Indiana Jones et le Temple Maudit : critique Kali Ma Shakti de !

Geoffrey Crété | 2 septembre 2020 - MAJ : 15/09/2020 10:05
Geoffrey Crété | 2 septembre 2020 - MAJ : 15/09/2020 10:05

Steven Spielberg est le premier à le dire : Indiana Jones et le Temple maudit n'est pas le meilleur des Indiana Jones. Et même avant Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, l'épisode de la discorde qui a attisé la haine, il était permis de douter de l'avis du grand cinéaste sur le deuxième épisode de la saga, sorti entre Les Aventuriers de l'arche perdue et Indiana Jones et la dernière croisade.

LES AVENTURIERS DES MÔMES PERDUS

En 1981, Les Aventuriers de l'arche perdue a tout changé. Steven Spielberg et George Lucas voulaient leur propre James Bond, mais ont rêvé encore plus grand en imaginant un archéologue qui affronte des nazis dans les années 30, autour de l'Arche d'alliance. Le succès phénoménal du film (près de 390 millions pour un budget de 20) leur a permis de continuer à rêver, l'idée d'une trilogie étant là depuis le départ.

Le nouveau danger sur la route de l'aventurier a failli prendre plusieurs formes (des dinosaures en Chine, un Monkey King en Afrique, une maison hantée, et le retour envisagé de Marion), mais le vrai monstre était déjà là : la vie personnelle des deux artistes. À l'époque, Spielberg et Lucas sortent d'une rupture amoureuse et ont des idées noires. Tellement noires qu'ils imaginent l'histoire d'un culte religieux qui réduit des enfants en esclave dans les sous-sols cauchemardesques d'un temple, avec sacrifices humains à la clé.

Et si tout le monde plongera avec lui dans les ténèbres, Lucas a joué un rôle majeur dans cette descente aux enfers, avec une volonté de deuxième épisode noir, comme L'Empire contre-attaque avec Star Wars. Mais c'est aussi de lui que viendra l'idée d'un numéro musical en ouverture, preuve que ce Temple maudit, c'est d'abord le sien.

 

PhotoLe cœur brisé, broyé, brûlé de Spielberg et Lucas

 

Depuis, les deux hommes ont répété avoir été trop loin avec ce Temple maudit, dont le premier titre était Indiana Jones and the Temple of Death. Le film a d'ailleurs une utilité historique puisqu'il a permis de mettre en place le palier intermédiaire du PG-13, l'interdiction aux moins de 13 ans non accompagnés, aux États-Unis. C'est Spielberg lui-même qui a soufflé cette idée, conscient d'un vide problématique entre les films purement familiaux, et les œuvres réellement extrêmes. Depuis, ce PG-13 est devenu une mine d'or pour les studios, et une norme pour le public.

C'est certainement cette approche extraordinaire et radicale qui donne à ce deuxième épisode (en réalité un prequel puisque l'action se déroule un an avant Les Aventuriers de l'arche perdue, en 1935) toute sa force, et le place comme un monument du film d'aventure, d'une générosité et d'une maîtrise absolument folles.

 

Photo Kate CapshawAnything Goes, et Spielberg s'essaye à la comédie musicale

 

INDIANA JONES ET LE ROYAUME DES PIERRES DE KALI

Le ton est donné dès la première scène au club Obi-Wan, d'une perfection de tous les instants. Après la parenthèse enchantée de Kate Capshaw qui reprend Anything Goes (tiré da la célèbre comédie musicale de Cole Porter, des années 30), c'est une merveille de mise en scène qui s'étire durant une dizaine de minutes qui font office de cours de cinéma, tant Spielberg use d'un art de la narration impeccable. Harrison Ford aura rarement eu un tel air de James Bond que face à Lao Che, avant de se lancer dans une bataille aussi drôle que dangereuse.

Le plateau pour échanger diamant et trésor au son des violons de John Williams, le diabolique verre de champagne, la brochette enflammée, l'antidote perdu dans la panique, le diamant perdu dans les glaçons, les ballons et les balles dans tous les sens : c'est une pure leçon de mise en scène, et la première d'une longue série dans un film d'une richesse étourdissante. L'intro des Aventuriers de l'arche perdue est inégalable et mythique, mais celle-ci lui tient formidablement tête.

Indiana Jones et le Temple maudit est certainement le plus grand roller coaster de la saga, semblable à une incroyable attraction qui ne s'arrête presque jamais. À tel point qu'après avoir vu le premier montage, Spielberg et Lucas ont tous les deux décidé, de ralentir le rythme en rajoutant quelques minutes, pour donner un peu de répit au spectateur.

 

photo, Kate Capshaw, Harrison FordI have a bad feeling about this

 

Car la loi de Murphy colle au lasso d'Indiana Jones, et ses acolytes Willie Scott et Demi-Lune. En avion, en canot de sauvetage ou en wagonnet dans les mines, en camping dans la forêt, en dîner royal ou en virée nocturne dans les chambres, le chaos trouve toujours son chemin. Plusieurs de ces scènes (la fuite en avion, le wagon dans les mines) viennent de versions abandonnées des Aventuriers de l'arche perdue, et ce Temple maudit apparaît alors comme un spectacle composé de morceaux de bravoure parfaits, comme l'essence même d'un grand film d'aventure.

Indiana Jones et le Temple maudit est l'épisode le plus resserré, étouffant et anxiogène, et l'idée abandonnée de maison hantée est à peine camouflée dans ce temple sous-terrain cauchemardesque, où les insectes, les pièges et la lave sont autant de monstres destinés à hanter et tordre les esprits. Les héros évoluent toujours plus loin dans ce labyrinthe qui semble être trop proche du centre de la Terre, où la réalité se déforme pour laisser place au royaume des enfers, de la magie noire, des tortures et du désespoir le plus total. Quand Indiana Jones lui-même devient l'instrument du monstrueux sous les yeux de Demi-Lune, tout semble possible.

À ce stade de sa carrière, Spielberg n'avait encore jamais touché à une telle noirceur, et il sera le premier à reconnaître qu'il n'était pas encore prêt. Il montrait pourtant un talent évident pour ce genre : des chauves-souris géantes dans le ciel aux visions de magma dans les entrailles du temple, en passant par le tapis d'insecte et le diabolique Mola Ram, tout est synonyme de gros plaisir de série B de luxe.

 

Photo Harrison FordInde-iana Jones

 

STUPEUR ET TREMBLEMENT DE RIRE

Cette horreur tour à tour graphique (le cœur arraché, le sacrifice) et symbolique (Zalim Singh, les enfants enlevés) est d'autant plus flamboyante qu'elle est constamment contrebalancée par un humour old school, porté en grande partie par le personnage de Kate Capshaw. Entre l'aventurier et la diva, c'est le duo typique du vieux film d'aventure qui est remis en scène, avec tout le caractère grotesque qui va avec.

Aux antipodes de l'indépendante et dure à cuire Marion Ravenwood, il y a ainsi Willie Scott, la chanteuse fragile, caractérielle et gentiment insupportable, qui forme avec Indy un duo infernal, entre amour et haine, attirance et exaspération. Kate Capshaw a autant de répliques que de hurlements, et défend quelques-unes des meilleures scènes du film. Qu'elle assiste médusée au défilé des plats royaux, tourne en rond dans sa chambre en attendant Indiana ou découvre qu'elle a bien plus qu'un ongle cassé, et c'est un plaisir total à l'écran. Qu'il marche à contretemps d'elle ou glisse vers son hystérie, Harrison Ford reste impeccable.

 

photo, Kate CapshawMoi Indy, toi femme

 

Là encore, Indiana Jones et le Temple maudit touche un sommet au sein de la saga. Aucun autre épisode n'a été si loin dans le comique et le burlesque, avec de tels extrêmes qui coexistent. L'humour est central dans l'équation de cet univers, mais de manière plus douce et légère, tout comme l'aspect angoissant, voire horrifique, du surnaturel.

Portés par l'euphorie du succès des Aventuriers de l'arche perdue, mais également d'E.T. l'extra-terrestre sorti entre temps, Steven Spielberg et George Lucas ont poussé les curseurs au maximum. Plus d'action, plus d'humour, plus d'horreur, et plus de folie et liberté, un peu comme une carte blanche incroyable. C'est peut-être pour ça que c'est le film qui a le moins marché en salles, avec environ 333 millions pour un budget supérieur au premier, et un accueil globalement plus mitigé.

En comparaison, cinq ans après, Indiana Jones et la dernière croisade apparaît plus bien calibré, adulte et respectable, avec plus de cœur et d'harmonie. Lucas et Spielberg avaient grandi. Concocté par deux sales gosses de génie, ce Temple maudit était une parenthèse unique et radicale, qui reste donc extraordinaire et magique dans le genre.

 

Affiche française

Résumé

Indiana Jones et le Temple maudit est parfois (souvent) considéré comme inférieur aux Aventuriers de l'arche perdue et La Dernière croisade, notamment par Spielberg lui-même. C'est pourtant un chef d'œuvre du genre et un monument du film d'aventure, qui déborde d'idées, enchaîne les scènes à un rythme effréné, et emprunte autant à la comédie qu'au film d'horreur. Un grand roller coaster qui n'a pas pris une ride, et une jubilatoire leçon de cinéma.

Autre avis Simon Riaux
Indy embrasse totalement ses racines pulps, se vautre dans la démesure et revisite avec voracité les standards du serial. Le résultat est un fantasme de cinéma sous acides et survitaminé, peut-être le film le plus éreintant de Steven Spielberg, qui malmène puis comble le spectateur avec une malice irrésistible.
Autre avis Alexandre Janowiak
Plus dynamique dès son ouverture, plus palpitant et aventureux dans son ensemble et surtout beaucoup plus drôle et loufoque sur la durée, Indiana Jones et le temple maudit surpasse les Aventuriers de l'Arche perdue (déjà un grand film) avec une appétence jubilatoire.

Lecteurs

(4.6)

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commentaires

Ethan
06/09/2020 à 18:26

Cet épisode est sans doute le meilleur de la saga. Ici plus de nazis, ce film a un goût d'exotisme

Rouge carré
06/09/2020 à 15:13

Te vexes pas comme ça champion.
Continue à insulter les mamans c’est le seul truc compréhensible que tu racontes petit fragile

alulu
05/09/2020 à 15:40

Tu suintes la paranoïa et le narcissisme. Encore à supposer ou à prêter des intentions à l'autre. Tu veux la vérité, je crois au plus profond de mon âme, qu'en plateau, tout le cast a mangé du sorbet de cervelle pour de vrai....t'es vraiment un champion.

Rouge carré
05/09/2020 à 06:13

Ah bah si c’est la dessus que tu as un problème et que tout le reste du film te paraît plausible faut consulter

alulu
04/09/2020 à 18:15

@rouge carré,

Les sous-entendus que tu imagines, les trucs qui vagabondent dans ta tête. Ça ne regarde que toi, je ne suis pas responsable. C'est peut être pour ça que....

"Spielberg rembobine sur les danseuses" devient pour le coup, "ouin ouin, je suis choqué, il filme trop les fesses des danseuses". Lol, ça veut surtout dire, qu'il me semble impossible de se relever d'un grand écart comme le font les danseuses, à moins de truquer la scène.

Fred_NTH
04/09/2020 à 10:32

Analyse intéressante (évidemment). Je l'ai visionné il y'a deux ou trois semaines, j'en gardais le souvenir de mon volet "préféré" quand j'étais gamin mais 25 ans plus tard j'ai été heurté par son aspect horrifique (tout le passage du temple, le dîner royal, le final avec les crocodiles). Il est étonnamment moins mainstream que le premier et le dernier volet. En revanche, je trouvais que le personnage féminin des aventuriers de l'arche perdue était en avance sur son temps alors que dans ce deuxième volet, la "blonde" est presque caricaturale et antipathique. Après avoir revu les quatre volets, "La dernière croisade" me semble vraiment le plus abouti, alors que c'était celui que j'aimais le moins en étant gamin puisque pas aussi "dingue" que "Temple of Doom".

Rouge carré
03/09/2020 à 21:39

Haha t’es choqué par du cinéma parce que t’as vu un bout de fesse et puis tu insulte les mamans. Faut savoir sur quel pied danser, dans les deux cas t’es un fragile.

Kyle Reese
03/09/2020 à 20:33

Indiana Jones au sommet.
Lucas et Spielberg qui repoussent les limites, un véritable roller-coster non stop.
Du pulp à fond les manettes très ludique.
Et pourtant je préfère le premier moins fou, plus sérieux et dramatique, plus réaliste, avec la petite histoire qui rencontre la grande ainsi que la mythologie. L'impact émotionnel reste plus profond. Que c'était bon de découvrir ça à l'époque, j'avais l'impression que tout pouvait être vrai. Dommage qu'ils n'aient pas continué sur leur lancé à l'époque.

alulu
03/09/2020 à 16:31

@Rouge carré,

Euh.....idem mais comme ta maman n'a pas le don d'ubiquité, elle n'était pas là pour te dorloter.

sylvinception
03/09/2020 à 15:09

Comme Flash ci-dessous, je préfère le premier.
Il possède un souffle épique indémodable.

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