Glass : les nombreuses scènes coupées du film de Shyamalan valent-elle le détour ?

Christophe Foltzer | 19 mai 2019
Christophe Foltzer | 19 mai 2019

Disons-le clairement, l'existence de Glass est inespérée et M. Night Shyamalan nous a encore une fois bien eu lorsque, dans les ultimes secondes de Split, il a fait apparaitre David Dunn et a ainsi révélé la teneur réelle de son film.

Après, évidemment, il y a Glass, le film. Imparfait, déséquilibré, sympathique mais qui est loin d'avoir fait l'unanimité que ce soit du côté des critiques (qui ont fait pleurer le réalisateur parce qu'elles étaient méchantes) ou du côté du public. 247 millions de dollars de recettes pour un budget de 20 millions, c'est super mais c'est moins que Split qui en avait rapporté plus de 278 millions pour un budget moitié moins important. Mais on vous en reparlera très bientôt plus en détails.

 

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LA GROSSE EDITION ?

Aujourd'hui, ce qui nous intéresse, c'est l'édition vidéo de Glass, qui sera disponible dans tous les rayons le 24 mai prochain et que nous avons déjà pu récupérer au prix de nombreux arrangements frauduleux et de comptes offshore que les Panama Papers nous envieraient sûrement. Si l'on ne va pas faire de critique de l'édition en elle-même (cela fait des années qu'on a arrêté cet exercice au final plus vraiment indispensable dans la vie d'un film) disons qu'elle est plus que correcte, avec une très belle image, un gros son et son lot de featurettes bien promos pour nous dire à quel point le film est en fait génial. Bref, du grand classique.

Ce qui nous intéressait par contre, c'était la présence de nombreuses scènes coupées, avides que nous étions d'en découvrir plus sur l'univers mis en place par Shyamalan durant ses trois films et curieux de constater si des détails capitaux n'avaient pas été écartés du montage final avec, à la clé, de précieux indices sur une possible suite. C'est donc ce que nous allons voir.

Mais, disons-le d'emblée, là encore, M. Night Shyamalan arrive à nous surprendre à sa manière.

 

photo, M. Night ShyamalanM. Night Shyamalan fait son Shyamalan

 

BANC DE TOUCHE

Les scènes coupées sont au nombre de 12, toutes commentées par le réalisateur lui-même pour les recontextualiser dans la narration du film. Une initiative fort heureuse et qui montre la grande implication du metteur en scène tout comme sa volonté éducative dans l'explication de la réalisation d'un long-métrage. Cela illustre ainsi l'adage populaire qu'un film connait trois existences avant de s'offrir au public : à l'écriture, au tournage et durant le montage.

Et Glass en est une preuve éclatante tant les intentions "auteurisantes" de Shyamalan se sont heurtées aux conventions pragmatiques du thriller qu'il a tenté de mettre sur pied et qu'il se voit dans l'obligation de les justifier à tour de bras.

 

photo, Anya Taylor-JoyUne édition qui semble sous haute surveillance

 

Outre ces scènes, il convient de commencer par le début, à savoir l'introduction alternative du film, très loin de ce que nous connaissons. Une entrée en matière ne servant qu'à délimiter l'univers dans lequel va se dérouler la plus grande partie de l'histoire : l'institut psychiatrique.

Nous y découvrons alors les employés installer les caméras dans les couloirs, les différentes pièces pour chacun des personnages ainsi que, détail amusant, une multitude de brosses à dents différentes pour la cellule de Kevin Wendell Crumb. Une séquence posée, énigmatique, tout comme une bonne entrée en matière atmosphérique mais qui aurait peut-être fait débuter le film sur une note lente inappropriée pour l'effet recherché.

Puis viennent les fameuses scènes coupées et c'est un peu la débandade. Alors que Shyamalan nous annonce d'emblée que le premier montage de Glass durait 3h20, voilà que nous nous retrouvons avec un segment de... 25 minutes. Et encore, il y a une astuce puisque, en retirant les introductions par Shyamalan de chaque séquence, ces scènes ne durent qu'à peine plus de 13 minutes et sont, pour la plupart, totalement anecdotiques.

 

ATTENTION SPOILERS SUR LE FILM !

 

photo, James McAvoyLes fans risquent de tirer la tronche

 

ENTER LE CHUTIER

On commence avec "David seul dans bar" et ça veut dire ce que ça veut dire.

Un court plan fixe de David Dunn en train de boire un verre dans un bar alors que la télévision révèle l'inauguration de la fameuse tour faisant partie du plan de Mister Glass. Une séquence qui s'insère entre le moment où son fils le prévient que la police est à sa recherche et l'instant où David rentre chez lui et que nous découvrons que sa femme est morte il y a quelques années. Aucun intérêt.

 

photo, M. Night Shyamalan, Bruce Willis"Et là t'es tout seul dans le bar et puis c'est tout"

 

La scène suivante, "Patricia parle aux cheerleaders" se révèle déjà plus passionnante puisque, toujours au début du film, nous y découvrons le personnage de James McAvoy en pleine discussion avec lui-même, à quelques mètres de ses otages. Dennis et Patricia sont en conflit parce que la Bête n'a pas commencé sa révolution et que les gens ne croient pas à son existence.

Nous y apprenons des détails importants, notamment que plusieurs personnalités ont rejoint le camp de la Bête tandis que d'autres se battent pour réveiller Kevin Wendell Crumb qui écouterait tout ce qui se passe. Le rapport aux cheerleaders est également intéressant puisqu'il montre bien la folie et la dangerosité de Patricia avec ce mélange de bienveillance, de bonne éducation et de douceur qui en fait un personnage fascinant. Une scène dégagée parce qu'elle ralentissait le démarrage du film et résumait, en gros, le précédent. Dommage.

 

photo GlassPatricia, très inquiétante

 

"David rencontre Pierce" n'a que peu d'intérêt puisqu'il s'agit d'une courte scène entre l'interne Pierce, qui se fera tuer par la Bête, et David Dunn alors qu'il est retenu prisonnier. Pierce lui apporte un plateau-repas, les deux personnages s'affrontent du regard en mode "c'est ki ki domine" et puis basta. Next.

"Casey en cours" aurait pu être très intéressant puisqu'il nous introduit le personnage d'Anya Taylor-Joy et surtout son évolution depuis Split. En cours d'arts, elle justifie un de ses tableaux représentant un homme en lutte avec une bête en cage, symbole de Split et de sa relation avec Kevin Wendell Crumb. Mais la scène n'apporte rien, parce que trop courte, et embraye direct sur Casey dans les couloirs du lycée qui est convoquée par la principale pour lui apprendre que son ravisseur a été appréhendée.

 

photo GlassCasey, moins en retrait qu'avant

 

"Dr Staple explique la machine" soulève un point intéressant puisque le personnage de Sarah Paulson explique au personnel de l'institut la procédure de lobotomie à laquelle va être soumise Elijah. On les sent confus, méfiants, mais elle explique, preuve à l'appui que l'opération a fait ses preuves en parlant d'un patient australien qui a retrouvé une vie normale peu après. Une scène qui jette un doute supplémentaire sur les motivations réelles du docteur et son conflit intérieur à l'égard de ses patients.

"Mme Price dans la salle d'attente" : rien à dire, c'est une très courte séquence où le docteur Staple vient chercher la mère d'Elijah. Une main ridée se lève au premier plan, manière d'introduire un personnage que nous n'avons plus vu depuis 19 ans. Elle ne manquera à personne.

"Mme Price parle à Elijah" : autre scène anecdotique en apparence où la mère d'Elijah lui parle de sa vie quotidienne. Une courte séquence qui est cependant intéressante pour établir la relation complexe de la mère par rapport à son fils, déchirée entre sa culpabilité et son amour maternel qui, pour lui faire tenir le coup, lui raconte comment elle vit depuis son internement. Intéressant oui, mais clairement lourd en termes de rythme.

 

photo GlassCelle qui s'en sort peut-être le mieux dans les scènes coupées

 

"Dr Staple" : là encore, une très courte séquence qui aurait pu donner quelque chose d'intéressant mais non en fait. Le Dr Staple boit du thé sur les marches de l'institut lorsque une vieille patiente la montre du doigt en riant. Il s'agit en fait d'un personnage totalement évacué du montage final qui avait la capacité de voir les vérités cachées de chacun. Elle savait donc qui était vraiment le Dr Staple et quelles étaient ses réelles motivations et le lui signifiait ainsi. Comme le personnage a disparu, cette scène n'avait plus aucun sens.

"Pierce vérifie la chambre d'Elijah" :  la scène a été coupée pour mieux gérer le personnage de Mister Glass (Samuel L. Jackson). L'interne Pierce entend du bruit alors qu'il est au poste de surveillance, il va vérifier la chambre d'Elijah mais ne le trouve pas dans son lit, mais à l'autre bout de la pièce dans son fauteuil roulant. On plonge clairement dans une ambiance de film d'horreur, de maison hantée, mais la scène n'aurait clairement pas trouvé sa place dans le montage final.

 

photo GlassUn regard furtif, mais qui change tout

 

"Mme Price parle de l'opération avec Elijah" : voilà peut-être l'une des plus grandes pertes des scènes coupées. Dans la cellule de son fils, Mme Price parle à Elijah, toujours en état de catatonie. Quand soudain, le regard d'Elijah change un bref instant, retrouve sa vitalité et sa détermination avant de retomber dans l'aphasie. Manière de signifier à sa mère qu'il a toute sa tête et qu'il ne joue qu'un jeu.

Mme Price masque sa réaction et commence alors un double-discours passionnant où elle l'encourage à s'évader en lui rappelant qu'il ne lui reste que trois jours avant la lobotomie. Une courte scène passionnante, la préférée de Samuel L. Jackson apparemment, mais qui grillait un peu trop vite au spectateur le fait qu'Elijah Price n'était pas un légume.

 

photo GlassDavid Dunn en a gros

 

"David se présente au Dr. Staple" : peut-être la séquence dont l'absence se fait le plus cruellement sentir dans le montage final. Une scène touchante dans ce qu'elle raconte du personnage de David Dunn qui fait preuve d'une réelle empathie pour Elijah. Située après l'opération, elle nous montre un héros fatigué par sa condition et qui capitule.

Il accepte lui-aussi la lobotomie si cela lui permet de retrouver son fils et une vie normale. La réaction du Dr. Staple est importante également, puisqu'elle illustre bien la complexité de ses sentiments par rapport à sa mission. Elle veut qu'il s'en sorte mais laisse penser, par sa réponse en demi-teinte que, quoi qu'il arrive, les dés semblent pipés jusqu'au bout. Une perte douloureuse d'autant que Bruce Willis y est, pour une fois, excellent.

"Les patients vénèrent la Bête" : la dernière scène coupée présentée laissait présager d'un moment anthologique que l'économie de moyens rend malheureusement anecdotique. Durant son évasion, la Bête se retrouve dans un couloir avec quelques patients qui s'approchent de lui comme du Messie. On y retrouve la vieille dame du parc, transportée, qui l'accueille comme son sauveur, découvrant sa vraie nature. La Bête la prend dans ses bras, conscient qu'il a enfin trouvé sa place et le sens de sa mission. Une scène qui n'aboutit malheureusement pas à l'effet escompté et qui s'avère bien trop timide pour vraiment fonctionner, bien qu'elle ait été utilisée dans certains trailers.

 

photo GlassLa Bête, enfin libérée

 

CONCLUSION

On le voit, ces scènes coupées n'apportent que peu de choses au film que l'on connait déjà, à une ou deux exceptions près. Le fan se sentira profondément lésé par ces quelques moments supplémentaires totalement anecdotiques qui, cependant, sont extrêmement révélateurs. En effet, dans la plupart de ses introductions, M. Night Shyamalan utilise le même argument : "la pression du thriller".

Il revendique en effet l'obligation de rythme et d'efficacité en premier lieu, ce qui est normal, mais laisse sous-entendre qu'il avait un autre film en tête, plus atmosphérique, plus intimiste et davantage centré sur ses personnages. Comme si, au final, il n'avait pas fait le film qu'il avait en tête.

C'est donc fort dommage que cette sélection de séquences n'aborde que la surface de cet aspect capital de son oeuvre et qu'il se retrouve à devoir justifier un film qui n'existera toujours que dans sa tête. De quoi nous donner envie de voir le premier montage de 3h20.

 

photo GlassPas de quoi se lever de son siège en gros

 

On regrette aussi que cette section des bonus n'enrichisse pas l'aspect le plus maladroit du film : la mystérieuse organisation anti-super-héros. Rien n'est mentionné. Son fonctionnement, ses origines ou sa raison-d'être ne sont jamais abordés. Cela renforce encore plus, malheureusement, le sentiment d'artificialité de ce twist totalement dispensable même si logique sur le plan narratif. Bref, ce n'est pas avec ses scènes coupées que Glass va s'offrir de nouveaux fidèles.

Le Blu-ray et le DVD de Glass seront disponibles à la vente dès le 24 mai 2019. A noter qu'une version 4K Ultra HD sortira également mais que nous n'avons pas pu l'approcher. Faut croire que nos pots-de-vin n'étaient pas suffisants.

 

photo Glass Blu-Ray

commentaires

Léo89
20/05/2019 à 10:17

On nous retire une scène sous prétexte que ça grille "un peu trop vite" le fait qu'Elijah n'est pas un légume. Mais on n'hésite pas à nous le spoiler dans les trailers....

jalora
19/05/2019 à 23:50

Je fais un bout de copié-collé provenant du mal-aimé Matrix Reloaded qui convient parfaitement ici, si on fait abstraction de Split qui est presque un film parenthèse.

"le deuxième opus a provoqué dans toutes les directions la colère, la déception, la consternation, abîmant pour beaucoup l'aura fabuleuse du premier film. "

clarence bodicker
19/05/2019 à 11:34

Incroyable de constater que dans la 1ere bande annonce il y a une scène de vigilante avec david dunn qui lance 2 protagonistes contre un mur en brique de métro, la scène du bar où willis boit seul mais en fait il y a une femme qui lui demande ce qu'il fait dans sa vie et il dit je suis agent de sécurité! la scène avec sa femme quand il rentre chez lui aurait plus d'impact.. un autre plan quand ils sont dans la pièce rose où encore Dunn demande à Staple de lui toucher la main!! bref plein de moments qui manque cruellement pour redonner une dimension supplémentaire à David dunn qui est sous exploité et McAvoy au contraire qui est surexploité! quand on pense qu'à la fin du film il suffisait de prendre un mégaphone et crier kevin wendl crumb pour qu'il redevienne humain au lieu que ce soit casey qui lui fait les yeux doux avant de mourir, Shyami est tout de m^me chiant de désamorcer sans arrêt nos attentes et donne un film hybride, ce film me hante et il se permet de rien donner aux scènes supplémentaires.
Budgété à 20 millions de dollars je pense qu'il aurait pu rajouter un peu + pour ce genre d'histoire.. ça reste Brillant cependant mais on reste tellement sur notre faim niveau ampleur alors que sa réalisation est magnifique.. il y a des plans vraiment géniaux, pas assez de folie malheureusement. Ma déception est de vouloir stopper absolument cette histoire et david dunn. j'aurais bein vu une extension en Bd ! une suite des aventures du superviseur . Je comprends pas , shyami avait pourtant une route devant lui pour développer sa mythologie, ce qu'il a fait relève du génie. Quelle dommage!!! de vouloir en finir comme ça!

Clarence bodicker
19/05/2019 à 11:17

Incroyable de constater que il manque

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