Cube sur Netflix : pourquoi ça reste un petit chef d'œuvre du genre

Geoffrey Crété | 15 septembre 2020
Geoffrey Crété | 15 septembre 2020

Cube de Vincenzo Natali est sur Netflix depuis ce 15 septembre (et cette fois, c'est vrai), et c'est l'occasion de le revoir, encore et encore.

Cube est à ranger aux côtés de Mad Max de George Miller, Evil Dead de Sam Raimi, Donnie Darko de Richard Kelly ou Primer de Shane Carruth : parmi les premiers films surpuissants, qui imposent d'emblée un cinéaste à suivre.

Lorsque cette histoire cauchemardesque de gigantesque cube labyrinthique remplie de pièges sort dans les salles, en 1999 en France, le réalisateur Vincenzo Natali a une petite trentaine d'années, et une belle carrière en perspective. Depuis, la réalité l'a rattrapé. 

Cypher puis Nothing en 2003, un segment de Paris, je t'aime avec Elijah Wood et une vampire, Splice en 2010, Haunter sorti en VOD en 2014, Dans les hautes herbes sur Netflix en 2019, plusieurs projets perdus (une adaptation de High-Rise et Neuromancer repris depuis par d'autres), et une foule d'épisodes de séries plus ou moins prestigieuses entre temps - Hemlock GroveHannibalWayward PinesLuke CageWestworldThe StrainAmerican Gods

Arrivé pour la première fois en Blu-ray en France en 2017, le film débarque sur Netflix. L'occasion de rendre justice à ce cinéaste trop discret.

  

 

INCUBATION

Cube est donc né dans l'imagination de Vincenzo Natali, mais sous une forme bien différente. A l'origine, et avec l'intention de façonner un projet financièrement modeste, il y avait des experts comptables enfermés dans un cube habité par une créature, avec divers objets abandonnés et même une mousse comestible, dans une ambiance à la Terry Gilliam. Pour André Bijelic, un ami avec lequel il a passé son adolescence à écrire et tourner de petits films, le scénario manque de simplicité et pureté : ensemble, ils réécrivent et les personnages deviennent des prisonniers. C'est Graeme Manson, le troisième co-scénariste, qui en fera des gens normaux, qui se rencontrent dès le début plutôt qu'au fur et à mesure de l'exploration.

Si Natali a d'abord réalisé Elevated, un court-métrage claustrophobe dans un ascenseur, ce n'est pas parce qu'il y a puisé l'inspiration ou l'envie pour Cube : c'est parce qu'aucun producteur de Toronto n'ose financer son premier film, trop étrange. C'est grâce au Canadian Fil Centre qu'il se retrouve ainsi à réaliser son court-métrage, et grâce à eux également que Cube est lancé. Avec en tête des classiques comme Lifeboat de Hitchcock et Sa majesté des mouches de William Golding.

 

Photo Nicole de Boer, David HewlettNicole de Boer, David Hewlett et Andrew Miller : un trio pas très héroïque

 

ENCUBÉS

Le rêve frôle néanmoins le cauchemar puisque le projet est validé à toute allure, empêchant le réalisateur de retravailler le scénario comme prévu. C'est le premier pas d'une production qui sera très compliquée« J'avais une idée très précise de ce que je voulais faire, ça devait se faire de manière très carrée. Mais ça a été chaotique. Heureusement j'avais un contrôle créatif donc même si le film est imparfait, notamment techniquement, l'âme est intacte. » 

Dès le premier jour de tournage, qui dura vingt jours, gros problème : les portes du cube, décor unique, ne s'ouvrent pas ou tombent par terre. C'est un cauchemar : Vincenzo Natali est alors obligé de revoir son découpage pourtant très précis pour tourner autour des portes, et le plan de travail est entièrement revu. Le décor, en plus d'être très fragile puisque principalement en carton et polyester, est très difficile à manœuvrer pour déplacer les parois. Le tournage se fera finalement en grande partie sur trois murs, obligeant le réalisateur à user de diverses stratégies pour l'illusion.

Avec un budget plus que limité, l'équipe de Cube encaisse. Puisqu'il n'y a qu'une seule porte capable de supporter le poids d'un acteur, tous ces plans se feront sur le même morceau de décor. Il faudra attendre les 3/4 du tournage pour qu'une solution abordable soit enfin trouvée pour refermer automatiquement les portes - d'où les personnages qui les referment souvent dans le film. Deux équipes se partagent le plateau entre le jour et la nuit, et travaillent même en parallèle lorsque ce sera nécessaire. Pour Vincenzo Natali, passionné de BD et armé d'un story-board précis, c'est l'épreuve du feu : « En vrai j'ai dû jeter mon découpage et tout refaire sur le plateau. »

 

Photo Maurice Dean WintMaurice Dean Wint : la force pas tranquille

 

CUBISSIMO

Cube n'a pas été un grand succès à sa sortie. Il a coûté 350 000 dollars, et en a encaissé environ 566. Il n'a même pas été encensé par toute la presse : 62% sur Rotten Tomatoes et 61 sur Metacritic, 3,2 de moyenne sur Allociné. Néanmoins, le film n'est pas passé inaperçu auprès du public de films de genre et notamment en festivals. Il a ainsi été couronné meilleur premier film canadien au TIFF et Corbeau d'argent au BIFFF, et récompensé à Gérardmer (Grand prix, Prix de la critique, Prix du public).

La France l'accueille avec un enthousiasme spectaculaire : plus de 910 000 spectateurs. A titre de comparaison, c'est le double de Saw. Cube donnera naissance à une trilogie, avec le mauvais Cube 2 : Hypercube en 2003, le moins mauvais Cube Zero en 2006, et un projet de remake en chantier.

 

PhotoL'équipe du film, au bout du rouleau

 

Le revoir vingt ans après, c'est reprendre conscience de la réussite de Vincenzo Natali, et la force de ce premier film à bien des niveaux. D'un point de vue efficacité déjà : à peine 90 minutes et un cauchemar diablement mené, où les différents éléments s'assemblent de manière précise et haletante. La mécanique est d'une simplicité irrésistible, tirant profit des différents stéréotypes (nommés selon des prisons en rapport avec leurs caractères) pour explorer l'âme humaine. Le principe n'a rien de nouveau, mais sert d'excellent moteur à ce cauchemar.

Cube regorge de scènes mémorables : de la première victime découpée en cubes à la vision vertigineuse de la paroi, en passant par le visage rongé par l'acide, le réalisateur grave une foule d'images sur la rétine. C'est d'autant plus fort que le budget était très limité : les effets ont beau être parfois grossiers, l'impact demeure solide vingt ans après. 

 

PhotoUne introduction culte

 

La raison est aussi à chercher dans les ambitions du film : cette idée d'une chose qui échappe à chacun, à un "tout" qui est bien plus que la somme de ses parties, à la manière d'une société composée d'individus capables ensemble du meilleur comme du pire, est passionnante. La peur et l'angoisse sourde face à une énigme totale, absurde, kafkaïenne, est d'une efficacité redoutable.

Que le film brasse des thématiques aussi larges que le complot ou l'invasion alien, en adoptant un point de vue resserré sans jamais offrir de réponse, donne à Cube une couleur fascinante et inoubliable. Cube 2 : Hypercube aura rappelé, en grotesque contre-exemple, toute sa valeur en en copiant bêtement tous les motifs - plus d'effets spéciaux, plus de clichés, plus d'explications, et plus de dimensions pour un résultat d'une laideur et d'une platitude folles.

 

Photo Vincenzo NataliVincenzo Natali

 

Le film de Vincenzo Natali est en outre plutôt drôle, comme lorsque Rennes sort un "Suck it" à Holloway, ou quand celle-ci manque de s'étouffer avec un bouton sous le regard paniqué des autres. Vincenzo Natali s'amuse avec le spectateur, avec les clichés (le policier et leader sera en réalité le fou à lier), se paye un hommage appuyé à Alien avec son générique, et s'est surtout offert avec Cube une superbe carte de visite. De quoi se demander ce qui a cloché depuis pour l'empêcher de s'émanciper.

Car si Dans les hautes herbes, Splice et Cypher ont leur défauts, tout comme les plus confidentiels Nothing et Haunter, ils ont bel et bien prouvé le talent de ce cinéaste, qui pourrait sans nul doute faire de petites merveilles dans les bonnes conditions.

Retrouvez notre dossier sur Cube 2 : Hypercube et Cube Zero, pour savoir ce que valent cette suite et ce prequel.

 

Affiche

commentaires

MystereK
22/09/2020 à 14:54

KAY1 on que non, cela ne me fais ni chaud ni froid que vous aimez ce film ou pas. Vous avez juste utilisé des mots dénigrants que j'ai déjà cités. Votre avis ne va pas changer ma vie et je n'ai aucune volonté de vous en faire changer, rien dans mes propos ne va d'ailleurs dans ce sens. Ce que je vous demande c'est que vous exprimez votre déplaisir de voir un film sans utiliser des mots qui dévalorisent les gouts des personnes qui ne pensent pas comme vous. Avec ces mots, c'est vous qui cherchez le conflit , par votre dernière réponse encore plus en me prêtant des intentions que ne n'ai jamais exprimée et que vous fabriquez de toute pièces, mes propos allant dans le sens contraire de ce que vous m'attribuez. Contrairement à vous, j'ai toujours dit que je respectait les gouts des autres. De votre côté vous ne montrez aucun respect pour les avis des autres en utilisant les qualificatfs que vous utilisez.

Pour vous comprendre, il faudrait que vous argumentiez, Cela serait d'ailleur très sain pour avoir une véritable discussion enrichissante pour nous tos, mais ce n'est pas le cas. La seule chose qui peut faire office d'argument est quand vous dite que le film est bourrés de clichés, mais vous ne dévleoppez même pas. Pour le reste, ce n'est que du dénigrement.

Bien à vous.

Kay1
19/09/2020 à 16:56

Non Mysterek , vous êtes de ces gens qui ne réfléchissent pas et n’arrivent pas à se dire que mon avis est subjectif , vous préférez aller au conflit plutôt que de pousser votre réflexion . Vous savez au fond de vous que j’ai raison . Vous vous êtes senti visé parce vous aimez le film et que vous n’acceptez pas qu’on aille contre e votre avis ,tant pis pour vous si vous êtes fragile . Si j’avais dit que le film est une immondice , j’aurais pu comprendre votre réaction . Je pourrais me sentir blessé de voir que certaines personnes considèrent ce film comme un chef d’œuvre , pourtant j’en ai absolument rien à faire . Je me fais mon avis , ce n’est pas vous qui aller m’en faire changer .
Oui ce film est une comédie , si vous voulez voir du génie dans ce film , libre à vous , mais vos leçons de morale , vous pouvez vous les garder . Si demain , j’ai envie de dire que The Big Lebowski est une bouse surcotée , c’est mon choix , et ça n’engagera que moi .

Vous vous engagez dans un débat stérile et surtout inutile . Alors la prochaine fois , plutôt que vous braquer et vouloir me cadrer dans vos formules de vocabulaire , essayez de comprendre pourquoi je n’ai pas aimé le film .

MystereK
19/09/2020 à 00:01

KAY1 vous ne faites pas la différence entre Je n'ai pas aimé et Le film est mauvais. Dire qu'il est mauvais, bourré de clichés (alors qu'il est à l'origine de certains de ces clichés), qu'il n'y a rien à se mettre sous la dents (alors que beaucoup l'on trouvé intelligent et bourré de suspense) est dénigrer les gouts de ceux qui ont aimé et dans ce cas ci, beaucoup aimé., c'est un jugement qualitatif qui automatiquement rabaisse le gouts de ceux qui ont un gout différent du vôtre. Un film n'est pas mauvais parce qu'il ne convient pas à vos gouts.

Dans votre deuxième message, vous rester plus correct : vous n'y avez trouvé aucun intérêt, cela n'implique que vous, sans rabaisser ceux qui y ont trouvé de l'intérêt. Le vocabulaire a un sens, l'utiliser d'une certaine manière signifie quelques chose. Vous pouvez utiliser l'humour sans dénigrer, et je vous paraphrasé parce que cette partie était justement d'rôle, sauf que la majorité y a bien vu un très bon thriller, alors à nouveau, cela n'est que question de gouts et non de qualité.

Kay1
17/09/2020 à 09:50

@MystereK A aucun moment je n’ai dénigré le goût de chacun . Je trouve le film mauvais , c’est tout , au même titre que bien des films du genre .
Faut arrêter de tout prendre pour Il va vraiment falloir revoir votre vocabulaire, car dire sérieusement n’implique de dénigrer , ça signifie juste qu’en parlant de manière sérieuse , je n’ai trouvé aucun intérêt dans ce film hormis la première scène , rien de plus .

Truc
15/09/2020 à 21:48

Désolé mais il y a trop d'invraissemblances dans ce film pour réellement entré dedans, même si j'aime bien les films de type huis clos.
La plus importante concerne l'existence du Cube lui même, le film ferait ouvertement dans la SF à la rigueur ça pourrait passer, mais il me semble pas que ce soit le cas.
Cube est au mieux un bon petit film de série B mais c'est tout.

MystereK
15/09/2020 à 20:50

ROMU MiCHELLE MARVELLEUX je sors de Netflix, oui, le film y est !

KAY1 votre commentaires est une bonne blagues mais une mauvaise critiques. Plaisanterie à part, vos goûts ne font pas la qualité d'un film/thriller. Beaucoup, mais vraiment beaucoup ne pensent pas comme vous et vous pourriez avoir la décense de ne pas dénigrer (votre sérieusement...) leur goûts parce qu'ils sont différents des vôtres.

Kay1
15/09/2020 à 17:06

On parle bien de Cube , ce film bourré de clichés en tout genre ? Une bonne comédie mais un mauvais thriller . Sérieusement hormis la première scène , il y’a rien à se mettre sous la dent.

MystereK
15/09/2020 à 11:49

LEMON0 si on avait tous les mêmes goûts, la vie serait triste, non ?

lemon0
15/09/2020 à 11:38

Vu au ciné à sa sortie, je suis totalement hermétique à ce genre, je me suis ennuyé. Mais il faut croire que je représente la minorité ;-)

MystereK
15/09/2020 à 11:29

ROMU MiCHELLE MARVELLEUX j'ai des amis qui l'ont vu sur Netflix dernièrement, on en a longuement parlé en juillet, moi je n'ai pas contrôlé, je l'ai en DVD.

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