Cube : faut-il voir la suite et le prequel du film culte ?

Geoffrey Crété | 13 juillet 2020
Geoffrey Crété | 13 juillet 2020

Faut-il voir Cube 2 : Hypercube et Cube Zéro, la suite et le prequel du petit film culte de Vincenzo Natali ?

C'était inévitable. Vu le succès de Cube de Vincenzo Natali, film réalisé avec quasiment trois bouts de ficelle et beaucoup d'ingéniosité, et qui a fini par devenir un petit phénomène en 1999, une continuation de cette folle histoire était logique.

Il y a donc eu la suite Cube 2 : Hypercube en 2003, et le prequel Cube Zero en 2006. Alors que l'idée d'un remake traînait il y a quelques années, l'arrivée du film de 1999 sur Netflix est l'occasion de revenir sur cet embryon de franchise bizarroïde.

 

Photo Nicole de Boer, Nicky Guadagni, Maurice Dean Wint, David HewlettRegarder la suite de très haut

 

HYPERCON

Cube 2 : Hypercube est officiellement une suite, mais ça pourrait être un remake tellement tout est plus ou moins copié-collé sur le premier, de l'affiche (la même, mais en verte) jusqu'aux personnages, en passant par la scène d'intro qui montre une première victime des lieux. Sauf que cette fois-ci, il y a plein d'effets visuels, et que dès les premières secondes, le si beau mystère du film de Vincenzo Natali est balayé. Ce choix d'apporter des réponses, et construire une mythologie à la sous-X-Files, est le premier clou dans le cercueil de cet hypercube.

Cube 2 va suivre sept personnes qui se réveillent sans aucun souvenir, dans un cube sur-éclairé hanté par une banque de sons de film d'horreur des années 2000. Avec l'impression de reproduire la dynamique du premier film, puisque beaucoup de personnages sont des échos au premier film. La gentille Kate qui s'occupe de Sasha l'aveugle, c'est bien évidemment Joan et Kazan. Simon le sociopathe qui menace le premier venu avec son couteau, c'est bien évidemment Quentin, le policier nerveux. La mamie sénile Mrs. Paley se situe entre Holloway côté physique, et Kazan côté cérébral. Whitehall va vite balancer qu'il a travaillé sur un élément du cube, comme Worth dans le premier.

Rayon nouveauté, il y aura notamment une avocate en robe de soirée rouge, type Milla Jovovich dans Resident Evil premier du nom. Difficile de ne pas prendre un peu au sérieux la plaisanterie sur son apparition, qui relancerait l'intérêt si tout ça n'était qu'une émission de télé-réalité.

 

photoMadame Rose, avec le chandelier, dans le cube blanc

 

L'heure n'est plus aux soupçons et à la finesse : dès le départ, il y a des fous et des complices dans la bande. L'heure n'est plus aux pièges sournois, silencieux et sinistres : ici, tout est une question de gravité, temporalité et mauvais CGI, avec l'idée qu'une chose poursuit le groupe dès les premières minutes. Comme une bête, la menace est là, et se montre au bout de 20 minutes comme un étau translucide qui arrive pour tout détruire. De quoi donner la sensation typique d'un film d'horreur, où un monstre identifié chasse les héros, et où tout va imploser si les héros ne s'échappent pas.

Parce que Cube 2 doit avoir quelque chose de plus que Cube premier du nom, il sera ici question d'un hypercube, un tesseract, qui existe sur quatre dimensions. D'où la notion de temps qui joue contre les héros, pour donner un semblant de suspense.

Avec son éclairage type cuisine de cantine, Cube 2 annonce d'emblée la couleur : adieu les zones d'ombre, bienvenue dans le royaume du spectacle de pacotille. Très loin de l'atmosphère anxiogène du premier, de ses décors sombres et ses personnages qui semblent toujours au seuil d'une crise profonde, cette suite va dans le sensationnel pur et dur. Tout le monde semble avoir eu tellement peur de l'étrangeté du premier Cube, que les vagues souvenirs des personnages avant leur réveil dans cette horreur donnent lieu à des images de flashbacks en split-screen, dans le monde normal.

Qu'une scène de sexe trouve son chemin dans le cauchemar, et rappelle un sommet de ridicule de Supernova avec sa partie de love en apesanteur, n'est pas anodin : ce Hypercube est un désastre, jusqu'à son climax visuellement affreux, et son épilogue de grosse conspiration.

 

photoAttention derrière toi, des CGI tout pourris !

 

GÉOMÉTRIE AVARIÉE

Cube ayant été un succès énorme en vidéo, Cube 2 a logiquement été conçu comme un DTV, avec les limites de budget qui vont avec. Une donnée qui n'explique pas les faiblesses fondamentales de cette pauvre suite, vu les moyens très limités de Vincenzo Natali.

C'était le deuxième film d'Andrzej Sekula, célèbre directeur de la photographie de Reservoir Dogs, Pulp Fiction, ou encore American Psycho, qui a d'ailleurs assuré la double casquette sur Cube 2. Le scénario ambitieux est à l'origine signé Sean Hood, qui la même année est derrière le mauvais Halloween : Résurrection. Sauf que tout ça a été largement réécrit par le producteur Ernie Barbarash, ainsi que Lauren McLaughlin. Hood est crédité parmi les trois scénaristes, et également pour l'histoire, preuve que son travail a servi de base, plus qu'autre chose.

En 2005, Barbarash expliquait à IGN les conditions intenables du projet :

"Sean Hood, le scénariste original, avait cette super idée de faire un film Cube dans un espace en quatre dimensions. Mais il n'y avait aucun moyen de le faire avec le petit budget qu'on avait. C'est comme ça que je me suis retrouvé impliqué dans l'écriture. Malheureusement, je faisais ça tout en travaillant sur un troisième film pour Lionsgate, ce qui signifie que tout ce travail d'écriture a été fait sur une période incroyablement courte : 9 jours, ce qui était censé être mes vacances entre deux projets. Donc je n'ai pas vraiment fait un super travail."

 

PhotoSpectateurs frappés par Cube 2

 

Le producteur catapulté scénariste assume ainsi une partie de l'échec :

"On ne pouvait pas repousser le tournage pour tout un tas de raisons, on a fait le film et visuellement il est soigné, mais je dois dire que je suis d'accord avec tous ces fans qui ont été déçus par l'histoire. Je l'ai été aussi, et j'en assume la responsabilité. C'est pour ça que j'avais tellement envie de faire un autre film Cube. Je me suis dit que l'univers de Vincenzo et les fans méritaient mieux."

Ainsi, Ernie Barbarash saisit l'occasion de s'essayer à la réalisation. Il présente à Lionsgate une idée pour un prequel, qu'il veut écrire et réaliser. Le projet est validé, et il va même jusqu'à obtenir l'aval de Vincenzo Natali, comme expliqué à IGN : "Je l'ai vu à Toronto quelques mois avant le tournage. Il était curieux de connaître l'histoire du film donc je lui ai présentée, et je pense qu'il l'a aimée et a pensé que c'était une bonne direction pour un nouveau film. J'ai entendu qu'il avait dit ça à d'autres gens, donc ça réduit les chances qu'il ait menti juste pour être gentil avec moi."

Car Cube Zero change l'équation : en plus d'être un prequel, le film ne se déroule pas entièrement dans un de ces fameux cubes cauchemardesques, et montre même les coulisses du cauchemar.

 

photoCobaye Zero

 

RETOUR À LA CASE ZÉRO

Dès les premières secondes, Cube Zero rétropédale et éteint les lumières aveuglantes de Cube 2. Retour dans un cube sombre et coloré, avec cette fois des portes circulaires. Mais après l'inévitable scène de mise à mort cette fois très graphique (après la fausse piste du début du précédent film), un nouvel horizon s'ouvre : le spectateur passe de l'autre côté, et découvre deux techniciens chargés de suivre les victimes du cube depuis leurs postes de contrôle.

C'est l'idée et la promesse de ce prequel : montrer ce qui se passe au-delà des victimes de cette horreur, et aborder plus frontalement la mythologie du cube, évoquée en teasing à la fin de la suite. Commence alors un numéro d'équilibriste, avec d'un côté un technicien brillant, mais un peu trop curieux, qui met en rogne ses supérieurs, et de l'autre, une femme capturée qui se réveille dans le cube, avec un groupe de malheureux. Le film est à l'image de ce double visage, puisqu'il est encore une fois en partie une sorte de remake du premier opus.

Haskell le soldat rappelle Quentin le policier, des lettres remplacent les chiffres pour désigner les pièces, un corps finit en petits morceaux, quelqu'un est délibérément jeté dans une pièce inférieure, tout le monde court après l'issue lors d'un réalignement des cubes... De quoi donner un très large sentiment de redite, avec une comparaison qui dessert Zero.

 

photoAttention, personnage méchant

 

Car Ernie Barbarash, ici maître à bord, a de sérieuses limites, notamment comme réalisateur. Cube Zero tire vers la série Z avec un festival de mauvaises idées visuelles et scénaristiques, à mille lieues de la sobriété de Vincenzo Natali, qui permettait de masquer intelligemment les limites du budget.

Ici, il y a des soldats aux fronts tatoués comme les Goa'uld de Startage, avec des puces dans la tête qui les transforment en Terminator gymnastes aux yeux verts (parce que, pourquoi pas). Il y a des machines qui permettent de lire les rêves des prisonniers, donnant lieu à des flashbacks pleins d'effets de style affreux. Il y a des techniciens apparemment armés de doigts high-tech, qui pianotent comme l'unité PreCime de Minority Report. Et il y a Jax, le méchant superviseur borgne, avec une canne et un chapeau, et qui semble sortir d'une parodie de Terry Gilliam.

Barbarash était le premier à reconnaître la difficulté de creuser l'univers de Cube, avec IGN : "Comment faire une suite ou un prequel à un film dont la force réside dans les questions posées, plutôt que les réponses ?". De toute évidence, pas comme ça, puisque ce Cube Zero va trop loin, à tous les niveaux : la sobriété, la simplicité et le mystère du premier Cube, laissent place à des réponses, de nouvelles questions embarrassantes, et le tout emballé dans une vague de sensationnalisme de pacotille.

Et s'il y a quelques scènes bien gores, avec des chairs rongées, découpées ou en lambeaux, tout ça semble posé en évidence sous les yeux du spectateur (avec quelques plans étirés ou des zooms grossiers), sans réellement créer un sentiment d'horreur ou d'angoisse.

 

photoUne nouvelle blonde un peu coriace au premier plan

 

L'histoire de super-soldats aux yeux émeraudes est difficile à digérer, mais pas autant que la ridicule scène où un personnage sur le point de s'échapper du Cube est exécuté sur un bûcher, parce qu'il reconnaît ne pas croire en Dieu. Que le film montre en gros plan un bouton "YES" et un bouton "NO" indique le degré de subtilité de l'ouvrage, et ce désir suicidaire de réduire cette énigme absolue à des interrogations de bas étage.

Même l'idée des techniciens eux aussi piégés et cobayes, malgré les apparences, est à peine explorée, tandis que quelques éléments posent pour le coup de véritables questions - depuis quand serait-il logique qu'un tuyau puisse être arraché dans le cube, pour être transformé en arme ou outil, alors que tout repose sur un environnement totalement contrôlé ?

Au final, Cube Zero fonctionne sur une idée amusante : boucler la boucle, avec un Wynn qui termine lobotomisé, pour possiblement devenir le Kazan du premier film - ou au minimum expliquer comment Kazan est arrivé là. Un peu comme Destination finale 5, au fond, ce qui en dit long sur la tournure de la courte saga Cube.

 

photoEchec et mate pas

 

Bilan : un Cube 2 vraiment indigeste, et de plus en plus laid et grotesque à mesure que le temps passe, et un Cube Zero profondément bancal, mais qui a au moins le mérite de ne pas trop bêtement copier la formule.

Dans tous les cas, l'échec plus ou moins spectaculaire de ces deux films prouve que Cube de Vincenzo Natali n'appelait aucune suite, aucune explication, aucune continuation, sous peine de briser la fragile bulle magique dans laquelle ce cauchemar prenait place. Que ce film de 1999 n'ait pas réellement pris de ride, et puisse encore être (re)vu sans perdre de son inventivité, son efficacité et son étrangeté, prouve bien que c'est une réussite implacable, et tellement étonnante et précieuse, que s'y mesurer est le parfait piège pour les business men.

 

PhotoMoralité : ne tombez pas dans le piège de la suite et du prequel

commentaires

NOx
18/07/2020 à 01:45

Merci beaucoup pour votre article, cela fait vraiment plaisir de pouvoir reparler de ces films.

Félicitations pour votre analyse.

Galileo
15/07/2020 à 12:45

@Flōrens Penn-Ar-Bed

Cube et Cube 2 seraient dans le sac nanardesque... mais pas le prequel avec ses super-soldats aux yeux verts qui sautent comme des kangourous ?
Si le terme nanar doit être appliqué sur un des trois films, c'est certainement sur le prequel tellement c'est fauché, et mal foutu avec ça.

Flōrens Penn-Ar-Bed
15/07/2020 à 12:43

Perso j'ai préféré le prequel. Je n'ai pas aimé les 2 autres que je trouve vraiment nanardesque.

LeManch
14/07/2020 à 22:52

Le premier Cube m'avait donné une belle dose de frayeur au cinoche. Comme le dit très bien Geoffrey, c'est l'absence de réponses qui rendait le tout plus effrayant. Pourquoi ont ils été choisi ? Qu'y-a-t-il une fois sortie du Cube, quel est le but de tout ça ? Y apporter des réponses s'est tuer le mythe. Un peu comme Blair Witch et tout ces films ''origine'' qui essaie d'apporter des réponses alors que ça devrait rester dans l'imaginaire du spectateur.

Chandler Jarellp
14/07/2020 à 07:43

Pour moi, Cube fait parti d'un diptyque, dont la "suite" est son antithèse à savoir la comédie fantastique "nothing" ( réunissant le même casting )... c'est moins rèussi mais c'est tellement plus interessant que ces copiés-collés.

Ninoushko
14/07/2020 à 00:27

Bravo Geoffrey Crété pour vos critiques toujours pertinentes et votre vision de la science fiction.
Pouvez vous faire un top 50 des films sf à voir .

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