Kick-Ass : critique

Patrick Antona | 9 avril 2010 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Patrick Antona | 9 avril 2010 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Maintenant que le genre du film de super-héros est devenu pérenne et codifié, grâce aux réussites d'œuvres telles que The Dark Knight ou Watchmen, la voie est dorénavant ouverte pour des films d'une autre nature pouvant proposer un contrepoint subversif , voire foutre un bon coup de pied salutaire dans la fourmilière et casser le ronron qui profite bien aux producteurs d'Hollywood. 

Conçu comme un défouloir régressif et violent, le comics Kick-Ass, créé par John Romita et Mark Millar, semble être le véhicule parfait pour dresser le portrait d'une société en déliquescence, vu par le prisme d'une jeunesse en manque de repères où domine la geek attitude et qui se cherche de nouveaux héros. C'est dans cette optique-là que Matthew Vaughn (Layer Cake, Stardust) en a conçu l'adaptation, lui qui s'était vu dépossédé de X-Men 3 au bénéfice de Brett Ratner avec la réussite que l'on sait. Et même si au vu de résultat, on serait prêt à penser que la mission est à demi réussie pour notre nouveau justicier costumé, ce premier épisode possède les germes d'une nouvelle franchise qui promet beaucoup en termes de régénération du genre.

 

photo, Aaron Taylor-Johnson, Chloë Grace Moretz

 

A la fois film d'action débridé et hommage à l'univers du comic book, Kick-Ass se divise nettement en deux parties bien distinctes. Avec une première heure essentiellement centrée sur le personnage de Dave Lizewski, adolescent mal dans sa peau qui va se transcender en enfilant une improbable tenue verte qui lui permettra d'acquérir le statut de héros urbain malgré son absence de super pouvoir, Matthew Vaughn est en totale adéquation avec le public cible recherché, celui des geeks et des fans de BD à qui il adresse de nombreux clins d'oeil. Surfant allégrement sur les codes de la comédie teenager, avec histoire d'amour embrouillée à la clé, le réalisateur brosse le portrait d'un adolescent en manque de sensations qui se dépasse par son comportement super héroïque, malgré les dommages physiques que cela lui occasionne ! La violence bien présente est ici contrebalancée par un côté farce où les comportements sociaux borderline des jeunes (l'emprise des réseaux sociaux et l'addiction à YouTube) sont pointés du doigt mais sans volonté de faire la morale.

 

photo, Chloë Grace Moretz, Nicolas Cage

 

Par contre, la frontière morale est enfoncée dans la seconde partie qui voit Kick-Ass être confronté  à une paire de vigilante aussi redoutables que terriblement attachants que sont Big Daddy et sa fille Hit Girl, en pleine vendetta contre le parrain de la ville Frank D'Amico (Mark Strong). Dès la scène d'introduction de Hit Girl, en pleine action où elle découpe littéralement toute une bande de trafiquants de drogue jusqu'au climax final digne des films d'action de Hong Kong, la violence, qu'elle soit graphique ou psychologique, monte en intensité, voire en perversité. Et le fait d'assister aux « exploits » de cette gamine aussi destructrice que Rambo et The Bride réunis peut parfois confiner au malaise, car on se trouve devant une pure instrumentalisation de la loi du talion, mais magnifiée par une mise en scène alerte et malicieuse.

 

photo, Chloë Grace Moretz

 

Et l'interprétation intense de Chloe Moretz ainsi que le couple fusionnel et psychotique qu'elle compose avec Nicolas Cage finit par remporter tous les suffrages. Incontestablement, une nouvelle héroïne est née, au détriment du personnage de Kick-Ass qui perd un peu de son intérêt dans cette partie du métrage où il est  ravalé au rang de side-kick. Sa légitimité ne lui sera rendue que par le biais de l'émergence d'un autre copycat, Red Mist, adolescent tout aussi attardé mais aux desseins plus tortueux, et qui précipitera le dernier acte du film où le drame alternera avec la violence encore plus décomplexée !

 

photo

 

Si Matthew Vaughn marche parfois sur la corde raide, en mélangeant allègrement les thèmes tels que la quête de la célébrité, le passage à l'age adulte et le besoin du justice, il n'en demeure pas moins que sa redéfinition du personnage de super héros s'avère convaincante, même s'il manque une pointe de génie pour en faire une œuvre de référence du genre. Il lui restera à lever certaines ambiguïtés ou à passer la vitesse supérieure et être encore plus iconoclaste pour emporter l'adhésion dans de futurs épisodes, que Kick-Ass puisse enfin gagner ses galons de champion à l'identique de Spider-Man ou de Batman. A moins que ce destin ne revienne définitivement à Hit Girl...

 

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