, la vision figure très tôt la gravité et la profondeur émotionnelle des évènements à venir.

Le génie de ce passage réside autant dans la façon dont est mis en scène l'instant, sorte de mirage dont on pourrait douter de la réalité, que dans la réaction de Sam, relai du spectateur aussi émerveillé que nous. "Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rend triste", commente l'intéressé. Une bien belle phrase qui résume parfaitement la façon dont ce premier volet anticipe doucement, mais sûrement, l'aspect tragique de l'histoire du Seigneur des Anneaux.

 

photoMarche ou crève

 

Un peu plus tard dans le récit, Frodon se fait poignarder par les Nazgûl et la lame de Morgul. Cet évènement, traumatique, ancre l'aventure des innocents hobbits dans une réalité très dure. Sorte de signe avant-coureur de leur épopée maladive, l'exil des elfes déçoit avec grâce les attentes d'aventure du duo. Eux qui voulaient rencontrer ces êtres nobles, ils devront se contenter de les voir passer, de les voir fuir la guerre qui les attend.

La prochaine interaction avec des elfes, c'est à Fondcombe, où Frodon panse une plaie qui ne guérira jamais et où il s'engage dans une mission suicide. Nul doute que le désespoir profond qui sommeille dans cette séquence influence alors son choix. Sa quête n'a rien des aventures palpitantes de son oncle. Il doit aller là où les elfes, ces créatures si mystiques, ne peuvent se rendre.

C'est dire à quel point Jackson a veillé à introduire ses enjeux avec douceur, conscient de l'immensité physique et émotionnelle de l'univers auquel il s'est attaqué. Cette scène est peut-être l'une des plus belles de ce premier volet, à la narration inattaquable.

 

photoIl fouille de Fond en combe

 

LA TENTATION DE BOROMIR

Les premiers éléments liés au personnage de Sean Bean sont particulièrement coupés de la trilogie version cinéma. Le moment le plus marquant se déroule à Rivendell, lorsque tout le monde se réunit pour savoir comment gérer ce foutu anneau, posé devant toute l'assemblée. Boromir se lève pour se lancer dans un discours, et parler d'une vision qu'il a eue, tout en se rapprochant de l'anneau, jusqu'à bien évidemment essayer de le toucher.

C'est là que Gandalf se lève pour le stopper, et utilise les mots du Mordor, le noir parler, pour secouer le groupe. Pendant quelques instants, l'obscurité tombe sur le décor, le monde semble trembler, et Boromir reprend aussitôt ses esprits pour revenir à sa place. Un moment marquant à l'image, qui brise le charme lumineux et paradisiaque des lieux, dans un élan de violence inattendu. Elrond est légèrement outré d'entendre cette langue terrible résonner chez lui, mais Gandalf ne s'excuse pas : il veut rappeler que le domaine de Sauron risque bien de s'étendre partout.

Boromir tente de convaincre l'assemblée que l'anneau peut être une arme, qui pourrait être utilisée contre Sauron. C'est là que la véritable identité d'Aragorn lui est révélée. Une scène qui place les enjeux majeurs autour de Boromir : sa rivalité avec le futur roi tant attendu, et sa tentation de l'anneau qui va créer de profonds doutes chez Frodon.

Pour le personnage, qui réapparaît en flashbacks dans la suite de la trilogie en version longue, c'est un moment court, mais important. La version longue de La Communauté de l'Anneau lui offre d'ailleurs quelques instants supplémentaires ou différents, par-ci par-là, notamment pour insister sur ses faiblesses face à l'Anneau, ou lors de son ultime combat.

 

photo, Sean BeanGame of Frodon

 

LES CADEAUX DE GALADRIEL

Probablement la scène la plus importante, puisqu'elle aura des répercussions sur le reste de la trilogie. Lorsque la Communauté de l'anneau quitte Lothlórien, Galadriel leur offre à chacun un cadeau, qui sera bien utile pour la suite de l'aventure. La fiole de la lumière d'Eärendil pour Frodon, une corde elfique ainsi qu'une graine d'arbre pour Sam, des dagues pour Merry et Pippin, un arc des Galadhrim et un carquois pour Legolas... et trois cheveux pour Gimli, fasciné par Galadriel. À noter que ces cadeaux sont différents des livres (où par exemple, Merry et Pippin ont des ceintures d'argent, et Aragorn, l'Elfstone parmi d'autres objets).

La lumière d'Eärendi est bien sûr l'artefact le plus remarquable, puisque Frodon l'utilise face à Shelob dans Le Retour du roi. Ou une illustration très claire du pouvoir de la lumière et de l'espoir, dans les ténèbres du Mordor. Sam, lui, utilisera sa corde elfique lors de leur passage dans les montagnes d'Emyn Muil puis pour attacher Gollum, dans Les deux tours. Galadriel choisit de ne pas lui donner d'arme, car Sam n'est pas un guerrier : c'est une âme différente, la plus solide de la troupe, et là encore la symbolique de la corde n'est pas anodine vu sa valeur aux côtés de Frodon, qui manque plusieurs fois de vaciller.

À noter que Peter Jackson a changé le texte de Tolkien pour accentuer cette idée, puisque dans le livre, le hobbit vole la corde, et Galadriel lui offre de la terre elfe et une graine de Mallorn.

 

photo, Cate Blanchett"Tu vas quasi crever malgré ma fiole, mais chut"

 

Aragorn lui, n'a aucun cadeau dans le film. Galadriel n'a rien à lui offrir de plus que ce qu'il a déjà reçu : le collier d'Arwen. L'occasion de remettre en avant leur amour, et la menace qui plane sur elle dans la trilogie.

Galadriel leur offre également à tous quelques objets importants, comme des capes de camouflage avec une broche, et le pain des elfes, nommé Lembas. Des éléments majeurs dans la suite de la trilogie, qui permettront aux personnages de se retrouver, échapper à des ennemis, ou au contraire affronter des tensions.

La scène dans la version longue est particulièrement intéressante puisque Peter Jackson a choisi de raconter ces cadeaux dans de courts flashbacks, alors que le groupe quitte Lothlórien sur l'eau. Alors que Galadriel les observe s'éloigner depuis la rive, chacun se remémore ce court, mais intense moment avec elle. De quoi renforcer l'aura mystique du personnage incarné par Cate Blanchett, dont la voix semble planer de manière irréelle sur leurs esprits.

 

photo, Sean AstinVous croyez que c’est de l’eau ça ?!

 

LE BEAU ARAGORN

Grâce à la version cinéma, le personnage d’Aragorn s’est instantanément inscrit dans la mémoire collective comme l’archétype du guerrier solitaire, héritier d’une fabuleuse lignée, vouée à un grand destin. La version longue n’apporte pas de nouveaux éléments quant à ses origines royales, ou sa dimension de valeureux meneur d’hommes. En revanche, le personnage y est bien plus nuancé, et dévoile une mélancolie plus marquée. 

C’est le cas dans la séquence où le héros joué par Viggo Mortensen va se recueillir sur la tombe de sa mèreGilraen. Pour brève qu’elle soit, cette scène apporte beaucoup de nuance au personnage. Non seulement parce qu’elle éclaire un peu son passé, mais surtout, indique que la volonté de sa mère (l’éloigner d’un trône qui pourrait lui coûter la vie) préside à son existence. Enfin, elle nous permet de comprendre, alors qu'Aragorn nettoie la tombe oubliée de l'autrice de ses jours, que le personnage erre depuis longtemps, tout comme son regard meurtri indique combien il souffre de ne pouvoir honorer ses ancêtres.

Cet équilibre renouvelle beaucoup sa figure, soulignant la grande sensibilité du personnage, finalement très éloigné des clichés du baroudeur solitaire. Loin d’être un combattant qui bourrine de l’orc entre deux beuveries dans une obscure taverne tenue par un troll, la version longue permet de bien mieux saisir la tristesse qui émane du personnage, son rapport délicat au monde et à sa dimension tragique, mais aussi sa capacité à accepter ce qui l’attend. Une nuance que l’on pouvait entrapercevoir lors d’une autre brève scène coupée, pendant le passage des Eaux à Moucherons, où déjà, se croyant seul, il se laissait aller à un chant nocturne embué de larmes.

 

photo, Viggo Mortensen"Toutes des elfes, sauf ma mère !"

commentaires

Jokjc
13/06/2020 à 15:32

Déjà que c'est une purge la version normale...

Jérôme
11/06/2020 à 15:08

Perso, et je suis un grand fan des livres, je trouve que c'est la version longue des deux tours qui change le plus la version ciné. Elle donne une consistance différente au film, le rend plus cohérent.
Les deux autres versions longues sont du nectar mais ne modifie pas (à mon sens) autant le matériau de départ.

Guéguette
11/06/2020 à 15:06

@Opale
La vl du 1er détaille vraiment des éléments qui jouent pour la suite, pas les vl du 2 et 3, qui sont plus dans l'étoffement de tel rapport ou de telle situation.
Perso les défauts que j'avais remarqué sur le 1 n'ont fait que gonfler pour me finalement me laisser complètement insensible au spectacle. Larmoyant appuyé, aucune subilité, tout est surligné...pour la mise en scène il s'efforce de montrer tout encore et encore, sans zone d'ombre, sans hors champ, sans mystère.
Au lieu d'avoir recours à des vl, il aurait mieux fait de se tenir aux ellipses du livre qui contribuent à l'immersion. Au lieu de ça il s'est évertué à imaginer tout ce qu'on avait pas vu dans le livre et gommer tout effet de surprise...Sans compter que le talent de ses scénaristes n'étaient pas au rdv.

Benjamin
10/06/2020 à 23:52

Il faut tout de même savoir que Jackson est très content des version cinémas concernant les deux premiers films. Qui sont nettement mieux rythmées. En revanche, il avait proposé au studio la version de 4h du Retour du Roi en insistant réellement et à du faire les coupes à la dernière minute. C'est le seul des trois films qui doit réellement être vu dans sa version longue. Et effectivement ça change tout.

Pseudo1
10/06/2020 à 14:23

Pour ceux qui l'ont regardé hier, la version diffusée sur TF1 était pas chelou ?
Déjà j'ai l'impression qu'ils l'ont légèrement accéléré (déformation des voix), mais il y a des scènes qui, de mémoire, ne sont pas dans la version cinéma (je crois qu'il y avait la scène où Gandalf parle en langue noire pendant le conseil d'Elrond, par exemple)

Opale
10/06/2020 à 11:00

@Guéguette, argumentation please...

Guéguette
10/06/2020 à 09:52

La seule version longue qui est un vrai intérêt. Les deux autres étaient vraiment superflues, pour une trilogie qui était déjà parti en vrille.

Pseudo
10/06/2020 à 07:39

Bientôt le snydercut

Opale
10/06/2020 à 07:29

Un chef-d'oeuvre est encore meilleur dans sa version longue. Juste indispensable...

Marvelleux
10/06/2020 à 00:35

D'ailleurs, quelqu'un sait pourquoi les versions longues ne sont pas diffusées sur les chaînes hertziennes? merci.

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