The Predator : bilan d'un désastre en coulisses et gros flop au box-office

Créé : 23 février 2019 - Geoffrey Crété
Geoffrey Crété | 23 février 2019
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Retour sur la carrière au box-office de The Predator, de Shane Black.

Il restera comme un autre cas d'école douloureux de production chaotique et d'échec spectaculaire, symbole des frictions parfois grotesques entre le cinéma et le business. Censé relancer la franchise après un Predators sorti en 2010, The Predator de Shane Black, avec Boyd HolbrookOlivia Munn et Jacob Tremblay, a plutôt remis une couche de terre sur sa tombe.

Retour sur la vie étrange et insolite du blockbuster, et surtout sa carrière au box-office.

 

 

  

LE BUDGET

88 millions. C'est un budget relativement bas pour un blockbuster en 2018, très loin des 170 millions de Jurassic World : Fallen Kingdom, ou des Marvel qui coûtent souvent dans les 200 millions. C'est également moins que les 100 millions de Venom.

Mais c'est aussi le plus gros budget de toute la saga PredatorPredator a coûté 15 millions en 1987 (environ 35 avec l'inflation), Predator 2 dans les 35 millions en 1990 (environ 70 avec l'inflation), Alien vs. Predator 60 millions en 2004 (près de 80 avec l'inflation), Aliens vs. Predator : Requiem dans les 40 en 2007 (environ 50 avec inflation), et Predators dans les 40 en 2010.

En plus de ces 88 millions, il y a le budget marketing toujours important pour une superproduction. Deadline évoque un budget marketing de 120 millions : un chiffre énorme, supérieur au coût du film lui-même, mais à peine étonnant à l'heure où ces dépenses publicitaires explosent.

Reste enfin la grosse éventualité d'un budget qui a gonflé avec les multiples reshoots. The Predator a été tourné en février 2017, et a eu droit à des reshoots en mars 2018, puis encore une fois pendant l'été, peu de temps avant sa sortie. Le troisième acte aurait ainsi été profondément retourné et modifié, parmi quantité d'autres éléments remplacés ou retirés. Là encore, impossible de trouver des chiffres précis, et encore moins officiels.

The Predator aurait donc coûté dans les 200 millions, minimum.

 

photo Sur la table d'autopsie business

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

160,5 millions. Un chiffre qui semble ridicule comparé aux poids lourds de 2018, avec quatre films qui ont passé le milliard (Black Panther, Jurassic World : Fallen KingdomLes Indestructibles 2Aquaman), et un Avengers : Infinity War qui a été jusqu'à 2 milliards.

The Predator est 45e sur la liste du box-office 2018, derrière des films bien plus modestes comme Insidious 4 : La Dernière CléEqualizer 2Paddington 2 ou encore Creed II.

Sans même compter l'inflation, qui empirerait son cas, le film de Shane Black fait moins bien que le premier Alien vs. Predator (172,5 millions en 2004), qui avait coûté bien moins cher. De là à dire que Predator 2018 est forcément l'un des plus petits succès de la saga, il n'y a qu'un pas.

 

photo Quand tu chopes les spectateurs qui t'ont ignoré

 

LE BOX-OFFICE DOMESTIQUE 

51 millions et des miettes. Autant dire pas grand chose pour une superproduction. A titre de comparaison, Alien : Covenant, pourtant considéré comme un petit échec commercial, avait engrangé plus de 74 millions, avec un programme similaire - un monstre Rated R ressorti des années 80.

Il est en 54e position sur la box-office domestique 2018, derrière des films là encore plus modestes comme Life of the PartyL'Ombre d'Emily, et Tag.

Selon Boxofficemojo, c'est même le pire score de toute la saga Predator avec l'inflationThe Predator se retrouve très, très loin des 137,9 millions du Predator premier du nom, et d'Alien vs. Predator (116,7 millions).

 

photo Quand la compta débarque pour choper les responsables

 

LE BOX-OFFICE ETRANGER

109,5 millions, soit près de 70% du box-office total. Un pourcentage peu étonnant qui confirme une tendance marquée depuis des années, mais qui n'arrange pas les affaires puisqu'un studio récupère moins sur les recettes à l'étranger (environ 1/3).

The Predator n'a pas fait d'éclat hormis un certain succès en Russie (7 millions), et bien sûr en Chine, où il a encaissé plus de 31 millions. C'est là encore moins qu'un Alien : Covenant par exemple (45,4 millions en 2017). Et comparé à un Resident Evil : Chapitre final qui y a encaissé près de 160 millions, c'est minuscule.

Que le plus haut score étranger soit en Chine est là encore une fausse bonne nouvelle : un studio américain récupère encore moins sur ces recettes (dans les 25%).

 

photoLa confiance quand t'as décroché une date de sortie en Chine (et puis finalement...)

 

LE BOX-OFFICE FRANÇAIS 

352 652 entrées. C'est peu, très peu. C'est quasiment cinq fois moins que Predator avec Arnold Schwarzenegger, qui a attiré 1,4 million de spectateurs en 1987. C'est également moins que Predator 2, qui avait pourtant été une déception avec seulement 599 821 entrées en 1990. Predators était dans la même zone, avec 548 993 entrées.

Même échec comparé à Alien vs. Predator (876 848 entrées) et sa suite, Aliens vs. Predator : Requiem (601 745 entrées).

Là encore, la comparaison avec Alien : Covenant fait mal puisqu'il avait attiré 1,2 million de spectateurs, quand Prometheus était à plus d'1,8 million.

 

Photo Arnold SchwarzeneggerQuand tu restes le boss, point final

 

LE BILAN

Environ 200 millions de budget pour The Predator, avec 25 millions récupérés au box-office domestique et 35 pour le reste du monde : l'échec du film est clair, net et spectaculaire.

Difficile de véritablement chiffrer les pertes pour la Fox, mais si Mortal Engines a coûté une centaine de millions au studio (avec environ 81 millions pour un budget de 100), il n'est pas fou d'imaginer que le bide de The Predator sera chiffré à minimum 30 millions. Tout ça sans prendre en compte la vidéo et le merchandising, parmi d'autres facteurs souvent obscurs.

 

photo, Olivia Munn Olivia Munn, la fille badass qui maîtrise les flingues sans raison

 

LES RAISONS

La première : le studio a probablement surestimé l'amour pour les Predators. Predators de Nimród Antal était censé relancer la saga avec des projets de suite, mais ça n'a pas eu lieu. Alien vs. Predator a laissé imaginer une nouvelle saga, mais le score décevant d'Aliens vs. Predator : Requiem l'a stoppée. Tout ça en l'espace d'une quinzaine d'années.

Le public s'est de toute évidence tourné vers de nouvelles recettes (au hasard, les super-héros), qui réduisent considérablement l'attrait des monstres type Predator ou Alien.

 

photo, Boyd Holbrook, Jacob Tremblay Le gosse : ficelle numéro 1 de Shane Black

 

La deuxième, directement liée à la première : la folie des grandeurs. Si le budget de The Predator avait été tenu dans la même zone que ses précédesseurs (environ 40 millions), il aurait limité la casse. Avec son score final, le film aurait même été un petit succès. Au lieu de cette prudence qui relève du bon sens, la Fox a lâché le double, augmentant considérablement les risques.

Cette décision l'a condamné à plusieurs niveaux. The Predator est bien plus onéreux qu'un film intermédiaire et doit donc se placer sur le terrain du blockbuster, pour espérer attirer le public et rentrer dans ses frais ; mais il n'est pas aussi cher et donc spectaculaire que les concurrents, et a en plus une étiquette Rated R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux USA) qui le limite.

Miser autant sur un film de genre, Rated R, autour d'une marque Predator qui n'avait pas vraiment prouvé sa solidité depuis des décennies, était donc un coup risqué. Et la Fox l'a payé.

 

photo The Predator "Venez les enfants, je vous assure vous allez kiffer comme le clown là"

 

Troisième raison : la date de sortie, avec Venom quelques semaines plus tard et surtout La Nonne, qui a démarré une carrière d'enfer la semaine juste avant. Le film de Shane Black a démarré premier devant le spin-off de Conjuring pour sa deuxième semaine, mais de très peu (24 millions contre 18), et avec des chiffres ridicules vu son budget.

Le public friand de sensations fortes était certainement trop jeune pour être concerné par ce Predator, surtout face à la recette simple et confortable d'un énième Conjuring avec un parfum basique d'Exorciste.

La date de sortie était pourtant proche de celle de Ça, sorti un an plus tôt. Mais contrairement à l'adaptation de Stephen KingThe Predator avait allumé tous les feux rouges du début à la fin. Et c'est la quatrième raison.

 

photoPrêt à tout ranger et redécoller loin de Hollywood

 

Entre des reshoots massifs et une promo qui a soufflé le chaud et le froid, le film a souffert d'une image très floue, presque skyzo. Film d'action ? D'horreur ? Comédie horrifique ? Film d'horreur comique avec des explosions ? Exemple très significatif : le premier teaser vendait une ambiance explosive et sombre, qui tirait allègrement vers l'horreur, quand la dernière bande-annonce misait sur le cool avec sa musique cool et ses répliques cools et ses personnages si décalés qu'ils sont cools.

Un marketing qui reflète sans nul doute le chaos en coulisses, avec la rumeur de projections-test si mauvaises que le film a été repris, le ton atténué, et divers éléments modifiés ou retirés (voir tous les détails dans ce dossier).

Que le film ait été étrillé par la critique à sa sortie n'a pas arrangé l'affaire, et même empiré la situation. Avec une marque comme Predator, le studio faisait plus appel aux fans et cinéphiles, qu'aux adolescents. Précisément le public qui peut prendre en compte la critique, surtout quand celle-ci est composée en grande partie de geeks fans de Predator

 

Teaser 1 angoisse-action vs bande-annonce 3 "cool"

 

LES CONSÉQUENCES

L'évidence : bye bye les idées de suite, évoquées avant la sortie par le producteur John Davis. Il y avait même un projet de trilogie - comme Predators qui à l'époque devait éventuellement lancer des spin-offs.

L'autre conséquence est à voir du côté de Disney, qui rachète le catalogue de la Fox et donc, l'univers Predator. Aucun plan n'a été annoncé pour ce large périmètre récupéré par Mickey, qui va d'Alien aux X-Men en passant par Avatar et Les Simpson. Mais le bide de The Predator ne pourra que servir de leçon sur la suite des opérations, et indiquer à Disney le chemin à éviter.

Le chasseur cosmique va t-il être rangé au placard quelques années ? A t-il perdu son droit d'existence sous certaines conditions (au cinéma, avec un gros budget) ? Sera t-il remixé sous forme de série sur Hulu ou Disney+ ? Avec les xénomorphes ?

Restera t-il violent et sanglant ou va t-il tomber dans le filet tout public, pour espérer reconquérir le public ?

The Predator, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 20 février.

 

Affiche française

commentaires

Gray fox
19/03/2019 à 00:38

Moi personnellement je lui trouve un charme se film,après bien sur faut absolument pas le comparer au 1 er,mais est ce que le réalisateur a voulu jouer dans la même catégorie ? Sûrement pas!.Alors oui quand j ai vu le film je lui ai trouver plein de défauts,mais au moins black a tenter quelques chose et j ai des images qui me sont rester dans la tête ( le petit a halloween avec le casque par ex) et ca vraiment plaisir de voir des scenes gore dans un blockbuster (chose rare en se moment ).En bref entre ca et un film marvel y a pas photo,c est tres brouillon mais au moins y a la volonté de proposer un truc ,et c est vraiment pas le cas des blockbuster en se moment (depuis longtemps ).

Destros
09/03/2019 à 14:44

Oui, enfin bon..... n'oublions pas que Shane Black, ce n'est pas non plus John Mc Tiernan !
Shane Black, c'est la déception Iron Man 3, le pathétique Kiss kiss Bang bang.... Bref, un film de Shane Black c'est souvent moche, pas très profond et surtout, ça n'a aucun sens !!

Geoffrey Crété - Rédaction
25/02/2019 à 10:03

@RiffRaff

C'est même la première explication qu'on donne dans l'article, partie "Les raisons" :)

RiffRaff
25/02/2019 à 09:23

Le problème ne viendrait pas tout simplement de la surestimation du predator ?
Un bon film au compteur, le premier, dans toute sa carrière, c'est insuffisant pour lancer ou relancer une franchise. Perso j'aime bien le 2 mais il faut reconnaitre que c'est loin d'être un grand film, et le reste oscille entre série B sans grand intérêt(predators) et nanar interstellaire(les AvP).

Fanousan
24/02/2019 à 21:05

Une bouze. Un échec monumental ! À très vite oublié

Pseudo56
24/02/2019 à 13:45

Normal car ça était joué par des acteur bidon donc à la fin mauvais

Flemmard
24/02/2019 à 12:20

Le film est mauvais, c'est tout. Dans un monde idéal, les films mauvais devraient ne pas avoir de succès comme Venom !!!!

cepheide
24/02/2019 à 09:52

et pourtant ce predator est bien plus regardable que le pénible venom.

Thierry
24/02/2019 à 08:09

Puisqu'on parle ici aussi du pire film de l'année, bien que je n'aie pas encore vu ce Predator à petits budget et retour sur investissement, j'ai pour ma part été heurté de plein fouet par le pire film de ma vie, et je nomme le très, très laid "Venom", qui lui a encaissé moults dollars. Venom est une chose immonde, tant dans la forme, le fond que le message véhiculé. Such a very ugly, ugly thing. Huh.....

Badgollum
24/02/2019 à 02:51

The predator est mon pire film de l année. C est débile, n a aucun sens, le scénario a oublié, une honte. Certain ont vanté l humour du film, perso pour moi predator est tout sauf un film qui doit être comique. J aime beaucoup les filmes de shane blake, mais ici ça ne marche pas du tout. Pas étonnant que le film n est pas marché au box office (heureusement même vu ce qui a été proposé) Comment tuer une franchise...

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