Le Voyage de Chihiro : critique d'ogre

Erwan Desbois | 14 mars 2007 - MAJ : 24/01/2019 14:02
Erwan Desbois | 14 mars 2007 - MAJ : 24/01/2019 14:02

Le voyage de Chihiro est le film qui a marqué la consécration internationale, tant critique que publique, de Hayao Miyazaki, prophète en son pays depuis plusieurs décennies - au Japon, le film a battu le record d'entrées de Titanic. Des millions d'autres spectateurs de par le monde, l'Ours d'or du festival de Berlin et l'Oscar du meilleur film d'animation ont ainsi récompensé une oeuvre magistrale, qui parvient à tendre vers l'universel alors même que son univers, ses personnages et ses thèmes sont a priori hermétiquement japonais. La preuve qu'il n'y a rien de mieux que l'imagination et le talent pour réussir un grand film et toucher tout un chacun.

D'imagination, Le voyage de Chihiro n'en manque pas. Dès le début, on assiste à un véritable tourbillon d'idées, de couleurs, et de sons qui ne s'arrêtera jamais. À peine a-t-on le temps de se familiariser avec l'héroïne, petite fille gâtée et boudeuse de 10 ans, et avec ses parents, que les voilà entrés au détour d'une route dans un monde abandonné, sorte de parc à thèmes en ruines. Cet endroit à l'écart du monde est en réalité un établissement de bains pour les Dieux, un lieu de repos après leurs journées de travail. Évidemment, la présence d'humains dans ce monde est peu appréciée, et le moindre écart de leur part est puni sans sommation : les parents de Chihiro sont ainsi transformés en cochons pour s'être empiffrés d'un festin qui ne leur était pas destiné. Leur fille se retrouve livrée à elle-même, et il n'est pas question pour elle de s'apitoyer sur son sort : déjà la nuit tombe, et ce monde parallèle s'éveille….

 

  

C'est l'occasion pour Miyazaki de créer un univers merveilleux au sens premier du terme - un assemblage chaotique de lieux et de personnages inattendus et hétérogènes, qui tous ensemble forment un monde cohérent et fonctionnel. Les thermes qui sont au centre de ce monde obéissent en effet à une organisation sociale et à des règles très strictes… qui ne sont finalement pas si éloignées de celles que nous pouvons rencontrer au jour le jour. Miyazaki n'a d'ailleurs jamais caché qu'il s'était inspiré pour ce point du fonctionnement de son studio Ghibli. Vu avec les yeux d'une enfant, cela transforme chaque personnage en une version métaphorique de sa fonction au sein de l'entreprise : Kamaji, l' « homme » qui fait tourner les fourneaux et fournit l'eau chaude, possède six bras et ne s'arrête jamais de travailler ; quant à sa troupe d'ouvriers, elle est formée de petites boules de suie sans identité propre, qui se tuent à la tâche à porter des morceaux de charbon beaucoup plus lourds qu'eux. De même, Yubaba, directrice des thermes et garante en cela de l'ordre, prend les traits d'une sorcière gigantesque, acariâtre, et que l'idée de réaliser des bonnes actions insupporte.

  

Chacun a donc son rôle à jouer au sein de ce microcosme, et Chihiro devra elle aussi trouver le sien pour s'intégrer, être respectée et ainsi sauver sa vie et celle de ses parents. Son aventure, qui démarre avec des buts purement pragmatiques (trouver un logement, un travail), va se muer en une quête d'identité au bout de laquelle la petite fille geignarde se sera transformée en adulte responsable et altruiste. Miyazaki a trouvé la plus belle des idées de cinéma pour formuler cette quête : Yubaba a littéralement volé le nom de Chihiro pour le réduire à Sen, et la retient ainsi prisonnière. Cette quête se déroule en arrière-plan d'une succession de saynètes, qui sont l'occasion pour le réalisateur d'effectuer un « melting-pot » fort réussi de ses thèmes de prédilection : s'il est nécessaire de s'affirmer et de trouver sa place dans la communauté, par le courage et la prise d'initiative (suite à son voyage initiatique, Chihiro est la digne héritière de Kiki la petite sorcière et de Fio, l'héroïne de Porco Rosso), cela ne doit pas se faire au détriment du respect d'autrui et de la nature (que l'on trouvait déjà dans Princesse Mononoké).

Le plus marquant de ces récits secondaires est sûrement celui du Dieu sans Visage, incarnation du Mal dans cet univers sans histoires. Se cachant derrière un masque souriant et énigmatique, il joue sur l'avidité des hommes pour les piéger, en offrant de l'or à foison -or que tout le monde, de l'employé le plus insignifiant à Yubaba, s'empresse d'accepter sans réfléchir. La seule à refuser est Chihiro (« Pas besoin, pas le temps ! », lui réplique-t-elle), qui est également la seule à accepter le Dieu sans Visage en tant que personne et à ne pas le rejeter : elle saura même faire le Bien en utilisant à bon escient ses talents. Le Bien et le Mal sont indissociables et coexistent en chacun de nous ; c'est le message que fait passer Miyazaki avec beaucoup de délicatesse, et sans jamais oublier sa mission première qui est de nous émerveiller. De ce point de vue, la grâce habite Le voyage de Chihiro, tant visuellement que musicalement (à l'image du réalisateur, son compositeur attitré Joe Hisaichi a atteint la quintessence de son art pour ce film). Cet état de grâce culmine lors de la magnifique scène d'envol à dos de dragon, qui contient en elle toute la magie de ce film brillant, qui ne ressemble à aucun autre.

 

Résumé

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commentaires
insta: enzof5144
25/03/2021 à 17:01

J'ai souffert avec plus de 2h de film du voyage de Chihiro a l'amphithéatres siège peut confortable et sa puer la mort . Ce n'est pas tout , 5h de cours d'ESC pour parler de ce film pour en conclure que c'est un monde imaginaire pour les non croyant et un monde Shintoisme pour les croyant merci bien pour c('est 7 h de longue et pure torture . le film n'a aucune logique et pour compenser le tout le prof c un gitan des sables

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